03/01/2007

Aéroport International de Mumbai, la vitrine de l'Inde...

L’arrivée à l’aéroport de Bombay – Mumbai, aujourd’hui – est effectivement un moment qui surprend, si on a pas été prévenu. Dans toutes les villes du monde, ou presque, l’aéroport international est une vitrine… internationale, justement, et les autorités locales font de leur mieux pour que le passager qui arrive reçoive une bonne impression de l’endroit où il arrive. L’aéroport international de Mumbai est un bâtiment délabré, sale et odorant qui ressort d’entre d’autres bâtiments délabrés, sales et odorants.

 

L’ensemble – espaces verts compris - rappelle Moche les Clapiers, riante banlieue difficile du département 93, dans la région parisienne.

 

Le parfum de moisissure vous prend au nez. Les fenêtres sont sales. Les plafonds sont tachés, de place en place, de grandes traces d’humidité. A chaque porte d’embarquement, ou de débarquement, c’est selon, il y a un salon d’attente avec une téloche qui hurle, devant une dizaines de passagers pieds nus, hagards, écroulés dans leur fauteuil défoncé et qui attendent, fatalistes, leur avion en retard.

 

lebordeldemumbaiLa marche des passagers qui arrivent est rendue un peu plus lente, du fait que les longs couloirs sont poisseux, que leur sol est collant et glissant. Ca nous ralentit. Les passagers indiens, qui connaissent les lieux, retirent immédiatement leurs chaussures, dès la sortie de l’avion, pour arpenter les couloirs. De toute évidence, la pellicule qui encrasse les sols est collante à la semelle des pieds, quand elle est glissante à celle des chaussures. C’est ainsi que nous voyons les passagers indiens, y compris de petites vieilles en sari, trotter de plus en plus loin devant nous, quand nous, les étrangers ignorants, peinons à ne pas nous casser la figure. Un passager Suisse, qui tente, tout comme moi, de garder son équilibre, m’assure, entre deux haltes, que l’aéroport est nettement plus propre que la dernière fois.

 

La dernière fois, c’est il y a deux ou trois mois, précise-t-il… Je ne veux pas savoir à quoi il ressemblait avant : des rats montaient le long des murs ?

 

airportGoaEst-il nécessaire de préciser que la plus grande partie de l’aéroport que nous parcourons est ornée d’affichettes rappelant que l’aéroport étant objectif militaire, il est strictement interdit de prendre une photo.

 

 

Le passage de la frontière, puis des douanes, est inoubliable. Il se fait en plusieurs étapes. Il faut d’abord prendre l’habitude de ce qu’est une queue à l’indienne : chacun marche littéralement sur l’autre pour passer le premier. Du bébé dans les bras au vieillard grabataire, tous ici usent de leurs coudes d’une manière qui ferait envie aux jeunes loups employés dans les multinationales françaises. Passé le premier moment de surprise, je me mets aux coutumes locales et défends ma place contre de nouvelles hordes d’Indiens qui arrivent, sortant d’un autre avion en retard lui aussi. On en aurait les coudes saignants, à force d’usage…

 

Après avoir écrasé deux ou trois douzaines de concurrents, dans la file, il faut d’abord montrer son passeport avec visa, à un flic moustachu. Le passeport est minutieusement surveillé sous toutes les coutures. Une fois que le douanier repère l’endroit qui indique qu’on a bien payé son dû pour rentrer dans son bôôôô pays, il vous colle un coup de tampon, d’un geste las, et vous envoie, d’un deuxième geste tout aussi las (il faut dire que l’avion est arrivé avec un certain retard, un peu après minuit), vers derrière lui, dans la direction des carrousels, où les valises apparaîtront bientôt.

 

Le mot « bientôt » a un sens tout à fait différent, selon, qu’on le prononce à Tokyo ou à Mumbai. Il faut noter, aussi, que nos bagages sont supposés arriver sur le carrousel nr 2, autour duquel nous sommes attroupés, et qu’au dernier instant, c’est un autre carrousel qui démarre, pour nous donner nos bagages.

 

Une petite heure plus tard, ma valise arrive enfin, entre d’autres qui ont beaucoup souffert. De toute évidence, les bagagistes indiens aiment jeter au sol ce qu’ils devraient porter, et crever les sacs « mous », afin de jeter un coup d’œil à ce qu’il y a dedans. S’ils aiment, ils gardent.

