22/12/2006

Parenthèse indienne

Oui, Kuala Lumpur est une ville agréable, qui n’a pas ce côté oppressant de Bangkok. Elle parvient à être grande tout en gardant un charme de surface provincial, paisible. Et pourtant, la guerre n’est jamais loin ; le pétrole excite des convoitises, comme partout dans le monde. La police municipale n’est probablement pas d’une efficacité foudroyante, tant qu’une mafia régule les dangers de la rue ; mais la police d’état fait tout ce qui doit l’être, face aux menaces islamistes et au danger terroriste. Autant la bordélique Thaïlande voit chaque jour exploser une bombe ou deux, dans le Sud, autant la Malaisie, dans son patchwork anarchique de communautés qui ne s’aiment pas trop, parvient à étouffer dans l’œuf tout début de frémissement de malfaisance politique. Tant mieux.

 

Je fais encore le tour de quelques jolis temples, en ville. Les plus jolis sont chinois et la variation de leur décoration ne connaît pas de frontières. On se croirait parfois dans une maison bourgeoise, parfois au paradis. C’est, en tout cas, souvent ravissant, de l’intérieur comme de l’extérieur. Templechinois3Usuellement, deux aquariums, à gauche et à droite du temple, contiennent des poissons rouges et des tortues aquatiques. Les deux espèces sont soigneusement séparées, bien entendu.

 

 

 

 

 

Templechinois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bientôt, assommé par la chaleur lourde de la journée, je me trouve un cybercafé climatisé, où je peux placer mon laptop, histoire de faire le tour de ma messagerie. C’est l’habituel florilège de fines plaisanteries, envoyées par les copains ; de propositions de bizenesses de princesses africaines dont le papa, récemment mort, a laissé dans un coffre de banque une somme astronomique que la princesse est disposée à partager avec moi ; la vente de Viagra, de Cialis, de divers médicaments ; de publicités pour des sites cochons ; de virus envoyés par de parfaits inconnus qui m’ont à la bonne ; de propositions pour des cartes de crédit dont j’ai absolument besoin. Oui, le menu habituel.

 

Ah, tiens, non, pas l’habituel : j’ai un message d’Anjali, copine anglo-indienne, qui me convoque à Goa, où elle réside pour le moment. Goa, c’est dans l’avant dernière province la plus au sud de l’Inde. C’est supposé être une province high tech, on y trouve tous les anciens baba cool des années soixante, qui avaient routardé jusque là et qui, une fois leurs joints fumés et refumés, avaient décidé qu’il fallait quand même, de temps à autre, faire quelque chose de ses dix doigts, afin de gagner sa croûte : ils font de la techno. Grandeur et décadence…

 

L’inde, j’y suis passé rapidement, il y a quelques mois. C’était du temps où je m’étais demandé si ce ne serait pas une bonne idée de varier les plaisirs, vu que ma petite amie m’en priait gentiment.

 

Parenthèse indienne, donc…

 

Il y avait donc Fujiko. Elle tenait absolument à m’accompagner lors de l’un de mes périples, mais elle était méfiante vis-à-vis de l’Asie du Sud Est, où c’est-y, c’est bien connu, qu’il n’y a rien de bon pour une fille. Les îles ? Impasse sur les îles. Bon, très bien. J’avais donc été me renseigner à mon agence de voyage pour savoir ce qui pourrait amuser une jeune femme un petit peu aventureuse et Japonaise à la fois, pendant ses quelques semaines de vacances.

 

« Il parait que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

 

Valérie, c’est ma dealeuse de billets d’avion vers les endroits où il fait chaud : elle fait un petit mètre quatre-vingts, possède une carrure de déménageuse et porte usuellement des atours haré krishna. Une poitrine qui doit remplir sans difficulté des bonnets F, un derrière de percheron, ou de percheronne, un visage poupin, de grands yeux d’un bleu noir de porcelaine, une peau d’une fraîcheur qui fait saliver, un petit nez mutin, malheureusement déparé par un truc planté dans la narine. Bref, une créature ravissante pour qui aime Wagner et n’est arrêté ni par les préjugés frileux, ni par les piercings.

 

Sans repousser Wagner, je préfère Debussy.

 

« Il paraît que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

- Aaah ?

- Oui : des paysages splendides, un pays en mutation, des religions à tire larigot, le mélange des époques les plus reculées avec un modernisme extraordinaire, les fakirs, les maharadjas, les éléphants, les charmeurs de serpents, des temples partout. Moi, j’y ai jamais été, mais on m’a dit que…

 

Gentils zéléphants et temples à tire-larigot, l’affaire était réglée pour moi: j’achetais les billets. Il me restait à persuader Fujiko, méfiante, tapie au fond de la salle de bain, à se maquiller la bouche, qu’un voyage en Inde était certainement une opportunité culturelle à saisir à tout prix, qu’on mange bien en Inde, que les vaches sacrées n’y sont sacrées que le temps de leur engraissement, que tout y est beau, frais, propre (Fujiko est pire qu'une suissesse, quand on parle de propreté), que les routes y sont des billards sur lesquelles des conducteurs dignes des chauffeurs anglais les plus assoupis conduisent prudemment de somptueuses limousines (celles des maharadjas), qu’on peut y attraper France Culture et Radio Tokyo, et que ce serait un beau voyage, point final.

 

Fujiko n’est pas mauvaise nature. Elle avait accepté, sans y réfléchir à deux fois, la proposition indienne. Elle avait même préparé ce soir là, pour fêter la décision de ce départ, un machin délicieux qui rappelle le clafoutis aux cerises, version asiatique. Ce sont des choses qu’on ne refuse pas.

 

Fujiko étant très prise par ses horaires, je partais le premier, à Bombay, où elle devait me rejoindre une dizaine de jours plus tard. Me voici donc à remplir mon baluchon, avec quand même une boite d’immodium, à tout hasard, et en route Germaine, dans un splendide avion Swiss, de Bruxelles à Bombay, en passant par Zurich.

 

Dix jours plus tard, quand l'avion de Fujiko était arrivé à l’aéroport de Bombay, où je l’attendais, j’étais assez bien conscient qu’on allait pas rigoler longtemps.

15:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

21/12/2006

Pélerinage hindouiste (et les singes volent)

Les alentours de KL ne sont pas vilains et l’on passe vite de la ville à la campagne. Si l’on veut se promener, de plus, les transports en commun sont remarquables d’efficacité. Ici, nous ne sommes pas à Bangkok, où jamais le bus que l’on cherche ne va à l’endroit souhaité, et où personne ne sait vraiment dans quel bus, finalement, je devrais monter… Non, outre les deux lignes de métro aérien qui passent régulièrement et silencieusement, reliant la ville avec elle-même, les lignes de bus ont des numéros, lisibles pour tous, et des destinations connues de tous et toujours les même.

 

MetroPetronasS’il était facile d’aller aux tours Petronas, puisqu’une station de métro porte leur nom et que les stations de métro changent rarement de place, ce pourrait être moins facile d’aller aux temples hindouistes de Shiva, dans la montagne qui borde Kuala Lumpur. Eh bien non : Il y a bien un bus, à la station discrètement cachée, mais qui ne change pas de place. Le bus sera, de plus, direct. Le confort est un peu spartiate mais, quand on compare, guère moins élevé que celui du réseau de bus parisien ou bruxellois – et nettement moins glauque : pas de mendiants menaçants, de musiciens qui, une fois un morceau massacré, forcent leur sébile sous votre nez, de vendeurs de colifichets qui bloquent le trottoir autour des arrêts de bus, tentant de vous fourguer leur camelote et, si vous ne voulez décidément rien acheter, vous crachant sur les talons ou essayant de voler votre portefeuille. Bref, comparé à bien des coins du monde – Marrakech, par exemple… - un vrai paradis.

 

templeKLUne demie-heure après le départ, nous sommes devant une grille et, dans le lointain, on voit une statue dorée géante qui domine le paysage, qui fait jeu égal avec la montagne à laquelle elle est adossée. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Kuala Lumpur. Les pélerins parmi lesquels j’avance marmonnent des mantras dès la grille passée. Pendant ce temps, des vendeurs du temple se précipitent sur moi, l’évident touriste, pour essayer de me faire entrer dans le musée du temple. Le billet coûte 10 Ringgits mais, comme j’ai une bonne tête et que j’ai l’air sympathique, le  cicérone me propose immédiatement un rabais. C’est gentil, mais je décline.

