16/10/2006

La descente vers Sukothai

La Thailande – et même, en général, l’Asie du Sud Est - "par les petites routes", ça veut dire qu’on prend le bus. Bien entendu, je pourrais prendre le train, qui est confortable, ici, en Thailande, et qui part et arrive à l’heure. Mais bon, j’aime bien le bus, dans sa variété et son confort d’utilisation.

 

Confort d’utilisation, cela veut dire que toutes les villes et les villages sont desservis, avec un rythme étonnant d’intensité. Le dernier hameau voit passer certainement, deux ou trois fois par jour, un minibus, un bus, une camionnette avec la ville prochaine. Le système semble marcher on ne peut mieux.

 

Variété, cela veut dire qu’on peut prendre un bus dans toutes les classes possibles. Cela va du bus dit « VIP » à deux places plus une de front, devant lequel une hotesse en uniforme et calot, impeccablement maquillée, vous attend, vous donne à sa collègue qui parcourt le bus pour vous conduire à votre place, avec des toilettes aussi propres qu’en Suisse, des boissons fraiches, du thé, un repas, une climatisation qui est modulable selon les places, une place pour les jambes digne des premières classe de la Singapore Airlines, une décoration intérieure à hurler, faite selon les rêves les plus fous d’un architecte d’intérieur thailandais possédé par le feu sacré des dieux du kitch, jusqu’au car omnibus Busaircopour prolétaires avec des banquettes en skai couturées de points de suture, des vitres qui ouvrent et ferment aidées par l’huile de bras, de la place pour les jambes bien étudiée, si on est un nain, une aération plus… disons, plus « poétique ».

 

Le premier bus, du type VIP, donc, coûte une fortune, parfois plus cher que ce que coûterait un vol intérieur (en low cost, n’en rajoutons pas). Le dernier, est une carriole bringuebalante, avec un air conditionné rigolo, que l’on prend pour deux francs, trois sous et qui, tout comme la première, respecte scrupuleusement son horaire.

 

C’est juste que ça prend plus de temps.

 

Le voyageur, silencieux, aimable, discret et bourgeois, dans les bus VIP devient plus bruyant, mais toujours aimable dans les omnibus. On s’entend bien. Les gosses vous regardent, les yeux écarquillés. Tout doucement, ils se laissent apprivoiser. Vous donnez un bonbon via les parents, et vous en faites vos amis pour tout le voyage – c’est parfois une mauvaise idée vu que, comme tous gosses, ils sont facilement poisseux d’on ne sait pas trop quoi, et on ne veut d’ailleurs pas savoir. A dire en faveur du placeur du bus – il y en a toujours un - : il accorde à l’étranger, toujours trop grand, certaines places qui permettent à ce dernier de décroqueviller ses jambes et de ne pas mourir étouffé pendant le trajet.

 

Vu que j’ai pris un bus de jour, le trajet jusqu’à Sukothai n’étant pas immensément long, je n’ai pas pris le bus super grand luxe, avec rideaux rouges à parements dorés et films hurleurs joués durant tout le trajet, mais plutôt l’une de ces carrioles rigolotes qui s’arrêtent partout, se garent dans des endroits moins touristiques mais toujours charmants, voient passer, dans le Nord du pays, du moins, des vieilles mâchant encore du bétel, aux gencives et aux lèvres d’un rouge sanglant ; quelques demoiselles immigrées de Birmanie et encore tachetées de tanaka, de petits garçons ou des petites filles au visage rond qui doivent être leurs enfants, des messieurs édentés et souriant, ou timides, partis à la ville pour voir le diable de la banque, ou la fille qui travaille d’une manière qu’on à pas à connaître puisque, finalement, elle rapporte de l’argent.

 

Garoutiere

 

Avec mon sac de bonbons, une fois en route, je me fais donc mes amis habituels, plus un couple d’Australiens (Monsieur, descendant de déportés, Mlle, récente immigrée des Philippines – je parviens à cacher ma grimace) qui descend lui aussi à Sukothai. Le bus avance comme il le peut, embarque du monde ici, en abandonne là.

