21/11/2006

Sukothai by night - les petites danseuses

Les marchés de nuit sont charmants, en Thailande. Même les plus commerciaux d’entre eux, même ceux qui sont entièrement dirigés vers le tourisme des falangs, des touristes étrangers, gardent une âme. Si l’on songe au marché de nuit de Chiang Mai, devenu pur marché de bimbeloteries, de trucs et de machins à destination des touristes, qu’ils soient habillés de culottes de peau avec broderies d’edelweiss, ou autres, ou si l’on songe à Kao San, cœur du quartier des routards, tout garde une âme. Les prix peuvent se discuter jusqu’à en arriver au prix thai. Alors, la vendeuse éclate de rire et tend la main. Le contrat est juré. Les vendeurs, quant à eux, sont moins rigolos.

 

Ici, le marché de nuit est encore authentique. Les échoppes se suivent, le long de la rue qui fait le quai du fleuve, avec des vêtements pour enfants, du savon, des barils de lessive, d’autres vêtements et quelques statuettes de Bouddha, des gâteaux, des casseroles, de la quincaillerie, des jeans de marque douteuse, de l’encens… le tout entremêlé de restaurants de rue où l’on vous propose des tas de choses frites. Le parfum vous met l’eau à la bouche et, bientôt, si vous avez eu l’héroïsme de vous retenir, suivant les enseignements des philosophes stoïciens, vous arrivez sur la place centrale du marché du dimanche de Sukothai.

 

Imaginez une place de cent mètres sur cent, au centre peuplé de tables et de chaises, tout entourée – du moins, trois côtés sur quatre - de popotes, chacune avec sa spécialité : ici des saucisses, là des nems, là encore des crètes de poulet ou des queues de crevettes d’eau. Ici et là, le traditionnel pad thai – le repas des pauvres, mais délicieux. A chaque coin de la place, il y a une pompe à bière qui débite de la Chang (éléphant), de la Leo (lion) ou de la Singha (un bestiau indescriptible de la mythologie locale ; une espèce de dragon). On prend sa bière en bouteille de trois quart de litre, ou en « colonne » d’un bon deux litres ; ce qu’on appelle ici une pression. Les verres qui viennent avec ont un bon gros fond de glace, qui vous garde votre bière fraîche plus longtemps. Si vous êtes tout nouveau en Thailande, cette eau non traitée, c’est la galopante garantie. Si vous avez passé quelques semaines en Thaïlande déjà, l’eau non traitée ne vous tuera pas.

 

Enfin, le quatrième côté est un immense tréteau sur lequel danseront des fillettes qui apprennent les pas traditionnels des danses khmères, sur lequel, ensuite, chanteront les vedettes locales qui poussent la chansonnette thaïlandaise et internationale. Pendant ce temps, des demoiselles habillées de la tenue Singha, ou Chang – jupe courte blanche et dorée, pour la Singha, verte et dorée pour la Chang, bottes à la couleur en rapport aux pieds - font le tour des tables et proposent une chope-échantillon de la bière pour laquelle elles font de la pub.

 

Quand les fillettes dansent, les applaudissements – même quand les danseuses ne sont pas fameuses – sont obligatoires. Ce soir là, une se détache du lot de par la sensibilité évidente qu’elle met dans ses mouvements et… de par le fait que son couvre chef, mal attaché par son institutrice, probablement, se détache au milieu de la danse. Elle parvient à s’abstraire de la catastrophe, quand son chapeau tombe et danse parfaitement jusqu’au bout, entourées par ses petites camarades qui lui battent froid, de toute évidence. Comment, à l’age de dix ans, être déjà capable de sourire tout en repoussant quelqu’un… Comme je l’ai lu un jour : les filles, c’est sournois.

 

La fillette, à la fin du spectacle, est presque en larmes – mais souriante. Vu que j’avais fini mon verre et mon repas, et que j’étais sur ma route, je passe juste au bon moment pour assister au spectacle de la tentative d’assassinat perpétrée par les copines qui, toutes, lui tournent le dos, l'ignorent, la détestent. Je vais donc jusqu’à elle, devant toutes ses camarades, avec l’instit' et la maman, ravie bien entendu, qui traduisent, pour la féliciter pour la très grande sensibilité qu’elle a mis dans la danse et pour prier la maman de me prendre en photo avec elle « car je veux être sur une photo à côté de cette excellente danseuse ». La gamine est au septième ciel. Les copines bisquent, tout en gardant le sourire.

 

Oui, les filles, c’est sournois.

 

Madame Mère me prend ensuite en photo, à son tour, avec son appareil à elle, agenouillé à côté de la Prima Donna dont la commissure des lèvres peintes va d’une oreille à l’autre et dont le fard qu’elle a piqué traverse le maquillage. Allons, il y aura au moins une petite fille qui s’endormira heureuse, ce soir.

 

Après quoi, nous nous séparons ; elles retournent vers la maison, quand je me renfonce dans le marché. DanseusesPendant ce temps là, près de la scène, de plus grandes se préparent.

 

Entre deux échoppes, sur le retour, j’entre dans le temple, ouvert la nuit, où les vapeurs d’encens roulent jusque dans la rue. Les vénérables que l’on prie ici sont morts, mais vivent dans le monde du musée Grévin. Ca a son charme mystérieux. Enfin, après quelques minutes à admirer le spectacle de la dévotion publique, je quitte le temple et retourne à mon guesthouse. Il est bientôt onze heures et demain est un autre jour.

23:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

charmant. emouvant.

Écrit par : erwann | 19/12/2006

Les commentaires sont fermés.