 

Passé ce premier assaut, quelques dizaines de mètres plus loin, un autre rabatteur me propose d’aller m’installer à la terrasse de son bistrot, car j’ai certainement soif (non, merci) et il faut chaud (ça, c’est vrai). Comme j’ai vraiment l’air sympathique, et que ma tête lui revient, il est prêt, dès l’abord, à me faire un prix. Je décline encore.

 

C’est ensuite un gourou en turban et langes douteux, avec une barbe blanche et bipointe à la fois, qui me regarde, l'air inspiré, et se précipite vers moi, afin de me coller au milieu du front l’œil de Shiva. Je me laisse faire de bonne grâce, tout en me doutant que la fin de l’histoire sera bassement commerciale. En effet, après m’avoir collé une pastille rouge sur le front, et offert une fleur, vient l’incontournable « give me some money ». Je lui demande combien il veut : dix dollars. Bin voyons… Je lui donne donc un Ringitt et continue mon chemin.

 

Oui, je sais, j’ai une mauvaise nature.

 

Je repousse victorieusement, encore, des guides dont je n’ai aucun besoin, deux ou trois vendeurs d’images de Shiva , de Tshirts et de lunettes de soleil ; un autre rabatteur pour je ne sais quel bistrot : ici, on est en Inde, de toute évidence. Enfin, j’arrive sur le territoire sacré, sur lequel, à part les prêtres, personne n’a le droit de rançonner visiteurs ou pélerins.

 

La statue de Shiva méritait de passer tous les barrages, c’est exact. Elle est colossale - et bien faite, bien terminée, ma foi. A son côté, il y a l’escalier qui mène aux temples sis dans les grottes : leur degré de sacré est supérieur à ceux qui ont été bâtis au sol. La raison ? Les efforts qu’il faut faire pour y monter, je suppose. L’escalier compte un certain nombre de marches. Le nombre est sacré. Je me demande si l’escalier a suivi un nombre sacré, ou bien si les prêtres, une fois l’escalier terminé, n’ont pas compté les marches, et décrété qu’il s’agissait d’un chiffre sacré… Ca ne m’étonnerait pas de leur part. Quelque soit le nombre sacré, il est certain que le nombre de marche est élevé.

 

On peut s’arrêter pour souffler à deux endroits, que les prêtres ont déterminés être sacrés eux aussi. voleurLà, les singes vous attendent et essaient de vous faire les poches, au cas où vous auriez des trucs à manger. Les gosses se serrent aux jambes de leurs parents, fondant en larmes ou poussant des cris aigus. Les parents rient et se moquent, mais repoussent quand même les sales bêtes. Cela les met de mauvaise humeur ; ils gueulent de toute la force de leurs poumons, bondissent sur place pour faire peur. Il n’est pas rare que ces chapardeurs mordent leurs victimes non consentantes. Mais ils sont sacrés, eux aussi. Et s’ils sont sacrés, alors…

 

On arrive enfin dans l’immense caverne où ont été installé quelques Shivagrotteimages particulièrement sacrées du Panthéon hindouiste, et deux temples de Shiva. L’odeur des déjections de chauves souris prend le nez. Il y a, ici aussi, des marchands du temple, probablement approuvés par les prêtres, et un montreur d’animaux (ici, un petit dragon) qui, pour une somme modique, vous permet de caresser le bestiau et de prendre une photo. Les singes rodent toujours, et volent tout ce qu’ils peuvent, bondissant et s’agrippant aux murs, avec le produit de leurs rapines. Ils laissent derrière eux une petite fille en larmes et les mains vides de son biscuit, ou un touriste japonais furibard, son appareil photo disparu.

 

Un touriste japonais sans appareil photo, c’est comme l’amiral Nelson sans son dentier, ou Lolo Ferrari sans ses appendices mammaires.

 

On garde donc, si on est prudent, son sac bien serré contre soi et, si on veut prendre une photo, on tient bien l’appareil. Si un singe approche, après un rapide coup d’œil autour de soir, pour vérifier si les prêtres sont dans le coin et, si pas, un solide coup de pied en pleine poire. Il faut faire vite, sinon, c’est lui qui vous mord et vous griffe. Si vous avez tapé vite et bien, le singe file en hurlant des imprécations, mais sans rien en main et sans réagir par l’attaque.

 

Ensuite, il est préférable de prendre un air innocent, au cas où les prêtres viendraient investiguer les hurlements simiesques, l’œil soupçonneux.

 

ShivatempleLes temples eux même sont minuscules : ce sont tout simplement de petites grottes creusées dans la grotte principale : la beauté des fractales… Ils sont interdits aux fidèles. A l’intérieur de chaque temple richement orné, d’un kitch attendrissant, il y a un petit groupe de prêtres, usuellement rondouillards, en jupette, colliers de fleurs au cou et graisse dégoulinant de leurs cheveux lustrés, qui acceptent aux noms des divinités les présents de pélerins. Ils les donnent alors aux dieux, au son de cloches destinées, probablement, à attirer l’attention desdits dieux, puis bénissent les généreux donateurs.

 

La visite des temples faite, on redescend les escaliers, en tenant toujours serrés à soi les objets auxquels on tient. On repasse entre les rabatteurs, on évite les gourous, et on quitte le territoire du temple. A une centaine de mètres de la sortie, il y a une aubette où l’on vent des journaux, du coca, des crèmes glacées. On y attend le bus, qui passe de manière régulière, mais les horaires ne sont indiqués nulle part. C’est qu’il n’y en a pas, ou bien que les horaires sont un secret d’Etat ?

15:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

18/12/2006

Le Kuala Lumpur, de verre et de béton

Petronas

 

Le béton moderne, rien de bien particulier à en dire, sinon que les architectes locaux, pour lesquels l’argent n’était visiblement pas un problème, ont fait de leur mieux pour éviter une trop grande stérilité. Ainsi, à côté des cours Petronas, il y a un joli jardin, dans lequel se trouvent des piscines publiques absolument délicieuses et dans lesquelles une multitude de gosses pataugent, surveillés par leurs parents. SwimmingpoolQuand on compare ces piscines à celles dans lesquelles les gosses Thaïlandais, Cambodgien, Birman et autres peuvent plonger, le choix est vite fait. A Bangkok, les enfants plongent dans le Chao Praya, limoneux en diable, qu’ils partagent avec les poissons-chats.

 

Bon, disons que si l’on peut trouver des poissons-chats dans le Chao Praya, c’est qu’il n’est pas empoisonné…

catfish 

 

 

 

 

 

 

L’horizon des gratte-ciels de Kuala Lumpur parvient, c’est quand même positif, à n’être pas oppressant. Il reste aéré.

 

 

 

KLskyline

 

KLmetroEntre les tours bien séparées, passe le métro aérien, conduit à distance, ce qui laisse imaginer aux petits enfants, qui prennent la place d’un conducteur inutile, qu’ils sont les capitaines du ciel.

 

 

Dans les tours Petronas, enfin, est logé l’opéra et la salle de concert du Philharmonique de Kuala Lumpur. KLphilarmonicL’orchestre n’est pas mauvais, ce qui est amusant, quand on songe à l’éloignement de la Malaisie, de toute source classique. La salle est, à chaque concert, bourrée.

 

Cette extraordinaire aliénation entre cultures, on la trouve souvent ici, où – miracle – quoique le pays soit à majorité musulmane, tout n’a pas été islamisé. Ainsi, la loi coranique ne s’applique qu’aux musulmans, et chaque communauté possède ses coutumes. Bien entendu, ça ne fait pas de particulièrement belles jambes à des musulmans qui souhaiteraient quitter la belle religion qu’est l’Islam RATP (Religion d'Amour, de Tolérance et de Paix), puisque l’apostasie est punissable de mort, mais ça permet à tous les non-musulmans de vivre leur vie familiale bien pépère.