 

Cette année, un nouveau rêglement fait que les canards et autres bestiaux à plumes ne sont plus autorisés dans les bus. Ce n’est pas plus mal. Indépendamment de la grippe du poulet, la présence de poules et de canards vivants dans le bus peut être pénible. J’ai eu ça une fois et une seule, en Birmanie : nous devions certainement être deux fois trop nombreux dans le bus. Il y avait, de plus, du cargo de quoi remplir le bus à lui tout seul. Enfin, il y avait une petite centaine de poules à l’intérieur de la carlingue. Je ne sais pas si le règlement antipoules est respecté en Birmanie, mais il l’est ici, au vu des disputes infinies que l’on aura, à quelques reprises, à l’un ou l’autre arrêt, avec des voyageurs qui tentaient de faire rentrer leur ménagerie emplumée dans le bus.

 

Dans ces cas de disputes, le public regarde d’un air faussement distrait par les fenêtres, tout en ne perdant pas une miette de la dispute enflammée qui se déroule entre le conducteur, ou le distributeur de billets, ou les deux, et un passager qui essaie de faire entrer ses oies, ses poules ou ses canards en force dans le bus. Les asiatiques sont très badauds et friands du spectacle ; les Australiens et le Belge aussi, de toute évidence, sauf que nous ne pouvons pas saisir toutes les nuances de la conversation, bien entendu. Nous pouvons cependant noter les accents de désespoir, de rage ; nous pouvons saisir le ton cauteleux d’offres inavouables, le refus digne de l’homme en uniforme, les menaces du passager rejeté, et la résignation qui conclut l’échange, les cancanements déçus des canards qui sentent que le voyage se fera non pas dans le confort d’un bus, mais encagés, à l’arrière d’une mobylette, avec un vent de course à décorner des bœufs.

 

Ca, on a pas dans les bus VIP, et c’est la raison pour laquelle on prend les bus prolétaires. Du moins, quand le trajet n’est pas trop long.

 

Parfois, le bus s’arrête et un inspecteur entre, pour vérifier que les tickets et les passagers correspondent. La confiance ne rêgne pas.

 

Arrivée, après deux arrêts pipi et d’innombrables arrêts passagers. Partis à huit heures du matin, nous arrivons alors qu’il va être quatre heures de l’aprème. A la gare routière, quelques tuk tuk nous attendent. Leurs conducteurs se précipitent sur les passagers blancs, espèrent nous conduire à l’une ou l’autre gueshouse où notre arrivée leur fera gagner la pièce, en plus de la course que nous leur payons, bien entendu. Je fais affaire avec un conducteur avec l'idée d'aller à mon guesthouse habituel. Il me jure qu’il est plein – ce qui est bien possible - et me propose un autre établissement dont j’ai déjà entendu parler, en bien. Va donc pour ce dernier. Il est, de toute façon, temps d’arriver. La journée a été longue.

 

17:41 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Encore à Chiang Mai

Chiang Mai, c'est d'abord les temples de la vieille ville; c'est aussi les quartiers de l'Est, qui se bangkokisent, et ceux du Nord qui restent égaux à eux même. C'est aussi, pour le plaisir du touriste, la base de départs de treks simplets, pas trop lourds ni difficiles, avec une descente sur un radeau, pour terminer, dans le but de se mouiller et de bien s'arroser mutuellement, et une promenade à dos d'éléphant, pour commencer, pour montrer une photo à Belle-Maman, pour la faire bien rire.

 

Parfois, l'éléphant est rétif: il prend un passager en croupe - enfin, sur le palanquin - et démarre vivre sa vie, sans faire attention aux cris lamentables de son passager, de son cornac qui le poursuit, de sa famille qui reste au camp. J'ai ainsi, comme premier souvenir de trek, il y a longtemps, l'histoire d'un éléphant qui n'aimait pas sa passagère - une dame coréenne entre deux ages - et qui avait fait tout son possible pour la perdre, dans la forêt. La mari de la Coréenne, éploré, avait fait des pieds et des mains pour la récupérer. Au vu de l'attitude stoïque de la dame, pendant son kidnapping, puis à son retour, j'avais compris le mari qui, puisqu'il en avait une bonne, aimait autant ne pas la perdre. Cet homme était un sage.

 

Evidemment, on a tous tendance à faire notre cette petite annonce selon laquelle on échange une femme de quarante ans contre deux de vingt; mais ce n'est probablement pas une si bonne idée que ça. Les dames de quarante ans ont une patience que les demoiselles de vingt n'ont pas.

