30/09/2006

Viagra, viagra, viagra...

La police Thailandaise est toujours d'attaque, quand il s'agit de vérifier les bagages des touristes qui reviennent du Nord. Nous avions bien tranquillement voyagé, sur nos éléphants, puis dans une antiquité à quatre roues, de retour jusqu'à Ta Chi Leik. Arrivé là, nous prenons une heure à faire le tour du marché - en d'autres mots, de la ville - pour voir tout ce qui est offert: des montres de toutes marques, mais fausses; des vêtements de toutes marques, mais faux... Des filles, des films cochons, des appareils à l'usage douteux, du tanaka, encore et toujours, du cialis et du viagra, ainsi que du viagra, et encore du viagra.

 

Abdelkrim s'achète, malgré les respectueuses remontrances d'Ange, deux douzaines de boites de viagra, à un prix qui semble être très compétitif, sauf que, selon Ange, le produit est tellement faux que la seule chose qui s'élèvera, à l'ingestion d'une boite entière de ces fameuses pilules bleues, ce sera le taux d'acidité de l'estomac. J'en rajoute une couche, rappelant à Abelkrim que la maréchaussée thailandaise fouille assez souvent les véhicules qui reviennent de Mae Sae, vu les achats de produits parfois pas tout à fait légaux qui peuvent se faire dans la région. Bon, usuellement, on parle d'opium, mais les flics ont la vue large et des intérêts variés. Abdelkrim, farouche, n'a cure de nos bons conseils. Il me faut supposer qu'il a des appétits supérieurs à ses moyens. Tant pis pour lui.

 

Après qu'Abdelkrim se soit donc acheté son espoir en boite, je repasse la frontière légalement, pendant que les autres la repassent, hmmm, moins légalement, via la rivière. Nous nous retrouvons devant notre guesthouse et montons dans un minibus qui nous attendais. Départ vers Chiang Rai, où je mettrai mes deux zouaves dans l'avion, pour Bangkok, d'abord, puis pour l'Europe, pendant que je poursuivrai mes périgrinations. La route est belle et serpente entre les collines d'un vert d'émeraude. Le minibus est confortable, quand on y est à six, la mission est finie et nous nous relaxons.

 

Quand un flic nous pousse sur le côté, à l'occasion d'un contrôle, à quelques kilomètres de Chiang Rai, tout change. La fouille est rapide, mais la caisse de viagra d'Abdelkrim l'égorgeur fait mauvais genre. Il est immédiatement arrêté, pour trafic de substances restreintes, comme on appelle cela. En d'autres mots, il n'est pas pharmacien, et ne peut expliquer à la maréchaussée la possession d'une véritable pharmacie. On le lache avec les flics, auxquels il aura certainement à payer une bonne centaine de dollars - c'est un tarif connu... - avant d'être relaché, sans son viagra. Si on restait, avec lui, la somme destinée à la rançon doublerait...

 

Pour le reste, la fliquerie locale a sa dignité, comme toute fliquerie, et ne souhaite pas montrer au grand jour son niveau de corruption. Les savantes tractations qui se feront entre Abdelkrim et l'inspecteur chargé de son cas doivent rester confidentielles. Pas de témoins étrangers.

 

On joue donc aux touristes innocents qui ne savaient pas, et ne connaissent pas le traficant criminel, tout en lui rappelant, mezzo voce, que, dès qu'il sera relaché, contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous sommes à tel hôtel, où nous l'attendons prochainement... et que son avion s'envole demain soir.

 

Et puis nous repartons, à cinq, en ricanant sous cape. Ce n'est pas beau de notre part, mais vu qu'on sait la faiblesse de notre tueur, et qu'il n'est pas là, ce serait gros de se gêner. Arrivée à Chiang Rai, et installation dans notre petit hôtel discret, douche, et puis promenade tranquille jusqu'au centre ville, et massage. Ah, les massages thailandais, traditionnels et honnêtes, restent une bénédiction.

 

A Chiang Rai, j'ai un établissement préféré dans lequel une enragée entre deux ages et au PMS permanent, se fait une joie de torturer tout client innocent qui rentre chez elle. J'envoie Binska en éclaireur et, dès que, dans la distance, je crois noter qu'elle a hérité de l'hitlérina du massage thailandais, je pousse mes petits camarades dans le salon. Deux heures plus tard, ladite Binska sort en se demandant si c'était Nagasaki, ou si c'était Hiroshima, qui lui était tombé sous la tête. Pour nous, c'était, comme toujours, merveilleux.

 

Un massage thailandais dit "traditionnel", c'est deux heures de nirvana.