 

L’une des choses qui peut faire sourire, c’est la différence de passeport, selon qu’on est musulman ou non. Les Malais musulmans, une fois qu’ils sont en age de demander un passeport, le reçoivent avec cinq pages d’identité – une page pour eux, et quatre pages pour les quatres épouses – alors qu’un autre Malais, qu’ils soit d’origine chinoise, malaise, océanienne, indonésienne, … n’a qu’une page d’identité dans son passeport : la page qui correspondra à son identité à lui. Quant aux épouses non musulmanes, elles ont droit à leur passeport à elles.

 

Les femmes musulmanes ne peuvent ainsi voyager qu’avec leur mari qui tient le document de voyage sous la main Photovacances(ça permet des chouettes photos de vacances), ou, exceptionnellement, sous surveillance masculine déterminée par le mari, si elles partent « seules » à l’étranger. Dans ce dernier cas, le mari complaisant ira demander un document de voyage à usage unique, sur lequel on a deux identités : celle de la femme autorisée expressément, par son mari, à voyager, et celle de son gardien. Ce dernier est, normalement, un membre de la famille du mari : le papa, l’oncle, que sais-je…

 

Une fois le voyage terminé, le document obsolète doit être rendu à l’imam de la mosquée, et Madame retourne ainsi au bercail.

 

L’apartheid entre communautés est moins sensible dans la capitale que dans la province. IslamueberallesAinsi, à Penang, on pouvait sentir la tension qui existe, volens nolens, entre hindoustanis, bouddhistes, sikhs et musulmans. Quant aux chrétiens, ils sont si peu nombreux ici qu’il n’est pas besoin d’y faire allusion. A Kuala Lumpur, cependant, dès qu’on est hors de l’enclos des grandes compagnies internationales, hors de l’enceinte de béton, l’ambiance provinciale revient et, avec elle, les ghettos.

 

Moi, je dors dans le ghetto chinois, dans le vieux centre, tout près de la gare routière aussi. Seuls les chinois ont « fait » dans l’hôtellerie relativement bon marché. restauLes musulmans « font » dans la restauration, quant à eux. Et, à dire en leur faveur, non seulement, quand on passe devant les restaurants, ça sent achtement bon, mais, de plus, quand on s’attable, c’est achtement bon.

 

Un seul problème, dans les restaurants musulmans : pas de bière. Aussi, le soir, j’alterne entre une soirée alcoolique, mangeant dans une cantine chinoise, et arrosant mon repas d’une Tiger de Singapour, et une soirée "sèche", mangeant dans un restaurant musulman, et arrosant alors mon repas d’eau pétillante.

 

Dans le ghetto chinois, je le disais, c’est marché tous les soirs, avec du faux, du toc et des copies. Les flics passent régulièrement, mais plutôt par désir de faire comme si. En réalité, la personne importante du marché, celui qui assure la sécurité, c’est le chef de la triade, de la mafia chinoise, un jeune gros qui passe, chaque soir, entouré de ses gardes du corps, pour parcourir les travées et garder l’ordre. Un quart d’heure avant son arrivée, des jeunes équipés de talkie walkie commencent à s’agiter, échangeant des messages, s’informant mutuellement du degré de rapprochement du Chef, j’imagine, et préparant le terrain et sa sécurité.

 

Deux Mercedes blindées qui précèdent, pour l’une, et suivent, pour l’autre un 4X4 lui-même Mercedes s’arrêtent pile à l’entrée du marché, à un endroit – toujours le même – où quelques un des sous fifres équipés de talkie walkie les attendaient. Le Chef sort, d’un bond, de sa voiture, une fois que la porte lui a été ouverte par son garde du corps qui a lui-même sauté de la voiture le premier et que les barbudos des deux autres voitures se sont égaillés en cercle, observant les alentours.  Il marche le long des étraves, accompagné par ses petits camarades, s’arrête à l’une ou l’autre échoppe pendant que ses gardes du corps vont aux nouvelles et reviennent pour chuchoter à l’oreille du chef tout ce qui va et ne va pas. Les problèmes sont réglés en un tournemain, le tour est vite fait. C’est impressionnant d’efficacité, je dois dire. Un commerçant refuse de payer son dû ? Qu’il s’agisse du racket à l’assurance, ou de celui de la location de sa place, une courte conversation entre le Chef et le réfractaire qui a peut-être un argument à faire valoir… Rien qui soit acceptable du point de vue du Chef ? Un geste de sa part et deux sbires magiquement apparus aux côtés du petit commerçant l’emportent en lui bloquant la bouche, pendant que deux autres, ou quatre, ou six, dépendant du volume des marchandises exposées, remettent tout en quelques balles et disparaissent tout aussi silencieusement. Le bonhomme disparu vient de perdre sa licence à jamais.

 

Les flics, bien évidemment, n’ont rien vu.

 

Mieux vaut faire comme si, moi-même, je n’avais rien vu non plus.

15:58 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : architecture, religion, cuisine |  Facebook |

17/12/2006

Le vieux Kuala Lumpur

Pour aller à Kuala Lumpur, de l’île de Penang, c’est toute une expédition. Il faut d’abord quitter l’île, avec le bac-coquille de noix, pour Butterworth, puis aller à la gare routière en minibus. A la gare, il y a diverses agences vendant des billets de bus pour Hat Yai, Bangkok, Kuala Lumpur et Singapour, ainsi que pour diverses destinations aux noms moins connus. basekpresIl y a un Bas Ekspres Grand Luks, ainsi qu’on l’écrit par ici, qui partira dans quelques minutes et, veine, il y a encore de la place. Nous sommes deux, qui avons quitté Penang pour aller à KL. Nous prenons nos billets et nous voilà dans un bus effectivement très chic, pour six bonnes heures de route. Nous devrions donc arriver vers quatre heures.

 

La route est belle. Bientôt, elle se transforme en véritable autoroute. Un arrêt pipi-cigarette, et nous redémarrons dans un monde de luxe, de confort et de volupté. La volupté, c’est l’hôtesse qui passe régulièrement pour vous offrir du thé, et la télé de bord qu’elle nous annonce, désolée, être en panne.

 

L’entrée à Kuala Lumpur, ça ne se passe pas comme ça : afin d’éviter une pollution atroce, la Malaisie, qui exporte du pétrole aux quatre coins du monde, utilise des filtres avant l’entrée en ville : un péage, dix kilomètres avant la ville, peut-être, qui fait aussi office de station de blocage pour les voitures non-autorisées en ville – sauf si le conducteur paie une somme effrayante pour obtenir le permis, pour une journée.

 

Passé la chicane, nous roulons, descendons les pentes sur lesquelles nous étions, vers la plaine où s’étale Kuala Lumpur, ce qui nous permet de voir le spectacle des gratte-ciels vers lesquels nous roulons, et arrivons bientôt au centre ville, après être passé devant le splendide bâtiment colonial de la court suprême de justice.

SC

 

En fait, une courte promenade en ville le montre vite : tout ce qui est beau est ancien, et singulièrement d’architecture coloniale dix-neuvièmiste. J’ai lu plus d’une fois les origines du musée de la Malaisie, celles de la court suprême, celles de tel ou tel bâtiment gouvernemental : j’oublie chaque fois qui les a fait. Mais jamais on oublie la splendeur du spectacle. Y a pas à dire, nos ancêtres savaient y faire.

 

MarketIl y a, aussi, un merveilleux marché en modern style, bâti dans les années trente, de toute évidence, et des maisonnettes qui rappellent celles de Georgetown, dans lesquelles, aujourd’hui, se sont réfugié les petits commerçants. Tout Chinatown y est installé, ainsi que les arabes. Le soir, il y a un marché qui déborde sur toutes les ruelles de Chinatown, où l’on vend tout ce que l’Asie du Sud Est compte de copies et de faux, pire encore qu’en Thaïlande, qu’au Cambodge ou qu’en Inde.