 

Disons que l'idéal, c'est une femme de trente ans. Dire que, dans les romans de Balzac, la trentenaire, c'est une femme qui peut écrire son journal de grand-mère... Le monde a changé.

 

Bon, tout ça pour dire que Chiang Mai, c'est non seulement une grande petite ville commerçante, mais c'est aussi la base de départ idéale du touriste un peu aventureux - témoins les myriades d'agences de voyage proposant des treks de toutes sortes - et c'est, enfin, le paradis de la bonne bouffe. De même qu'on peut voir, dans la ville nouvelle surtout, lesdites myriades d'agences de voyage proposant, ains ique je l'ai signalé, des treks de toutes sortes, on peut voir, dans la vieille ville surtout, des propositions d'apprentissage de la cuisine locale. Le cuistot, ou la cuistote, n'est en rien un préparateur exceptionnel, m'a-t-on dit, mais il a l'avantage de parler anglais - enfin, un peu - ce qui lui permet de transmettre l'information sans difficultés majeures. Les touristes qui s'inscrivent ici, ou là, n'apprendront rien de transcendant, du point de vue des grands cuistots, mais ils auront néanmoins le plaisir de savoir comment préparer quelques sottises rigolottes, qui leur permettront de briller dans la société de leurs amis proches, quand ils seront de retour à Fontenay aux Roses, à Bloemfontein ou à Birmingham.

 

C'est déjà ça.

 

CuisineJ'y ai moi-même envoyé des filles pleines d'enthousiasme, et qui en sont sorties, trois jours de "cours" plus tard, ravies. Au moins, elle avaient eu le sentiment, justifié, de ne pas bronzer idiot, comme on dit, et d'avoir appris quelque chose lors de leurs vacances asiatiques. Que demander de plus...

 

Enfin, à Chiang Mai, il y a quelques cours de massage, tout comme à Bangkok. Mais, tout comme les cours de cuisine, il s'agit de quelque chose de bien léger. Un vrai cours de massage, c'est trois mois. A Bangkok, au Wat Pho, on entre néophyte et on sort avec un diplôme, longtemps après. Sinon, on a droit qu'à un certificat qui, bien entendu, fait toujours impression, vu que c'est écrit en thai et que votre voisine ne saura jamais ce qu'il est exactement écrit sur le "diplôme"... Ca vous permettra de la tripoter, mais pas nécessairement d'arriver à vos fins - ou alors, votre voisine est une vraie blonde.

 

Le temps passe, et j'ai réservé mon prochain bus. Vu que je fais les petites routes, aucune raison de prendre le chemin de Bangkok, pour aller au plus vite vers le Sud... J'ai donc pris un billet pour Sukothai. Mon bus partira demain matin, tôt.

17:40 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/10/2006

Toujours à Chiang Mai

Quand je sors de la vieille ville, le soir, pour aller dîner dans les alentours du marché de nuit, négligeant bien évidemment les Brauhaus aux touristes teutons, je passe par la rue obligée, car seule et unique entre la vieille ville et le marché de nuit, au début de laquelle se trouvent les bars "chauds" de Chiang Mai. Quand je passe seul devant les bars, des troupes serrées de demoiselles habillées léger et titillant poussent des cris d'orfèvre, comme l'eut dit feu Alexandre Benoît Bérurier. Quand je passe accompagné, les même troupes serrées de demoiselles, toujours habillées à leur mode, se taisent et cherchent le chaland ailleurs. Un soir, avec la chère Binska, nous nous sommes assis dans l'un de ces bistrots, et ladite Binska m'a donné un cours de racolage - me montrant comment les filles savaient immédiatement après qui se fatiguer un peu en poussant des cris sensés l'attirer, ou des gloussements bêtes, et après qui ne pas se fatiguer. Ainsi, un homme qui passait seul bénéficiait d'appels stridents sauf... les pédérastes que les demoiselles reconnaissaient, de toute évidence, au premier coup d'oeil, quand on aurait pu me tuer avant que je puisse deviner quoique ce soit. Les messieurs qui passaient en groupe pouvaient bénéficier des cris perçants destinés à les faire entrer sur le champ dans le bistrot où elles opéraient, s'ils n'étaient pas des tantes, et ceux qui accompagnaient d'une manière trop lâche leur compagne itou.

