21/09/2006

Dans le plus sombre de la verdure

Pendant que les filles digèrent les trois bouteilles de Chang qui ont accompagné leur repas, on les tire et on les pousse jusqu'à l'échelle près de laquelle leur éléphante les attend. Elles gloussent alors qu'Ange le maque, aidé d'Abdelkrim l'égorgeur, les soutient sous leur postérieur pour les faire monter, marche par marche, le long de l'échelle, jusqu'au moment où toutes deux sont assises côte à côte sur le palanquin. Ensuite, on les attache solidement, tout en les distrayant avec une dernière petite Chang bien fraiche, puis nous montons sur nos éléphants respectifs et, guidés par les cornacs d'Aye Aye qui ont miraculeusement apparu pendant le repas, nous nous dirigeons vers la forêt qui couvre les collines. Le chemin que nous prenons, détrempé par des pluies précédentes, n'est que boue. Ca plait assez bien aux éléphants qui en profitent pour patauger comme des gamins et qui s'arrêtent parfois, sous la direction bonnasse des cornacs, pour arracher le plan vert tendre d'une tige de bambou. On ne va pas trop vite. Les filles hurlent régulièrement, vu qu'elles voient des araignées un peu partout, mais comme leur cornac ne comprend pas un mot d'anglais, qu'elles ne parlent pas un mot de pâli, que l'éléphante se fiche du tiers comme du quart de leurs cris, qu'elles sont assez loin de moi, qu'elles sont attachées à leur palanquin et que, de toute manière, c'est bien haut pour sauter - dans la boue, qui plus est - ont ne fait pas trop attention à leurs cris. Abelkrim et Ange, qui commençaient à stresser, se relaxent assez bien, sur leur éléphant qui suit le mien - je suis le chef, après tout.

 

Je masque leur visage, vu qu'ils travaillent encore pour moi, et pour eux, parfois aussi, dans le département 93 et que ce serait triste s'ils avaient des ennuis avec Mr le ministre Sarkozy. Je masque aussi le visage de l'une des deux rousses, visible dans la distance, pour éviter que ses parents la tracent. Pour les éléphants, pas de problème, personne ne les recherche - ni flics, ni famille - donc je ne masque pas.

 

Ouai, je masque le profil de la rousse aussi mais, quand j'y pense...à ce jour, même si les rossebiffes le voulaient, je ne crois pas qu'ils retrouveraient deux institutrices britanniques, disparues dans un bordel de campagne, dans la région de Wan En, ou ailleurs.

 

Les éléphants avancent d'un pas de sénateur, balayant de la trompe devant eux, usant de cette dernière très exactement comme les aveugles avec leur canne, quand le terrain descent, faisant la course quand ils se hâtent lentement vers les points d'eau, y remplissant leur trompe pour s'arroser, ainsi que pour arroser leurs cavaliers, quand le chemin est plat et que la forêt s'éclaircit. Les dindes, trempées d'eau boueuse, râlent, sur leur éléphante qui pète à tout instant. Ange qui prévoit qu'il y a encore une soirée avant de se débarrasser du fardeau, fait hypocritement semblant de s'inquiéter un peu, pendant qu'Abdelkrim ricane sous cape.

 

Les berbères, ce ne sont pas des gentils, avec les femmes.

 

Une chose qu'on a un peu négligé, et comme on ne les écoutais pas criailler dans la distance, c'est embarrassant pour les filles, c'est que nos deux voyageuses sont de sexe féminin et que, dès lors, elles ont une vessie de la taille d'une noix. Donc pipi nombreux. Là, entre le repas de midi, abondamment arrosé, et l'arrêt en fin de journée, malgré la chaleur plombée qui nous fait transpirer, il y a eu quelques heures et les filles n'ont pas pu tenir jusqu'à l'arrivée. Dire que, à l'arrivée, elles sont furax et humiliée n'est pas peu dire, mais Ange le maque, phisosophe, nous assure que c'est la meilleure méthode pour les attendrir pour Aye Aye.

20:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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