 

Le reste, c’est du béton moderne, ambitieux, prétentieux. Il y a, bien entendu, les fameuses tours Petronas, qui sont à ce jour les plus hautes structures du monde. Il y a d’autres bâtiments bêtes et hauts, usuellement ornés de drapeaux malais, vu que la fête nationale n’est pas loin, et que les Malais aiment visiblement bien célébrer l’existence de leur état, où l’impôt est léger et où les rats, comparés aux pays voisins (j’excepte Singapour, mais on en parlera plus tard), se cachent. Lors de mon dernier séjour, en une semaine, j’en ai vu un seul.

16:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, architecture |  Facebook |

15/12/2006

Le pays des lapins magiques

Quand on arrive à Georgetown, sur l’île de Penang, le minibus s’arrête sur Chulia Street – aussi appelée Julia Street. C’est la rue des routards – infiniment moins nombreux qu’en Thailande. J’aime bien l’appeler Julia Street ; ça me rappelle des choses.

 

Ayant quitté Butterworth par la voie maritime, on a pris un bac. Ici, ce sont d’adorables coquilles de noix, minuscules et toutes rondes, qui rappellent les bateaux de pèche que l’on voit sur les côtes du Kent – ou les bacs qui traversent la baie de Hong Kong. Ils font comme ils peuvent, sur le bon mille marin qui va de Butterworth à Penang, agités par un flot parfois difficile. On y met, tout au plus, une douzaine de véhicules, et une cinquantaine de passagers qui pâlissent au fur et à mesure du tangage.

 

Sur Julia Street, où l’on arrive sitôt débarqués, il y a une douzaine de petits hôtels, de guesthouses. Les propriétaires sont devant leur porte, sur la rue, à l’arrivée du minibus, et hèlent les passagers qui sortent hagards, après une huitaine d’heure de route et deux heures de passage de frontière, le regard ébloui. Mon hôtel habituel, c’est le Stardust Hotel, l’Hôtel de la poussière d’étoiles… C’est un joli nom. La propriétaire est une dame chinoise entre deux ages, qui aime les poissons de combat.

 

Il y en a un couple, soigneusement séparé, dans un énorme aquarium qui prend tout le mur du fond de la salle de bain. Entre eux, un mur de plastique amovible, le cas échéant, avec des trous qui permet la circulation de l’eau, mais pas aux deux poissons de remarquer qu’il y a, de l’autre côté du mur, un ennemi à tuer.

 

En effet, quand deux poissons de combat se rencontrent, ils se battent à mort.

 

Les combats de poisson (de coq, de taureaux, de chiens, …), c’est le seul vice officiellement autorisé en Malaisie, car ce sont deux communautés qui le partagent: les indous et les chinois. Pour le reste, une pancarte placée stratégiquement au côté de la porte du bureau des douanes, à la frontière, rappelle que la possession de matériel pornographique est punie de prison, et que celle de drogue est punie de mort. C’est la pendaison, ici, je crois.

 

Quand Madame la directrice du Stardust Hotel, sur Julia Street, me hêle, je prend un air faussement distrait, discute le prix sous le nez de ses concurrents qui pantèlent d’impatience et d’espoir d’entamer les négociations avec moi, demande à voir une chambre qu’après une fausse hésitation – et une diminution de quelques Ringgits du prix demandé, c’est l’habitude – je décide de prendre. J’y laisse tomber mon paquetage, me rafraîchis sommairement et démarre en ville à la recherche de mes cartes postales obligées.

 

La ville moderne est à deux pas, et c’est là qu’on y trouve … tout. C’est un immense quartier chinois, juxtaposé à un quartier indien et à un quartier musulman. On voit le pays riche, car tout y est propre – enfin, plus propre qu’en Thaïlande : le pétrole est une bénédiction. Les rats, omniprésents en Asie du Sud Est, sont rarissimes, en Malaisie. Les restaurants, les bureaux de voyage, les banques, les changeurs, les vendeurs de tout et de n’importe quoi, la poste et le quartier général de la police, tout ce qui compte se trouve dans la ville moderne, dans laquelle on peut même trouver un gratte-ciel ainsi qu’un parc avec – oh, miracle – des poubelles pour vos ordures. MageMon quartier à moi, plus ancien, est celui des géomanciens, des hôtels de routards et des temples. Des géomanciens… Cela indique bien qu’il s’agit d’un quartier chinois.

 

On peut aussi y trouver des marchands de textile bon marché, et des vendeurs de cartes postales : il ne me faudra donc pas aller bien loin avant de trouver mon bonheur.

 

Depuis toujours, dans chaque pays que je traverse, j’envoyais une carte postale à un correspondant. Longtemps, ça a été Antoine puis, quand il a disparu, il y a eu Marie. Maintenant qu’à son tour, elle a disparu, dans le but de limiter mes risques, j’ai plusieurs correspondantes : d‘abord, il y a Mlle Chipie.

 

Mlle Chipie est un lapin nain d’environs un kilog. ChipieC’est l’animal de compagnie d’un couple de mes connaissances, et le centre de leur foyer sis dans les Ardennes belges. Elle est sympathique, paresseuse et gourmande.

 

Trrrès gourmande.

 

Sa vie consiste à mendier de la nourriture, chaque fois que quelqu’un enfourne quelque chose en bouche, et à en voler, chaque fois que quelqu’un oublie une assiette quelque part – préférablement sur la table du salon, devant la téloche. Arrêtant alors de jouer à la misérable affamée, à la quête sur ses deux pattes de derrière, elle saute sur le sofa, puis du sofa sur la table du salon : elle y dévore les chips oubliés, ou l’assiette de steak-frites abandonnée un court instant, le temps d’aller se prendre un verre d’eau au réfrigérateur.

 

Pendant ce temps, le présentateur qui déballe son affaire sur l’écran, et qu’elle surveille d’un œil méfiant, tout en s’empiffrant, ne la dénonce pas – l’âne.

 

Vous revenez dans la pièce, tombez sur la lapine en plein repas, criez un CHIPIE ! retentissant, elle bondit de la table et va se cacher, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, sous un meuble. Son hypothèse est que, cinq minutes plus tard, on aura oublié le méfait, ou on le lui aura pardonné. Cinq minutes plus tard, donc, elle revient à vos pieds, quêter ce petit quelque chose dont elle a besoin, tant elle est affamée… Selon mes pronostics, elle mourra de cholestérite dans le courant de l’année 2007.

 

Quand on compare sa vie de coq en pâte à celle des courageux lapins que l’on voit en Turquie, dans le tiers-monde, elle devrait avoir honte. Là, les lapins doivent gagner leur vie à la sueur de leur front. J’en ai vu, ainsi, forcés de faire des tours des demi-journées entières, sur les rues d’Antioche.

 

LapinsmagiquesLeur maître vendait des billets de loterie, et avait créé un gimmick, un truc spécial, pour attirer le chaland : il avait placé deux lapins sur une petite estrade, devant les billets de loterie et, contre un petit supplément par rapport au prix du billet de loterie acheté par le client, il envoyait l’un de ses deux lapins magiques parmi les billets, pour aller dénicher l’un de ceux qui était, à coup sûr, gagnant.

 

On faisait presque la queue devant chez lui et ses lapins avaient du travail jusque par-dessus les oreilles.

 

Je disais que la vie de Chipie consistait à manger, à mendier et à voler. Bon, il faut dire qu’il lui arrive aussi de faire caca sous le canapé, ainsi que pipi sous le vaisselier. Le reste du temps, elle dort.

 

Dans cette même famille, il y a une petite fille qui s’appelle Vicky, qui a onze ans et qui aimerait, quand elle sera grande, devenir sumotori. Pour ce faire, il lui manque encore deux cent kilogs et un bon mètre de haut. Pour le volume manquant, elle a un truc.

 

Enfin, au cas où, toujours dans la même famille, j’envoie une carte aux deux grandes demi-sœurs, Héloise et Chloé, dont l’une deviendra infirmière, et l’autre esthéticienne. Pour l’infirmière, j’ai toujours dit qu’il fallait mieux être dans ses petits papiers. On ne sait jamais, des fois qu’un jour elle sera du bon côté de la seringue, et moi pas.

 

Pour l’esthéticienne, c’est moins mon truc mais, qui sait, je voudrai peut-être un jour être beau ?