 

De plus, Binska me fit noter la manière dont les futurs clients font le tour une fois, deux fois, de la section de la rue sur laquelle se trouvent les bistrots chauds, marchant plus lentement que le touriste innocent, sous les assauts hurlés des demoiselles (dont certaines n'étaient d'ailleurs probablement pas du beau sexe), et la manière dont les filles modulaient leurs appels, plus ou moins enthousiastes, dépendant de la probabilité de clientèle.

 

Il est bon d'avoir une amie qui saisit tout cela. La fois suivante, on a l'air moins bête.

 

Binska et moi, on avait cependant été assez salauds, vu que les clients potentiels, voyant un couple de toute évidence innocent sur la terrasse, n'avaient pas osé entrer, pendant que les filles attachées au bistrot, avec une délicatesse louable, s'étaient réfugiées vers le fond, ou étaient parties faire du rabattage à mobylette pour plus tard, dans le but de ne pas nous effaroucher.

 

La péripatétitienne Thailandaise peut être - non: est - délicate.

 

Un peu plus loin, passé la section chaude de la rue, donc, on passe un canal que j'ai connu puant comme les klongs de Bangkok, qui est maintenant presque propre, parfaitement cimenté, et on arrive aux premières échoppes du marché de nuit. Parlant de canal parfaitement cimenté, je dois aussi dire que la rue, que j'ai connu en tant que piste cahotante, est maintenant macadamisée. Elle était bordée de cahutes - hors les bars chauds qui bordent ses débuts - dans lesquels on pouvait manger un bout, acheter des babioles, se faire coiffer, se faire raser, prendre un verre ou encore se faire masser par des bobonnes rigolardes et expertes. Les deux derniers pâtés de cahutes ont disparu sous des hôtels de dix étages, eux même menacés par plus grand et plus chic. Du côté Est de la ville, chaque retour est une surprise et je ne reconnais qu'à peine mon vieux Chiang Mai. Je le retrouve vers le Nord, aujourd'hui.

 

Au Nord, j'ai, pendant la journée, le plaisir de trouver un quartier chinois, extrèmement commerçant - mais toute la population Thai l'est, commerçante, je veux dire - et gaîment achalandé de tout le petit peuple des alentours, qui a quitté la partie Est qui se modernise en perdant son âme, pour recréer son vieux Chiang Mai. Le marché de nuit, en attirant les touristes, a perdu son âme, et les quartiers Nord l'ont trouvée sans la lui rendre.

 

Quand on a passé les murailles qui délimitent la vieille ville et les faubourgs du Nord, on passe quelques rues dans lesquelles tout se vend - principalement des vêtements - et on arrive à la rivière, parfois haute, parfois basse, en traversant un petit marché-restaurant. Vu les dernières pluies, la rivière est haute, pour le moment, mais cela n'empèche pas les locaux, sur la rive extérieure, de s'assembler sur un banc de sable pour la journée, puisqu'il fait beau pour le moment, afin de pècher, tout en buvant de la bière.

 

Passé le pont passerelle, on a une délicieuse petite pagode qui surgit presqu'en face, avec un stupa délabré et l'un de ces charmants musées à la thailandaise, qui est un condensé de tous les musées locaux que l'on peut voir ici: un bric à brac qui fait sourire, avec deux planches de timbres oblitérés, de tous pays, une collection offerte au temple par un gosse, le jour où il a quitté le siècle pour devenir moine; une douzaine de téléphones qui ne seraient pas dignes, chez nous, d'orner les étagères de chez le brocanteur du coin; un perroquet empaillé; quelques photos du roi, d'une vieille dame inconnue, d'un bâtiment sans doute détruit depuis longtemps, d'une voiture encadrée par son propriétaire, souriant, et de son épouse... Il faut s'arrêter devant tout, sous l'oeil d'aigle du moine qui surveille le local, et témoigner d'une satisfaction enthousiaste, en sortant.

21:36 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

10/10/2006

A Kuala Lumpur, par les petites routes (d'abord: Chiang Mai)

Quelques jours plus tard, de retour à Bangkok. Je suis descendu, comme je le fais toujours, par petites étapes. D'abord à Chiang Mai, qui est la deuxième ville de Thailande, derrière Bangkok, mais loin derrière: alors que la cité des anges compte, à la grosse louche, aux alentours de douze millions d'habitants, on parle d'un bon million ici. Chiang Mai est, de plus, un paradis culinaire et on y mange merveilleusement, aussi bien sur les marchés de nuit que dans les restaurants populaires, ou de luxe. Les cantines de rue ne sont pas en reste et, là encore, on déguste des merveilles.

