16/11/2006

Promenade archéologique et cycliste à la fois

La nuit dans la paillotte s’est bien passée. Puisque je suis au fond du jardin, pas de bruit en provenance de la rue. C’est peut-être la première fois que je ne suis pas réveillé le matin par la pétarade des tuk tuk – mais il faut dire, aussi, que Sukothai est vraiment une petite bourgade : peu de tuk tuk et ils circulent dans la grand rue, en maraude, pour quand un chaland les hèle pour aller à la gare routière ou, en toute hâte, à l’autre bout de la ville. Usuellement, devant un guesthouse, on trouvera un tuk tuk à l’arrêt, avec son chauffeur endormi, attendant le client. Même chose partout en Asie…

 

Enfin bref, c’est un voisin au verbe haut qui descend son escalier de bois, tout en parlant avec sa compagne gloussante, qui me réveille. Il est bientôt huit heures, et ce doit certainement être mon réveil le plus tardif depuis des lunes. La soirée s’est bien passée, avec un repas en or, une bonne bière, et un film coréen, thai ou chinois, regardé en compagnie, avec les autres pensionnaires de l’hôtel. Ca criait beaucoup et il y avait des torrents de larmes, ainsi que l’intervention plus ou moins discrète de dieux et et déesses. Comme aucun n’avait de trompe postiche, que les acteurs n’avaient pas de moustaches avantageuses et que les dames n’avaient pas de bourrelets disgracieux, je peux dire que le film n’était pas indien.

 

On entre dans la salle d’eau, en dérangeant les gekkos, on se douche, on se rase. Après cela, revêtu d’un short et d’une chemisette, je vais jusqu’à la salle de restaurant, un baluchon de linge sale à la main. On vous le lave et le repasse de manière impeccable, pour deux francs trois sous, ici. Mon affaire de linge arrangée, je me prends un petit déjeuner sous un ventilateur bouffeet, mon petit fourre tout à l’épaule, je pars au terminus, pour prendre la carriole qui va jusqu’au vieux Sukothai. Là, on peut louer un vélo et faire le tour du site. C’est bien moins grand qu’Angkor, mais le tour à vélo est toujours idéal.

 

Le bus nous attend, et nous sommes cinq ou six à le prendre. Monsieur le conducteur attend encore un peu, avec l’espoir d’un groupe qui lui assurera un meilleur trajet – c’est compréhensible – et part finalement avec son groupe d’origine. BussukDeux ou trois arrêts sur la route, afin de charger un sac ou un autre, d’assurer une livraison. Nous voilà bientôt à la porte du site. On vous y demande une cinquantaine de bahts. Ca nous change des prix prohibitifs du Cambodge. En face de l’entrée, il y a deux ou trois boutiques qui vous louent des vélos. Un peu plus loin, un parking d’autobus où les énormes vip touristiques se gareront, un peu plus tard. Bussuk2Je loue un vélo, et pédale jusqu’à l’entrée où je paie mon obole. Me voici sur le site de Sukothai.

 

Sukothai a été l’une des capitales de l’Empire du Siam, aux 13è-14è siècles, si je me souviens bien. A la suite de défaites cinglantes subies par les armées siamoises contre celles de l’Empire birman (ils avaient triché, bien entendu), la ville a été envahie et un tantinet mise à sac. Il ne reste que le plus solide : les édifices religieux, à moitié écroulés seulement. Quant aux maisonnettes du petit peuple, il n’en reste rien. Depuis, bien entendu, d’autres temples ont été bâtis, avec les incontournables bâtiments de logement des moines ou des moniales qui vont avec. Mais plus grand-chose de laïc, sinon un peu plus loin.

 

Suko2

La remise en état accomplie par les Thaïs est cependant digne d’éloges. Des chemins bien faits vous mènent d’un temple à l’autre. Les sites ont été entièrement désherbés. Les Bouddhas sont assis ; les colonnes sont redressées. Suko5Les douves qui entouraient les temples sont à nouveau remplies d’une eau qui n’est pas croupie, et où les poissons chats folâtrent, chassant les grenouilles.

 

Devant chaque temple, deux ou trois vendeuses d’eau et de coca bavardent, attendant le touriste assoiffé. A leur côté, une petite poubelle – trace de la mondialisation… En effet, le Thaï aurait tendance à tout jeter derrière lui. Ce sont les touristes et les écoles créées par les ong étrangères qui ont appris aux gens à utiliser les poubelles. Il fallait voir, il y a quelques années, la saleté des petits villages, où règne aujourd’hui une propreté presque immaculée… Le signe « no littering » est une nouveauté et, il faut le dire à la louange de tous, cette nouveauté est respectée.

 

Enfin bref, sorti d’avoir fait son tour, sur un site ou sur un autre, on achète sa boisson, on la boit comme un trou, d’un coup, et on rend la bouteille ou la canette que Madame la vendeuse reprend sans ciller et jette dans la petite poubelle qu’elle a prévu pour cet effet.

 

Ensuite, on remonte sur son vélo pour aller plus loins, pendant que les deux ou trois dames se remettent à bêler plaintivement ensemble.

 

Certains des arrêts, à Sukothai, sont tout simplement délicieux. Suko6On y voit un Bouddha marchant, on s’arrête sur de petites îles, les fleurs poussent partout. Des jeunes Thaï y viennent en couple, se conter mutuellement fleurette.

 

C’est chouette.

 

Des groupes de touristes ventripotents passent – à vélo, eux aussi, précédés d'un guide armé d'un parapluie de couleur vive, qu'il brandit pour se faire repérer – faire le tour des quatre ou cinq grands ensembles, puis retournent à leur bus, respirer dans l’air climatisé. Il faut dire que, quand je suis arrivé, il faisait peut-être, tout au plus, une trentaine de degrés, mais il doit être, maintenant, pas loin de midi, il fait tombant de chaud et d’humidité. La balade à vélo aide, certes, à respirer, mais quand même. Il est temps de traînasser une petite heure à l’ombre, devant un Bouddha, ou un paysage, qui mérite le coup d’œil et la paresse.

 

Puis on redémarre. On a, finalement, facilement fait un premier tour de Sukothai, et c’est un endroit qui mérite un retour, de temps à autre. Aujourd’hui, je file vers un coin moins fréquenté, vers le stupa des éléphants, Lelefanet plus loin encore, vu que je n’ai plus été par là bas depuis longtemps. Moins de monde - presque personne, à vrai dire - et un charme tout entier fait d’abandon et de solitude. Cela ne veut pas dire que personne le connaît le stupa des éléphants, mais on y voit que rarement des touristes, et puis la route sinue et serpente plus loin, vers d’autres temples, d’autres stupas, vers les vieux murs écroulés de la forteresse, et vers les rizières gardées, dirait-on, par des buffles blancs de boue sèchée.

21:45 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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