 

Par ailleurs, il y a Pauline, dont le but unique, dans la vie, est de faire mettre ses parents en prison pour maltraitance, par des moyens que je ne détaillerai pas ici, afin de ne pas donner de mauvaises idées aux petites filles qui me lisent. Disons le ainsi, les CRS parisiens connaissent l’adresse des parents et l’assistante sociale leur rend visite avec une régularité qui m’inquiéterait si j’étais eux. Tout lui est pardonné, cependant, quand elle sourit.

 

Pour tous, je trouve donc mes cartes que je remplirai ce soir, à l’hôtel. Je passe ensuite à la poste pour obtenir les timbres nécessaires à l’envoi, puis abandonne mon butin à l’hôtel. Il est temps d’aller se promener un peu, à travers de vieux quartiers classés, je crois, au patrimoine mondial de l’UNESCO.

16:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux |  Facebook |

13/12/2006

Le cocktail de sang de serpent

C’est la fameuse histoire du mec qui ne se sentait pas tout à fait clair dans son cœur et dans sa tête, et qui avait son ange gardien à gauche, pendant que son diable gardien était à droite.

 

Le diable gardien lui disait « Henri » (il s’appelait Henri, le héros de l’histoire) « Henri, tu n’est pas le premier médecin qui couche avec une patiente, et tu ne seras certainement pas le dernier »… pendant que son ange gardien rétorquait, « Henri, souviens-toi quand même que tu es vétérinaire … ».

 

C’est un peu le sentiment que l’on a, quand on quitte Hat Yai.

 

Hat Yai est décrit comme le petit Paris de la Thailande. Quand on y arrive, on se rend vite compte qu’il n’y a pas de tour Eiffel, ni d’arc de triomphe, ni de Louvre, ni, finalement, rien de marquant sur le plan architectural, qui mettrait Hat Yai « sur la carte », comme on dit. Certes, on y trouvera de délicieux temples dans le style de Bangkok, un gigantesque Bouddah couché, et d’incontournables restaurants de serpents, typiques à la Thailande du Sud.

 

BistrotQuant à l’aspect parisien, c’est le suivant : en Malaisie, et à Singapour, tout ce qui est olé olé est puni d’une lourde amende ou d’une peine de prison. Du coup, tous les Malais et les Singapouriens qui veulent se changer les idées, si je puis dire, viennent à Hat Yai.

 

Hat Yai, c’est le petit Paris de petits Léopold II.

 

Si le centre est, quand même, très Thai, avec ses restaurants et ses échoppes, ses massages, ses coiffeurs, ses hôtels et ses banques, on se rend quand même vite compte que les salons de massage ne se limitent pas à proposer des massages traditionnels. Mesdames les masseuses sont vite à vous faire un sourire plus aguichant que de coutume, et à vous Hatyaisignaler qu’elles sont tout à fait prêtes à faire des massages dans votre chambre d’hôtel. Les salons de coiffure proposent des trucs qui ne sont pas sur la carte des salons de coiffure normaux. Il y a un nombre invraisemblable, dans le centre ville, de karaoke qui, le soir, ne ressemblent pas à des salons de karaokes tels qu’on les connaît ailleurs : devant ces salons de Hat Yai, il y a des douzaines de demoiselles en tenues légères et qui hèlent le chaland. Il y a, sur les marchés, des stands proposant des films avec des acteurs faisant des trucs et des machins. Il y a, en grand nombre, des « clubs » nocturnes avec des affiches promettant des spectacles qui rappellent Pat Pong.

 

Bref, comme le dirait Mlle Julia : c’est louche.

 

Je dirais même plus : c’est écoeurant.

 

Si la prostitution, dans le Sud Est Asiatique, est un fait de société ; si, quand on y pense, de grandes jeunes filles de vingt ans passés savent après tout ce qu’elles font de leur corps, et sont majeures et responsables, cette ville presqu’entièrement tournée vers le stupre, c’est trop. Le sourire naturel aux Thaïlandais, ici, on le suppose toujours commercial – et pour quel commerce. Trop, c’est trop. La Thaïlande, land of smile, le pays du sourire, devient le pays de la fesse. La situation est encore pire à la frontière où, du côté Thaïlandais, s’est créé une bourgade anonyme, mais destinée exclusivement aux plaisirs de la chair des touristes Singapouriens et Malais. Pas une bâtisse, là, qui ne soit pas un lieu de plaisir, de stupre et de luxure et quand on roule en minibus, vers la frontière, où que l’œil tourne, c’est pour noter des annonces offrant des soapy massages (en d’autres mots, des massages cochons), des karaokes, qui n’ont rien à voir avec les karaokes traditionnels à l’Asie du Sud Est, des filles, des filles, des filles… Déjà à Hat Yai, on est souvent accostés par l’un ou l’autre bonhomme particulièrement amical, pour se voir proposer des filles et, si on a pas l’air chaud, de jeunes, de très jeunes filles. Prêt à changer son fusil d’épaule, le rabatteur, si vous continuez à l’ignorer, vous soufflera qu’il a aussi des jeunes garçons en stock.

 

SnakehouseLes restaurants de serpent – c’est la spécialité locale – sont eux même entourés d’établissements fermés sur le temps de midi, mais qui ouvrent bien avant la fin de la journée, alors que l’on sort à peine du restaurant: ce sont des bordels.

 

Les restaurants de serpents, donc… On y trouve deux types de propositions dans ces endroits. Vous pouvez y prendre soit une sorte de cocktail, fait de sang de serpent mélangé à de l’eau de vie – et c’est pour le power – soit une soupe de légumes assaisonnée de tronçons de serpents saignés à blanc, et c’est bon pour la santé.

Snake

 

Le power, c’est, bien évidemment, l’énergie sexuelle. Selon la tradition, le mélange de sang de serpent avec de l’eau de vie a un effet canon sur l’érection. Et, au plus le serpent est venimeux (et donc cher), au plus son sang est efficace. On peut avoir un cocktail pour un prix bien démocratique d’une centaine de Bahts, et ça peut monter jusqu’à mille Bahts. Avec ce dernier cocktail, je suppose qu’on est atteint de priapisme des mois durant.

 

C’est du moins l’effet espéré.

 

Du côté de la soupe, ce sont tous les légumes de saison, assaisonnés de gingembre et, donc, de quelques tronçons de serpents préalablement saignés pour les cocktails. Un serpent, il semble que ce soit fait pour moitié de peau, épaisse et grumeleuse, collant à la chair, et pour presque moitié d’arêtes minuscules et habilement glissées dans la chair pire qu’une truite. Le calcul est fait : il ne reste quasiment rien à grignoter entre peau et arêtes.

 

Cela dit, la soupe est délicieuse. On chipote un peu sur les tronçons de serpent, grattant un tantinet de chair, et on paie son dû, une fois le repas expédié, en félicitant le cuistot. Ensuite, on s’échappe du quartier entre les filles qui, déjà assises devant la porte des établissements de nuit, vous hèlent et vous proposent des délices extra-serpentines pour que vous puissiez vérifier la qualité du cocktail que vous venez, sans nul doute, d’ingurgiter.

 

Une fois la soupe de serpent – ou le cocktail de sang de serpent, donc – avalée, il est temps de quitter Hat Yai. On peut partir à Song Khla, en pleine guerre civile musulmane, ou traverser les territoires du Sud, dans un microbus qui trotte, jusqu’à la frontière malaise, puis jusqu’à Penang, ou jusqu’à Kuala Lumpur. C’est la solution malaise que j’ai choisie.

08:32 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuisine, animaux |  Facebook |

12/12/2006

Les naufragés Saoudiens

Certaines des îles sont amusantes, quand elles se rejoignent avec la marée descendante, alors qu’elles étaient séparées l’une de l’autre, par marée haute. C’est le spectacle que les guides essaient usuellement de proposer à leurs ouailles qui, une fois le pique nique terminé, n’auraient rien de bien intéressant à faire, sinon traîner sur la plage. Or, l’idée du guide est d’avoir une bonne heure pour respirer tranquille avec ses petits camarades.

 

Mais dès que le sable se dégage d’une île à l’autre, tout le monde se sent l’envie d’aller à pied, se promener jusqu’à la prochaine île. La magie du Mont Saint Michel, je suppose.

