18/09/2006

Dans la montagne

La voiture démarre  j'aimerais dire "sur les chapeaux de roues" mais je mentirais. Disons qu'elle fait ce qu'elle peut, au bout de son million de kilomètres, avec ses pièces ressoudées vaille que vaille, ses pneus usés jusqu'à la corde, sa suspension hors d'age, son essence de qualité inférieure. Ce dernier point est d'autant plus rageant que le Myanmar est un producteur de pétrole chez lequel tout ce que l'industrie compte de grand se presse pour obtenir l'autorisation de prospecter, d'extraire et d'exporter le précieux liquide. On n'y trouve presque pas d'essence, et sa qualité est meurtrière aux moteurs.

 

L'état de la route est lamentable. Nous passons le premier carrefour - c'est le carrefour central de Ta Chi Leik - en roulant à droite, puisque c'est la nouvelle rêgle ici, ce qui nous permet de voir la publicité de Air Bagan, ligne locale dont la pluspart des avions se sont écrasés, qui au décollage, qui à l'aterrissage, tuant chaque fois la plus grande partie de ses passagers, et qui espère bien finir le travail prochainement, avec les trois coucous qui lui restent.

Depuis quelques temps, on roule à droite, au Myanmar. Le gouvernement, lassé par les commentaires désagréables de l'ancienne puissance coloniale - l'Angleterre, pour ne pas la nommer - envers le régime en place, a décidé un beau matin de montrer son indépendance envers les rossebiffes en passant de la gauche à la droite, pour la conduite routière. Pour la politique, ça avait été du centre à la gauche, puisque nous avons une junte militaire socialiste qui tient le pays. Militaire et socialiste... pauvres Birmans: quand on a pas de chance, on a pas de chance.

 

Quoiqu'il en soit, mal préparée, jamais annoncée correctement la réforme routière avait été responsable de quelques dizaines de morts sur la route, et de la disparition de la moitié du parc automobile birman. Assez vite, cependant, le bon peuple avait compris (et la téloche avait enfin confirmé) que la route serait dorénavant supposée droitière. Le reliquat des voitures était resté en état de rouler. En réalité, dès qu'on sort des grandes villes (Mandalay et Rangoon, en d'autres mots), on roule au milieu, là où l'on trouve un peu de macadam qui pourrait adoucir les chocs.

 

L'argent du pétrole n'a pas été particulièrement bénéficiaire aux locaux, la junte se servant d'abord. Résultat: la ville n'est pas bien riche, même si le courage des locaux, à faire marcher ce qui ne marche pas, supplée à bien des choses. Les routes sont dans un état lamentable. La scolarité est payante. La distribution d'eau et d'électricité est aléatoire et, puisque le régime pique tout, ce sont les petits boulots peu surveillables qui sont pratiqués. Parmis ces derniers, tout ce qui a à voir avec le sexe et  la prostitution jusque et y compris, c'est à déplorer, avec la prostitution enfantine. Le régime s'en fiche, tant qu'il y trouve son profit - et, de toute évidence, il l'y trouve. On s'inquiète de la junte militaire birmane, du fait qu'elle n'est pas trop démocrate, qu'elle vole tout, que le "peuple" socialiste, vu par la junte, c'est surtout la junte... on oublie, de ce fait, le reste. On a peut-être tort.

 

Nous sortons maintenant de la ville, suivi et précédé par des nuées de tuk tuk et de mobylettes chargées comme des mulets, roulant comme ils le peuvent, puis les véhicules se font plus rares. Ici et là, des piétons qui vont, le long de la route, d'un hameau à l'autre, puis à l'occasion d'un passage dans une bourgade au nom inconnu, une troupe de gosses sortant de l'école - heureux enfants.

Ici et là, aussi, des barrages de flics qui, pour une vingtaine de dollars que je m'empresse de leur donner, dès qu'ils arrivent à notre porte, font semblant de ne pas remarquer que la voiture est pleine de blancs qui semblent se faire discrets. Les vitres arrières sont descendues, rapport à la climatisation, et au fait qu'il est impossible de les remonter, depuis déjà quelques années.

 

Hameau après hameau, nous arrivons à un croisement, la route devient particulièrement cahotante, les filles se réveillent, la voiture s'arrête. Nous sommes arrivés à notre gare aux éléphants.

 

Au spectacle, les filles poussent des braillements extasiés. Il va falloir descendre de la voiture, descendre ensuite une pente assez raide, puis passer, sur un radeau en partie immergé, la petite rivière que nous voyons. Lunch ensuite, puis démarrage. Grace et Mary cherchent un chemin; il n'y en a pas. Fini le transport facile. Elles grognent un coup, mais bon, il va bien falloir y aller... Elles changent donc leur chaussures - on a été gentils, et on a transporté leur barda dans le coffre de la voiture - se cachent derrière un buisson pour mettre leurs splendides shorts de treks, sortent de leur cabine d'essayage sous nos sifflements admiratifs - ça ne mange pas de pain, et ça fait toujours plaisir - et, suivant Ange le Maque, commencent la descente.

 

C'est alors que les choses se compliquent: Grace voit une araignée et pousse un cri strident. Elle a peur des araignées. Ca promet.

12:47 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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