 

Il y a aussi des restaurants d'expatriés, aux noms fleurant bon la Bavière, la Flandre profonde ou l'Italie... Le coup des Brauhaus allemandes reste toujours le plus surprenant - et surtout le succès qu'elles ont. Des troupes serrées de gras touristes à l'accent tudesque, aux chaussures de marche et aux Lederhosen gaiement ornés d'edelweiss brodés, vont non seulement y savourer une bière, ce qui serait encore compréhensible, mais aussi y manger un bon gros repas de saucisses accompagnées de Knödels et de choucroute. De joyeux yodels s'en échappent, en fin de soirée, pendant que les danses traditionnelles tyroliennes font trembler la baraque. Faut vraiment vouloir...

 

Outre le marché de nuit, devenu bien touristique, on trouve de réelles splendeurs, hors ville, produites dans des manufactures de tout et de rien, d'un artisanat qui ne l'est guère, mais qui sont belles et pas bien chères. PépinsCela va de services de vaisselle dont chaque modèle donne envie de le reprendre en Europe, à de délicieux objets inutiles.

 

Mais bon, pour moi, Chiang Mai, comme ses soeurs du Nord, c'est une source presque inépuisable de temples. J'y viens pour la cinquième, ou la sixième, fois et j'y découvre encore de nouveaux temples, bien discrètement planqués dans des endroits un peu inattendus. Ce peut être en ville,dans un quartier qui m'était jusqu'à présent inconnu; ce peut être, un jour où j'avais décidé d'aller me promener par mons et par vaux, le long d'un chemin, que l'on trouvera un Bouddha couché abandonné de tous, mais pas abandonné au point de ne pas avoir, à ses pieds, une fleur ou quelques grains de riz.

Buddhadort

Il y a un petit côté breton, dans cette floraison de statuettes partout.

 

20:08 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/10/2006

Chiang Rai et ses temples tout de bois

Ayant mis mes petits camarades dans l'avion, à l'aéroport flambant neuf de Chiang Rai, j'ai maintenant tout mon temps rien qu'à moi. J'adore ce temps libre, au cours duquel je peux me promener, bien tranquille, d'un temple à l'autre. La région du Nord se divise, en ce qui concerne son architecture religieuse, entre de charmants petits temples en bois, gracieusement tordus et circonvolutés, Templebois2marquetés de dorures et peu visités par les touristes, et d'orgueilleuses bâtisses de stuc, couvertes de vermillon, d'or et de morceaux de verre concassé, destinés à briller au point que c'en est attention les yeux.

 

Cette dernière école a fait florès à Bangkok, où l'on trouvera, dans les temples royaux qui bordent le Chao Praya, des joyaux délirants de ce qui était, à l'origine, déjà assez lourd... Au sud de Chiang Rai, ainsi, il y a une petite merveille pesante et orgueilleuse, un monastère dont l'immense stupa en or couronne une colline, témoignage non tant de la dévotion des fidèles que de la richesse de certains commerçants donataires, maintenant enterrés - enfin, non, on n'enterre pas, chez les bouddhistes; on incinère -  dans les petits stupas qui entourent le géant étincelant. Nous retrouvons ici, quand on y pense, ce que nous avons connu, au Moyen Age, à Bruges ou un peu partout dans les Flandres, quand le bourgeois cousu de maravédis voulait en foutre plein la gueule à ses voisins... et qu'il mettait, il faut le dire, tous les moyens à la disposition de son ambition. Les beffrois qui, d'Utrecht à Calais, ornent le paysage, nous le rappellent. Certains ont disparu pendant la première guerre mondiale - celui d'Ypres, par exemple - mais la plupart sont restés, et font le cauchemar des gosses forcés, le dimanche, de suivre papa et maman, admirateurs de vieux cailloux, de vieux clochers en béguinages, alors qu'il serait tellement plus agréable de rester étalé devant la télévision, à regarder la starac.

Templedoré

Gros avantage, pour en revenir aux temples thais: dans le nord, il n'y a presque jamais ces singes chapardeurs qui, dans le sud, empoisonnent la vie des dévots et des touristes, en leur faisant les poches.