 

Pris par l’habitude, on veut croire, parfois, que le sable est à peine caché sous l’eau, et que deux îles sont joignables quand elles ne le sont pas. C’est ainsi que, à l’occasion d’une de ces excursions, un couple de Saudis, de Saoudiens, en d'autres mots, fraîchement mariés et venus ici pour leur voyage de noces, partent à l’aventure jusqu’aux rochers prochains, à deux pas de l’île sur laquelle nous terminons de déjeuner. Prudents cependant, ils partent à l’aventure après avoir chacun revêtu une veste de sauvetage. En Arabie Saoudite, les bons nageurs sont rares.

 

Oh surprise.

 

Madame s’est choisie un mari moderne – ou obligé de l’être : elle est fièrement revêtue d’un maillot de bain, qui la ferait lapider vite fait sur le gaz en Arabie Saoudite, et bavarde avec tout le monde, hommes et femmes, dans un anglais rocailleux. Monsieur est un petit maigrichon encore amoureux, morose et poilu, qui commence à comprendre enfin, trop tard, que le mariage n’est pas un chemin couvert de pétales de roses et que le futur lui promet bien des désillusions. De toute évidence, sa jeune épouse a pris les rênes du carrosse et il n’a rien à dire.

 

Evidemment, de retour en Arabie Saoudite, ce sera peut-être une autre paire de manches. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce garçon, nous, les hommes.

 

En attendant, les voilà donc partis, veste de sauvetage sur le dos, jusqu’aux prochains rochers, sauf qu’entre ces derniers et la plage de l’île sur laquelle nous déjeunons, il y a encore un peu d’eau – trois fois rien. Ce trois fois rien nous fait une plage de sable fin, qui laisse place à l’eau, et qui continue à descendre petit à petit, jusqu’au moment où nos deux nageurs olympiques doivent commencer à barboter et sont promptement entraînés par le courant, sans rien pouvoir y faire.

 

Le temps que nous notions l’éloignement du jeune couple, que nous comprenions la situation, que nous expliquions l’affaire à notre guide, que le guide – qui ne se frappe pas trop, vu qu’ils ont une veste qui leur permet de flotter – décide de rappeler tout le monde pour aller rechercher ses deux passagers, tout en continuant notre périple d’île en île, les naufragés ne sont plus que deux têtes d’aiguilles à l’horizon.

 

On les repêche bientôt, Monsieur tremblant d’angoisse rétrospective, quand nous nous faisons un malin plaisir de lui faire croire qu’il se dirigeait droit vers un endroit où il y a des requins ; Madame, un instant silencieuse, mais reprenant vite du poil de la bête, ainsi que sa langue, et recommençant à pépier joyeusement avec tout le monde sur le long tail.

 

Il est cependant notable que, lors des arrêts suivants, ni lui, ni elle ne plongeront.

 

C’est, heureusement pour eux, une excursion un peu plus courte que d’autres, et nous rentrons à Krabi, alors qu’il est, tout au plus, trois heures. C’était ma dernière journée à Krabi : hier, en même temps que mon billet d’excursion marine, j’ai réservé un billet pour Hat Yai, le hub incontournable pour aller en Malaisie. J’y passerai probablement la nuit, visiterai ce qui mérite de l’être, irai me prendre une soupe de serpent – la oh combien fameuse soupe de serpent de Hat Yai - et démarrerai le jour suivant pour Kuala Lumpur.

 

Retour à mon hôtel, en attendant, et douche. En sortant, alors que je vais au cybercafé du coin, je tombe sur la sortie des classes.

 

kids1Des maternelles, ou des primaires, je suppose. Indépendamment du sexe, chaque classe se retrouve avec une couleur : rose layette, jaune canari, bleu layette encore… Au moins, ça rend les gosses repérables et ils n’ont pas l’air particulièrement traumatisés par la violence de la couleur qu’ils doivent porter.

 

09:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/12/2006

Les copains d'Oscar, le gentil poisson jaune

Or donc, me voici à Krabi. Le bus s’est arrêté d’abord, avant la ville – enfin, ce qu’il est convenu d’appeler la ville de Krabi, et qu’on appellerait une tranquille bourgade – au port de plaisance, qui fait aussi office de port maritime et à partir duquel tous les ceusses qui veulent aller aux îles s’embarquent dans l’un ou l’autre bateau. De Krabi, du port de Krabi, on part aux îles de Koh Phi Phi, ou de Koh Samui, principalement. Ce sont les deux îles à touristes, charmantes mais déjà bien peuplées, et entièrement remises en ordre de marche depuis le Tsunami de fameuse mémoire.

 

Exit ma voisine Italienne et les trois quarts des passagers du bus. Exit tout le monde, finalement, car nous devons attendre un minibus pour transporter les reliquats de la partie. Après une bonne demie heure d’attente, un minibus délabré arrive en effet ; on s’empile dedans, après avoir fait un geste vague d’adieu dans la direction du groupe de Koh Samui et de celui de Koh Phi Phi, et vogue le minibus. La route est dans un état presque parfait, encadrée de monticules droits qui rappellent que jusqu’il n’y a guère – disons, vingt millions d’années ? – la région était particulièrement soumise aux secousses sismiques les plus violentes. Si le spectacle terrestre peut sembler étonnant, il faut alors avoir vu celui de la mer.

 

La mer, c’est précisément la raison pour laquelle on vient à Krabi : d’un côté, la bourgade assoupie dont les quelques feux de signalisation sont encadrés d’énormes gorilles destinés, je suppose, à faire peur aux conducteurs peu prudents ; de l’autre, les îles. Ilots1Arrivé au bout du trajet, à cinquante mètres du port des long tails, à tout casser, il y a une tripotée de guesthouses dont celle qui me convient, où les chambres sont parfaites, où le petit déjeuner est excellent. Chaque soir, quand je suis rentré de l’une ou l’autre excursion maritime, je prends une douche et, d’un pas de sénateur, je suis en cinq minutes, tout au plus, au marché de nuit, où l’on peut dévorer des plats délicieux. Chaque matin, je me lève dès potron-minet, ayant réservé la veille une excursion pour la journée : une fois les cinq îles de l’Est, une autre fois les sept îles du Sud, etc… Ainsi que je le disais, Krabi est une petite bourgade assoupie. Elle n’a, finalement, que ses îles à offrir.

 

Pourquoi ne pas aller y loger, alors, et ne pas s’installer aux fameuses Koh Phi Phi et autres ? Il se trouve simplement qu’il est plus agréable, à mon goùt, d’être sur le continent et d’avoir autre chose à faire, le soir, que les sempiternelles soirées au bistrot, entre touristes. Ici, on a les restaurants aussi bien que le marché de nuit, et des bistrots, c’est vrai. Mais on a aussi des activités plus variées : il y a des temples à visiter, par exemple, le massage du soir dans une officine bien locale, ce qui change par rapport aux produits faits pour les touristes, et la consultation de l’internet, encore difficile sur les îles.

 

Et puis, si l’on veut vraiment s’étaler sur une plage, il y a toujours la possibilité, au port, d’affréter, à quelques uns, un long tail, afin d’aller occuper une plage déserte pour la journée. Krabi2J’ai fait ça, deux fois, avec des compagnes de rencontre, mais on s’ennuie vite, sur les plages où il n’y a pas grand-chose à faire : on nageait pour se rafraîchir, on se grillait solidement les pieds sur le sable et on devait se réfugier sous un bouquet d’arbres. Remettant nos chaussures, on essayait de faire le tour de notre domaine de la journée, mais étions vite bloqués par l’un ou l’autre amoncellement de buissons aux feuilles piquantes. On revenait sur la plage dont nous avions déjà fait dix fois le tour, et admirions encore et toujours le paysage puis, enfin, la belle acceptait la défaite et proposait de revenir au port. Rentré à l’hôtel, après la douche, on pouvait finalement passer aux choses sérieuses.

 

Aujourd’hui, si une fille me proposait d’aller faire un tour romantique sur une plage rien que pour nous, au risque de perdre les délices nocturnes dont un garçon rêve toujours, et qu’apporte usuellement la complaisance du séjour sur la plage romantique, je refuserais tout unîment. En bref : les plages, c’est bien joli, mais passé cinq minutes, ça devient pénible.

