12/12/2006

Les naufragés Saoudiens

Certaines des îles sont amusantes, quand elles se rejoignent avec la marée descendante, alors qu’elles étaient séparées l’une de l’autre, par marée haute. C’est le spectacle que les guides essaient usuellement de proposer à leurs ouailles qui, une fois le pique nique terminé, n’auraient rien de bien intéressant à faire, sinon traîner sur la plage. Or, l’idée du guide est d’avoir une bonne heure pour respirer tranquille avec ses petits camarades.

 

Mais dès que le sable se dégage d’une île à l’autre, tout le monde se sent l’envie d’aller à pied, se promener jusqu’à la prochaine île. La magie du Mont Saint Michel, je suppose.

 

Pris par l’habitude, on veut croire, parfois, que le sable est à peine caché sous l’eau, et que deux îles sont joignables quand elles ne le sont pas. C’est ainsi que, à l’occasion d’une de ces excursions, un couple de Saudis, de Saoudiens, en d'autres mots, fraîchement mariés et venus ici pour leur voyage de noces, partent à l’aventure jusqu’aux rochers prochains, à deux pas de l’île sur laquelle nous terminons de déjeuner. Prudents cependant, ils partent à l’aventure après avoir chacun revêtu une veste de sauvetage. En Arabie Saoudite, les bons nageurs sont rares.

 

Oh surprise.

 

Madame s’est choisie un mari moderne – ou obligé de l’être : elle est fièrement revêtue d’un maillot de bain, qui la ferait lapider vite fait sur le gaz en Arabie Saoudite, et bavarde avec tout le monde, hommes et femmes, dans un anglais rocailleux. Monsieur est un petit maigrichon encore amoureux, morose et poilu, qui commence à comprendre enfin, trop tard, que le mariage n’est pas un chemin couvert de pétales de roses et que le futur lui promet bien des désillusions. De toute évidence, sa jeune épouse a pris les rênes du carrosse et il n’a rien à dire.

 

Evidemment, de retour en Arabie Saoudite, ce sera peut-être une autre paire de manches. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce garçon, nous, les hommes.

 

En attendant, les voilà donc partis, veste de sauvetage sur le dos, jusqu’aux prochains rochers, sauf qu’entre ces derniers et la plage de l’île sur laquelle nous déjeunons, il y a encore un peu d’eau – trois fois rien. Ce trois fois rien nous fait une plage de sable fin, qui laisse place à l’eau, et qui continue à descendre petit à petit, jusqu’au moment où nos deux nageurs olympiques doivent commencer à barboter et sont promptement entraînés par le courant, sans rien pouvoir y faire.

 

Le temps que nous notions l’éloignement du jeune couple, que nous comprenions la situation, que nous expliquions l’affaire à notre guide, que le guide – qui ne se frappe pas trop, vu qu’ils ont une veste qui leur permet de flotter – décide de rappeler tout le monde pour aller rechercher ses deux passagers, tout en continuant notre périple d’île en île, les naufragés ne sont plus que deux têtes d’aiguilles à l’horizon.

 

On les repêche bientôt, Monsieur tremblant d’angoisse rétrospective, quand nous nous faisons un malin plaisir de lui faire croire qu’il se dirigeait droit vers un endroit où il y a des requins ; Madame, un instant silencieuse, mais reprenant vite du poil de la bête, ainsi que sa langue, et recommençant à pépier joyeusement avec tout le monde sur le long tail.

 

Il est cependant notable que, lors des arrêts suivants, ni lui, ni elle ne plongeront.

 

C’est, heureusement pour eux, une excursion un peu plus courte que d’autres, et nous rentrons à Krabi, alors qu’il est, tout au plus, trois heures. C’était ma dernière journée à Krabi : hier, en même temps que mon billet d’excursion marine, j’ai réservé un billet pour Hat Yai, le hub incontournable pour aller en Malaisie. J’y passerai probablement la nuit, visiterai ce qui mérite de l’être, irai me prendre une soupe de serpent – la oh combien fameuse soupe de serpent de Hat Yai - et démarrerai le jour suivant pour Kuala Lumpur.

 

Retour à mon hôtel, en attendant, et douche. En sortant, alors que je vais au cybercafé du coin, je tombe sur la sortie des classes.

 

kids1Des maternelles, ou des primaires, je suppose. Indépendamment du sexe, chaque classe se retrouve avec une couleur : rose layette, jaune canari, bleu layette encore… Au moins, ça rend les gosses repérables et ils n’ont pas l’air particulièrement traumatisés par la violence de la couleur qu’ils doivent porter.

 

09:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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