11/01/2007

Manifestation pacifiste, mitraillettes en bandoulière

Ma bonne humeur s’évapore vite, une fois que, dehors, petit déjeuner avalé, je me retrouve à essayer d’acheter une carte sim, pour mon cellulaire. L’achat de ladite carte a toujours été un achat difficile, ici, vu le caractère policier du pays.

 

Depuis le bain de sang d’hier, c’est devenu à peu près impossible.

 

Mais comme le commerçant Indien préfèrerait crever que ne pas vous vendre quelque chose, il commence par vous vendre son produit, puis ensuite vous accompagne à la station de police où il a un bon copain, et vous devez montrer patte blanche, passer une interviouve au cours de laquelle vous devez tout révéler sur votre famille, jusqu’à la douzième génération, et sur vous-même.

 

Ensuite, quatre (oui, quatre) photos, chacune accrochée à un formulaire que vous devez remplir quatre fois, puis la prise de vos empreintes digitales…

 

Je ne veux même pas imaginer comment un Pakistanais doit faire pour obtenir la carte magique.

 

Enfin, le dossier maintenant complété, j’ai droit à l’autorisation d’usage de la carte, que le commerçant se fait une joie de me donner (j'ai déjà payé) et que je glisse enfin dans mon téléphone. Le flic, un moustachu bonnasse, me rappelle que je devrai rendre la carte à mon départ du pays. Je lui jure sur la tête de ma vieille mère malade que je n’y manquerai pas.

 

Une demi-journée perdue, avec ces conneries…

 

Me voilà donc sorti de la station de police, mon téléphone maintenant en état de marche pour l’Inde, reconfiguré à l’heure locale, que je mets au fond de ma poche, rapport aux Jojo les doigts de fée locaux. Je vais d’un bon pas, le long de la digue, vers la Porte de l’Inde, une grosse mocheté faite à la fin des années vingt, pour célébrer le passage du Roi et Empereur George V, et de sa petite dame, à l’occasion d’une visite des lieux. C’est monumental, stérile et moche. Dès la fin de la matinée, c’est entouré d’une myriade d’Indiens venus admirer la mer parsemée d’îlots-forteresses occupés par la marine militaire et de bateaux cargos en attente de leur entrée dans le port.

 

L’horizon gris confond mer et ciel et un hélicoptère tourne au loin, surveillant le trafic maritime.

 

goiAutour de la Porte, c’est la foule. Une foule plutôt insoucieuse et gaie, avec des parents, des gosses, des camelots vendant tout et n’importe quoi : des jeux, des glaces… Il y a des photographes qui, comme du temps de mon enfance, proposent d’immortaliser la promenade. On vous prend en photo, avec votre fiancée, votre épouse, vous enfants, ou vos épouses et vos belles-mères, et encore le chien. Cinq minutes plus tard, la photo vous attend, développée en plusieurs exemplaires, pendant que le photographe qui vous a tiré le portrait vous pourchasse dans la foule et vous ramène à l’échoppe ou, la joie au cœur, vous payez votre écot et exhibez ensuite fièrement la photo à la famille en liesse.

 

La Porte est comme un éperon dans la mer. On a cassé le golfe, accumulé de la terre, bâti une puissante digue, afin de planter, loin devant tout, cette porte supposée accueillir le Roi. Visiblement du travail sérieux, fait et pensé par le colonisateur. Un travail digne des pyramides – toutes proportions gardées, œuf corse.

 

Le seul élément qui indique bien une influence indienne dans cette belle ouvrage, est que la Porte a été achevée avec deux ans de retard. Le roi, retourné en Angleterre depuis belle lurette, n’a jamais vu la Porte terminée.

 

La Porte des Indes… J’y passerai souvent, le temps que je passerai à Bombay, faisant ainsi un détour bienvenu, puisque c’est le seul endroit où on peut prendre l’air du grand large et oublier la puanteur atroce de la pollution des voitures. Sauf les quinze ou vingt premiers mètres, quand on arrive sur la digue. Il y a un coin où tout Bombay, semble-t-il, se soulage de sa petite et de sa grande commission, ce qui fait qu’en arrivant à la digue, vous êtes pris à la gorge par une odeur de merde et d’urine et vous passez au pas de course à travers un véritable nuage odorant avant d’en arriver à moins … disons … à moins parfumé.

 

chicotelEn allant vers la Porte, vous passez devant le plus bel hôtel du monde – ou d’Inde, c’est selon votre opinion – gardé par deux messieurs habillés tels les maharadjas du temps passé. C’est l’un des grands palaces qui soient, dit-on. Je serais surpris qu’il puisse échapper aux invasions de cancrelats, cependant. Mais bon, tout est possible.

 

Un beau matin, à la Porte, justement, je verrai une manifestation manifmusulmane, d’abord, inter-religieuse, ensuite, destinée à condamner les attentats qui viennent d’avoir lieu. J’y compterai des musulmans, des musulmanes, des indous, des catholiques.  Trois juifs en uniforme anversois, avec les nattes et les chapeaux de fourrure, arriveront au grand galop, mais en retard – vu les embouteillages invraisemblables dont Mumbai souffre, je ne crois pas que c’était mauvaise foi de leur part. D’un autre côté, vu que les musulmans, aussi pacifistes qu’ils aient été lors de la manif, étaient armés de mitraillettes. Alors, c’était peut-être mieux ainsi…

 

J’assiste avec curiosité à la manifestation puis, alors qu’elle se disperse, comme je suis le seul étranger, la télé locale se précipite sur moi pour me demander ce que je pense de cette triste affaire, et de cette manifestation. Me voilà potentiellement célèbre. Ils attendent le robinet d’eau tiède ; je le leur donne. Après tout… Interviouve terminée, la journaliste, une ronde moustachue sympathique, me demande si je ne ferais pas du cinéma, tant que je suis ici, et elle me laisse sa carte. Ca tombe bien, j’ai toujours rêvé de devenir acteur, de fréquenter les créatures pulpeuse d’Hollywood, de sortir d’une voiture protégé par des gorilles, entouré des hurlements hystériques et extasiés de demoiselles boutonneuses et à peine pubères. Quoique, depuis que je suis à Mumbai, tout ce qui, dans mes rêves, pourrait faire du bruit sera aisément abandonné.

 

Et puis, quand je verrai les actrices pulpeuse made in India, je me rendrai compte que de Hollywood à Bollywood, la différence ne se limite pas à une lettre.

 

22:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, archictecture |  Facebook |

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