11/10/2006

Toujours à Chiang Mai

Quand je sors de la vieille ville, le soir, pour aller dîner dans les alentours du marché de nuit, négligeant bien évidemment les Brauhaus aux touristes teutons, je passe par la rue obligée, car seule et unique entre la vieille ville et le marché de nuit, au début de laquelle se trouvent les bars "chauds" de Chiang Mai. Quand je passe seul devant les bars, des troupes serrées de demoiselles habillées léger et titillant poussent des cris d'orfèvre, comme l'eut dit feu Alexandre Benoît Bérurier. Quand je passe accompagné, les même troupes serrées de demoiselles, toujours habillées à leur mode, se taisent et cherchent le chaland ailleurs. Un soir, avec la chère Binska, nous nous sommes assis dans l'un de ces bistrots, et ladite Binska m'a donné un cours de racolage - me montrant comment les filles savaient immédiatement après qui se fatiguer un peu en poussant des cris sensés l'attirer, ou des gloussements bêtes, et après qui ne pas se fatiguer. Ainsi, un homme qui passait seul bénéficiait d'appels stridents sauf... les pédérastes que les demoiselles reconnaissaient, de toute évidence, au premier coup d'oeil, quand on aurait pu me tuer avant que je puisse deviner quoique ce soit. Les messieurs qui passaient en groupe pouvaient bénéficier des cris perçants destinés à les faire entrer sur le champ dans le bistrot où elles opéraient, s'ils n'étaient pas des tantes, et ceux qui accompagnaient d'une manière trop lâche leur compagne itou.

 

De plus, Binska me fit noter la manière dont les futurs clients font le tour une fois, deux fois, de la section de la rue sur laquelle se trouvent les bistrots chauds, marchant plus lentement que le touriste innocent, sous les assauts hurlés des demoiselles (dont certaines n'étaient d'ailleurs probablement pas du beau sexe), et la manière dont les filles modulaient leurs appels, plus ou moins enthousiastes, dépendant de la probabilité de clientèle.

 

Il est bon d'avoir une amie qui saisit tout cela. La fois suivante, on a l'air moins bête.

 

Binska et moi, on avait cependant été assez salauds, vu que les clients potentiels, voyant un couple de toute évidence innocent sur la terrasse, n'avaient pas osé entrer, pendant que les filles attachées au bistrot, avec une délicatesse louable, s'étaient réfugiées vers le fond, ou étaient parties faire du rabattage à mobylette pour plus tard, dans le but de ne pas nous effaroucher.

 

La péripatétitienne Thailandaise peut être - non: est - délicate.

 

Un peu plus loin, passé la section chaude de la rue, donc, on passe un canal que j'ai connu puant comme les klongs de Bangkok, qui est maintenant presque propre, parfaitement cimenté, et on arrive aux premières échoppes du marché de nuit. Parlant de canal parfaitement cimenté, je dois aussi dire que la rue, que j'ai connu en tant que piste cahotante, est maintenant macadamisée. Elle était bordée de cahutes - hors les bars chauds qui bordent ses débuts - dans lesquels on pouvait manger un bout, acheter des babioles, se faire coiffer, se faire raser, prendre un verre ou encore se faire masser par des bobonnes rigolardes et expertes. Les deux derniers pâtés de cahutes ont disparu sous des hôtels de dix étages, eux même menacés par plus grand et plus chic. Du côté Est de la ville, chaque retour est une surprise et je ne reconnais qu'à peine mon vieux Chiang Mai. Je le retrouve vers le Nord, aujourd'hui.

 

Au Nord, j'ai, pendant la journée, le plaisir de trouver un quartier chinois, extrèmement commerçant - mais toute la population Thai l'est, commerçante, je veux dire - et gaîment achalandé de tout le petit peuple des alentours, qui a quitté la partie Est qui se modernise en perdant son âme, pour recréer son vieux Chiang Mai. Le marché de nuit, en attirant les touristes, a perdu son âme, et les quartiers Nord l'ont trouvée sans la lui rendre.

 

Quand on a passé les murailles qui délimitent la vieille ville et les faubourgs du Nord, on passe quelques rues dans lesquelles tout se vend - principalement des vêtements - et on arrive à la rivière, parfois haute, parfois basse, en traversant un petit marché-restaurant. Vu les dernières pluies, la rivière est haute, pour le moment, mais cela n'empèche pas les locaux, sur la rive extérieure, de s'assembler sur un banc de sable pour la journée, puisqu'il fait beau pour le moment, afin de pècher, tout en buvant de la bière.

 

Passé le pont passerelle, on a une délicieuse petite pagode qui surgit presqu'en face, avec un stupa délabré et l'un de ces charmants musées à la thailandaise, qui est un condensé de tous les musées locaux que l'on peut voir ici: un bric à brac qui fait sourire, avec deux planches de timbres oblitérés, de tous pays, une collection offerte au temple par un gosse, le jour où il a quitté le siècle pour devenir moine; une douzaine de téléphones qui ne seraient pas dignes, chez nous, d'orner les étagères de chez le brocanteur du coin; un perroquet empaillé; quelques photos du roi, d'une vieille dame inconnue, d'un bâtiment sans doute détruit depuis longtemps, d'une voiture encadrée par son propriétaire, souriant, et de son épouse... Il faut s'arrêter devant tout, sous l'oeil d'aigle du moine qui surveille le local, et témoigner d'une satisfaction enthousiaste, en sortant.

21:36 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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