22/09/2006

La nuit à la campagne

Les filles sont envoyées prendre une douche bien méritée. Le problème, c'est que dans les hameaux où l'on peut s'arrêter, dans le meilleur des cas, il y a une cahute au fond à gauche du village, cahute aux murs percés et dans laquelle il y a un trou qui, suivi d'un tuyau penché, fait office de toilettes, pendant que la douche, dans une deuxième cahute, est un simple tuyau d'arrosage avec de l'eau à la température ambiante. Quand on a bien transpiré sous la chaleur lourde qui nous accable, c'est plutôt agréable, je dois dire.

 

Dans le cas du hameau où nous nous arrêtons, les toilettes sont tout simplement luxueuses, puisqu'il s'agit d'une vraie dalle faite rien que pour ça, avec un trou parfaitement rond au milieu, qui rappellera aux lecteurs Français les toilettes dites "à la turque", qui font encore aujourd'hui l'ordinaire des petits coins des bistrots de province.

 

Un tonneau, à côté, permet de faire disparaître l'objet du délit, une fois le bizenesse perpétré.

 

Quant aux larges interstices qui indiquent un montage de la cahute à la va-comme-je-te-pousse, ils permettent une aération qui fera bien plaisir à la personne qui vous suit, une fois que vous sortez des toilettes.

 

Bref, tout le monde se prend une bonne douche, les filles les premières, vu leur état, et elles ne râlent pas trop, faisant même semblant de croire aux vagues excuses que nous leurs faisons, quand nous jurons nos grands dieux que nous n'avions pas compris, pas entendu, que sais-je... Elle se renippent propre sur elles, et vont se prendre une bière pour se remettre de leurs émotions. Pendant ce temps, les éléphants sont nourris, lavés, et le fiston d'une éléphante, qui a suivi sa maman depuis le début de la journée, barrissant de temps à autre, avec toute la pétulance de son amour filial, est choyé par Binska, dont l'amour pour les éléphants est proverbial.

 

Ce petit bonhomme est adorable, sa gourmandise est amusante, sa recherche des caresses est attendrissante. Quant à sa chevelure hérissée à la rocker des années soixante-dix, elle est cool, comme le diraient mes cousines.

 

Bref, il a droit à des doudouces, à un bouchonnage, à des pousses choisies, et il en est fort satisfait. Une fois Binska à court de bananes, de pousses de bambou et d'épis de maïs, il se relève et retourne chez sa maman contre laquelle, plus tard dans la soirée, il s'endormira, alors qu'elle lui chante une berceuse.

 

Pendant ce temps là, chez nous et chez les autres bestioles, ce sera le repas, puis une nuit de sommeil réparateur, pour les éléphants et pour leurs vaillants cavaliers. La maison qu'on nous a réservé, à nous, les humains, possède un charme rustique tout à fait appétissant pour ceux qui aiment.

Les filles en ont fait le tour, pour bien vérifier qu'il n'y a pas d'araignées. Satisfaites par leur inspection, elles sortent, propres comme des sous neufs, pour aller baguenauder dans le village dont elles reviendront vite, vu que la poussière et la boue sont sales, et ... qu'il y a des chiens. Ah, une campagne sans araignées et sans chiens, sans poussière et sans boue, je me demande si c'est la campagne... De plus, les chiens, un peu comme l'éléphanteau qui nous accompagne, sont du genre affectueux, quémandeur, et sont dès lors collés aux jambes de toute personne susceptible d'avoir un bout de kekchose à manger en poche... Bref, des chiens.

 

Cette fois ça, nous ne faisons plus vraiment attention aux récriminations des citadines et nous entammons le repas, arrosé de bière presque fraiche, et qui durera jusque loin dans la nuit.

Puis, Ange rembarque ses fiancées, nous les suivons, nous voilà à dormir, sous une couverture de campagne, sans - c'est à signaler - le moindre moustique. On a ainsi tendance à vouloir imaginer que les pays du Sud Est Asiatique sont couverts sous des nuages de bestioles mordantes et piquantes. C'est faux.

 

La nuit se passe sans rien de bien particulier, sinon que, profitant de l'obscurité, certains ronflent comme des sonneurs. Je soupçonne tout le monde. Le matin approche en tapinois.

12:06 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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