 

Le moment est maintenant venu de passer la douane. Certains sont fouillés comme des voleurs. Les Pakistanais particulièrement. Eux, ils ont droit à tout, de toute évidence, et les vestiges de la guerre – je veux dire, DES guerres – entre les deux pays sont des tisons encore bien brûlants.

 

Après avoir passé la douane, donc, on tire et on pousse, ou on porte, son bagage jusqu’à la sortie, où une triple haie de chauffeurs hurlant dans votre direction vous accueille. Un peu avant de devoir entrer dans la mêlée, vous avez un petit guichet dans lequel vous voyez deux ou trois moustachus qui agitent la main pour vous proposer quelque chose. C’est le bureau des taxis. Vous payez là, et vous recevez un numéro. C’est celui d’un chauffeur qui vous attend, dans sa Tata flambant vieille, prêt à démarrer vers la ville. On vous propose le choix entre une voiture climatisée à quatre cents roupies, ou une voiture non climatisée à trois cents. Comme la climatisée est une voiture dont la climatisation est en panne… mais elle a l’avantage de cahoter avec plus de mollesse sur les irrégularités de la route. Quant à moi, habitué au temps lourd, je me prends un taxi normal.

 

Cette nuit là (car il doit être maintenant aux alentours de deux heures du matin), il pleut comme vache qui pisse. Le conducteur du taxi 27 a disparu, dieu sait où. Vu l’endroit, ne devrais-je pas dire « les dieux savent où » ?

 

Il revient peu de temps après la fin d’une tornade, et quelques instants avant le début de la prochaine, l’œil incendié, marchant de travers. Visiblement, il fume des choses qui ne doivent pas être bonnes pour la santé – ni de la sienne, ni des passagers qu’il transbahute d’un coin à l’autre de la ville. Il ouvre le coffre de sa Tata aux pneus usés jusqu’à la corde, et qui est occupé d’une bombe – le mot n’est pas trop fort – contenant son gaz. Ah, oui, j’oubliais : les taxis, ici, roulent au gaz. Dans ce coffre, il est impossible de mettre ma - pourtant minuscule – valise. Je l’installe donc à côté de moi, sous mon sac à dos, qui contient mon ordi. Le conducteur, se tenant d’une main à la voiture, pour garder son équilibre, parvient jusqu’à sa portière, l’ouvre, se laisse tomber dans son siège alors qu’une nouvelle trombe d’eau arrose la cour des arrivées. Je referme ma vitre, comme je le peux, car la manivelle est cassée. C’est ce qu’on appelle ici la climatisation à l’indienne.

 

L’autoroute qui relie le terminal international au centre-ville ferait peur aux scénaristes les plus fous de la grande époque du cinéma muet. Il y a, d’un côté comme de l’autre, trois bandes de roulement. Ces bandes deviennent, dans la pratique, quatre bandes, voire cinq, dans les moments le plus difficiles. A deux heures du matin, comme à une heure du matin, ou comme à midi, on est au milieu d’un embouteillage de fous. Enfin, non, j’en rajoute : si, de six heures du matin jusqu’à dix heures du soir, la ville bouchonne à faire peur, à deux heures du matin, c’est une course de stock-cars. On roule au milieu d’un concert de meuglements de klaxons, en rasant ses voisins, alors qu’on doit aller à pas loin de soixante à l’heure, entre d’autres taxis Tata, quelques tuk tuk, des chariots, et que des bandes de tarés, fous de hach’, traversent l’autoroute sans regarder ni à gauche ni à droite. L’odeur de la ville est acre, et me rappelle les plus beaux moments de Berlin Est. On a interdit aux tuk tuk locaux, depuis quelques années, de rouler dans le centre ville, tant ils polluaient. Je crois que, pour faire bonne mesure, l’interdiction a pris place le jour même où on interdisait aux Parsis de laisser pourrir leurs cadavres sans la moindre limite, au sommet des tours du silence qui se trouvent dans le sud ouest de la ville.

 

En pleine ville.

 

Bienvenue à Bombay…

 

20:19 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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