14/11/2006

Baguenauder à Sukothai (new)

Mon nouveau guesthouse est fort similaire à celui que je fréquente usuellement. Une salle d’accueil, avec restaurant, puis on passe sur le côté du bâtiment et on longe les cuisines – enfin, la cuisine – pour se retrouver dans un jardin qui s’enfonce entre les arbres, entre deux murs qui délimitent la propriété, avec des maisonnettes, faites moitié en murs de parpaings, à l’arrière, et de murs tressés partout ailleurs. Elles sont plantées côte à côte, sur des pilotis. Ainsi, les serpents aventureux ne pourront pas entrer. Chacune des paillotes a une petite terrasse qui longe les façades avant et celle qui fait le côté gauche. On y monte par un escalier inégal, fait de planches de bois rabotés à la va-vite. A l’intérieur, une pièce dont les murs sont recouverts d’un tissu vanné, avec une lampe à la tête des lits et un ventilateur au plafond. On y trouve deux lits serrés aux matelas bien fermes, recouverts d’un drap propre et d’une couverture pliée en quatre. Passés les lits et une petite porte dans le coin, il y a une salle d’eau à l’arrière, avec une petite fenêtre bien soigneusement bloquée à coup de barreaux faits de demis parpaings, afin d’empêcher un quelconque voleur de rentrer par derrière. Le tout est couvert de toile de moustiquaire, afin d’empêcher les moustiques et autres serpenteaux de venir embêter les dormeurs. Pour terminer la défense de la maison, une famille de gekkos veille aux moustiques. Pour les serpents, il n’y a rien de particulier. Après tout, s’ils sont motivés au point de grimper le long d’un mur droit, de crever la toile de moustiquaire et de venir jusque dans la chambre, rien ne les arrêtera, sinon un bon coup de fusil – mais ça, ça dépasse les soins usuels qu’un hôtelier thailandais est supposé donner à sa clientèle.

 

Tant pis : il me reste, le soir, quand je rentre, à faire un rapide tour des lieux et à m’assurer que je suis bien seul dans ma chambre.

 

En Rhodésie, quand j’étais dans les vertes campagnes, je défaisais mon lit. Je me souviens encore, à Glenlivet, un tout petit hameau à une dizaine de miles de Fort Vic’, où nous passions parfois les vacances, avoir trouvé, à l’occasion, des trucs avec ou sans pattes entre les draps. Le matin, j’avais des chauves souris, quand je rentrais dans le garage. Si je faisais du bruit et que je dérangeais beaucoup pendant la journée, on ne les voyait plus le jour suivant, mais elles revenaient vite.

 

Vu qu’elles bouffaient tout ce qui, dans le monde des insectes, volait, piquait, mordait et, plus généralement, nous pourrissait la vie, on ne me plaignais pas des quelques désagréments – dont deux ou trois crottes sur le toit de la voiture devaient être les plus gros – qu’elles provoquaient.

 

Bon, ce soir, je rentre, fais le tour de ma chambre, entre à pas de loup dans la salle d’eau, afin de ne pas effrayer les gekkos, prends ma douche et ressors pour aller m’offrir un verre dans la salle de restaurant. Ensuite, je partirai faire un tour en ville. Mon guesthouse est dans une parallèle à la route qui conduit au « vieux » Sukothai, si je tourne à gauche. Par contre, si je tourne à droite, j’arrive à la rivière après quelques pas, et j’arrive, une fois la rivière passée, dans le Sukothai moderne. Sukothai est minuscule et endormie ; quelques rues avec un marché, et des maisonnettes qui s’étendent, alors, au loin. Au bord de la rivière, passé le pont, se trouve un temple misérable où les moines vivent dans des conditions qui rappellent l’age du silex, ou presque. Au milieu du jardin central, devenu brousse centrale, et de sa mare emplie de poissons chats, courent les poules avec quelques plumes qui leur ont été laissée par soit des voleurs, soit leurs compagnes bagarreuses. Il y a aussi des chats entourés d’insectes suspects et des chiens bourrés de tiques, couverts de gale. Les pauvres s’empilent au centre du parc, sur les deux ou trois bancs encore capables de supporter un derrière, aussi maigre soit-il, et attendent la pitance qui viendra, soit du marché, soit des bonzes, s’ils la mendicité du jour a été bonne.

 

Les samedi et dimanche soirs, il y a un marché dit « du dimanche », le long de la rivière, près de la station de police principale qui se trouve presque hors de la ville. On y trouve un marché de nuit – donc, des tas de petites échoppes de nourriture, et des tables, et des chaises, et une grande tente destinée à offrir un spectacle aux clients qui viennent manger et boire.

 

Boire, surtout.

 

Mais bon, la bière est légère et délicieuse, que ce soit la Singha ou la Leo. Les spectacles sont d’un kitch qui ravit, et j’essaie chaque fois que je suis à Sukothai de traîner pour y passer le week-end, pour vivre ces soirées de fêtes thaies avec la population locale. Je m’y plait, je m’y sens heureux.

 

Ce soir, pas de marché du dimanche, puisque nous sommes jeudi –hm, je crois, du moins. Ce sera donc un rapide tour en ville, pour trouver un cybercafé, afin de vérifier ma messagerie, au cas où… Ensuite, un verre, un repas qui sera certainement délicieux, à ce que mon nez me fait savoir quand je passe le long des cuisine pour revenir à la salle de restaurant qui fait la façade. Je file donc en ville, où il ne se passe rien, longeant les rues vides aux boutiques qui envahissent les trottoirs. Passage rapide dans un cybercafé pour voir que je n’ai rien reçu d’important : quelques centaines de spams me proposant du viagra, des assurances, des prêts bancaires. Plusieurs orphelines africaines craignant Dieu me demandent de sortir d’un coffre anonyme le produit des rapines de leur papa, mort avant son temps, et me promettent un quart du pactole. Les sites de cul, qui formaient, à une époque, la plus grande partie des messages de spam, ont complètement disparu, on dirait.

 

Ah, et puis, bien évidemment, une rafale de messages avec pièce jointe infectée de l’un ou l’autre beau virus…

 

Bon, rien de bien intéressant. J’envoie un mot rapide à mes amis en Europe, afin de les rassurer quant à ma santé, ferme l’ordinateur, paie mon dû et retourne vers le pont, vers mon petit hôtel. Chaque maison embaume le riz du soir. On en salive. A deux pas du pont, le chic hôtel de new Sukothai, régulièrement inondé lors des pluies d’automne, et deux salons de massage avec de lourdes et souriantes masseuses qui font signe. Non, pas envie ce soir. On verra demain, après la promenade dans les temples.

 

A table. J'ai intérêt à courir, avant que les autres clients aient tout mangé.

 

 

22:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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