 

Il est huit heures quand un minibus, ou un pick up, vient prendre les plaisanciers qui ont réservé tel voyage, et l’on est conduit à Krabi-Plage. Oui, cet endroit, inexistant il y a dix ans, croit et embellit depuis le Tsunami. Je l’ai connu juste avant : c’était quelques paillotes et un ou deux guesthouse, au bout d’une route de terre. Ce sera bientôt Torremolinos – ou, pour faire plus couleur locale, Phuket.

 

On en est – les dieux en soient remerciés – pas encore là. Imaginez cependant, le long d’une plage étroite à l’eau cristalline, une quarantaine de maisonnettes de bois, faisant offices de bureaux de tourisme, et de magasins de produits destinés à la natation, à la plongée sous-marine et aux nombreux verres nécessaires pour se remettre de toutes ses émotions le soir venu. L’ébauche de deux ou trois rues sur lesquelles des bâtisses de deux ou trois étages commencent à pousser, annoncent que la plage se prépare au succès de foule, prochainement, ce qui se note par la route d’arrivée, route maintenant macadamisée, devenue rue populeuse et densément bâtie, longée maintenant, de guesthouses, de 7/11, de quelques boites de nuit et de bistrots, de tout ce qui permet des vacances à des routards qui veulent bien voyager, mais qui aiment aussi se retrouver ensemble et retrouver, partout dans le monde, la même bière, le même ouisequi, le même gin, les même tubes planétaires, la même Starac.

 

Le dépaysement, certes, mais point trop n’en faut.

 

Je rencontrerai même un jour, à Bombay, des routards disputant les avantages comparés des McDonalds de chez eux, et de ceux que l’on trouve en Inde.

 

Or donc, devant les paillotes qui font le cœur de la … digue ? Hmmm, oui, disons « digue », il y a une dizaine de mètres de plage de sable blanc, qui descend abruptement jusqu’à l’eau, sur laquelle se balancent des long tails. Les passagers se rassemblent selon leur voyage du jour sous la houlette d’un guide. Sous un ciel invariablement bleu au petit matin (les choses changent parfois assez bien pendant la journée…) et sous un soleil déjà de plomb à neuf heures, Krabi3nous allons à notre long tail tiré jusqu’à la plage et embarquons vers notre sort. Le moteur du long tail rugit comme celui d’un avion de chasse des temps anciens, et nous voilà partis vers la première île.

 

Le but de la promenade est de nous faire voir des îles aux formes étonnantes, de nous arrêter dans des baies bien connues de notre batelier, et où on aura des poissons de modèles variés, en quantités phénoménales.

 

Vu que je n’ai pas d’appareil fait pour la photo sous-marine, rien ne peut être montré ici ; mais disons le en quelques mots : c’est presque aussi bien que la Mer Rouge.

 

Pour ceux qui n’ont pas été en Jordanie, en Israël ou en Egypte, à fouiner à travers les coraux, à deux ou trois mètres de profondeur, tout au plus, il faut savoir que la Mer Rouge est sans le moindre doute le paradis du poisson exotique. Il n’est pas un instant qu’on ne soit en face de bancs de poissons roses, bleus, rouges ou multicolores. Alors qu’on voit arriver devant soi des myriades de poissons, et qu’on ne peut imaginer ne pas les toucher, ils parviennent à vous croiser sans même vous frôler. Dans un silence miraculeux, où vous n’entendez que le bruit de votre respiration et celui de votre cœur qui bat, vous admirez le spectacle d’un trafic anarchique et coloré. Chaque poisson va son chemin, parfois dans un banc qu’on prend pour un véritable nuage, parfois seul. Vous tendez la main vers l’un d’entre ces poissons qui semble vouloir vous toucher ; il est toujours quelques centimètres plus loin – sauf, bien entendu, si sa peau est tellement venimeuse qu’il prend plaisir à se laisser toucher… Mais ces derniers poissons – les venimeux, je veux dire – on les reconnaît sans peine, et on sait vite ceux qu’il ne faut pas toucher, même s’ils semblent s’offrir à la caresse : tous les poissons ne sont pas des Oscar.

 

Le golfe du Siam, c’est donc presque aussi bien que la Mer Rouge: un peu moins de variété, sans doute et, sans doute aussi, un nombre moindre de poissons. Gros avantages par rapport à la Jordanie, l’Egypte ou Israël : il n’y a pas de chameaux qui se baignent au bord de la plage, la polluant pour la journée; il n’y a pas de missiles qui volent ici et là, faisant des trous dans les maisons et, singulièrement, dans le mur de votre chambre d’hôtel ; il n’y a (presque) pas d’attentats suicides ; les filles sont jolies et les poissons sont suffisamment comestibles pour qu’on puisse les retrouver, suffoquant, sur le marché de nuit, prêts à être choisis et mangés par vous, par moi, par nous.

 

Quoiqu’il en soit, la randonnée maritime, à la rencontre des petits camarades d’Oscar, c’est amusant. Il faut faire attention, au bout d’une plongée déjà, à retourner à l’eau avec un t-shirt. Sinon, on est grillé vif. L’eau est fraîche et trompeuse. La première sortie a duré pas loin d’une heure, et je vois deux ou trois personnes qui remontent dans notre long tail avec des rougeurs suspectes sur les épaules, le dos, le derrière des cuisses et les mollets… Ils replongeront sans protections à plusieurs reprises, avant que l’aspect fluorescent de leur dos entraîne de justes inquiétudes de leur part. Trop tard pour réagir, mais les hurlements de douleur, usuellement avec l’accent hollandais, c’est pour cette nuit.

 

Nous allons ainsi, d’excursion en excursion, de réserves de poissons en réserves de poissons, eux, prudemment en profondeur et nous à la surface, d’île en île. Nous déjeunerons sur l’une d’entre elle, alors que la marée descend.

Ilots2

 

 

14:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/12/2006

Oscar, le gentil poisson rouge - non, jaune!

J’ai oublié de parler de mon passage à la maison de Jim Thompson : cachée dans un petit soi, à deux pas de Sukhumvit  Road, elle est ravissante. Pour mémoire, Jim Thompson est un ancien de l’OSS, qui s’était installé juste après la deuxième guerre mondiale en Thailande. Officiellement, il était là pour aider le pays à se remettre, en tant qu’expert agricole, ou une ânerie du genre, après la guerre. En réalité, pour aller visiter les provinces un peu éloignées de la capitale, là où il aurait pu y avoir des terroristes communistes. Au passage, il avait été mis en contact avec les splendeurs de l’artisanat local et en était tombé amoureux. Il avait bientôt démissionné de l’organisation – devenue la CIA – et s’était lancé dans la renaissance de l’industrie de la soie. Il en avait profité pour se loger – très bien – à Bangkok, dans une huitaine de maisons qu’il avait acheté à Ayuttaya et fait démonter, puis remonter à Bangkok, tout près d’un klong. JT2Sa gentilhommière, entourée de jardins somptueux et d’un mur élevé, est le rêve de tous les pillards sans foi ni loi que la France aurait pu avoir comme ministre de la culture – ou comme président, si on y pense… Elle est faite, donc, de huit maisons serrées les unes contre les autres, avec des petites cours, des buissons fleuris, des pièces d’eau dans lesquelles nagent des poissons de tailles variées. Cela va d’une gigantesque raie dont le diamètre doit bien dépasser le mètre cinquante, au petit Oscar, poisson rouge (enfin, jaune) de vingt bons centimètres qui vient à la surface de son aquarium – en fait, un gros pot de grès – quand on l’appelle en faisant clapoter l’eau. Il demande des doudouces et, après les avoir reçues, il se renfonce dans l’eau. Gentil Oscar…

 

Oscar

Alors que, dans les pièces d’eau, nagent des Oscar et d’autres animaux moins affectueux, sur les même pièces d’eau, flottent de splendides lotus, en hommage à Bouddha et en hommage à la beauté, tout simplement.

 JT1

Les maisons, dans lesquelles on ne peut pas prendre de photo, sont meublées de manière bien éclectique, mais avec, comme de juste, une tendance asiatique prononcée. Une splendeur, tout simplement.

