22/12/2006

Parenthèse indienne

Oui, Kuala Lumpur est une ville agréable, qui n’a pas ce côté oppressant de Bangkok. Elle parvient à être grande tout en gardant un charme de surface provincial, paisible. Et pourtant, la guerre n’est jamais loin ; le pétrole excite des convoitises, comme partout dans le monde. La police municipale n’est probablement pas d’une efficacité foudroyante, tant qu’une mafia régule les dangers de la rue ; mais la police d’état fait tout ce qui doit l’être, face aux menaces islamistes et au danger terroriste. Autant la bordélique Thaïlande voit chaque jour exploser une bombe ou deux, dans le Sud, autant la Malaisie, dans son patchwork anarchique de communautés qui ne s’aiment pas trop, parvient à étouffer dans l’œuf tout début de frémissement de malfaisance politique. Tant mieux.

 

Je fais encore le tour de quelques jolis temples, en ville. Les plus jolis sont chinois et la variation de leur décoration ne connaît pas de frontières. On se croirait parfois dans une maison bourgeoise, parfois au paradis. C’est, en tout cas, souvent ravissant, de l’intérieur comme de l’extérieur. Templechinois3Usuellement, deux aquariums, à gauche et à droite du temple, contiennent des poissons rouges et des tortues aquatiques. Les deux espèces sont soigneusement séparées, bien entendu.

 

 

 

 

 

Templechinois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Templechinois4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bientôt, assommé par la chaleur lourde de la journée, je me trouve un cybercafé climatisé, où je peux placer mon laptop, histoire de faire le tour de ma messagerie. C’est l’habituel florilège de fines plaisanteries, envoyées par les copains ; de propositions de bizenesses de princesses africaines dont le papa, récemment mort, a laissé dans un coffre de banque une somme astronomique que la princesse est disposée à partager avec moi ; la vente de Viagra, de Cialis, de divers médicaments ; de publicités pour des sites cochons ; de virus envoyés par de parfaits inconnus qui m’ont à la bonne ; de propositions pour des cartes de crédit dont j’ai absolument besoin. Oui, le menu habituel.

 

Ah, tiens, non, pas l’habituel : j’ai un message d’Anjali, copine anglo-indienne, qui me convoque à Goa, où elle réside pour le moment. Goa, c’est dans l’avant dernière province la plus au sud de l’Inde. C’est supposé être une province high tech, on y trouve tous les anciens baba cool des années soixante, qui avaient routardé jusque là et qui, une fois leurs joints fumés et refumés, avaient décidé qu’il fallait quand même, de temps à autre, faire quelque chose de ses dix doigts, afin de gagner sa croûte : ils font de la techno. Grandeur et décadence…

 

L’inde, j’y suis passé rapidement, il y a quelques mois. C’était du temps où je m’étais demandé si ce ne serait pas une bonne idée de varier les plaisirs, vu que ma petite amie m’en priait gentiment.

 

Parenthèse indienne, donc…

 

Il y avait donc Fujiko. Elle tenait absolument à m’accompagner lors de l’un de mes périples, mais elle était méfiante vis-à-vis de l’Asie du Sud Est, où c’est-y, c’est bien connu, qu’il n’y a rien de bon pour une fille. Les îles ? Impasse sur les îles. Bon, très bien. J’avais donc été me renseigner à mon agence de voyage pour savoir ce qui pourrait amuser une jeune femme un petit peu aventureuse et Japonaise à la fois, pendant ses quelques semaines de vacances.

 

« Il parait que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

 

Valérie, c’est ma dealeuse de billets d’avion vers les endroits où il fait chaud : elle fait un petit mètre quatre-vingts, possède une carrure de déménageuse et porte usuellement des atours haré krishna. Une poitrine qui doit remplir sans difficulté des bonnets F, un derrière de percheron, ou de percheronne, un visage poupin, de grands yeux d’un bleu noir de porcelaine, une peau d’une fraîcheur qui fait saliver, un petit nez mutin, malheureusement déparé par un truc planté dans la narine. Bref, une créature ravissante pour qui aime Wagner et n’est arrêté ni par les préjugés frileux, ni par les piercings.

 

Sans repousser Wagner, je préfère Debussy.

 

« Il paraît que l’Inde, c’est pas mal », m’avait dit Valérie.

- Aaah ?

- Oui : des paysages splendides, un pays en mutation, des religions à tire larigot, le mélange des époques les plus reculées avec un modernisme extraordinaire, les fakirs, les maharadjas, les éléphants, les charmeurs de serpents, des temples partout. Moi, j’y ai jamais été, mais on m’a dit que…

 

Gentils zéléphants et temples à tire-larigot, l’affaire était réglée pour moi: j’achetais les billets. Il me restait à persuader Fujiko, méfiante, tapie au fond de la salle de bain, à se maquiller la bouche, qu’un voyage en Inde était certainement une opportunité culturelle à saisir à tout prix, qu’on mange bien en Inde, que les vaches sacrées n’y sont sacrées que le temps de leur engraissement, que tout y est beau, frais, propre (Fujiko est pire qu'une suissesse, quand on parle de propreté), que les routes y sont des billards sur lesquelles des conducteurs dignes des chauffeurs anglais les plus assoupis conduisent prudemment de somptueuses limousines (celles des maharadjas), qu’on peut y attraper France Culture et Radio Tokyo, et que ce serait un beau voyage, point final.

 

Fujiko n’est pas mauvaise nature. Elle avait accepté, sans y réfléchir à deux fois, la proposition indienne. Elle avait même préparé ce soir là, pour fêter la décision de ce départ, un machin délicieux qui rappelle le clafoutis aux cerises, version asiatique. Ce sont des choses qu’on ne refuse pas.

 

Fujiko étant très prise par ses horaires, je partais le premier, à Bombay, où elle devait me rejoindre une dizaine de jours plus tard. Me voici donc à remplir mon baluchon, avec quand même une boite d’immodium, à tout hasard, et en route Germaine, dans un splendide avion Swiss, de Bruxelles à Bombay, en passant par Zurich.

 

Dix jours plus tard, quand l'avion de Fujiko était arrivé à l’aéroport de Bombay, où je l’attendais, j’étais assez bien conscient qu’on allait pas rigoler longtemps.

15:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion |  Facebook |

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