16/10/2006

La descente vers Sukothai

La Thailande – et même, en général, l’Asie du Sud Est - "par les petites routes", ça veut dire qu’on prend le bus. Bien entendu, je pourrais prendre le train, qui est confortable, ici, en Thailande, et qui part et arrive à l’heure. Mais bon, j’aime bien le bus, dans sa variété et son confort d’utilisation.

 

Confort d’utilisation, cela veut dire que toutes les villes et les villages sont desservis, avec un rythme étonnant d’intensité. Le dernier hameau voit passer certainement, deux ou trois fois par jour, un minibus, un bus, une camionnette avec la ville prochaine. Le système semble marcher on ne peut mieux.

 

Variété, cela veut dire qu’on peut prendre un bus dans toutes les classes possibles. Cela va du bus dit « VIP » à deux places plus une de front, devant lequel une hotesse en uniforme et calot, impeccablement maquillée, vous attend, vous donne à sa collègue qui parcourt le bus pour vous conduire à votre place, avec des toilettes aussi propres qu’en Suisse, des boissons fraiches, du thé, un repas, une climatisation qui est modulable selon les places, une place pour les jambes digne des premières classe de la Singapore Airlines, une décoration intérieure à hurler, faite selon les rêves les plus fous d’un architecte d’intérieur thailandais possédé par le feu sacré des dieux du kitch, jusqu’au car omnibus Busaircopour prolétaires avec des banquettes en skai couturées de points de suture, des vitres qui ouvrent et ferment aidées par l’huile de bras, de la place pour les jambes bien étudiée, si on est un nain, une aération plus… disons, plus « poétique ».

 

Le premier bus, du type VIP, donc, coûte une fortune, parfois plus cher que ce que coûterait un vol intérieur (en low cost, n’en rajoutons pas). Le dernier, est une carriole bringuebalante, avec un air conditionné rigolo, que l’on prend pour deux francs, trois sous et qui, tout comme la première, respecte scrupuleusement son horaire.

 

C’est juste que ça prend plus de temps.

 

Le voyageur, silencieux, aimable, discret et bourgeois, dans les bus VIP devient plus bruyant, mais toujours aimable dans les omnibus. On s’entend bien. Les gosses vous regardent, les yeux écarquillés. Tout doucement, ils se laissent apprivoiser. Vous donnez un bonbon via les parents, et vous en faites vos amis pour tout le voyage – c’est parfois une mauvaise idée vu que, comme tous gosses, ils sont facilement poisseux d’on ne sait pas trop quoi, et on ne veut d’ailleurs pas savoir. A dire en faveur du placeur du bus – il y en a toujours un - : il accorde à l’étranger, toujours trop grand, certaines places qui permettent à ce dernier de décroqueviller ses jambes et de ne pas mourir étouffé pendant le trajet.

 

Vu que j’ai pris un bus de jour, le trajet jusqu’à Sukothai n’étant pas immensément long, je n’ai pas pris le bus super grand luxe, avec rideaux rouges à parements dorés et films hurleurs joués durant tout le trajet, mais plutôt l’une de ces carrioles rigolotes qui s’arrêtent partout, se garent dans des endroits moins touristiques mais toujours charmants, voient passer, dans le Nord du pays, du moins, des vieilles mâchant encore du bétel, aux gencives et aux lèvres d’un rouge sanglant ; quelques demoiselles immigrées de Birmanie et encore tachetées de tanaka, de petits garçons ou des petites filles au visage rond qui doivent être leurs enfants, des messieurs édentés et souriant, ou timides, partis à la ville pour voir le diable de la banque, ou la fille qui travaille d’une manière qu’on à pas à connaître puisque, finalement, elle rapporte de l’argent.

 

Garoutiere

 

Avec mon sac de bonbons, une fois en route, je me fais donc mes amis habituels, plus un couple d’Australiens (Monsieur, descendant de déportés, Mlle, récente immigrée des Philippines – je parviens à cacher ma grimace) qui descend lui aussi à Sukothai. Le bus avance comme il le peut, embarque du monde ici, en abandonne là.

 

Cette année, un nouveau rêglement fait que les canards et autres bestiaux à plumes ne sont plus autorisés dans les bus. Ce n’est pas plus mal. Indépendamment de la grippe du poulet, la présence de poules et de canards vivants dans le bus peut être pénible. J’ai eu ça une fois et une seule, en Birmanie : nous devions certainement être deux fois trop nombreux dans le bus. Il y avait, de plus, du cargo de quoi remplir le bus à lui tout seul. Enfin, il y avait une petite centaine de poules à l’intérieur de la carlingue. Je ne sais pas si le règlement antipoules est respecté en Birmanie, mais il l’est ici, au vu des disputes infinies que l’on aura, à quelques reprises, à l’un ou l’autre arrêt, avec des voyageurs qui tentaient de faire rentrer leur ménagerie emplumée dans le bus.

 

Dans ces cas de disputes, le public regarde d’un air faussement distrait par les fenêtres, tout en ne perdant pas une miette de la dispute enflammée qui se déroule entre le conducteur, ou le distributeur de billets, ou les deux, et un passager qui essaie de faire entrer ses oies, ses poules ou ses canards en force dans le bus. Les asiatiques sont très badauds et friands du spectacle ; les Australiens et le Belge aussi, de toute évidence, sauf que nous ne pouvons pas saisir toutes les nuances de la conversation, bien entendu. Nous pouvons cependant noter les accents de désespoir, de rage ; nous pouvons saisir le ton cauteleux d’offres inavouables, le refus digne de l’homme en uniforme, les menaces du passager rejeté, et la résignation qui conclut l’échange, les cancanements déçus des canards qui sentent que le voyage se fera non pas dans le confort d’un bus, mais encagés, à l’arrière d’une mobylette, avec un vent de course à décorner des bœufs.

 

Ca, on a pas dans les bus VIP, et c’est la raison pour laquelle on prend les bus prolétaires. Du moins, quand le trajet n’est pas trop long.

 

Parfois, le bus s’arrête et un inspecteur entre, pour vérifier que les tickets et les passagers correspondent. La confiance ne rêgne pas.

 

Arrivée, après deux arrêts pipi et d’innombrables arrêts passagers. Partis à huit heures du matin, nous arrivons alors qu’il va être quatre heures de l’aprème. A la gare routière, quelques tuk tuk nous attendent. Leurs conducteurs se précipitent sur les passagers blancs, espèrent nous conduire à l’une ou l’autre gueshouse où notre arrivée leur fera gagner la pièce, en plus de la course que nous leur payons, bien entendu. Je fais affaire avec un conducteur avec l'idée d'aller à mon guesthouse habituel. Il me jure qu’il est plein – ce qui est bien possible - et me propose un autre établissement dont j’ai déjà entendu parler, en bien. Va donc pour ce dernier. Il est, de toute façon, temps d’arriver. La journée a été longue.

 

17:41 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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