 

Dans la modeste bourgade de Chiang Rai, il doit bien y avoir une quarantaine de temples, de bois ou d'or, qui méritent la visite, sans enfants.

 

Les temples riches appellent la richesse, et si les vieux temples de bois ont tout le charme de leur solitude, les temples dorés accumulent les dons. Ces derniers, redistribués, font de l'appareil bouddhiste l'équivalent européen de la sécurité sociale. Le riz, les légumes quotidiennement donnés au temple sont à peine touchés par la communauté, et redistribués aux pauvres, lors des grands repas du matin. L'argent qui rentre, quant à lui, disparaît soit dans les réparations permanentes, soit dans des améliorations faites au temple, ou dans des ajouts, annexes, que sais-je... jamais dans le confort, en tout cas, mettant ainsi au travail des centaines d'ouvriers et de portefaix illettrés. Le système fonctionne bien et permet, de plus, à des merveilles de pousser, suscitant l'admiration de tous.

Stupadoré

 

 

Quelques jours se passent, ainsi, à aller d'un temple l'autre, toujours aimablement reçu par l'un ou l'autre moine qui sait que vous êtes un amateur - on est vite repéré dans une bourgade de ce genre - et qui a plaisir à vous expliquer son monastère, son temple, tout en perfectionnant ainsi son anglais. Parfois, nous prenons le thé ensemble, devant le regard indifférent d'un chien galeux.

 

16:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/10/2006

Les marchés de nuit

Sur les marchés de nuit, on fait du shopping - une rage, en Thailande, mais une rage qui vise de plus en plus les touristes - et on mange. Les Thailandais passent le temps à bouffer. Quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit, ils s'arrêtent à toutes les petites popotes, dans lesquelles, sur lesquelles chauffe la spécialité du patron: des poulets, des poulpes, des poissons, des trucs et des machins frits, sur lesquels, immanquablement, on verse une sauce pimentée qui n'est jamais assez forte pour les locaux, qui rajoutent à la sauce pimentée une poudre de piments sèchés, mais qui ferait s'évanouir du choc un grand nombre d'occidentaux innocents. Par contre, pour les étrangers qui ont découvert la cuisine thai de bord de route, il n'y a jamais assez d'épices, et nous impressionnons alors les locaux, par l'ajout démesuré que nous faisons de piment supplémentaire.

 

A Chiang Rai, la cantine du marché de nuit, c'est une grande place encombrée de tables, entourée de cantines qui fonctionnent dès le soir venu. Chacun prépare, donc, son truc à lui; deux sont spécialisés dans la distribution de boissons, et un petit dernier fait dans le grignottage d'apéritif: ce sont différents coléoptères sèchés, grillés, salés, qui accompagnent agréablement la bière vespérale. Nous nous installons à côté de cette dernière popotte, bières commandées, pour faire venir à notre table des criquets, des vers, des asticots, des hannetons, des trucs et des machins qu'il est étrange de manger, mais qui ne sont pas mauvais du tout. 

worms

Enfin bon, il faut quand même, d'abord, penser à autre chose, alors qu'on s'enfile les premiers zakouskis.

 

C'est alors que nous sommes en train de nous mettre en forme pour le repas, à coups de sauterelles grillées, que nous recevons l'appel d'Abdelkrim, entrant en ville dans un minibus qui l'a pris sur la route, et d'une humeur massacrante. On lui dit où on est et on se jure bien de ne faire aucun commentaire, de ne poser aucune question. C'est bien lui qui, tôt ou tard, pour faire sortir la vapeur, nous racontera ce qu'il aura envie de nous raconter. Une fois qu'il nous a rejoint, effectivement, nous aurons droit au détail de ses dépenses destinées à corrompre les officiers qui n'attendaient que ça, et son départ, trois heures perdues et son viagra itou, vers Chiang Rai. Il noie son agacement dans la bière, gromelle encore quelques commentaires désagréables concernant les flics locaux, puis nous demande où se trouve le prochain bordel, vu qu'il doit se changer les idées. Nous le remettons à un tuk tuk, tout en nous assurant qu'il saura revenir jusqu'à l'hôtel, et qu'on pourra, demain en fin de matinée, le remettre dans son avion.

 

Fin de la soirée.

00:17 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |