09/10/2006

Chiang Rai et ses temples tout de bois

Ayant mis mes petits camarades dans l'avion, à l'aéroport flambant neuf de Chiang Rai, j'ai maintenant tout mon temps rien qu'à moi. J'adore ce temps libre, au cours duquel je peux me promener, bien tranquille, d'un temple à l'autre. La région du Nord se divise, en ce qui concerne son architecture religieuse, entre de charmants petits temples en bois, gracieusement tordus et circonvolutés, Templebois2marquetés de dorures et peu visités par les touristes, et d'orgueilleuses bâtisses de stuc, couvertes de vermillon, d'or et de morceaux de verre concassé, destinés à briller au point que c'en est attention les yeux.

 

Cette dernière école a fait florès à Bangkok, où l'on trouvera, dans les temples royaux qui bordent le Chao Praya, des joyaux délirants de ce qui était, à l'origine, déjà assez lourd... Au sud de Chiang Rai, ainsi, il y a une petite merveille pesante et orgueilleuse, un monastère dont l'immense stupa en or couronne une colline, témoignage non tant de la dévotion des fidèles que de la richesse de certains commerçants donataires, maintenant enterrés - enfin, non, on n'enterre pas, chez les bouddhistes; on incinère -  dans les petits stupas qui entourent le géant étincelant. Nous retrouvons ici, quand on y pense, ce que nous avons connu, au Moyen Age, à Bruges ou un peu partout dans les Flandres, quand le bourgeois cousu de maravédis voulait en foutre plein la gueule à ses voisins... et qu'il mettait, il faut le dire, tous les moyens à la disposition de son ambition. Les beffrois qui, d'Utrecht à Calais, ornent le paysage, nous le rappellent. Certains ont disparu pendant la première guerre mondiale - celui d'Ypres, par exemple - mais la plupart sont restés, et font le cauchemar des gosses forcés, le dimanche, de suivre papa et maman, admirateurs de vieux cailloux, de vieux clochers en béguinages, alors qu'il serait tellement plus agréable de rester étalé devant la télévision, à regarder la starac.

Templedoré

Gros avantage, pour en revenir aux temples thais: dans le nord, il n'y a presque jamais ces singes chapardeurs qui, dans le sud, empoisonnent la vie des dévots et des touristes, en leur faisant les poches.

 

Dans la modeste bourgade de Chiang Rai, il doit bien y avoir une quarantaine de temples, de bois ou d'or, qui méritent la visite, sans enfants.

 

Les temples riches appellent la richesse, et si les vieux temples de bois ont tout le charme de leur solitude, les temples dorés accumulent les dons. Ces derniers, redistribués, font de l'appareil bouddhiste l'équivalent européen de la sécurité sociale. Le riz, les légumes quotidiennement donnés au temple sont à peine touchés par la communauté, et redistribués aux pauvres, lors des grands repas du matin. L'argent qui rentre, quant à lui, disparaît soit dans les réparations permanentes, soit dans des améliorations faites au temple, ou dans des ajouts, annexes, que sais-je... jamais dans le confort, en tout cas, mettant ainsi au travail des centaines d'ouvriers et de portefaix illettrés. Le système fonctionne bien et permet, de plus, à des merveilles de pousser, suscitant l'admiration de tous.

Stupadoré

 

 

Quelques jours se passent, ainsi, à aller d'un temple l'autre, toujours aimablement reçu par l'un ou l'autre moine qui sait que vous êtes un amateur - on est vite repéré dans une bourgade de ce genre - et qui a plaisir à vous expliquer son monastère, son temple, tout en perfectionnant ainsi son anglais. Parfois, nous prenons le thé ensemble, devant le regard indifférent d'un chien galeux.

 

16:37 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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