13/12/2006

Le cocktail de sang de serpent

C’est la fameuse histoire du mec qui ne se sentait pas tout à fait clair dans son cœur et dans sa tête, et qui avait son ange gardien à gauche, pendant que son diable gardien était à droite.

 

Le diable gardien lui disait « Henri » (il s’appelait Henri, le héros de l’histoire) « Henri, tu n’est pas le premier médecin qui couche avec une patiente, et tu ne seras certainement pas le dernier »… pendant que son ange gardien rétorquait, « Henri, souviens-toi quand même que tu es vétérinaire … ».

 

C’est un peu le sentiment que l’on a, quand on quitte Hat Yai.

 

Hat Yai est décrit comme le petit Paris de la Thailande. Quand on y arrive, on se rend vite compte qu’il n’y a pas de tour Eiffel, ni d’arc de triomphe, ni de Louvre, ni, finalement, rien de marquant sur le plan architectural, qui mettrait Hat Yai « sur la carte », comme on dit. Certes, on y trouvera de délicieux temples dans le style de Bangkok, un gigantesque Bouddah couché, et d’incontournables restaurants de serpents, typiques à la Thailande du Sud.

 

BistrotQuant à l’aspect parisien, c’est le suivant : en Malaisie, et à Singapour, tout ce qui est olé olé est puni d’une lourde amende ou d’une peine de prison. Du coup, tous les Malais et les Singapouriens qui veulent se changer les idées, si je puis dire, viennent à Hat Yai.

 

Hat Yai, c’est le petit Paris de petits Léopold II.

 

Si le centre est, quand même, très Thai, avec ses restaurants et ses échoppes, ses massages, ses coiffeurs, ses hôtels et ses banques, on se rend quand même vite compte que les salons de massage ne se limitent pas à proposer des massages traditionnels. Mesdames les masseuses sont vite à vous faire un sourire plus aguichant que de coutume, et à vous Hatyaisignaler qu’elles sont tout à fait prêtes à faire des massages dans votre chambre d’hôtel. Les salons de coiffure proposent des trucs qui ne sont pas sur la carte des salons de coiffure normaux. Il y a un nombre invraisemblable, dans le centre ville, de karaoke qui, le soir, ne ressemblent pas à des salons de karaokes tels qu’on les connaît ailleurs : devant ces salons de Hat Yai, il y a des douzaines de demoiselles en tenues légères et qui hèlent le chaland. Il y a, sur les marchés, des stands proposant des films avec des acteurs faisant des trucs et des machins. Il y a, en grand nombre, des « clubs » nocturnes avec des affiches promettant des spectacles qui rappellent Pat Pong.

 

Bref, comme le dirait Mlle Julia : c’est louche.

 

Je dirais même plus : c’est écoeurant.

 

Si la prostitution, dans le Sud Est Asiatique, est un fait de société ; si, quand on y pense, de grandes jeunes filles de vingt ans passés savent après tout ce qu’elles font de leur corps, et sont majeures et responsables, cette ville presqu’entièrement tournée vers le stupre, c’est trop. Le sourire naturel aux Thaïlandais, ici, on le suppose toujours commercial – et pour quel commerce. Trop, c’est trop. La Thaïlande, land of smile, le pays du sourire, devient le pays de la fesse. La situation est encore pire à la frontière où, du côté Thaïlandais, s’est créé une bourgade anonyme, mais destinée exclusivement aux plaisirs de la chair des touristes Singapouriens et Malais. Pas une bâtisse, là, qui ne soit pas un lieu de plaisir, de stupre et de luxure et quand on roule en minibus, vers la frontière, où que l’œil tourne, c’est pour noter des annonces offrant des soapy massages (en d’autres mots, des massages cochons), des karaokes, qui n’ont rien à voir avec les karaokes traditionnels à l’Asie du Sud Est, des filles, des filles, des filles… Déjà à Hat Yai, on est souvent accostés par l’un ou l’autre bonhomme particulièrement amical, pour se voir proposer des filles et, si on a pas l’air chaud, de jeunes, de très jeunes filles. Prêt à changer son fusil d’épaule, le rabatteur, si vous continuez à l’ignorer, vous soufflera qu’il a aussi des jeunes garçons en stock.

 

SnakehouseLes restaurants de serpent – c’est la spécialité locale – sont eux même entourés d’établissements fermés sur le temps de midi, mais qui ouvrent bien avant la fin de la journée, alors que l’on sort à peine du restaurant: ce sont des bordels.

 

Les restaurants de serpents, donc… On y trouve deux types de propositions dans ces endroits. Vous pouvez y prendre soit une sorte de cocktail, fait de sang de serpent mélangé à de l’eau de vie – et c’est pour le power – soit une soupe de légumes assaisonnée de tronçons de serpents saignés à blanc, et c’est bon pour la santé.

Snake

 

Le power, c’est, bien évidemment, l’énergie sexuelle. Selon la tradition, le mélange de sang de serpent avec de l’eau de vie a un effet canon sur l’érection. Et, au plus le serpent est venimeux (et donc cher), au plus son sang est efficace. On peut avoir un cocktail pour un prix bien démocratique d’une centaine de Bahts, et ça peut monter jusqu’à mille Bahts. Avec ce dernier cocktail, je suppose qu’on est atteint de priapisme des mois durant.

 

C’est du moins l’effet espéré.

 

Du côté de la soupe, ce sont tous les légumes de saison, assaisonnés de gingembre et, donc, de quelques tronçons de serpents préalablement saignés pour les cocktails. Un serpent, il semble que ce soit fait pour moitié de peau, épaisse et grumeleuse, collant à la chair, et pour presque moitié d’arêtes minuscules et habilement glissées dans la chair pire qu’une truite. Le calcul est fait : il ne reste quasiment rien à grignoter entre peau et arêtes.

 

Cela dit, la soupe est délicieuse. On chipote un peu sur les tronçons de serpent, grattant un tantinet de chair, et on paie son dû, une fois le repas expédié, en félicitant le cuistot. Ensuite, on s’échappe du quartier entre les filles qui, déjà assises devant la porte des établissements de nuit, vous hèlent et vous proposent des délices extra-serpentines pour que vous puissiez vérifier la qualité du cocktail que vous venez, sans nul doute, d’ingurgiter.

 

Une fois la soupe de serpent – ou le cocktail de sang de serpent, donc – avalée, il est temps de quitter Hat Yai. On peut partir à Song Khla, en pleine guerre civile musulmane, ou traverser les territoires du Sud, dans un microbus qui trotte, jusqu’à la frontière malaise, puis jusqu’à Penang, ou jusqu’à Kuala Lumpur. C’est la solution malaise que j’ai choisie.

08:32 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cuisine, animaux |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.