 

C’est un paradis, au milieu de Bangkok, et on y passerait bien sa journée, mais j’avais d’autres rendez-vous. J’y retournerai, c’est évident. Et puis, près de la maison de Jim Thompson, il y a Lumpini Park, avec ses gyms champêtres ; il y a quelques paradis du shopping asiatique ; il y a des petits temples cachés au milieu du béton. Ce quartier, devenu un quartier d’affaires, a un passé architectural qui mérite le détour, une promenade paresseuse et sans but.

20:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : animaux, decoration d interieur |  Facebook |

01/12/2006

Les tronçons de banane

Sur la route, je sors de mon baluchon un masque de sommeil. Le bus est plein ; il est dix huit heures à peine passées ; nous venons de quitter Kaoh San, roulons doucement en ville, à quatre voitures de front et notre prochain arrêt sera vers minuit, à l’un ou l’autre restauroute comme les Thaïs aiment les organiser : un hangar haut sur pattes, avec une petite douzaine de popotes proposant chacune son plat : des marchés de nuit le long du chemin…

 

J’ai le temps de dormir un peu.

 

Le bus est confortable et ronronne. Il est plein aussi. J’ai – l’expérience aidant – bondi sur une place du premier rang, qui me permet d’étaler mes jambes, alors que les autres rangées peuvent être un peu plus serrées. Qui plus est, premier rentré, j’ai pris une place à la fenêtre. Pour qui n’a pas de masque de nuit, oui, ça peut être agaçant d’avoir les lumières dans les yeux, quand la nuit tombe. Mais avec un masque, tout va bien.

 

A côté de moi, une Italienne qui s’apprêtait à bavarder jusqu’à plus faim, jusqu’au moment où elle m’a vu sortir mon masque. Silence que je soupçonne interloqué et boudeur. Entre le moment où elle s’est assise et maintenant, je savais déjà son nom, son age, son origine et son itinéraire, son boulot et sa couleur préférée. Sarah, qu’elle s’appelle. Heureusement, nous n’allons pas au même endroit : elle va sur les îles, quand je m’arrête à Krabi. Quoiqu’on ira ensemble presque jusqu’au terminus… Bon, elle aura le temps de se remettre de mon manque d’intérêt.

 

La nuit précédente a été courte. Parti en fin de soirée à Pat Pong, après un délicieux repas pris à Chinatown, Piggiesje me suis finalement retrouvé, non pas à Pat Pong mais à Nana Plaza. C’est du pareil au même, mais ça arrangeait mon conducteur de tuk tuk, qui recevait manifestement des sous de telle boite, s’il y conduisait un chaland. Alors, Snow White ou un autre… A Snow White, comme partout ailleurs, un spectacle de danse où les danseuses sont habillées léger, suivi d’une série de numéros de stripteaseuses qui font ensuite des tours rigolos, avec leur entrecuisse et des contractions du périnée. La première fumait : ayant allumé une cigarette, elle se l’était introduite dans … euh… enfin, dans , et montrait complaisamment l’embout rougeoyant de la cigarette, qui rougeoyait encore et davantage, de temps à autre, quand Mlle prenait une forte inspiration. Sauf que ce n’étaient pas ses poumons qui inspiraient. Elle finira avec un cancer de l’utérus, celle-là.

 

Sa camarade suivante, alors que je sirotais tranquillement ma bière, mélangé aux touristes qui regardaient la scène d’un air effaré, visait le public avec des balles de ping-pong, qu’elle avait introduites au préalable dans l’endroit idoine. Ensuite, en se contorsionnant un peu, elle mettait son bassin en avant et tirait sur l’un, puis sur l’autre, avec les balles qui rebondissaient sur les tables. La dernière, après avoir touché un anglais droit sur le crâne,  avait manqué ma bière de peu. Tant mieux.

 

La troisième, enfin, s’était enfilée une banane qu’elle avait ressortie, tranche par tranche, ou plutôt, tronçon par tronçon, prouvant la qualité irréprochable de ses muscles vaginaux, sur une assiette qui avait été ensuite envoyée par le patron à travers la salle, de table en table.

 

Je ne suis pas certain que beaucoup de spectateurs s’étaient servis, mais qui sait. Moi, pas, en tout cas.

 

Ensuite, le spectacle étant terminé, les demoiselles se répandant dans la salle, j’avais pris ma dernière bière et avait offert à la lanceuse de balles de ping-pong un ladies drink qui lui avait fait espérer, à tort, une finale à mon hôtel - contre monnaie sonnante et trébuchante, oeuf corse. Le verre fini, je l’avais quittée avec d’abondantes félicitations pour ses qualités artistiques et avais repris un tuk tuk pour aller dormir. Il était quand même près d’une heure du matin, et il faut une bonne petite heure pour aller de Nana Plaza à Kaoh San.

 

La nuit un peu vaseuse, après trois bières, le réveil à l’heure habituelle, dans la chaleur poisseuse du petit matin, que le ventilateur ne parvient pas vraiment à rafraîchir, et les premiers tuk tuk qui passent en faisant leur habituel bruit de quadriréacteurs soviétiques décollant à pleine charge. Douche froide, petit déjeuner, passage rapide à l’ambassade, pour savoir quelles sont, du point de vue officiel non local, à quoi ressemble l’ambiance dans le sud. Depuis une bonne année, la guérilla musulmane se réorganise et s’excite dans les provinces qui bordent la frontière avec la Malaisie, et mieux vaut savoir où l’on met les pieds. La prudence est la mère de la sûreté et aller, par exemple, à Songkhla est sans risque, si on sait quel est le risque.

 

A en croire le conseiller qui me reçoit, c’est affreusement dangereux, pire que l’Irak. Après cinq minutes, on descend dans la gradation de l’horreur, et je dois simplement éviter ceci, et cela, et encore cela – mais finalement, assez peu de choses.

 

Un homme prévenu en valant deux, je sors de l’ambassade l’âme en paix. Le factionnaire qui poireaute devant la grille me fait un salut militaire, auquel je réponds avec le sourire. Je reprends mon chemin, et me précipite dans le métro puis, arrivé au Chao Praya, sur le fleuve que je descend à l’aventure, vers des coins que je ne connais pas.

 

Et puis, sur le Chao Praya, il fait légèrement plus frais.

 

De retour à l’hôtel, après m’être offert un bon massage, je prends mon bagage et vais au terminal de bus, bien en avance. Et donc mon Italienne…

 

Nous sortons bientôt de la ville, sur l’infinie autoroute qui enfin se divise, et nous obliquons vers le Sud. Il commence à faire noir, et on voit passer, sur le bord de la route, les marchés de nuit, des restaurants, des karaokés – les Thaïs sont très sorteurs – et des épiceries encore ouvertes. Je ne parle pas ici des Seven Eleven. C’est alors que n’écoutant ma voisine que d’une oreille distraite, je sors mon masque et me prépare à le placer sur mes yeux : un sourire aimable à ma voisine qui me regarde, surprise, je me retourne et me prépare à sommeiller, bercé par le ronronnement du moteur. Heureusement, à la différence des bus VIP indiens, on a que très occasionnellement des films dans les bus, en Thaïlande. Pour ce bus, principalement affrété pour des touristes occidentaux, le propriétaire sait que nous ne souhaitons pas vraiment voir une histoire abracadabrantesque de gamines hurleuses mélangées à des déesses jalouses, et on nous a donc laissé en paix. Tant mieux. Prochain réveil, vers minuit. KrabiCe sera ensuite, vers les huit heures du matin, l’arrivée au port de Krabi, pour ceux qui vont sur les îles, puis à Krabi ville, pour ceux, dont moi, qui vont sur la plage, sur laquelle on va en bateau "long tail", pour une modeste obole.

 

 

 

 

BatoooLa plage n’empêche d’ailleurs pas les îles. Ni un charmant port de pèche au milieu duquel des bateaux mal rescapés du dernier tsunami terminent de pourrir, offrant un spectacle charmant aux touristes qui oublient ce qui se trouve derrière les épaves.

22:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : petits plats locaux, spectacles |  Facebook |