30/11/2006

Pat Pong et ses cabarets, aux danseuses légèrement vêtues

En attendant, nous sommes bientôt le soir et plutôt que d’aller sur le sempiternel Kaoh San, je me décide, une fois mon billet de bus acheté, à aller à Pat Pong. S’encanailler de temps à autre, pourquoi pas.

 

Pat Pong est la rue aux spectacles, dans le quartier de Sukuhmvit. Il y a des "cabarets" à touristes, dans lesquels des dames, qui ne le sont pas toujours, dansent, dans des tenues plus ou moins affriolantes, quand pas franchement olé olé.

 

Mieux vaut y aller avec une copine, sinon, après leur numéro, les demoiselles, ou les katoeys vous sautent dessus et c’est toute une affaire de s’en dépêtrer. Pour le dire en court, la salle de spectacle se transforme en bar à entraîneuses.

 

Par contre, si vous y êtes avec votre petite amie, ou une amie complaisante, les demoiselles vous fichent la paix.

 

C'est amusant de voir rentrer, en groupes timides, de lourdeaux touristes teutons, en culotte de peau brodée d'edelweiss, avec un chapeau vert orné d'une plume, des chaussures de marches et des chaussettes de laine, un alpenstock à la main.

 

Ils rentrent en regardant avec inquiétude par-dessus leur épaule, des fois que Madame, à qui ils ont dit qu’ils allaient à l’église, les aurait suivis, pleine de soupçons. Une fois dans la salle, ils boivent de la bière au litre en se balançant en groupe, au rythme de la musique, poussant des yodels enthousiastes qui font tout à fait couleur locale, au fur et à mesure de leur consommation de boissons alcoolisées.

 

Mais comme la musique qui accompagne les prestations des danseuses va beaucoup plus vite que l'usuel Umpapah Musik des Brauhaus du pays natal, ça fait tomber leur chapeau - surtout après quelques bières quand, en plus, ils ont une demoiselle assise sur chacun de leurs gras jambonneaux.

 

Nous, planqués derrière notre verre, on ricane au spectacle.

 

Cependant, ce soir, je suis seul - donc menacé des pires agaceries de la part du personnel des cabarets de Pat Pong, si j’y mets les pieds. Mais bon, d’ici mon départ pour Sukuhmvit, j’aurai bien rencontré un copain ou un autre. Allons toujours prendre notre verre près de Kaoh San. Aussitôt dit, aussitôt fait. Je descend de ma chambre, dépose ma clé à la réception et file, dans la chaleur moite de la ville, vers Indochina. Là, personne de connaissance, sinon la gentille serveuse qui me fait un sourire tire-lire, et répond à mon the usual en déposant une Singha glacée devant moi. Pendant que je la savoure, arrive le patron auquel je demande s’il a vu mes petits camarades : non, rien.

 

Bon, j’irai donc seul à Pat Pong.

19:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/11/2006

Arrivée à Bangkok, une fois encore

Arrivée à l’hôtel, non sans avoir, d’abord, re-rempli le réservoir d’essence. Douche, passage, en sortant, chez ma masseuse de la dernière fois, qui me « fait » les jambes, sortie au marché du dimanche et bon petit repas, avec chanteur entouré de danseuses, dans un mélange parfaitement kitch de Claude François et de Claudettes Khmères tressautantes, mélangeant le style asiatique charmant, et le style occidental qui en devient drôle. Je rentre tranquillement, en passant dans la grande allée des échoppes où chaque vendeur crie les qualités de ses produits, aidé d’un amplificateur assourdissant et où les cuistots s’affairent, silencieux, pendant qu’une petite file de client attend patiemment son plat.

 

Comme tout va bien, après mon périple de la journée, et que je ne ressens aucune crispation inquiétante dans la tuyauterie, rapport à mon verre bu dans les rizières, je décide d’y aller demain. Je paie mon dû à la patronne, y compris le petit déjeuner de demain matin, m’arrange pour savoir à quelle heure je peux avoir un bon bus pour Bangkok (le trajet dure pas loin de 8 heures, donc j’aime autant avoir un bus confortable), et à quel prix. Tout cela mis en ordre, je vais dans ma chambre où je tripote un peu ma valoche, tout en écoutant un peu de Bach. Ca doit déprimer solidement les gekkos, vu que, quand je rentre dans la salle de douche, après quelques temps, je tombe sur le cadavre d’un de mes protecteurs. Mais celui là, depuis le début de mon séjour, j’avais des inquiétudes pour lui, vu qu’il avait un œil gonflé et qu’il bougeait peu. Je le prends délicatement par la queue, entre le pouce et l’index, et le jette dans le jardin qui entoure ma hutte. En rentrant, je stoppe ma Passion selon Saint Matthieu, et je la remplace par du Mylène Farmer. C’est moins risqué. Et puis, c’est simplement mélancolique – à la portée de la famille éplorée du gekko décédé.

 

Les Hollandais d’hier sont partis. Je dormirai bien.

 

Le fichier Mylène étant épuisé, j’arrête mon ordi, ferme mon livre, éteins la lumière : dodo, sur mon petit lit au matelas bien dur, sous un ventilateur ronflant, dont j’ai bloqué le va et viens, le dirigeant exclusivement sur mon coin de chambre. Je me demande en quoi sont faits ces matelas, qui me permettent de ne pas transpirer à flots, pendant la nuit, alors que la température ne baisse pas. J’ai un jour soulevé le drap et on croirait que la surface est de plastique, ce qui est inconcevable.

 

En tout cas, hors le babil de deux messieurs qui passent, alors que j’ai commencé à m’endormir, et que je suppose danois, vu qu’on croirait entendre des baillements de chien épuisé, le silence sera royal cette nuit.

 

C’est mon petit réveil qui sonne et me fais ouvrir l’œil. Il est sept heures et j’aurais bien dormi encore une heure… hop, sous la douche, et je note, entre deux barreaux de ma fenêtre, un nouveau gekko – le fils du décédé d’hier, je suppose. L’eau est encore froide, et ça vous réveille. Je me rase, m’apprête, file au petit déjeuner, l’engouffre et retourne dans ma chambre, pour terminer mon baluchon. Ensuite de quoi, je file à l’entrée, où le tuk tuk de service me saute dessus. On a vite discuté le prix de la course, et me voilà parti à la gare routière, à deux ou trois kilomètres de là.

 

La réception y est amusante ; on croirait arriver dans un aéroport, avec deux personnes en uniforme qui guettent les passagers qui arrivent et aident, gants blancs en place, à sortir le bagage du tuk tuk, pendant qu’on paie le conducteur, puis vous demandent vers où vous voulez aller. Selon la destination, on vous dirige alors vers l’un ou l’autre guichet où, selon votre choix, on vous vend le billet que vous souhaitiez obtenir ; vous pouvez même encore discuter le prix... Dans mon cas, je voulais le prochain VIP vers Bangkok. Ca tombe bien, il arrive dans quelques minutes, et partira presque aussitôt. Les renseignements du guesthouse étaient exacts. Je paie mon billet, et file au bout de la salle ouverte, pour aller me prendre un café. J’imagine que, vu l’heure, j’aurai droit à un petit déjeuner supplémentaire dans le bus, servi par une hôtesse au calot crânement porté sur le côté – du moins, si j’ai acheté un billet VIP de chez VIP. On verra. En attendant, un café ne peut pas faire de mal.

 

Le bus est un VIP normal, à moitié plein. Nous aurons droit à un stop le long de la route, où notre repas de midi, relativement frugal, nous est offert. Un truc bien épicé, à choisir dans une séries de plats qui vont entre l’épicé et le très épicé. Je ne me plains pas J

 

Je suis le seul étranger, le seul falang, dans le bus, ce qui fait que, puisqu’il y avait de la place, on m’a mis bien seul, pour que je ne fasse pas peur aux enfants.

 

La route est longue et ennuyeuse : nous sommes sur la grande plaine qui descend doucement, sans le moindre accroc, de Sukothai à Bangkok. Rien de spectaculaire, comme la route qui va de Mae Sae à Chiang Rai, ou de Chiang Rai à Chiang Mai. Ici, c’est la civilisation gaie et prévisible comme la Beauce.

 

A notre arrivée, vers les quatre heures, à la gare routière de Bangkok, je récupère ma valoche, passe à travers les taxis qui se proposent pour des sommes effrayantes à me conduire à mon hôtel, et vais à la vraie file de vrais taxis. Une heure plus tard, je suis dans ma chambre, à Prasuri, pour la nuit. Demain, départ pour le Sud. En attendant, une soirée dans la capitale. Je traînerai peut-être un jour ici, pour aller voir une attraction que j’ai toujours remise, à tort : la maison de Jim Thompson – quoique, à la réflexion, pas de blème. J’y irai dans le courant de la matinée. Je ne puis croire qu’il soit nécessaire d’y passer une journée entière… C’est dit. Demain matin, maison de Thompson ; demain soir, hop dans le bus, pour aller à Krabi.

 

22:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/11/2006

Par les passerelles, par les chemins et par les rizières

... enfin, entre les rizières...

 

Petit-déjeuner pris (une tasse de thé, un verre de jus d’orange, deux tranches de pain grillées, à peine beurrées et avec un soupçon de confiture – mes copains de gym, chaque fois que je rentre en Europe, s’extasient devant mon ventre plat et l’absence de toute mauvaise graisse ; je leur dit chaque fois que c’est l’exercice qui me sauve : c’est un mensonge, mais je n’ai pas honte de mentir), je vais au comptoir où je remercie d’abord la patronne, hilare, pour sa brillante initiative nocturne. Elle me donne la clé de ma mob et je démarre.

 

Cette fois ci, puisque j’ai vu les sites les plus obligés du vieux Sukothai, je vais pour faire un grand cercle autour du site, afin de tomber sur les temples peu connus et antiques, trop rarement visités.

 

En fait, vu la qualité atmosphérique de la Thaïlande, tout assemblage de briques datant de quelques siècles, et pas vraiment conservé, n’a aucune chance d’être encore debout. Jamais on ne voit, en Thailande, ce merveilleux et surprenant spectacle que l’on peut voir aux  coins de routes abandonnées, en Syrie, en Grèce, en Jordanie, en Turquie, de colonnes doriques poussant au milieux d’une oliveraie, d’un champ, d’un pré, colonnes entourées de vaches tranquilles et de tortues qui vaquent paisiblement à leurs affaires. Ainsi, je me souviens une fois – je me promenais dans le sud de la Turquie - m’être dérouté, après avoir vu, à quelques distances de la nationale que j’empruntais, ce qui ressemblait suspicieusement à un temple à peine effondré et qu’on avait même pas indiqué sur la carte, tant les ruines gréco romaines abondent, dans les anciennes colonies Grecques.

 

Après un petit kilomètre, je m’étais retrouvé, effectivement, devant une maisonnette faisant office de musée et de maison du gardien du musée, le jardin qui se trouvait derrière la maisonnette, couvert de statues, parfois entière, parfois en puzzle. On faisait quelques pas, et on arrivait au milieu d’un extraordinaire site où l’on devait être le premier visiteur depuis des lunes, avec le gardien qui surgissait d’une petite cabane, au fond du jardin et arrivait un mégot au bec, en remontant sa culotte, tout surpris d’avoir de la visite.

 

Après ma promenade autour du temple, j’avais dû faire appel au gardien, pour déplacer une tortue qui avait trouvé intelligent de se laisser chauffer au soleil juste derrière ma voiture, elle-même garée le nez au mur du jardin… La tortue faisait facilement un demi mètre long, de l’orifice par lequel pouvait passer la tête, quand l’idée de sortir la tête chantait à la tortue, à celui d’où sa queue pouvait sortir. Le poids était en rapport.

 

Enfin bref, la Thaïlande n’est pas la Turquie, pour le climat, ni pour le matériau utilisé dans le but de construire les bâtiments sacrés. L’esprit Européen tend à l’éternel.

 

Je roule au hasard, sans jamais rien voir qui pourrait ressembler à un vieux stupa ou à un temple antique. Par contre, une kyrielle de temples raisonnablement modernes, déserts, tous flanqués de leur crématorium, avec des gosses dans le lointain, qui jouent au ballon, au basket, au volley, entourés de chiens pelés qui, parfois, grognent quand je passe à côté d’eux. Le silence de la campagne est souvent prenant.

 

La route que j’ai choisie est recouverte de plaques de béton vieillies, jointes l’une à l’autre par un rien d’asphalte qui me rappelle mon enfance, quand l’autoroute de la mer, ainsi faite, faisait retentir un tac, tac, tac, régulier dans l’habitacle de la voiture, pendant que mon frère et moi somnolions à l’arrière.

 

ShipParfois, je dois passer un pont : c’est alors une passerelle, sans plus, recouverte de planches de bois mises en travers et pas toujours dans un état neuf. Il y a, ici et là, une planche qui manque. Le passage n’est jamais agréable et ça m’irrite, quand je vois parfois, avant moi, une autre mobylette dont le conducteur n’hésite pas un instant, en prenant les passerelles. C’est humiliant…

 

Les passerelles, qui enjambent des ruisseaux, font parfois place à des ponts, qui enjambent des rivières – ou est-ce toujours la même, que je passe et repasse, au fil de ma pérégrination ?

 

Rien à voir de vraiment spectaculaire, mais tout est beau, paisible, une fois encore. ArbreAprès deux bonnes heures de route, je tombe sur une station essence où je remplis mon réservoir qui n’est plus qu’à moitié plein. Un vieux monsieur fait le plein, riant de noter que je ne sais même pas comment remonter mon siège, sous lequel se trouve le bouchon par lequel on verse l’essence. Un gosse à ses côtés – son petit fils, je suppose – qui me regarde, la bouche ouverte de stupéfaction : son premier blanc, probablement.

 

De temps à autre, aussi, je croise un groupe de paysans qui se reposent, entre deux rangs de pousses de riz, déplantés et replantés. Le travail de la riziculture a été un travail de forçat, pendant des siècles, et Sa Majesté le Roi, dans Sa grande sagesse, a estimé que la modernisation du pays devait offrir quelques avantages aux plus démunis, aux paysans. Il a, ainsi, fait inventer par un ingénieur, une machine capable de planter et déplanter le riz en pousse, afin de supprimer l’une des tâches les plus éreintantes de la paysannerie Thaïlandaise. Pour cela, le petit peuple lui sera éternellement reconnaissant.

 

Il faut dire aussi que le premier ministre, Takhsin, ne voulant pas être en reste, a fait son possible pour améliorer la condition paysanne. Même si Takhsin est maintenant … hmmm… disons, « éloigné » - et plus que probablement à l’initiative du Roi -, il faut lui reconnaître ses qualités. En moins de quinze ans, en Thailande, la condition paysanne est passée du Moyen-Age à, sinon les temps modernes, du moins, à quelque chose de nettement plus vivable.

 

PadIl n’empèche. Parfois, je tombe sur un petit groupe de paysans – de paysannes, plutôt – qui se repose: le travail des champs n'est toujours pas une sinécure. Elles lèvent la tête et me sourient. Vu que je roule, entre les champs, à petite vitesse, je m’arrête facilement, pour une photo, parfois, puis je leur montre la photo sur le petit écran. Ca les fait rire. Elles m’offrent un verre d’eau, que j’accepte en me disant que, dans le pire des cas, je ne quitterai pas ma chambre – enfin, surtout le trône – demain : je donne un bic, trouvé au fond de mon sac, en échange. Nous nous quittons après quelques minutes de pépiements et de sourires, de leur côté, de sourires sans pépiement du mien.

 

Bon, roulons. Ce serait bien si je tombais sur une route avec des indications routières… A rouler, les bras découverts et horizontaux, tenant le guidon de ma mob', j'ai pris des couleurs suspectes. Il est temps de mettre de la crème pour me protéger un peu.

 

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/11/2006

Système "D"

MadaaamPendant la soirée, j’ai des voisins qui font d’abord bruyamment l’amour, pas longtemps, mais en poussant des gémissements qui portent particulièrement loin, puis qui ronflent. Enfin, je ne sais pas si les deux ronflent, mais celui qui ronfle le fait pour deux. Dans ces cas, une seule solution : la boule Quiès… je n’en ai malheureusement pas avec moi.

 

L’âme en peine, je  me relève et vais au bar du guesthouse, encore ouvert. Il n’est pas si tard et j’y prends donc une bière. Tout en sirotant cette dernière, j’explique mon malheur à Madame la propriétaire qui rit beaucoup, échange deux trois phrase avec l’un de ses sous-fifres, qui rit tout autant et disparaît bientôt.

 

Ma bière éclusée pour me remonter le moral, je retourne à ma paillotte en traînant la patte.

 

Sur le chemin, je dois passer devant la hutte qui précède la mienne – celle des bruyants, donc : elle est droit sous un tuyau d’arrosage dont le jet tape exactement sur la porte. Je ne sais pas si mes voisins ne dorment plus, mais, en tout cas, ils ne ronflent plus. Sois trois fois bénie, Madame la patronne… Thaïlande, pays de l’improvisation, souvent aimable.

 

Moi, cette nuit, je dormirai bien. C’est une joie, le lendemain matin, de voir la mine chiffonnée et boudeuse de mes voisins Hollandais, alors qu’habillé de neuf, rasé de frais et bien reposé, je me dirige vers la salle de restaurant, pour aller y prendre mon petit déjeuner. Bisque rage, bande de kaaskops tapageurs.

22:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2006

A mobylette, dans la campagne

Le moteur de la mob’ remis en marche d’un coup de talon nerveux – toujours moins facile, le coup de talon nerveux, quand on porte des flips-flops – nous démarrons, elle et moi, vers de nouvelles aventures. D’abord sortir du domaine du temple, sur le petit chemin cahotant que nous avions pris pour entrer, puis nous voilà sur la route. Une vache sur le bord du chemin, m’observe attentivement alors que je passe. BabyIci, elles sont mignonnes, les vaches, avec leurs grands yeux doux, façon vaches de partout dans le monde, et leurs grandes oreilles genre lapin-bélier. Caressantes, de plus. On irait jusqu’à s’en prendre une comme animal de compagnie, si elles n’avaient pas, comme leurs cousines européennes, la sale habitude de faire pipi et caca sans prévenir et sans choisir l’endroit. 

 

Mieux vaut donc les laisser dehors, pour préserver la paix du ménage et la propreté du salon. Quoiqu'il semble y avoir des filles qui n'ont rien contre les vaches...

Sweetie

 

Les petites routes sont, finalement, dans un état plus que correct et je peux rouler sans vraiment faire attention au possible danger d’un éventuel nid de poule. Les paysages qui se déroulent des deux côtés de la route sont charmants et tranquilles. Une maisonnette, à intervalles réguliers, flanquée de son séchoir à tabac et, derrière elle, un jardin maraîcher avec tomates et des légumes que j’ai mille fois vu sur les marchés ou dans mon assiette, et dont j’ignore toujours les noms. Bons à manger, en tout cas. Chaque fois que je m’arrête, au spectacle d’un coin de rizière buffleou devant celui d’une maison, aux habitants usuellement perchés sur la terrasse, une bière à la main, je suis entouré par des gosses curieux qui viennent voir à quoi mon fougueux destrier ressemble. Je leur donne mes derniers bonbons et deviens instantanément très populaire…

 

Il n’est pas inhabituel, bonbons ou non, de se faire héler par l’habitant qui vous demande d’où vous venez, tout fier de pratiquer son anglais devant le reste de la famille ébahie, qui devient franchement rigolarde et amicale quand vous vous essayez à un peu de thaï. Le vieux monsieur de la maison apprécie le fait que vous lui présentiez un wa respectueux, et que vous souriiez à madame. Quand vous avez le temps, c’est un verre garanti en société, quand pas un dîner partagé mais, quand il se met à faire sombre, et que vous souhaitez décliner l’offre, car sinon vous vous perdriez dans le lacis des petites routes, c’est le drame.

 

Heureusement, le plus malin de la bande a, lui, un vélo et vous promet de vous guider jusqu’à la grand route.

 

Ce sera sur la grand route alors, en réalité, que les plus grands dangers peuvent vous guetter, vu la manière assez… poétique dont le conducteur local conduit, mais il y a des fois où un « non » est si difficile à dire… Il m’est ainsi arrivé, dans le but de survivre aux dangers routiers et nocturnes, de dormir chez l’habitant, puisque j’avais pu téléphoner à l’hôtel dont j’avais, par prudence, gardé la carte, pour signaler mon retard jusqu’au lendemain. C’était, ainsi que dit, moins dangereux quant à la route, mais les moustiques…

 

Les maisons sont entourées de jets de bambous. Ca monte vite jusqu’à des trente ou quarante mètres, ces trucs là, et les plus tendres montent d’un mètre par jour. Certains sont tout à fait comestibles. Vu que, pour pousser, ça profite assez bien de l’humidité, c’est usuellement bourré de moustiques qui, eux aussi, aiment assez bien croître et se multiplier dans une atmosphère bien humide. Comme de juste, dès qu’à une distance raisonnable, de la bidoche vivante circule, avec du sang au milieu, les moustiques vous bondissent dessus de toute la vitesse de leurs petites ailes et vous sucent pire que des contrôleurs des contributions. De toute évidence, aussi, le touriste blanc plaît beaucoup au moustique local et, que vous soyez en soirée, seulement assis à partager une bière, ou que vous soyez couché dans la salle commune, couvrez-vous, si vous n’aviez pas songé à prendre votre (relativement efficace) répulsif.

 

Aujourd’hui, je me tire d’affaire avec une mangue partagée avec les gosses, un peu de bavardage sur le bord d’un chemin, avec un vieux paysan, bavardage précédé et suivi d’un wa bien respectueux qui me fait obtenir, du coup, un petit sachet de tabac « fait à la maison ». Si je fumais, je suis certain que ce tabac ferait mon bonheur, mais voilà... J’ai rapporté ce genre de sachet de tabac qu’on m’avait offert, ou que j’avais acheté sur le marché, à l’occasion, en Europe, et mes copains fumeurs et aventureux ont cru s’évanouir tant c’est fort.

 

Bientôt arrivé à mon hôtel, je balance un instant, puis me dis que j’ai le temps. Je passerai un jour de plus, à me promener dans les campagnes sur la mob’ que je réserve. C’est tellement charmant, ici…

19:05 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

22/11/2006

La pagode de l'enfer et du paradis

Le lendemain est un jour faste : vu que j’en ai un peu marre de faire des efforts, pédestres ou cyclistes, je me loue une mob’ et décide de faire le tour de la région. Il y a les rizières, il y a la campagne, il y a les champs de tabac et les hangars de séchage. Il y a aussi l’un ou l’autre temple qui méritent le détour… La dernière fois que j’étais ici, j’avais entendu parler d’un temple – d’une pagode, dit on ici – qui était un véritable Disneyland de la culture bouddhiste, avec des représentations dignes du musée Grévin. Ce temple, dont j’oublie le nom, est situé à une petite dizaine de kilomètres de Sukothai, vers le nord est. Une fois que j’ai loué ma mob’ – un splendide scooter, en fait, qui file comme le vent – je reçois un plan clair comme le cristal, et aussi mensonger, me rendrai-je vite compte, que la boule de cristal de Madame Irma.

 

Après avoir fait le tour de la région pendant deux bonnes heures, et m’être arrêté dans tout ce que la plaine centrale doit compter de temples en fonctionnement, je tombe sur un gentil chef de la police qui voit tout de suite de quoi je parle. Je ne suis pas trop loin de l’objet de ma quête, mais c’est compliqué à expliquer… Enfin bref, dès qu’il en aura fini avec sa petite affaire ici, il me guidera, lui dans sa voiture à sirène et lumières clignotantes, moi sur mon fringuant destrier, jusqu’au temple en question.

 

Sa petite affaire, pour laquelle je l’attends donc, c’est… l’incinération d’un ancien du village. Tous les temples campagnards sont ainsi équipés d’un crématorium en parfait état de fonctionnement, et toujours à fonctionner. Quand on meurt, ici, l’incinération est automatique… Hm, quand je dis que les crématorium sont en parfait état de fonctionnement, j’en rajoute un peu : sous les grilles de la fournaise, on voit bien couler quelque chose qui est la graisse humaine liquéfiée par la chaleur. Beurk. Et puis, il y a l’odeur de grillade qui ne trompe pas… Rebeurk.

 

Bientôt, le ruissellement de graisse s’arrête, le feu diminue, tout le monde se salue et me voilà à suivre mon représentant de la maréchaussée.