 

Vu l'heure, nous décidons de ne pas prendre de tuk tuk pour retourner à l'hôtel, et allons directement au marché de nuit, pour la soupe.

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28/09/2006

La croisière du Tanaka (arrivée chez Aye Aye)

Les nuits sont fraîches, en montagne, au Myanmar, et nous allons bientôt nous étaler sous nos couvertures. La saison n'est pas propice aux moustiques et nous n'avons, de ce fait, pas besoin de nous étaler ces crèmes poisseuses et ces onguents collants, dans le but de nous protéger. Tant mieux. Ange et ses deux fiancées sont dans le fond à gauche et nous savons vite qui ronfle et qui ne ronfle pas, dans notre groupe. Pour les deux filles, on savait déjà.

 

L'intérieur de la cahute est très aéré, ce qui explique nos couvertures, en cette saison, et l'usage de la moustiquaire. Nous en avons deux gigantesques, qui protègent d'un seul envol le banc gauche et le banc droit de notre dortoir. L'age a malheureusement fait souffrir les moustiquaires trouées ici et là, ce qui leur fait perdre une bonne partie de leur efficacité. Espérons qu'un grand nombre de moustiques, en été, est un peu aveugle...

 

En attendant, la nuit passe vite, entre deux jets de chaussures de marche, bien boueuses après nos promenades dans le village, vers les sources de ronflements. Je me lève alors qu'il fait à peine jour et file me doucher. Pour cela, il me faut ma serviette de bain, mise à pendre sous l'auvent, hier soir, et maintenant couverte d'escargots que j'éparpille en secouant la serviette. Pourquoi diable ces animaux se sont-ils précipités - enfin, "précipités" est peut être un terme un peu vif - sur ma serviette, et sur les autres serviettes, pendant la nuit? L'amour pour le savon? On m'a juré, un jour, que la raison pour laquelle on trouve des escargots jusqu'en haut des immeubles, c'est qu'ils mangent la peinture... Quelle idée.

 

Quoiqu'il en soit, le passage, en grand nombre, des escargots sur la serviette, rend le sèchage moins excitant. Dans le but d'éviter toutes criailleries et récriminations ce matin, quand je reviens de la douche, je secoue toutes les serviettes de bain, afin d'en éliminer les escargots qui les ont aussi envahies. Serviette après serviette, ils s'envolent dans tous les sens. Je remarque avec satisfaction que, si je n'étais pas le seul envahi, j'ai cependant été le plus envahi: je dois être meilleur à manger que les autres - ou alors, c'était le choc de la première serviette. Si c'est que je suis bon à manger, c'est inquiétant pour mes plans de voyage en Papouasie.

 

Pendant ce temps, les locaux se sont réveillés eux aussi, et l'eau chauffe, les oeufs se brouillent, le pain se toaste. Bientôt, le petit déjeuner est servi, sur une grande table où nous arrivons tous, attirés par le fumet délectable qui se dégage du thé frais. Le lait que je vois sur la table m'intrigue, vu qu'il ne semble pas y avoir une vache capable de donner du lait, ici. Un local m'explique qu'on trait, ici, les buffles. Le lait a un goût sucré pas désagréable, un peu différent. Là encore, je ne transmets pas aux autres mon savoir tout neuf. Il y a des choses qu'il vaut mieux garder pour soi.

 

Nos baluchons refaits en un tournemain, on remonte sur nos éléphants. Les filles sont de meilleure humeur, après la bonne nuit qu'elles viennent de passer, à la dure, sous quelques couvertures qu'elles soupçonnaient d'être plus ou moins propres, débarbouillées à l'aube sous un jet d'eau presque glacé. Et encore, elles ne savent pas le passage des escargots. Ange les pousse jusqu'à leur éléphante sur lequel elles remontent en gémissant, et en jurant leurs grands dieux que jamais on ne les y reprendra. Nous rions sous cape: si elles savaient...

 

Nous reprenons notre chemin boueux, sur lequel seuls les éléphants sont capables de circuler sans glisser. Il fait chaud, il fait lourd. Après quelques heures de route, il est temps de s'arrêter, au bord d'une rivière, à deux pas d'une cascade engageante, pour abreuver les éléphants, et pour nous sustenter. Les villageois nous avaient emballés, dans des feuilles de bananier, des mets délectables que nous dévorons, installés plus ou moins confortablement au bord de la rivière. repaschampètreIl suffit d'ouvrir la feuille soigneusement  repliée, de se tailler, dans un arbre soigneusement choisi, qui ne transpire pas de sève empoisonnée et, idéalement, pas de sève du tout, deux batonnets qui feront office de baguettes, et sinon, de faire office de nos doigts pour les plus paresseux. La rivière étant à deux pas, et ses eaux semblant cristallines, c'est faisable. Evidemment, ça fait moins chic...

