07/01/2007

Racolage et hôtel propre (à la mode indienne)

Je monte l’escalier tortueux et noir de crasse, derrière mon porteur que j’ai rattrapé en quelques enjambées, et nous nous arrêtons au troisième étage. Tiens, bizarre, je m’attendais au quatrième. Le gardien, sans demander son reste, sans même réclamer un pourboire, descend. Tiens, c’est étrange : méfiance, méfiance…

 

Here, it is clean, me dit monsieur le propriétaire, un jovial moustachu accompagné de son sbire, moustachu lui aussi. Oui, dans l’entrée, du moins, c’est propre. Enfin, du point de vue indien, c’est propre. La chambre que l’on me fait visiter est propre aussi, selon les standards locaux.

 

La propreté en Inde, c’est quelque chose que l’on découvre avec les jours. Quand Monsieur le proprio d’un hôtel, dont vous demandez invariablement la visite avant de décider d’y dormir ou non, vous annonce fièrement qu’ici, c’est propre, il faut transposer.

 

Le  ici c’est propre d’un hôtel indien, ou d’un hôtelier indien, correspondrait, en Europe, à un  l’hôtel vient d’être visité par l’hygiène, le patron a été arrêté et ne devrait pas sortir de tôle avant dix ans, et l’hôtel a été fermé sur le champ, par le procureur du roi/de la république. On est pour l'instant en train de chasser les plus gros rats.

 

Autres pays, autres mœurs.

 

Ici, donc, du point de vue indien, c’est propre. Oui, c’est vrai, du point de vue indien, il n’y a pas de quoi se plaindre.

 

C’est alors que je me rends compte que le prix qui m’est annoncé est de deux cents roupies supérieur au prix normal, et que je suis un étage trop bas. Je fais alors ce qu’on ne fait qu’en Inde, au comptoir de l’hôtel : je discute le prix. Il va être quatre heures du matin…

 

Je rappelle donc qu’on m’attend, sans nul doute avec impatience, à l’étage au dessus. Certes, mais ici, c’est mieux, me répond-on et puis, à la réflexion, on change le prix aussi… Bref, j’ai droit à une chambre du type ici c’est propre, incluant une douche intégrée à ma chambre, pour le prix que j’aurais payé un étage plus haut, dans un autre établissement du genre ici c’est propre, je n’en doute pas, mais sans douche.

 

Bon, d’acc. J’en ai moi-même marre…

 

J’irai vérifier, le lendemain, par curiosité, à l’hôtel au dessus. C’est exact, pour le même prix (avant discussion, bien entendu), j’aurais eu une chambre avec une vue un tantinet meilleure – dame, un étage plus haut… - mais sans douche. La douche commune de l’hôtel, que je vais alors visiter, rappelle de mauvais souvenirs d’Europe Centrale, dans les années quarante.

 

Finalement, le choix forcé de la nuit d’avant n’était pas si mal que cela. La question est : le jour où ma petite amie arrivera, que trouverai-je pour que ce soit tolérable à son point de vue ?

 

En attendant, je réserve deux nuits dans le chic hôtel propre où je me trouve, le temps de visiter Bombay, et de me retourner, avant une première promenade à l’extérieur de la ville.

 

Mon baluchon à la main, et mon sac d’ordi sur l’épaule, collant ma chemisette à mon dos, de la manière la plus désagréable, je rentre dans ma chambre propre, me déshabille, prend une longue douche bien froide qui décolle la poisse, me sèche à un drap de bain humide, puis tombe d’une masse sur mon lit qui me répond d’un puissant grincement indigné. Je ferme les yeux ; dodo.

12:55 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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