 

Usuellement, en Thailande et plus généralement, en Asie du Sud Est, on évite les flics dont le premier boulot est de tendre la main, une fois qu’ils ont déterminé de quel crime ils pouvaient vous accuser. Ici, j’ai affaire à un homme de bien. Du moins, à peine sorti d’une cérémonie bouddhiste, il se sent homme de bien et ne fais pas attention au fait que je roule sans casque. Il ne me demande même pas si j’ai un permis de conduire international ou pas (je n’en ai pas) : Il démarre tranquille, roule de telle manière que je ne puis le perdre et me conduit tout uniment à trois ou quatre kilomètres de là, jusqu’au temple magique, signalé par un joli stupa doré, tellement kitch qu'on croirait une création du facteur Cheval.

Paradis6

 

Arrivés là, nous nous arrêtons tous deux, je vais le remercier abondamment, avec un petit wa de derrière les fagots tant qu’on y est, et il redémarre avec ses passagers qu’il doit reconduire, je suppose, au village où il les avais pris pour les conduire à la cérémonie.

 

Le temple est fait pour semer la joie chez des gens comme moi, la terreur chez les gosses. On y voit toutes les scènes les plus dramatiques des récits de la mythologie bouddhiste, et quelques belles représentations des souffrances épouvantables que l’homme sans mérite subira en enfer.

Paradis1Nous avons des crocodiles dévorant d’innocents pêcheurs dans la mare de la pagode ; nous avons l’éventration d’un autre malheureux qui a certainement fait quelque chose pour mériter cela, mais quoi ? Mon ignorance des récits sacrés me perd ici.
 
Nous avons d’autres pêcheurs devenus mi-animaux, mi-hommes, à la suite, sans nul doute, de leurs méfaits sur terre. De quoi vous faire frissonner.Paradis3

 

 

 

 

 

 

 

C’est toujours le paradis qui, finalement, est ennuyeux. Qu’on le veuille ou non, l’idée d’adorer agenouillé, tout le jour durant, une représentation de la perfection ne me chante guères… Finalement, Aucassin avait raison. L’artiste, tout comme moi, s’est senti moins inspiré par les scènes paradisiaques qui sont bien fades.

Paradis4

 

Je m’y promène seul pendant une heure, tout au plus, dans un silence de mort. Inimaginable de voir tout ce qui est laissé à portée de main du pèlerin, sans la moindre surveillance. Une église italienne serait ainsi laissée à l’abandon, sans un prêtre pour voir ce qui se passe, serait dépouillée en deux temps, trois mouvements. C’est en partant que je vois, enfin, à côté du temple, quelques moines qui font la sieste à l’écart, à une bonne cinquantaine de mètres, je dirais, sur la terrasse de leur salle de repos. A leurs pieds, deux chiens étiques et galeux lèvent nonchalamment, l'un, un oeil, l'autre, la gueule, quand je sors du temple pour me diriger vers ma mobylette. Je salue d’un geste tranquille et l’un des révérends moines agite la main de retour, avant de se remballer dans son froc et de se rendormir, selon toute probabilité.

 

Le paradis a quand même un avantage : il est paisible.

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21/11/2006

Sukothai by night - les petites danseuses

Les marchés de nuit sont charmants, en Thailande. Même les plus commerciaux d’entre eux, même ceux qui sont entièrement dirigés vers le tourisme des falangs, des touristes étrangers, gardent une âme. Si l’on songe au marché de nuit de Chiang Mai, devenu pur marché de bimbeloteries, de trucs et de machins à destination des touristes, qu’ils soient habillés de culottes de peau avec broderies d’edelweiss, ou autres, ou si l’on songe à Kao San, cœur du quartier des routards, tout garde une âme. Les prix peuvent se discuter jusqu’à en arriver au prix thai. Alors, la vendeuse éclate de rire et tend la main. Le contrat est juré. Les vendeurs, quant à eux, sont moins rigolos.

 

Ici, le marché de nuit est encore authentique. Les échoppes se suivent, le long de la rue qui fait le quai du fleuve, avec des vêtements pour enfants, du savon, des barils de lessive, d’autres vêtements et quelques statuettes de Bouddha, des gâteaux, des casseroles, de la quincaillerie, des jeans de marque douteuse, de l’encens… le tout entremêlé de restaurants de rue où l’on vous propose des tas de choses frites. Le parfum vous met l’eau à la bouche et, bientôt, si vous avez eu l’héroïsme de vous retenir, suivant les enseignements des philosophes stoïciens, vous arrivez sur la place centrale du marché du dimanche de Sukothai.

 

Imaginez une place de cent mètres sur cent, au centre peuplé de tables et de chaises, tout entourée – du moins, trois côtés sur quatre - de popotes, chacune avec sa spécialité : ici des saucisses, là des nems, là encore des crètes de poulet ou des queues de crevettes d’eau. Ici et là, le traditionnel pad thai – le repas des pauvres, mais délicieux. A chaque coin de la place, il y a une pompe à bière qui débite de la Chang (éléphant), de la Leo (lion) ou de la Singha (un bestiau indescriptible de la mythologie locale ; une espèce de dragon). On prend sa bière en bouteille de trois quart de litre, ou en « colonne » d’un bon deux litres ; ce qu’on appelle ici une pression. Les verres qui viennent avec ont un bon gros fond de glace, qui vous garde votre bière fraîche plus longtemps. Si vous êtes tout nouveau en Thailande, cette eau non traitée, c’est la galopante garantie. Si vous avez passé quelques semaines en Thaïlande déjà, l’eau non traitée ne vous tuera pas.

 

Enfin, le quatrième côté est un immense tréteau sur lequel danseront des fillettes qui apprennent les pas traditionnels des danses khmères, sur lequel, ensuite, chanteront les vedettes locales qui poussent la chansonnette thaïlandaise et internationale. Pendant ce temps, des demoiselles habillées de la tenue Singha, ou Chang – jupe courte blanche et dorée, pour la Singha, verte et dorée pour la Chang, bottes à la couleur en rapport aux pieds - font le tour des tables et proposent une chope-échantillon de la bière pour laquelle elles font de la pub.

 

Quand les fillettes dansent, les applaudissements – même quand les danseuses ne sont pas fameuses – sont obligatoires. Ce soir là, une se détache du lot de par la sensibilité évidente qu’elle met dans ses mouvements et… de par le fait que son couvre chef, mal attaché par son institutrice, probablement, se détache au milieu de la danse. Elle parvient à s’abstraire de la catastrophe, quand son chapeau tombe et danse parfaitement jusqu’au bout, entourées par ses petites camarades qui lui battent froid, de toute évidence. Comment, à l’age de dix ans, être déjà capable de sourire tout en repoussant quelqu’un… Comme je l’ai lu un jour : les filles, c’est sournois.

 

La fillette, à la fin du spectacle, est presque en larmes – mais souriante. Vu que j’avais fini mon verre et mon repas, et que j’étais sur ma route, je passe juste au bon moment pour assister au spectacle de la tentative d’assassinat perpétrée par les copines qui, toutes, lui tournent le dos, l'ignorent, la détestent. Je vais donc jusqu’à elle, devant toutes ses camarades, avec l’instit' et la maman, ravie bien entendu, qui traduisent, pour la féliciter pour la très grande sensibilité qu’elle a mis dans la danse et pour prier la maman de me prendre en photo avec elle « car je veux être sur une photo à côté de cette excellente danseuse ». La gamine est au septième ciel. Les copines bisquent, tout en gardant le sourire.

 

Oui, les filles, c’est sournois.

 

Madame Mère me prend ensuite en photo, à son tour, avec son appareil à elle, agenouillé à côté de la Prima Donna dont la commissure des lèvres peintes va d’une oreille à l’autre et dont le fard qu’elle a piqué traverse le maquillage. Allons, il y aura au moins une petite fille qui s’endormira heureuse, ce soir.

 

Après quoi, nous nous séparons ; elles retournent vers la maison, quand je me renfonce dans le marché. DanseusesPendant ce temps là, près de la scène, de plus grandes se préparent.

 

Entre deux échoppes, sur le retour, j’entre dans le temple, ouvert la nuit, où les vapeurs d’encens roulent jusque dans la rue. Les vénérables que l’on prie ici sont morts, mais vivent dans le monde du musée Grévin. Ca a son charme mystérieux. Enfin, après quelques minutes à admirer le spectacle de la dévotion publique, je quitte le temple et retourne à mon guesthouse. Il est bientôt onze heures et demain est un autre jour.

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/11/2006

 Fin de journée

Reprendre le bus, vers les quatre heures, est un vrai plaisir. La journée a été courte, mais on se rend compte, soudain, que quelques dizaines de kilomètres sur un mauvais vélo, à parcourir les routes sinuantes et cabossées de la plaine centrale, sous le soleil brutal de l’Asie du Sud Est, même si on a bu tout ce qu’il fallait, ce n’est pas rien. Il faut dire que, jour après jour, il fait chaud. Ce n’est pas comme quand nous étions gosses, au bord de la mer méditerranée au ou bord de l’atlantique, quand nous avions de beaux jours et de moins beaux jours… Ici, il faut toujours beau, chaud, lourd.

 

J’ai rendu mon vélo à son loueur : il en fait le tour en deux pas, m’assure de sa satisfaction. Je lui paie la somme modique qu’il attend, et retourne vers le parking où la carriole à moteur m’attend. Le bus devrait démarrer tous les quart d’heures mais, bien entendu, le conducteur traîne toujours un peu, avec l’espoir de voir arriver un nouveau client qui rentabilisera un tantinet davantage le trajet. Manque de pot, je suis bien le dernier et, après cinq bonnes minutes de traînaillerie, le bus démarre. Nous sommes une douzaine, dont un couple de Japonais, reconnaissable à son usage compulsif de l’appareil photo. A l’arrivée, vu que je suis seul à être seul, ils me harponnent pour me demander de prendre une photo d’eux devant le bus. J’accepte, bien évidemment. Mlle aux côtés de Mr, tous deux faisant le « V » de la victoire, ou du bonheur d’être en vacances. Ensuite de quoi, c’est le sempiternel échange d’adresses électroniques, avec la promesse de rester en contact…

 

Promesses d’ivrogne.

 

De retour à ma guesthouse, je reprends mon linge lavé et repassé, file prendre une douche en saluant le gekko de garde, en passant, me renippe de frais et pars en ville – enfin, en bourgade – pour aller voir mon courriel. Puisque c’est possible, ici, j’en profite. Rien de bien intéressant. Me voici déjà dehors, après quelques minutes de cybercafé, à retourner vers le guesthouse, en passant devant les salons de massage. Cette fois ci, je réponds à l’offre d’une solide gaillarde au sourire commercial. Quant à savoir ce qu’elle vaut, comme masseuse, je ne pourrai le dire qu’après ; mais le physique lourdeau inspire la confiance. Une heure plus tard, je sais que j’ai touché un bon lot, si pas le gros lot. Elle connaissait son travail et je me sens tout revigoré, prêt à repartir demain matin, à me repromener à vélo dans le vieux Sukothai.

 

C’est en sortant de chez elle que je remarque le brouhaha du marché du dimanche. Tiens, je l’avais oublié, celui là, et j’avais oublié aussi que, s’il s’appelle « marché du dimanche », il commence le vendredi…

 

Allons y passer la soirée. Personne ne m’attend à l’hôtel, après tout.

19:49 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/11/2006

Promenade archéologique et cycliste à la fois

La nuit dans la paillotte s’est bien passée. Puisque je suis au fond du jardin, pas de bruit en provenance de la rue. C’est peut-être la première fois que je ne suis pas réveillé le matin par la pétarade des tuk tuk – mais il faut dire, aussi, que Sukothai est vraiment une petite bourgade : peu de tuk tuk et ils circulent dans la grand rue, en maraude, pour quand un chaland les hèle pour aller à la gare routière ou, en toute hâte, à l’autre bout de la ville. Usuellement, devant un guesthouse, on trouvera un tuk tuk à l’arrêt, avec son chauffeur endormi, attendant le client. Même chose partout en Asie…

 

Enfin bref, c’est un voisin au verbe haut qui descend son escalier de bois, tout en parlant avec sa compagne gloussante, qui me réveille. Il est bientôt huit heures, et ce doit certainement être mon réveil le plus tardif depuis des lunes. La soirée s’est bien passée, avec un repas en or, une bonne bière, et un film coréen, thai ou chinois, regardé en compagnie, avec les autres pensionnaires de l’hôtel. Ca criait beaucoup et il y avait des torrents de larmes, ainsi que l’intervention plus ou moins discrète de dieux et et déesses. Comme aucun n’avait de trompe postiche, que les acteurs n’avaient pas de moustaches avantageuses et que les dames n’avaient pas de bourrelets disgracieux, je peux dire que le film n’était pas indien.