 

Les nouilles sont divines.

 

Ce qui est toujours extraordinaire, en Asie du Sud Est, c'est la fréquence des repas, quand on voit la manière dont tout le monde - sauf les locales, pour un nombre non négligeable - reste mince jusque dans son grand age. Quant aux dames indigènes, passé un certain age, il faut supposer que la cuisine à l'huile - on frit tout ici - parvient à défaire le courageux métabolisme qui a protégé autant qu'il a pu le faire les formes fluettes des jeunes filles. Presque toutes, un beau matin, se retrouvent avec un ventre qui fait, de leurs graciles hanches d'adolescentes, un souvenir.

 

Dommage.

 

Leur reste un sourire délicieux, une gentillesse vraie, de ces choses qui font d'une personne que l'on rencontre, une personne que l'on a envie de rencontrer.

 

Le repas fini, les éléphants abreuvés, l'éléphanteau joueur réfugié auprès de sa maman, on regarde l'heure et on voit qu'on est largement dans les temps. A la prière de la troupe, on décide d'aller nager un peu, et de se rafraichir, le temps d'une douche, sous la cascade.

Cascade

Ca fait plaisir.

 

Nous voilà bientôt de retour sur nos bestiaux et, une heure plus tard, arrivant au village où Aye Aye nous reçoit, doublement ravie de sa paie en dollars et en filles.

 

*************************

 

La scène affreuse lors de laquelle Ange donne les filles à Aye Aye, et où ces dernières, quoiqu'assez bien bourrées, comprennent qu'il se passe quelque chose de pas trop catholique, je ne vais pas vous la faire partager. C'est trop triste.

 

Je ne vous donne pas de photos d'Aye Aye non plus, vu qu'elle est assez timide devant l'appareil photo, ne souhaitant pas apparaître un jour au milieu d'une affiche avec marqué "Recherchée" au dessus, et une somme quelconque au dessous.

 

Je ne puis vous proposer de photos du village non plus,dans le but de ne pas mâcher le travail de la maréchaussée locale, au cas - bien improbable, dois-je ajouter - où cette dernière déciderait que le trafic du tanaka doit dorénavant passer entre les mains rapaces de la junte militaire.

 

Quoiqu'il en soit, en contrepartie de mes bons dollars et des deux filles, Aye Aye nous donne les presque vingt tonnes de tanaka promises, que nous allons immédiatement incinérer dans le four crématoire de la pagode voisine. Il faut savoir que, dans les campagnes, et puisque les bouddhistes, une fois mort, se font incinérer, chaque pagode, chaque temple, possède son crématorium. Pour une modeste obole et deux grands sacs de riz, le bonze en charge met son four en marche et fait disparaître en chaleur et en fumée les vingt tonnes (on en a pour plus d'une journée) le redoutable concurrent des divers produits issus de la baleine.

 

Ca ne fait pas l'affaire des baleines, et alors que le feu ronfle gaîment, j'ai un vague vague à l'âme. Marie, où êtes vous... institutrice, jouant de l'orphéon, entourée d'enfants ravis...

 

Ah, c'est le passé, tout ça.

 

Bon, il est temps de rentrer vers la Thailande. Alors qu'Aye Aye, pressée par ses sens, abrège les adieux afin de s'amuser avec ses deux nouvelles camarades éplorées, nous remontons sur nos éléphants pour retourner jusqu'à Ta Chi Leik.

20:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

22/09/2006

La nuit à la campagne

Les filles sont envoyées prendre une douche bien méritée. Le problème, c'est que dans les hameaux où l'on peut s'arrêter, dans le meilleur des cas, il y a une cahute au fond à gauche du village, cahute aux murs percés et dans laquelle il y a un trou qui, suivi d'un tuyau penché, fait office de toilettes, pendant que la douche, dans une deuxième cahute, est un simple tuyau d'arrosage avec de l'eau à la température ambiante. Quand on a bien transpiré sous la chaleur lourde qui nous accable, c'est plutôt agréable, je dois dire.

 

Dans le cas du hameau où nous nous arrêtons, les toilettes sont tout simplement luxueuses, puisqu'il s'agit d'une vraie dalle faite rien que pour ça, avec un trou parfaitement rond au milieu, qui rappellera aux lecteurs Français les toilettes dites "à la turque", qui font encore aujourd'hui l'ordinaire des petits coins des bistrots de province.

 

Un tonneau, à côté, permet de faire disparaître l'objet du délit, une fois le bizenesse perpétré.

 

Quant aux larges interstices qui indiquent un montage de la cahute à la va-comme-je-te-pousse, ils permettent une aération qui fera bien plaisir à la personne qui vous suit, une fois que vous sortez des toilettes.

 

Bref, tout le monde se prend une bonne douche, les filles les premières, vu leur état, et elles ne râlent pas trop, faisant même semblant de croire aux vagues excuses que nous leurs faisons, quand nous jurons nos grands dieux que nous n'avions pas compris, pas entendu, que sais-je... Elle se renippent propre sur elles, et vont se prendre une bière pour se remettre de leurs émotions. Pendant ce temps, les éléphants sont nourris, lavés, et le fiston d'une éléphante, qui a suivi sa maman depuis le début de la journée, barrissant de temps à autre, avec toute la pétulance de son amour filial, est choyé par Binska, dont l'amour pour les éléphants est proverbial.

 

Ce petit bonhomme est adorable, sa gourmandise est amusante, sa recherche des caresses est attendrissante. Quant à sa chevelure hérissée à la rocker des années soixante-dix, elle est cool, comme le diraient mes cousines.

 

Bref, il a droit à des doudouces, à un bouchonnage, à des pousses choisies, et il en est fort satisfait. Une fois Binska à court de bananes, de pousses de bambou et d'épis de maïs, il se relève et retourne chez sa maman contre laquelle, plus tard dans la soirée, il s'endormira, alors qu'elle lui chante une berceuse.

 

Pendant ce temps là, chez nous et chez les autres bestioles, ce sera le repas, puis une nuit de sommeil réparateur, pour les éléphants et pour leurs vaillants cavaliers. La maison qu'on nous a réservé, à nous, les humains, possède un charme rustique tout à fait appétissant pour ceux qui aiment.

Les filles en ont fait le tour, pour bien vérifier qu'il n'y a pas d'araignées. Satisfaites par leur inspection, elles sortent, propres comme des sous neufs, pour aller baguenauder dans le village dont elles reviendront vite, vu que la poussière et la boue sont sales, et ... qu'il y a des chiens. Ah, une campagne sans araignées et sans chiens, sans poussière et sans boue, je me demande si c'est la campagne... De plus, les chiens, un peu comme l'éléphanteau qui nous accompagne, sont du genre affectueux, quémandeur, et sont dès lors collés aux jambes de toute personne susceptible d'avoir un bout de kekchose à manger en poche... Bref, des chiens.

 

Cette fois ça, nous ne faisons plus vraiment attention aux récriminations des citadines et nous entammons le repas, arrosé de bière presque fraiche, et qui durera jusque loin dans la nuit.

Puis, Ange rembarque ses fiancées, nous les suivons, nous voilà à dormir, sous une couverture de campagne, sans - c'est à signaler - le moindre moustique. On a ainsi tendance à vouloir imaginer que les pays du Sud Est Asiatique sont couverts sous des nuages de bestioles mordantes et piquantes. C'est faux.

 

La nuit se passe sans rien de bien particulier, sinon que, profitant de l'obscurité, certains ronflent comme des sonneurs. Je soupçonne tout le monde. Le matin approche en tapinois.

12:06 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/09/2006

Dans le plus sombre de la verdure

Pendant que les filles digèrent les trois bouteilles de Chang qui ont accompagné leur repas, on les tire et on les pousse jusqu'à l'échelle près de laquelle leur éléphante les attend. Elles gloussent alors qu'Ange le maque, aidé d'Abdelkrim l'égorgeur, les soutient sous leur postérieur pour les faire monter, marche par marche, le long de l'échelle, jusqu'au moment où toutes deux sont assises côte à côte sur le palanquin. Ensuite, on les attache solidement, tout en les distrayant avec une dernière petite Chang bien fraiche, puis nous montons sur nos éléphants respectifs et, guidés par les cornacs d'Aye Aye qui ont miraculeusement apparu pendant le repas, nous nous dirigeons vers la forêt qui couvre les collines. Le chemin que nous prenons, détrempé par des pluies précédentes, n'est que boue. Ca plait assez bien aux éléphants qui en profitent pour patauger comme des gamins et qui s'arrêtent parfois, sous la direction bonnasse des cornacs, pour arracher le plan vert tendre d'une tige de bambou. On ne va pas trop vite. Les filles hurlent régulièrement, vu qu'elles voient des araignées un peu partout, mais comme leur cornac ne comprend pas un mot d'anglais, qu'elles ne parlent pas un mot de pâli, que l'éléphante se fiche du tiers comme du quart de leurs cris, qu'elles sont assez loin de moi, qu'elles sont attachées à leur palanquin et que, de toute manière, c'est bien haut pour sauter - dans la boue, qui plus est - ont ne fait pas trop attention à leurs cris. Abelkrim et Ange, qui commençaient à stresser, se relaxent assez bien, sur leur éléphant qui suit le mien - je suis le chef, après tout.

 

Je masque leur visage, vu qu'ils travaillent encore pour moi, et pour eux, parfois aussi, dans le département 93 et que ce serait triste s'ils avaient des ennuis avec Mr le ministre Sarkozy. Je masque aussi le visage de l'une des deux rousses, visible dans la distance, pour éviter que ses parents la tracent. Pour les éléphants, pas de problème, personne ne les recherche - ni flics, ni famille - donc je ne masque pas.

 

Ouai, je masque le profil de la rousse aussi mais, quand j'y pense...à ce jour, même si les rossebiffes le voulaient, je ne crois pas qu'ils retrouveraient deux institutrices britanniques, disparues dans un bordel de campagne, dans la région de Wan En, ou ailleurs.

 

Les éléphants avancent d'un pas de sénateur, balayant de la trompe devant eux, usant de cette dernière très exactement comme les aveugles avec leur canne, quand le terrain descent, faisant la course quand ils se hâtent lentement vers les points d'eau, y remplissant leur trompe pour s'arroser, ainsi que pour arroser leurs cavaliers, quand le chemin est plat et que la forêt s'éclaircit. Les dindes, trempées d'eau boueuse, râlent, sur leur éléphante qui pète à tout instant. Ange qui prévoit qu'il y a encore une soirée avant de se débarrasser du fardeau, fait hypocritement semblant de s'inquiéter un peu, pendant qu'Abdelkrim ricane sous cape.

 

Les berbères, ce ne sont pas des gentils, avec les femmes.

 

Une chose qu'on a un peu négligé, et comme on ne les écoutais pas criailler dans la distance, c'est embarrassant pour les filles, c'est que nos deux voyageuses sont de sexe féminin et que, dès lors, elles ont une vessie de la taille d'une noix. Donc pipi nombreux. Là, entre le repas de midi, abondamment arrosé, et l'arrêt en fin de journée, malgré la chaleur plombée qui nous fait transpirer, il y a eu quelques heures et les filles n'ont pas pu tenir jusqu'à l'arrivée. Dire que, à l'arrivée, elles sont furax et humiliée n'est pas peu dire, mais Ange le maque, phisosophe, nous assure que c'est la meilleure méthode pour les attendrir pour Aye Aye.

20:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/09/2006

La croisière du tanaka (rodéo avec les gentils éléphants)

La descente s'éternise, vu que nos deux héroiques trekkeuses ont, toutes deux, peur des araignées et, en général, de tout ce qui, velu ou pas, porte entre six et huit pattes. On est supposé les entourer et tuer tout ce qui bouge à moins de dix mètres... Ange le maque songe sérieusement à pratiquer le dressage des deux dindes dès cet instant, comme selon sa bonne vieille habitude mais bon, on est pas encore suffisemment enfoncé dans la nature pour pouvoir nous permettre tout ce que nous voulons. Tout viendra en son temps.
 
Enfin, au bout d'une grosse demie heure, nous voilà devant la rivière, que nous traversons après avoir juré craché qu'il n'y avait aucun crocodile dans ladite rivière, et que le radeau, même s'il est à moitié immergé, est insubmersible. La traversée, sur une rivière à peine agitée, se fait en quelques instants, ponctuée par les criailleries de nos deux protégées qui voient le Titanic partout. Arrivés de l'autre côté, nous avons, heureusement, la vieille qui s'occupe de la cuisine, qui nous accueille, nous annonce que le repas est prêt, et que la bière a été mise à rafraîchir et nous attend de pied ferme. Le mot magique de "bière" calme les exploratrices. Pour le reste, pendant qu'elles vont se repoudrer le nez au petit coin, Ange et moi arrangeons notre départ dans la brousse. Le chef du village - et des éléphants - nous promet pour les deux filles un animal particulièrement placide et dont le calme olympien préviendra toute réaction inopportune, au cas bien probable où elles gueuleront à la vue d'une araignée.

Fon - c'est son nom - est une vieille éléphante de bientôt quatre vingts ans d'age, sourde comme un pot, qui chie comme une enragée (voir photo), pête à tout instant, bouffe comme quatre, mais qui suit le chef sans jamais faillir. On a déjà placé le palanquin; on y attachera les deux filles et on aura la paix.

 

Chic.

20:36 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Dans la montagne

La voiture démarre  j'aimerais dire "sur les chapeaux de roues" mais je mentirais. Disons qu'elle fait ce qu'elle peut, au bout de son million de kilomètres, avec ses pièces ressoudées vaille que vaille, ses pneus usés jusqu'à la corde, sa suspension hors d'age, son essence de qualité inférieure. Ce dernier point est d'autant plus rageant que le Myanmar est un producteur de pétrole chez lequel tout ce que l'industrie compte de grand se presse pour obtenir l'autorisation de prospecter, d'extraire et d'exporter le précieux liquide. On n'y trouve presque pas d'essence, et sa qualité est meurtrière aux moteurs.

 

L'état de la route est lamentable. Nous passons le premier carrefour - c'est le carrefour central de Ta Chi Leik - en roulant à droite, puisque c'est la nouvelle rêgle ici, ce qui nous permet de voir la publicité de Air Bagan, ligne locale dont la pluspart des avions se sont écrasés, qui au décollage, qui à l'aterrissage, tuant chaque fois la plus grande partie de ses passagers, et qui espère bien finir le travail prochainement, avec les trois coucous qui lui restent.

Depuis quelques temps, on roule à droite, au Myanmar. Le gouvernement, lassé par les commentaires désagréables de l'ancienne puissance coloniale - l'Angleterre, pour ne pas la nommer - envers le régime en place, a décidé un beau matin de montrer son indépendance envers les rossebiffes en passant de la gauche à la droite, pour la conduite routière. Pour la politique, ça avait été du centre à la gauche, puisque nous avons une junte militaire socialiste qui tient le pays. Militaire et socialiste... pauvres Birmans: quand on a pas de chance, on a pas de chance.

 

Quoiqu'il en soit, mal préparée, jamais annoncée correctement la réforme routière avait été responsable de quelques dizaines de morts sur la route, et de la disparition de la moitié du parc automobile birman. Assez vite, cependant, le bon peuple avait compris (et la téloche avait enfin confirmé) que la route serait dorénavant supposée droitière. Le reliquat des voitures était resté en état de rouler. En réalité, dès qu'on sort des grandes villes (Mandalay et Rangoon, en d'autres mots), on roule au milieu, là où l'on trouve un peu de macadam qui pourrait adoucir les chocs.

 

L'argent du pétrole n'a pas été particulièrement bénéficiaire aux locaux, la junte se servant d'abord. Résultat: la ville n'est pas bien riche, même si le courage des locaux, à faire marcher ce qui ne marche pas, supplée à bien des choses. Les routes sont dans un état lamentable. La scolarité est payante. La distribution d'eau et d'électricité est aléatoire et, puisque le régime pique tout, ce sont les petits boulots peu surveillables qui sont pratiqués. Parmis ces derniers, tout ce qui a à voir avec le sexe et  la prostitution jusque et y compris, c'est à déplorer, avec la prostitution enfantine. Le régime s'en fiche, tant qu'il y trouve son profit - et, de toute évidence, il l'y trouve. On s'inquiète de la junte militaire birmane, du fait qu'elle n'est pas trop démocrate, qu'elle vole tout, que le "peuple" socialiste, vu par la junte, c'est surtout la junte... on oublie, de ce fait, le reste. On a peut-être tort.

 

Nous sortons maintenant de la ville, suivi et précédé par des nuées de tuk tuk et de mobylettes chargées comme des mulets, roulant comme ils le peuvent, puis les véhicules se font plus rares. Ici et là, des piétons qui vont, le long de la route, d'un hameau à l'autre, puis à l'occasion d'un passage dans une bourgade au nom inconnu, une troupe de gosses sortant de l'école - heureux enfants.

Ici et là, aussi, des barrages de flics qui, pour une vingtaine de dollars que je m'empresse de leur donner, dès qu'ils arrivent à notre porte, font semblant de ne pas remarquer que la voiture est pleine de blancs qui semblent se faire discrets. Les vitres arrières sont descendues, rapport à la climatisation, et au fait qu'il est impossible de les remonter, depuis déjà quelques années.

 

Hameau après hameau, nous arrivons à un croisement, la route devient particulièrement cahotante, les filles se réveillent, la voiture s'arrête. Nous sommes arrivés à notre gare aux éléphants.

 

Au spectacle, les filles poussent des braillements extasiés. Il va falloir descendre de la voiture, descendre ensuite une pente assez raide, puis passer, sur un radeau en partie immergé, la petite rivière que nous voyons. Lunch ensuite, puis démarrage. Grace et Mary cherchent un chemin; il n'y en a pas. Fini le transport facile. Elles grognent un coup, mais bon, il va bien falloir y aller... Elles changent donc leur chaussures - on a été gentils, et on a transporté leur barda dans le coffre de la voiture - se cachent derrière un buisson pour mettre leurs splendides shorts de treks, sortent de leur cabine d'essayage sous nos sifflements admiratifs - ça ne mange pas de pain, et ça fait toujours plaisir - et, suivant Ange le Maque, commencent la descente.

 

C'est alors que les choses se compliquent: Grace voit une araignée et pousse un cri strident. Elle a peur des araignées. Ca promet.

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06/09/2006

Ta Chi Leik

Arrivée en début de soirée à Mae Sae, on file dans la rue qui longe la rivière, et on se trouve un petit hôtel tranquille, où je suis connu ...

 

... et où je remplis les formulaires d'accueil, en oubliant, bien entendu, d'inscrire nos deux voyageuses. Nous passons une soirée amusante, après une petite promenade dans Mae Sae - petite, vu que les deux rousses sont en talons et tenues vacancières. Elles ne se rendent pas compte... On va ensuite chez Jojo, sur la rue principale, et on dîne aux bougies, vu que l'électricité a sauté. La bière, qu'elles boivent en quantité industrielle, fait passer l'expression de leur joyeuse pétulance du rire cristallin au barrissement éléphantesque puis, vu que l'alcool les rend amoureuses, au bon gros gloussement vaginal de derrière les fagots, accompagné de regards en coulisse. Excellente nourriture, épicée à souhait, par ailleurs... Repas terminé, nous aidons Ange le maque à remettre Grace et Mary - elles s'appellent Grace et Mary - sur leurs talons, puis à mi les pousser, mi les tirer, mi les transporter (ça fait trois moitiés, mais Grace et Mary sont assez rondouillardes) jusqu'à l'hôtel où nous essayons de rentrer en fin de soirée, en toute discrétion... Croyant que nous sommes en train de faire rentrer, dans nos chambres, des péripatétitiennes locales, le directeur ferme un oeil et regarde de l'autre côté. Nous couchons les filles, après les avoir mises à l'aise, sur le grand lit qu'Ange le maque partagera avec elles. L'heureux homme. A peine étalées sur le lit qu'elles vont partager, la première se met à ronfler, pendant que la deuxième, roulant sur elle même, se vautre à moitié sur sa compagne. Aye Aye va nous bénir.

 

Une nuit tranquille pour nous, les garçons - pour Ange, je ne sais pas - et, le matin, après avoir soudoyé deux gardes frontières - l'un birman, l'autre thai -, profitant de la stupeur alcoolique de nos deux ravissantes, nous passons la rivière, à deux cents mètres, tout au plus, du passage officiel. Pour les deux filles qui se mouillent les pieds, on leur explique qu'il a beaucoup plu, et que c'est la route qui est un peu inondée: dans deux pas, une nouvelle voiture, quelques kilomètres de route, et puis les gentils néléfants pour le trek.

 

Avec ça, vu qu'elles sont à moitié endormies et que leur gueule de bois les empêche d'ouvrir les yeux ou de protester, disons qu'elles sont satisfaites par nos explications. Une fois la troupe arrivée de l'autre côté, tout le monde entre dans une maison désignée et je retourne sur mes pas, repasse illégallement la rivière, aidé de nos deux gardes frontières, afin de passer officiellement par le poste frontière de Mae Sae. Ainsi, il y aura au moins un passeport - je veux dire, un document de voyage, puisque mon passeport restera dans les bureaux de la douane - correctement estampillé, au cas où... La porte de Ta Chi Leik m'attend, ainsi que des dizaines de petits mendiants, amateurs de piécettes, de bonbons, de stylobilles, de n'importe quelle babiole qui leur permettrait de se croire dans un pays de cocagne. Derrière eux, des dizaines de vendeurs de tout et de n'importe quoi, et des conducteurs de tuk tuk agonisants, qui vous chuchottent "girls, girls, girls", "young girls, young girls, very young girls", ou "viagra, viagra, viagra"...

 

Si on cherche bien. On trouve aussi des trucs et des machins à manger. Usuellement, sur la gauche du pont, il y a un musulman qui fait des samousas absolument délicieuses. Chaque fois que je passe, je lui en prends.

 

Frontière passée, mon passeport précieusement gardé par les locaux, mes dix dollars aussi, je tourne, agressé par une douzaine de demoiselles plâtrées de tanaka, montrant leurs jambes fines, et me proposant leurs services, passe à travers le groupe, prends pour vingt bathts de samousas chez mon musulman et rejoins mes camarades, planqués à deux rues de là, dans une voiture banale pour l'endroit - c'est à dire: une antiquité américaine; une ruine. Au volant, notre conducteur habituel, qui machonne une chique de betel. A côté de lui, Abdelkrim l'égorgeur, à l'arrière, Ange et ses deux conquètes. La banquette avant permet à trois personnes de s'assoir presque confortablement, et le trajet n'est, de toute manière, pas fort long: une bonne demi journée, peut-être...

 

Le voyage commence vraiment.

17:19 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/09/2006

La croisière du tanaka (premiers mouvements)

Le métro suspendu de Bangkok est une merveille climatisée, dans laquelle on traverse la ville avec une vue, entre une double haie de bâtiments de cinquante étages... Je ne lui connais qu'un concurrent sérieux: c'est le métro de Kuala Lumpur.

 

Dépendant des heures, il est vide, ou est... un petit peu moins vide. Mais si peu moins...

 

Des messieurs en uniforme et en gants blancs vous font un salut militaire, alors que vous entrez dans les stations, et vous guident dans un anglais imparfait, mais avec une bonne volonté attendrissante, vers votre destination: le quai. La rame de métro arrivée, un courant d'air glacé vous accueille - agréable changement par rapport à la moite lourdeur du dehors - et vous permet, le temps de quelques stations, de quelques minutes, de savoir que les Jésuites qui parlaient d'un enfer froid avaient tort.

 

Je rentre de l'ambassade du Myanmar où je n'ai pas eu besoin, finalement, de nous organiser quelque visa "spécial" que ce soit: la rêgle, à la frontière terrestre de Ta Chi Leik, a changé et nous pouvons rentrer pour 15 jours sans plus de détails et sans surveillance particulière - il suffira de payer dix dollars américains par tête de pipe et... de laisser nos passeports au poste frontière. Dans le bon vieux temps - je veux dire, jusqu'au mois dernier - quand on rentrait à Ta Chi Leik, on avait droit à douze heures de séjour et à un éloignement maximal, de la porte de la frontière, de sept kilomètres. Les choses changent mais la confiance ne rêgne pas encore de manière totale.

 

Sorti du métro au terminus Taksin, je prends le bateau rapide sur le Chao Praya et remonte jusqu'au vieux Bangkok, là où l'on est installés, dans mon gueshouse habituel, avec Ange le maque et Abdelkrim l'égorgeur. Le long du chemin, on croise des long tails et les sillages qui se croisent arrosent plus d'un passager. En arrivant, j'apprends, au simple spectacle du visage hilare d'Ange, que les deux anglaises rousses, buveuses de bière, tatouées, grassouillettes et vulgaires sont dans le sac - si j'ose dire. Bonne nouvelle. Nous pourrons démarrer prochainement vers le Nord, et passer la frontière birmane de manière discrète.

 

L'entrée en Birmanie - enfin, au Myanmar - est facile, finalement, puisque la surveillance s'applique dans l'autre sens . C'est en effet la sortie qui peut être, parfois, moins facile, quand les douaniers thailandais fouillent les sacs des visiteurs d'un jour, à la recherche de produits de contrebande, tels que du viagra (faux), du cialis (tout aussi faux), qui mettent en péril les viagra et autre cialis (faux) des trafiquants thailandais. La dernière fois, je les ai vu arrêter un vieux touriste anglais, avec sa très jeune compagne locale, sous le prétexte qu'il avait seize boites de viagra d'importation birmane (dont une déjà entamée) dans les poches. De quoi tenir quelques jours, ou bien, du point de vue des gabelous Thailandais, de quoi faire un commerce qui ferait de l'ombre aux petits vendeurs locaux.

 

Après une rapide conférence avec mes deux séides, la décision est prise: démarrage vers Chiang Rai demain soir. En attendant, on va manger un bout. Ange le maque va chercher ses deux grâces qui descendent peu après, perchées sur leurs talons hauts.Elles ne nous décevront pas, pendant le repas, picoleront comme des Suédoises et nous raconteront leur vie: l'une est Anglaise, l'autre, Irlandaise. Toutes deux sont copines de toujours, institutrices et des habituées de la Costa Brava, qui ont voulu changer un peu cette année, afin de comparer le prix de la bibine. Elles sont ravies à l'idée d'aller faire un trek à dos d'éléphant, dans le Nord (c'est ce qu'Ange le Maque leur a promis), surtout avec d'aussi beau garçons que nous (rire vaginal et oeillade assassine).

 

Il n'est pas minuit que nous avons reconduit les deux bestiaux dans la chambre qu'elles partagent avec Ange, et que nous nous couchons. Demain, en fin de matinée, démarrage vers Chiang Rai, puis Mae Sae, dans un minibus noélisé pour l'occasion. 

19:43 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |