28/09/2006

La croisière du Tanaka (arrivée chez Aye Aye)

Les nuits sont fraîches, en montagne, au Myanmar, et nous allons bientôt nous étaler sous nos couvertures. La saison n'est pas propice aux moustiques et nous n'avons, de ce fait, pas besoin de nous étaler ces crèmes poisseuses et ces onguents collants, dans le but de nous protéger. Tant mieux. Ange et ses deux fiancées sont dans le fond à gauche et nous savons vite qui ronfle et qui ne ronfle pas, dans notre groupe. Pour les deux filles, on savait déjà.

 

L'intérieur de la cahute est très aéré, ce qui explique nos couvertures, en cette saison, et l'usage de la moustiquaire. Nous en avons deux gigantesques, qui protègent d'un seul envol le banc gauche et le banc droit de notre dortoir. L'age a malheureusement fait souffrir les moustiquaires trouées ici et là, ce qui leur fait perdre une bonne partie de leur efficacité. Espérons qu'un grand nombre de moustiques, en été, est un peu aveugle...

 

En attendant, la nuit passe vite, entre deux jets de chaussures de marche, bien boueuses après nos promenades dans le village, vers les sources de ronflements. Je me lève alors qu'il fait à peine jour et file me doucher. Pour cela, il me faut ma serviette de bain, mise à pendre sous l'auvent, hier soir, et maintenant couverte d'escargots que j'éparpille en secouant la serviette. Pourquoi diable ces animaux se sont-ils précipités - enfin, "précipités" est peut être un terme un peu vif - sur ma serviette, et sur les autres serviettes, pendant la nuit? L'amour pour le savon? On m'a juré, un jour, que la raison pour laquelle on trouve des escargots jusqu'en haut des immeubles, c'est qu'ils mangent la peinture... Quelle idée.

 

Quoiqu'il en soit, le passage, en grand nombre, des escargots sur la serviette, rend le sèchage moins excitant. Dans le but d'éviter toutes criailleries et récriminations ce matin, quand je reviens de la douche, je secoue toutes les serviettes de bain, afin d'en éliminer les escargots qui les ont aussi envahies. Serviette après serviette, ils s'envolent dans tous les sens. Je remarque avec satisfaction que, si je n'étais pas le seul envahi, j'ai cependant été le plus envahi: je dois être meilleur à manger que les autres - ou alors, c'était le choc de la première serviette. Si c'est que je suis bon à manger, c'est inquiétant pour mes plans de voyage en Papouasie.

 

Pendant ce temps, les locaux se sont réveillés eux aussi, et l'eau chauffe, les oeufs se brouillent, le pain se toaste. Bientôt, le petit déjeuner est servi, sur une grande table où nous arrivons tous, attirés par le fumet délectable qui se dégage du thé frais. Le lait que je vois sur la table m'intrigue, vu qu'il ne semble pas y avoir une vache capable de donner du lait, ici. Un local m'explique qu'on trait, ici, les buffles. Le lait a un goût sucré pas désagréable, un peu différent. Là encore, je ne transmets pas aux autres mon savoir tout neuf. Il y a des choses qu'il vaut mieux garder pour soi.

 

Nos baluchons refaits en un tournemain, on remonte sur nos éléphants. Les filles sont de meilleure humeur, après la bonne nuit qu'elles viennent de passer, à la dure, sous quelques couvertures qu'elles soupçonnaient d'être plus ou moins propres, débarbouillées à l'aube sous un jet d'eau presque glacé. Et encore, elles ne savent pas le passage des escargots. Ange les pousse jusqu'à leur éléphante sur lequel elles remontent en gémissant, et en jurant leurs grands dieux que jamais on ne les y reprendra. Nous rions sous cape: si elles savaient...

 

Nous reprenons notre chemin boueux, sur lequel seuls les éléphants sont capables de circuler sans glisser. Il fait chaud, il fait lourd. Après quelques heures de route, il est temps de s'arrêter, au bord d'une rivière, à deux pas d'une cascade engageante, pour abreuver les éléphants, et pour nous sustenter. Les villageois nous avaient emballés, dans des feuilles de bananier, des mets délectables que nous dévorons, installés plus ou moins confortablement au bord de la rivière. repaschampètreIl suffit d'ouvrir la feuille soigneusement  repliée, de se tailler, dans un arbre soigneusement choisi, qui ne transpire pas de sève empoisonnée et, idéalement, pas de sève du tout, deux batonnets qui feront office de baguettes, et sinon, de faire office de nos doigts pour les plus paresseux. La rivière étant à deux pas, et ses eaux semblant cristallines, c'est faisable. Evidemment, ça fait moins chic...

 

Les nouilles sont divines.

 

Ce qui est toujours extraordinaire, en Asie du Sud Est, c'est la fréquence des repas, quand on voit la manière dont tout le monde - sauf les locales, pour un nombre non négligeable - reste mince jusque dans son grand age. Quant aux dames indigènes, passé un certain age, il faut supposer que la cuisine à l'huile - on frit tout ici - parvient à défaire le courageux métabolisme qui a protégé autant qu'il a pu le faire les formes fluettes des jeunes filles. Presque toutes, un beau matin, se retrouvent avec un ventre qui fait, de leurs graciles hanches d'adolescentes, un souvenir.

 

Dommage.

 

Leur reste un sourire délicieux, une gentillesse vraie, de ces choses qui font d'une personne que l'on rencontre, une personne que l'on a envie de rencontrer.

 

Le repas fini, les éléphants abreuvés, l'éléphanteau joueur réfugié auprès de sa maman, on regarde l'heure et on voit qu'on est largement dans les temps. A la prière de la troupe, on décide d'aller nager un peu, et de se rafraichir, le temps d'une douche, sous la cascade.

Cascade

Ca fait plaisir.

 

Nous voilà bientôt de retour sur nos bestiaux et, une heure plus tard, arrivant au village où Aye Aye nous reçoit, doublement ravie de sa paie en dollars et en filles.

 

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La scène affreuse lors de laquelle Ange donne les filles à Aye Aye, et où ces dernières, quoiqu'assez bien bourrées, comprennent qu'il se passe quelque chose de pas trop catholique, je ne vais pas vous la faire partager. C'est trop triste.

 

Je ne vous donne pas de photos d'Aye Aye non plus, vu qu'elle est assez timide devant l'appareil photo, ne souhaitant pas apparaître un jour au milieu d'une affiche avec marqué "Recherchée" au dessus, et une somme quelconque au dessous.

 

Je ne puis vous proposer de photos du village non plus,dans le but de ne pas mâcher le travail de la maréchaussée locale, au cas - bien improbable, dois-je ajouter - où cette dernière déciderait que le trafic du tanaka doit dorénavant passer entre les mains rapaces de la junte militaire.

 

Quoiqu'il en soit, en contrepartie de mes bons dollars et des deux filles, Aye Aye nous donne les presque vingt tonnes de tanaka promises, que nous allons immédiatement incinérer dans le four crématoire de la pagode voisine. Il faut savoir que, dans les campagnes, et puisque les bouddhistes, une fois mort, se font incinérer, chaque pagode, chaque temple, possède son crématorium. Pour une modeste obole et deux grands sacs de riz, le bonze en charge met son four en marche et fait disparaître en chaleur et en fumée les vingt tonnes (on en a pour plus d'une journée) le redoutable concurrent des divers produits issus de la baleine.

 

Ca ne fait pas l'affaire des baleines, et alors que le feu ronfle gaîment, j'ai un vague vague à l'âme. Marie, où êtes vous... institutrice, jouant de l'orphéon, entourée d'enfants ravis...

 

Ah, c'est le passé, tout ça.

 

Bon, il est temps de rentrer vers la Thailande. Alors qu'Aye Aye, pressée par ses sens, abrège les adieux afin de s'amuser avec ses deux nouvelles camarades éplorées, nous remontons sur nos éléphants pour retourner jusqu'à Ta Chi Leik.

20:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Il me semble que je préfererais du "tanaka" sur ma figure que n'importe quelle crème à base de baleine...

Écrit par : brigitte | 07/10/2006

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