 

On entre dans la salle d’eau, en dérangeant les gekkos, on se douche, on se rase. Après cela, revêtu d’un short et d’une chemisette, je vais jusqu’à la salle de restaurant, un baluchon de linge sale à la main. On vous le lave et le repasse de manière impeccable, pour deux francs trois sous, ici. Mon affaire de linge arrangée, je me prends un petit déjeuner sous un ventilateur bouffeet, mon petit fourre tout à l’épaule, je pars au terminus, pour prendre la carriole qui va jusqu’au vieux Sukothai. Là, on peut louer un vélo et faire le tour du site. C’est bien moins grand qu’Angkor, mais le tour à vélo est toujours idéal.

 

Le bus nous attend, et nous sommes cinq ou six à le prendre. Monsieur le conducteur attend encore un peu, avec l’espoir d’un groupe qui lui assurera un meilleur trajet – c’est compréhensible – et part finalement avec son groupe d’origine. BussukDeux ou trois arrêts sur la route, afin de charger un sac ou un autre, d’assurer une livraison. Nous voilà bientôt à la porte du site. On vous y demande une cinquantaine de bahts. Ca nous change des prix prohibitifs du Cambodge. En face de l’entrée, il y a deux ou trois boutiques qui vous louent des vélos. Un peu plus loin, un parking d’autobus où les énormes vip touristiques se gareront, un peu plus tard. Bussuk2Je loue un vélo, et pédale jusqu’à l’entrée où je paie mon obole. Me voici sur le site de Sukothai.

 

Sukothai a été l’une des capitales de l’Empire du Siam, aux 13è-14è siècles, si je me souviens bien. A la suite de défaites cinglantes subies par les armées siamoises contre celles de l’Empire birman (ils avaient triché, bien entendu), la ville a été envahie et un tantinet mise à sac. Il ne reste que le plus solide : les édifices religieux, à moitié écroulés seulement. Quant aux maisonnettes du petit peuple, il n’en reste rien. Depuis, bien entendu, d’autres temples ont été bâtis, avec les incontournables bâtiments de logement des moines ou des moniales qui vont avec. Mais plus grand-chose de laïc, sinon un peu plus loin.

 

Suko2

La remise en état accomplie par les Thaïs est cependant digne d’éloges. Des chemins bien faits vous mènent d’un temple à l’autre. Les sites ont été entièrement désherbés. Les Bouddhas sont assis ; les colonnes sont redressées. Suko5Les douves qui entouraient les temples sont à nouveau remplies d’une eau qui n’est pas croupie, et où les poissons chats folâtrent, chassant les grenouilles.

 

Devant chaque temple, deux ou trois vendeuses d’eau et de coca bavardent, attendant le touriste assoiffé. A leur côté, une petite poubelle – trace de la mondialisation… En effet, le Thaï aurait tendance à tout jeter derrière lui. Ce sont les touristes et les écoles créées par les ong étrangères qui ont appris aux gens à utiliser les poubelles. Il fallait voir, il y a quelques années, la saleté des petits villages, où règne aujourd’hui une propreté presque immaculée… Le signe « no littering » est une nouveauté et, il faut le dire à la louange de tous, cette nouveauté est respectée.

 

Enfin bref, sorti d’avoir fait son tour, sur un site ou sur un autre, on achète sa boisson, on la boit comme un trou, d’un coup, et on rend la bouteille ou la canette que Madame la vendeuse reprend sans ciller et jette dans la petite poubelle qu’elle a prévu pour cet effet.

 

Ensuite, on remonte sur son vélo pour aller plus loins, pendant que les deux ou trois dames se remettent à bêler plaintivement ensemble.

 

Certains des arrêts, à Sukothai, sont tout simplement délicieux. Suko6On y voit un Bouddha marchant, on s’arrête sur de petites îles, les fleurs poussent partout. Des jeunes Thaï y viennent en couple, se conter mutuellement fleurette.

 

C’est chouette.

 

Des groupes de touristes ventripotents passent – à vélo, eux aussi, précédés d'un guide armé d'un parapluie de couleur vive, qu'il brandit pour se faire repérer – faire le tour des quatre ou cinq grands ensembles, puis retournent à leur bus, respirer dans l’air climatisé. Il faut dire que, quand je suis arrivé, il faisait peut-être, tout au plus, une trentaine de degrés, mais il doit être, maintenant, pas loin de midi, il fait tombant de chaud et d’humidité. La balade à vélo aide, certes, à respirer, mais quand même. Il est temps de traînasser une petite heure à l’ombre, devant un Bouddha, ou un paysage, qui mérite le coup d’œil et la paresse.

 

Puis on redémarre. On a, finalement, facilement fait un premier tour de Sukothai, et c’est un endroit qui mérite un retour, de temps à autre. Aujourd’hui, je file vers un coin moins fréquenté, vers le stupa des éléphants, Lelefanet plus loin encore, vu que je n’ai plus été par là bas depuis longtemps. Moins de monde - presque personne, à vrai dire - et un charme tout entier fait d’abandon et de solitude. Cela ne veut pas dire que personne le connaît le stupa des éléphants, mais on y voit que rarement des touristes, et puis la route sinue et serpente plus loin, vers d’autres temples, d’autres stupas, vers les vieux murs écroulés de la forteresse, et vers les rizières gardées, dirait-on, par des buffles blancs de boue sèchée.

21:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/11/2006

Baguenauder à Sukothai (new)

Mon nouveau guesthouse est fort similaire à celui que je fréquente usuellement. Une salle d’accueil, avec restaurant, puis on passe sur le côté du bâtiment et on longe les cuisines – enfin, la cuisine – pour se retrouver dans un jardin qui s’enfonce entre les arbres, entre deux murs qui délimitent la propriété, avec des maisonnettes, faites moitié en murs de parpaings, à l’arrière, et de murs tressés partout ailleurs. Elles sont plantées côte à côte, sur des pilotis. Ainsi, les serpents aventureux ne pourront pas entrer. Chacune des paillotes a une petite terrasse qui longe les façades avant et celle qui fait le côté gauche. On y monte par un escalier inégal, fait de planches de bois rabotés à la va-vite. A l’intérieur, une pièce dont les murs sont recouverts d’un tissu vanné, avec une lampe à la tête des lits et un ventilateur au plafond. On y trouve deux lits serrés aux matelas bien fermes, recouverts d’un drap propre et d’une couverture pliée en quatre. Passés les lits et une petite porte dans le coin, il y a une salle d’eau à l’arrière, avec une petite fenêtre bien soigneusement bloquée à coup de barreaux faits de demis parpaings, afin d’empêcher un quelconque voleur de rentrer par derrière. Le tout est couvert de toile de moustiquaire, afin d’empêcher les moustiques et autres serpenteaux de venir embêter les dormeurs. Pour terminer la défense de la maison, une famille de gekkos veille aux moustiques. Pour les serpents, il n’y a rien de particulier. Après tout, s’ils sont motivés au point de grimper le long d’un mur droit, de crever la toile de moustiquaire et de venir jusque dans la chambre, rien ne les arrêtera, sinon un bon coup de fusil – mais ça, ça dépasse les soins usuels qu’un hôtelier thailandais est supposé donner à sa clientèle.

 

Tant pis : il me reste, le soir, quand je rentre, à faire un rapide tour des lieux et à m’assurer que je suis bien seul dans ma chambre.

 

En Rhodésie, quand j’étais dans les vertes campagnes, je défaisais mon lit. Je me souviens encore, à Glenlivet, un tout petit hameau à une dizaine de miles de Fort Vic’, où nous passions parfois les vacances, avoir trouvé, à l’occasion, des trucs avec ou sans pattes entre les draps. Le matin, j’avais des chauves souris, quand je rentrais dans le garage. Si je faisais du bruit et que je dérangeais beaucoup pendant la journée, on ne les voyait plus le jour suivant, mais elles revenaient vite.

 

Vu qu’elles bouffaient tout ce qui, dans le monde des insectes, volait, piquait, mordait et, plus généralement, nous pourrissait la vie, on ne me plaignais pas des quelques désagréments – dont deux ou trois crottes sur le toit de la voiture devaient être les plus gros – qu’elles provoquaient.

 

Bon, ce soir, je rentre, fais le tour de ma chambre, entre à pas de loup dans la salle d’eau, afin de ne pas effrayer les gekkos, prends ma douche et ressors pour aller m’offrir un verre dans la salle de restaurant. Ensuite, je partirai faire un tour en ville. Mon guesthouse est dans une parallèle à la route qui conduit au « vieux » Sukothai, si je tourne à gauche. Par contre, si je tourne à droite, j’arrive à la rivière après quelques pas, et j’arrive, une fois la rivière passée, dans le Sukothai moderne. Sukothai est minuscule et endormie ; quelques rues avec un marché, et des maisonnettes qui s’étendent, alors, au loin. Au bord de la rivière, passé le pont, se trouve un temple misérable où les moines vivent dans des conditions qui rappellent l’age du silex, ou presque. Au milieu du jardin central, devenu brousse centrale, et de sa mare emplie de poissons chats, courent les poules avec quelques plumes qui leur ont été laissée par soit des voleurs, soit leurs compagnes bagarreuses. Il y a aussi des chats entourés d’insectes suspects et des chiens bourrés de tiques, couverts de gale. Les pauvres s’empilent au centre du parc, sur les deux ou trois bancs encore capables de supporter un derrière, aussi maigre soit-il, et attendent la pitance qui viendra, soit du marché, soit des bonzes, s’ils la mendicité du jour a été bonne.

 

Les samedi et dimanche soirs, il y a un marché dit « du dimanche », le long de la rivière, près de la station de police principale qui se trouve presque hors de la ville. On y trouve un marché de nuit – donc, des tas de petites échoppes de nourriture, et des tables, et des chaises, et une grande tente destinée à offrir un spectacle aux clients qui viennent manger et boire.

 

Boire, surtout.

 

Mais bon, la bière est légère et délicieuse, que ce soit la Singha ou la Leo. Les spectacles sont d’un kitch qui ravit, et j’essaie chaque fois que je suis à Sukothai de traîner pour y passer le week-end, pour vivre ces soirées de fêtes thaies avec la population locale. Je m’y plait, je m’y sens heureux.

 

Ce soir, pas de marché du dimanche, puisque nous sommes jeudi –hm, je crois, du moins. Ce sera donc un rapide tour en ville, pour trouver un cybercafé, afin de vérifier ma messagerie, au cas où… Ensuite, un verre, un repas qui sera certainement délicieux, à ce que mon nez me fait savoir quand je passe le long des cuisine pour revenir à la salle de restaurant qui fait la façade. Je file donc en ville, où il ne se passe rien, longeant les rues vides aux boutiques qui envahissent les trottoirs. Passage rapide dans un cybercafé pour voir que je n’ai rien reçu d’important : quelques centaines de spams me proposant du viagra, des assurances, des prêts bancaires. Plusieurs orphelines africaines craignant Dieu me demandent de sortir d’un coffre anonyme le produit des rapines de leur papa, mort avant son temps, et me promettent un quart du pactole. Les sites de cul, qui formaient, à une époque, la plus grande partie des messages de spam, ont complètement disparu, on dirait.

 

Ah, et puis, bien évidemment, une rafale de messages avec pièce jointe infectée de l’un ou l’autre beau virus…

 

Bon, rien de bien intéressant. J’envoie un mot rapide à mes amis en Europe, afin de les rassurer quant à ma santé, ferme l’ordinateur, paie mon dû et retourne vers le pont, vers mon petit hôtel. Chaque maison embaume le riz du soir. On en salive. A deux pas du pont, le chic hôtel de new Sukothai, régulièrement inondé lors des pluies d’automne, et deux salons de massage avec de lourdes et souriantes masseuses qui font signe. Non, pas envie ce soir. On verra demain, après la promenade dans les temples.

 

A table. J'ai intérêt à courir, avant que les autres clients aient tout mangé.

 

 

22:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |