21/12/2006

Pélerinage hindouiste (et les singes volent)

Les alentours de KL ne sont pas vilains et l’on passe vite de la ville à la campagne. Si l’on veut se promener, de plus, les transports en commun sont remarquables d’efficacité. Ici, nous ne sommes pas à Bangkok, où jamais le bus que l’on cherche ne va à l’endroit souhaité, et où personne ne sait vraiment dans quel bus, finalement, je devrais monter… Non, outre les deux lignes de métro aérien qui passent régulièrement et silencieusement, reliant la ville avec elle-même, les lignes de bus ont des numéros, lisibles pour tous, et des destinations connues de tous et toujours les même.

 

MetroPetronasS’il était facile d’aller aux tours Petronas, puisqu’une station de métro porte leur nom et que les stations de métro changent rarement de place, ce pourrait être moins facile d’aller aux temples hindouistes de Shiva, dans la montagne qui borde Kuala Lumpur. Eh bien non : Il y a bien un bus, à la station discrètement cachée, mais qui ne change pas de place. Le bus sera, de plus, direct. Le confort est un peu spartiate mais, quand on compare, guère moins élevé que celui du réseau de bus parisien ou bruxellois – et nettement moins glauque : pas de mendiants menaçants, de musiciens qui, une fois un morceau massacré, forcent leur sébile sous votre nez, de vendeurs de colifichets qui bloquent le trottoir autour des arrêts de bus, tentant de vous fourguer leur camelote et, si vous ne voulez décidément rien acheter, vous crachant sur les talons ou essayant de voler votre portefeuille. Bref, comparé à bien des coins du monde – Marrakech, par exemple… - un vrai paradis.

 

templeKLUne demie-heure après le départ, nous sommes devant une grille et, dans le lointain, on voit une statue dorée géante qui domine le paysage, qui fait jeu égal avec la montagne à laquelle elle est adossée. Nous sommes à une dizaine de kilomètres de Kuala Lumpur. Les pélerins parmi lesquels j’avance marmonnent des mantras dès la grille passée. Pendant ce temps, des vendeurs du temple se précipitent sur moi, l’évident touriste, pour essayer de me faire entrer dans le musée du temple. Le billet coûte 10 Ringgits mais, comme j’ai une bonne tête et que j’ai l’air sympathique, le  cicérone me propose immédiatement un rabais. C’est gentil, mais je décline.

 

Passé ce premier assaut, quelques dizaines de mètres plus loin, un autre rabatteur me propose d’aller m’installer à la terrasse de son bistrot, car j’ai certainement soif (non, merci) et il faut chaud (ça, c’est vrai). Comme j’ai vraiment l’air sympathique, et que ma tête lui revient, il est prêt, dès l’abord, à me faire un prix. Je décline encore.

 

C’est ensuite un gourou en turban et langes douteux, avec une barbe blanche et bipointe à la fois, qui me regarde, l'air inspiré, et se précipite vers moi, afin de me coller au milieu du front l’œil de Shiva. Je me laisse faire de bonne grâce, tout en me doutant que la fin de l’histoire sera bassement commerciale. En effet, après m’avoir collé une pastille rouge sur le front, et offert une fleur, vient l’incontournable « give me some money ». Je lui demande combien il veut : dix dollars. Bin voyons… Je lui donne donc un Ringitt et continue mon chemin.

 

Oui, je sais, j’ai une mauvaise nature.

 

Je repousse victorieusement, encore, des guides dont je n’ai aucun besoin, deux ou trois vendeurs d’images de Shiva , de Tshirts et de lunettes de soleil ; un autre rabatteur pour je ne sais quel bistrot : ici, on est en Inde, de toute évidence. Enfin, j’arrive sur le territoire sacré, sur lequel, à part les prêtres, personne n’a le droit de rançonner visiteurs ou pélerins.

 

La statue de Shiva méritait de passer tous les barrages, c’est exact. Elle est colossale - et bien faite, bien terminée, ma foi. A son côté, il y a l’escalier qui mène aux temples sis dans les grottes : leur degré de sacré est supérieur à ceux qui ont été bâtis au sol. La raison ? Les efforts qu’il faut faire pour y monter, je suppose. L’escalier compte un certain nombre de marches. Le nombre est sacré. Je me demande si l’escalier a suivi un nombre sacré, ou bien si les prêtres, une fois l’escalier terminé, n’ont pas compté les marches, et décrété qu’il s’agissait d’un chiffre sacré… Ca ne m’étonnerait pas de leur part. Quelque soit le nombre sacré, il est certain que le nombre de marche est élevé.

 

On peut s’arrêter pour souffler à deux endroits, que les prêtres ont déterminés être sacrés eux aussi. voleurLà, les singes vous attendent et essaient de vous faire les poches, au cas où vous auriez des trucs à manger. Les gosses se serrent aux jambes de leurs parents, fondant en larmes ou poussant des cris aigus. Les parents rient et se moquent, mais repoussent quand même les sales bêtes. Cela les met de mauvaise humeur ; ils gueulent de toute la force de leurs poumons, bondissent sur place pour faire peur. Il n’est pas rare que ces chapardeurs mordent leurs victimes non consentantes. Mais ils sont sacrés, eux aussi. Et s’ils sont sacrés, alors…

 

On arrive enfin dans l’immense caverne où ont été installé quelques Shivagrotteimages particulièrement sacrées du Panthéon hindouiste, et deux temples de Shiva. L’odeur des déjections de chauves souris prend le nez. Il y a, ici aussi, des marchands du temple, probablement approuvés par les prêtres, et un montreur d’animaux (ici, un petit dragon) qui, pour une somme modique, vous permet de caresser le bestiau et de prendre une photo. Les singes rodent toujours, et volent tout ce qu’ils peuvent, bondissant et s’agrippant aux murs, avec le produit de leurs rapines. Ils laissent derrière eux une petite fille en larmes et les mains vides de son biscuit, ou un touriste japonais furibard, son appareil photo disparu.

 

Un touriste japonais sans appareil photo, c’est comme l’amiral Nelson sans son dentier, ou Lolo Ferrari sans ses appendices mammaires.

 

On garde donc, si on est prudent, son sac bien serré contre soi et, si on veut prendre une photo, on tient bien l’appareil. Si un singe approche, après un rapide coup d’œil autour de soir, pour vérifier si les prêtres sont dans le coin et, si pas, un solide coup de pied en pleine poire. Il faut faire vite, sinon, c’est lui qui vous mord et vous griffe. Si vous avez tapé vite et bien, le singe file en hurlant des imprécations, mais sans rien en main et sans réagir par l’attaque.

 

Ensuite, il est préférable de prendre un air innocent, au cas où les prêtres viendraient investiguer les hurlements simiesques, l’œil soupçonneux.

 

ShivatempleLes temples eux même sont minuscules : ce sont tout simplement de petites grottes creusées dans la grotte principale : la beauté des fractales… Ils sont interdits aux fidèles. A l’intérieur de chaque temple richement orné, d’un kitch attendrissant, il y a un petit groupe de prêtres, usuellement rondouillards, en jupette, colliers de fleurs au cou et graisse dégoulinant de leurs cheveux lustrés, qui acceptent aux noms des divinités les présents de pélerins. Ils les donnent alors aux dieux, au son de cloches destinées, probablement, à attirer l’attention desdits dieux, puis bénissent les généreux donateurs.

 

La visite des temples faite, on redescend les escaliers, en tenant toujours serrés à soi les objets auxquels on tient. On repasse entre les rabatteurs, on évite les gourous, et on quitte le territoire du temple. A une centaine de mètres de la sortie, il y a une aubette où l’on vent des journaux, du coca, des crèmes glacées. On y attend le bus, qui passe de manière régulière, mais les horaires ne sont indiqués nulle part. C’est qu’il n’y en a pas, ou bien que les horaires sont un secret d’Etat ?

15:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : religion, animaux |  Facebook |

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