28/11/2006

Par les passerelles, par les chemins et par les rizières

... enfin, entre les rizières...

 

Petit-déjeuner pris (une tasse de thé, un verre de jus d’orange, deux tranches de pain grillées, à peine beurrées et avec un soupçon de confiture – mes copains de gym, chaque fois que je rentre en Europe, s’extasient devant mon ventre plat et l’absence de toute mauvaise graisse ; je leur dit chaque fois que c’est l’exercice qui me sauve : c’est un mensonge, mais je n’ai pas honte de mentir), je vais au comptoir où je remercie d’abord la patronne, hilare, pour sa brillante initiative nocturne. Elle me donne la clé de ma mob et je démarre.

 

Cette fois ci, puisque j’ai vu les sites les plus obligés du vieux Sukothai, je vais pour faire un grand cercle autour du site, afin de tomber sur les temples peu connus et antiques, trop rarement visités.

 

En fait, vu la qualité atmosphérique de la Thaïlande, tout assemblage de briques datant de quelques siècles, et pas vraiment conservé, n’a aucune chance d’être encore debout. Jamais on ne voit, en Thailande, ce merveilleux et surprenant spectacle que l’on peut voir aux  coins de routes abandonnées, en Syrie, en Grèce, en Jordanie, en Turquie, de colonnes doriques poussant au milieux d’une oliveraie, d’un champ, d’un pré, colonnes entourées de vaches tranquilles et de tortues qui vaquent paisiblement à leurs affaires. Ainsi, je me souviens une fois – je me promenais dans le sud de la Turquie - m’être dérouté, après avoir vu, à quelques distances de la nationale que j’empruntais, ce qui ressemblait suspicieusement à un temple à peine effondré et qu’on avait même pas indiqué sur la carte, tant les ruines gréco romaines abondent, dans les anciennes colonies Grecques.

 

Après un petit kilomètre, je m’étais retrouvé, effectivement, devant une maisonnette faisant office de musée et de maison du gardien du musée, le jardin qui se trouvait derrière la maisonnette, couvert de statues, parfois entière, parfois en puzzle. On faisait quelques pas, et on arrivait au milieu d’un extraordinaire site où l’on devait être le premier visiteur depuis des lunes, avec le gardien qui surgissait d’une petite cabane, au fond du jardin et arrivait un mégot au bec, en remontant sa culotte, tout surpris d’avoir de la visite.

 

Après ma promenade autour du temple, j’avais dû faire appel au gardien, pour déplacer une tortue qui avait trouvé intelligent de se laisser chauffer au soleil juste derrière ma voiture, elle-même garée le nez au mur du jardin… La tortue faisait facilement un demi mètre long, de l’orifice par lequel pouvait passer la tête, quand l’idée de sortir la tête chantait à la tortue, à celui d’où sa queue pouvait sortir. Le poids était en rapport.

 

Enfin bref, la Thaïlande n’est pas la Turquie, pour le climat, ni pour le matériau utilisé dans le but de construire les bâtiments sacrés. L’esprit Européen tend à l’éternel.

 

Je roule au hasard, sans jamais rien voir qui pourrait ressembler à un vieux stupa ou à un temple antique. Par contre, une kyrielle de temples raisonnablement modernes, déserts, tous flanqués de leur crématorium, avec des gosses dans le lointain, qui jouent au ballon, au basket, au volley, entourés de chiens pelés qui, parfois, grognent quand je passe à côté d’eux. Le silence de la campagne est souvent prenant.

 

La route que j’ai choisie est recouverte de plaques de béton vieillies, jointes l’une à l’autre par un rien d’asphalte qui me rappelle mon enfance, quand l’autoroute de la mer, ainsi faite, faisait retentir un tac, tac, tac, régulier dans l’habitacle de la voiture, pendant que mon frère et moi somnolions à l’arrière.

 

ShipParfois, je dois passer un pont : c’est alors une passerelle, sans plus, recouverte de planches de bois mises en travers et pas toujours dans un état neuf. Il y a, ici et là, une planche qui manque. Le passage n’est jamais agréable et ça m’irrite, quand je vois parfois, avant moi, une autre mobylette dont le conducteur n’hésite pas un instant, en prenant les passerelles. C’est humiliant…

 

Les passerelles, qui enjambent des ruisseaux, font parfois place à des ponts, qui enjambent des rivières – ou est-ce toujours la même, que je passe et repasse, au fil de ma pérégrination ?

 

Rien à voir de vraiment spectaculaire, mais tout est beau, paisible, une fois encore. ArbreAprès deux bonnes heures de route, je tombe sur une station essence où je remplis mon réservoir qui n’est plus qu’à moitié plein. Un vieux monsieur fait le plein, riant de noter que je ne sais même pas comment remonter mon siège, sous lequel se trouve le bouchon par lequel on verse l’essence. Un gosse à ses côtés – son petit fils, je suppose – qui me regarde, la bouche ouverte de stupéfaction : son premier blanc, probablement.

 

De temps à autre, aussi, je croise un groupe de paysans qui se reposent, entre deux rangs de pousses de riz, déplantés et replantés. Le travail de la riziculture a été un travail de forçat, pendant des siècles, et Sa Majesté le Roi, dans Sa grande sagesse, a estimé que la modernisation du pays devait offrir quelques avantages aux plus démunis, aux paysans. Il a, ainsi, fait inventer par un ingénieur, une machine capable de planter et déplanter le riz en pousse, afin de supprimer l’une des tâches les plus éreintantes de la paysannerie Thaïlandaise. Pour cela, le petit peuple lui sera éternellement reconnaissant.

 

Il faut dire aussi que le premier ministre, Takhsin, ne voulant pas être en reste, a fait son possible pour améliorer la condition paysanne. Même si Takhsin est maintenant … hmmm… disons, « éloigné » - et plus que probablement à l’initiative du Roi -, il faut lui reconnaître ses qualités. En moins de quinze ans, en Thailande, la condition paysanne est passée du Moyen-Age à, sinon les temps modernes, du moins, à quelque chose de nettement plus vivable.

 

PadIl n’empèche. Parfois, je tombe sur un petit groupe de paysans – de paysannes, plutôt – qui se repose: le travail des champs n'est toujours pas une sinécure. Elles lèvent la tête et me sourient. Vu que je roule, entre les champs, à petite vitesse, je m’arrête facilement, pour une photo, parfois, puis je leur montre la photo sur le petit écran. Ca les fait rire. Elles m’offrent un verre d’eau, que j’accepte en me disant que, dans le pire des cas, je ne quitterai pas ma chambre – enfin, surtout le trône – demain : je donne un bic, trouvé au fond de mon sac, en échange. Nous nous quittons après quelques minutes de pépiements et de sourires, de leur côté, de sourires sans pépiement du mien.

 

Bon, roulons. Ce serait bien si je tombais sur une route avec des indications routières… A rouler, les bras découverts et horizontaux, tenant le guidon de ma mob', j'ai pris des couleurs suspectes. Il est temps de mettre de la crème pour me protéger un peu.

 

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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