31/08/2006

La croisière du Tanaka (préparatifs)

Ma rencontre chez Sophie's, change mes plans touristiques et ma recherche d'anciens copains. C'est donc ainsi que je me retrouve, après avoir passé quelques jours à Phnom Penh, de retour à Bangkok, à préparer un petit voyage en Birmanie. Pour faciliter les choses, l'entrée en Birmanie - enfin, au Myanmar, comme on dit pour le moment - ne se fera pas par l'entrée aéroportuaire de Rangoon - enfin, Yangon -, par laquelle on est trop manifestement fiché, mais par celle de Tai Chi Lek. Là, on ne peut entrer au Myanmar qu'une journée, officiellement, et ne pas s'éloigner de la porte frontalière de plus de sept kilomètres. En réalité, bien évidemment, il existe des accommodements...

 

Pendant que je suis en train d'arranger des visas, et un groupe d'éléphants, pour notre petite partie, Ange le maque, rentré avec moi du Cambodge, essaie de trouver la marchandise qui nous permettra de faire un bon troc avec Aye Aye (prononcer "è è"), la baronne du tanaka, au Myanmar.

 

Alors que, grassement rétribué par une compagnie japonaise dont les intérêts en pêcherie baleinière prévenaient toute distribution du tanaka, j'avais donc quitté, du jour au lendemain, Fujiko et la Belgique, j'avais donc arrangé une filière pour obtenir toute la production de tanaka au Myanmar, dans le but de faire détruire tout ce qui était destiné à l'exportation. Heureusement, ce n'était pas derche. Ma filière passait par la "baronne" du tanaka, une dame du nom de Aye Aye, qui avait décidé que se battre contre les chefs de la drogue, dans le triangle d'or, ce n'était pas particulièrement bon pour la santé, et elle s'était trouvé une bonne petite sinécure qui lui permettrait de s'enrichir sans trop de risques pour la vie.

 

Le tanaka, à ce jour, n'est produit que dans le nord du Myanmar, là où l'on rafinne, par ailleurs, l'opium et tous ses dérivés. Il s'agit, au résultat final, d'une poudre légèrement (et agréablement) parfumée, produite quand on moud les racines d'un buisson lui aussi connu, localement, sous le nom de tanaka. On prends les racines de l'arbustre, donc, on les lave, on les déchiquète et on les moud, puis on laisse sècher la poudre obtenue et on la met en sac. Plus facile, tu meurs, et le produit, vu qu'il ne produit qu'un gain modeste, en Birmanie, n'intéresse pas les gros poissons de la drogue, ni le directorat militaro socialiste qui dirige le Myanmar plus ou moins démocratique.

 

Aye Aye avait donc organisé son petit businesse tranquillement, et on s'était bien entendu. Je lui laissais sa part de tanaka pour la consommation énorme qu'en font les Birmans, et je récupérais le reste, avec ma fine équipe, contre un honnête paiement. Nous partions alors bruler le fruit de notre échange dans un coin reculé.

 

Aye Aye avait accepté avec d'autant plus de facilité mes propositions commerciales, qu'elle n'avait pas la moindre idée de la manière dont elle aurait pu exporter le produit en question. J'avais, de plus, appris le détail de son péché mignon - les grosses rousses vulgaires et anglaises à la fois - et, peu regardant sur les moyens, pour autant que la fin soit en vue, j'avais tout arrangé avec Ange le maque pour lui faire avoir, à chaque échange, en plus d'un modeste paquet de dollars américains, deux demoiselles rencontrant les fantasmes de Aye Aye. Je crois comprendre qu'elle avait beaucoup souffert, entre les pattes de son mari, dans le temps et que, divorcée ou veuve, elle avait décidé qu'elle trouverait son bonheur indépendamment des hommes.

 

Pendant que j'arrangeais notre équipée, Ange était, se promenant à Khaosan, à chercher deux rousses grassouillettes et bien gueulardes, genre vacancières à Benidorm, boites de bière à la main, tatouages et piercings en option, pour nous arranger notre petite affaire.

19:03 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/08/2006

Les trucs et les machins qu'on met dans les produits de beauté

Marie, digne émule musicale de Soeur Sourire, avait pour ambition de devenir institutrice dans un collège catholique. Elle avait, pour cela, le côté bas-bleu qui va avec toute bonne enseignante, les chaussettes autrichiennes qui montent jusqu'au genoux de toute jeune fille religieuse, de longs cheveux blonds qui allaient plutôt bien avec ses yeux bleus, la connaissance d'un instrument de musique, son baccalauréat et la possibilité d'entrer à l'Ecole Normale.

 

A sa décharge, allant tout au contraire de ce qu'on attendrait d'une demoiselle qui souhaite enseigner dans l'un de ces phalanstères de l'éducation catholique, elle avait un un nombril ovale et vertical qu'elle montrait avec une certaine complaisance au tout venant, portant avec cette intention, au plus profond de l'hiver européen, des pantalons taille basse qui, couplés avec un pull taille haute, laissaient quelques centimètres de peau véritable - au milieu desquels se trouvait le fameux nombril - à la morsure de la bise et au regard concupiscent du chaland. Les CRS ne la laissaient pas indifférente - le prestige de l'uniforme, sans doute - et elle ne laissait pas, rapport au nombril fièrement exhibé, les CRS indifférents non plus.

 

Marie était issue d'une modeste famille qui avait, génération après génération, fait son chemin à la force du poignet, à la suite d'un travail et d'études acharnés témoignant d'une force de caractère peu commune, il faut le signaler. Les arrière- arrière-grands-parents, chemineaux d'un côté, et journaliers de l'autre, avaient, à coup de privations inouïes, envoyés leurs enfants à l'école, jusqu'au moment où, chaque génération progressant par rapport à la précédente, les X*** avaient quitté la voute des étoiles pour ouvrir un petit commerce, dans le village où la deuxième branche de la famille quittait la hutte des serviteurs de la ferme pour devenir fermiers à leur tour. Dans ce dernier cas - je veux dire, pour la branche qui devenait propriétaire d'une ferme, il faut cependant noter que le fermier avait légué la ferme à une demoiselle dont la vertu faisait parfois chuchoter dans le village.

 

Les enfants des deux familles et, singulièrement, les deux qui allaient devenir le père et la mère de Marie, avaient grandis ensembles, car le petit commerce de l'une des familles se trouvait à deux pas de la ferme de l'autre, dans un petit village alsacien. Ils s'étaient mariés alors que le garçon entrait dans une grande compagnie française de cosmétique, comme VRP. La mère pourrait ainsi rester à la maison, comme selon la tradition, à s'occuper des vaches et des cochons, des poules et des canards, du chien et des chats, ainsi qu'à élever, par la même occasion, les nombreux enfants qu'ils espéraient bien avoir.

 

J'avais donc rencontré Marie et ses chaussettes autrichiennes alors qu'elle venait d'avoir dix-huit ans, et avais vite rencontré les parents - la mère qui, à la maison, selon le plan d'origine, s'occupait des petits anges tout en faisant des travaux d'aiguille; le père qui travaillait comme un boeuf, devenu chef de région, qui continuait à vendre ses pommades, ses crèmes, ses antirides, ses anticellulites, bref, tous les produits qui font le bonheur des femmes et celui des fabriquants de produits de beauté.

 

Evidemment, pour les baleines, c'est moins rigolo.

 

C'est là que j'arrive. Quand j'avais connu Marie, je rentrais de Birmanie, où j'avais découvert un produit extraordinaire du nom de tanaka, qui était l'équivalent dermique de l'elixir parégorique: ce fameux tanaka protégeait la peau de tout ce qui peut la heurter: vent, pluie, soleil, age, sel, poivre... tout. En d'autres mots, on obtient en Birmanie un produit miracle, issu de la racine d'un buisson que l'on trouve partout, mais principalement dans le nord du pays, et qui remplacerait avantageusement - et oh combien économiquement!!! - tout ce que l'industrie des produits de beauté emploie dans le but de réparer, tant bien que mal, les ravages du temps.

 

Bon, évidemment, les Birmanes et les Birmans, surtout quand ils sont jeunes, ont tendance à l'utiliser d'une manière peut-être un tantinet exagérée... Ajoutons que leur reprocher quelque chose à ce sujet serait malséant, vu que ce sont usuellement Mmes leurs mamans qui les plâtrent de tanaka, le matin, avant qu'ils partent à l'école - pour ceux qui ont la chance de fréquenter l'école, du moins.

 

 

J'avais, un beau soir, peu de temps avant qu'Aurélia envoie ce fatal courriel à Marie, entretenu le père de Marie de ce produit miraculeux, sans me lancer dans le détail, mais en suscitant son intérêt. Il imaginait bien que s'il arrivait avec un produit aussi intéressant auprès de la direction, il ne serait pas oublié par ladite direction, et que sa fortune était faite au sein de la compagnie. Quant à moi, sa reconnaissance éternelle me suffisait bien.

 

Aurélia ayant disparu de manière définitive, après avoir décoché sa flèche, me voilà bientôt en position de silence sibérien de la part de Marie, et retrouvant à l'aéroport la mille fois silencieuse, la minuscule, la délicieuse Fujiko - bénis mille fois soient les dieux qui l'avaient fabriqués.

 

Fujiko travaillait pour une entreprise en tant que jolie plante, je l'ai déjà dit, mais j'aurais dû préciser que la compagnie dans laquelle elle travaillait, dont je tairai le nom ici, vu que... mais cela deviendra clair au cours de la suite de ce récit, la compagnie dans laquelle elle travaillait, donc, possédait à la fois des intérêts dans la pèche - singulièrement, dans la pèche à la baleine - et dans les produits de beauté.

 

J'avais à l'occasion d'une soirée d'entreprise, lors de laquelle j'avais accompagné la belle Fujiko, entretenu son directeur de l'Asie du Sud Est et le problème du tanaka avait été abordé. Bien évidemment, pour une entreprise telle que la sienne, le tanaka, c'était le diable. Les Japonais cherchaient un aventurier prêt à tout, qu'ils paieraient grassement, pour prévenir l'inondation du marché des produits de beauté par le tanaka - inondation qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. J'étais là; je connaissais le pays; je n'avais aucun scrupule; mes contacts avec la France, qui aurait sans doute préféré le tanaka à la baleine, rapport aux gras bénéfices qui en découlaient et, accessoirement, au vu de l'amour que Brigitte Bardot porte aux bestiaux en tout genre, mes contacts avec la France, disais-je, étaient rompus; mon choix était fait: la semaine suivante, je partais en Thailande, dans le but de créer une filière pour prévenir toute exportation de tanaka hors Birmanie.

 

11:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

15/08/2006

Parenthèse lusitano-franco-nippone

Rouler de Sophie's à Angkor Palace n'a pas été de tout repos. Sur la route, alors que j'étais prudemment assis derrière mon conducteur - je connais la fliquerie locale - on a été arrêté parce que nous roulions... trop prudemment. Ils auront tout essayé, ces crétins. On a même essayé de me persuader que la loi interdit au conducteur d'un moto taxi de prendre en croupe un passager dont le degré d'alcoolémie dépasse le verre... soit 0.05%. J'ai immédiatement suggéré d'appeler l'ambassadeur, ce qui a refroidi l'enthousiasme de la maréchaussée. Mon conducteur, par contre, la trouve saumâtre, vu qu'il sera un peu dans le collimateur des pandores, déçus dans leur espoir de rapines, pour les prochaines semaines.

 

A mon retour à l'hôtel, il me faut obtenir ma clé à la réception. Pendant que Môssieur le réceptionniste farfouille pour la retrouver, des demoiselles affectueuses, sorties dès que je suis arrivé dans le hall de l'hôtel, du bistrot attenant, avec table de billard et écran géant, me prient de venir partager leur couche, via un court passage au bar dans lequel il y a de la jolie musique, un billard et un écran géant sur lequel un match de foot anglais se déroule.

 

Tout ce que je cherchais en venant au Cambodge...

 

Heureusement, les demoiselles ne sont venues m'entretenir qu'à trois, vu que quelques clients - nous sommes en basse saison, de toute évidence - occupent le plus grand nombre des demoiselles en question.

 

Hm, ça fait bizarre, dit ainsi. Non, mon intention n'était pas de dire que je suis capable de me débrouiller à l'horizontale avec trois Messalines.

 

Je parviens à échapper au groupe, pour reprendre les escaliers et, arrivé au quatrième étage, pour chasser mon affectueuse d'hier soir qui m'attendait de pied ferme, à tout hasard, devant ma porte. Ce que c'est, que d'être aimé. En tout cas, si la malheureuse faisait le pied de grue pour mes beaux yeux, ce soir, c'est que les affaires doivent marcher bien lentement, pour le moment. La basse saison est vraiment basse.

 

Alors que je suis enfin parvenu à fermer ma porte, je rêve à l'intéressante réunion que j'ai eue à Sophie's, avec Ange le maque.

 

Une parenthèse sur les Japonaises, les Françaises, les Portugaises et sur la fabrication des produits de beauté.

 

Il faut savoir qu'il y a quelques années, j'avais eu une aventure amoureuse avec une créature lusitano-ménapienne. Aurelia, qu'elle s'appelait. Aurélia avait de beaux yeux, d'excellentes dispositions pour les sports en chambre et elle cuisinait pas mal du tout. Pour les défauts, elle fumait, se maquillait plus que de raison, avait la jambe courte, ainsi qu'un grand nez. De plus, elle était jalouse comme Anatolienne vieillissante, et la graisse sournoise était en train de lui pourrir la vie. Quoique, dans le cas d'Aurelia, la graisse n'était pas sournoise du tout, vu qu'elle s'accrochait à son ventre qu'elle lui faisait déjà digne d'une grossesse au troisième mois. C'était de famille. J'ai vu sa mère qui ressemblait, avec vingt ans d'age de plus, oeuf corse, à une barrique de bière.

 

Les filles angoissent toujours quant à d'ignobles granules de cellulites envahissant le popotin, puis les cuisses, par derrière, leur faisant ce qu'il est convenu d'appeler des culottes de cheval, qu'elles trouvent - à juste titre - parfaitement disgracieuses. De ce fait, une Aurélia surveillait son derrière avec un oeil d'aigle, guettant l'ennemi, se contorsionnant devant la glace deux fois par jour, pendant que l'ennemi arrivait par devant et qu'elle ne le voyait pas venir, concentrée qu'elle était sur ses fesses. Salaud d'ennemi...

 

Aurélia manifestait, comme toute fille cherchant à se caser, d'intéressantes dispositions au lit. Ca donnait des journées et des nuits très occupées, vu qu'elle avait, tout comme Fujiko, bien analysé les garçons et s'était dit que plus ils étaient occupés à l'horizontale, moins ils allaient traîner dans la rue ou au bistrot, avec les copains, à risquer de rencontrer des rivales et des créatures de mauvaise vie.

 

Le problème d'Aurélia, c'est qu'elle voyait les rivales comme Don Quichotte voyait des hordes de bandits, dans chaque moulin à vent. Il y avait une ex' qui ne parvenait pas à décrocher; il y avait une "amie de coeur" et qui, dans ma tête, ne serait jamais rien d'autre, et qui s'appelait Marie; et il y avait Fujiko, qu'elle ne connaissait heureusement pas.

 

Fujiko, donc...

 

Fujiko était le type même de la beauté japonaise. La Japonaise est rarement jolie: la jambe Louis XV, l'oeil avec, pour le moins, une coquetterie, comme on disait du temps de Napoléon III. Lire: il n'est pas inhabituel qu'un oeil dise zut à l'autre (strabisme convergent), ou que l'un des deux yeux joue au billard pendant que l'autre compte les points (strabisme divergent). Ajoutons des dents qui se chevauchent d'une manière étonnante; un derrière plat au dessus des jambes torses, et d'intéressantes éruptions de boutons d'acné jusqu'à la ménopause. Il n'est pas étonnant que nos amis les soldats Japonais aient, pendant la dernière guerre, voyagé avec tant d'enthousiasme, dans le but de rencontrer les beautés exotiques de Corée, de Birmanie, du Laos ou de Chine. A leur place, j'en aurait fait autant - sauf qu'il y avait Fujiko.

 

Fujiko avait un visage de rêve et un corps délicat qui ondoyait comme une liane. Un visage hiératique, les yeux regardant presque toujours le sol, les paupières lourdes. L'oeil se relevait parfois, pour jeter une oeillade d'un instant, qui foudroyait.

 

Elle avait aussi une poitrine existante - à la différence de la plupart des Japonaises - et - à la différence de la plupart des Japonaises, une fois de plus - un charmant derrière. Comme la plupart des Japonaises, par contre, elle avait d'adorables petits pieds, des cheveux qui permettaient tout et une voix murmurante qui faisait fondre. On a toujours le sentiment, quand on entend une jeune fille japonaise parler, que ce soit à son amant, à sa meilleure amie, ou au contrôleur des contributions, qu'elle est en train de réciter les fragments d'un discours amoureux, qu'elle roucoule à un petit enfant en train de s'endormir.

 

Elle avait cependant la parole rare, mais toujours fine, et le geste tendre.

 

Elle était capable de se maquiller pendant une heure, alors que nous roulions pour aller chez des amis, se peignant la bouche avec application et sans que cela se remarque un instant, quand nous arrivions. Elle avait alors une bouche parfaite, ou des yeux qui tuaient, avec des pomettes légèrement rosées, sans que jamais on ne puisse y imaginer autre chose qu'une beauté naturelle.

 

Enfin bref, j'étais épris de Fujiko.

 

Pendant qu'Aurélia se disputait avec mon ex', par l'intermédiaire de ma bàl à laquelle je lui avais donné accès (grave erreur...) et qu'elle surveillait, avec des yeux de loup enragé, mon entourage - pour vérifier qu'il n'y avait aucune rivale dans le coin - Fujiko était en vacances à la maison, à Hokkaido. Fujiko et moi-même communiquions via une autre adresse électronique que celle connue d'Aurélia. Elle devait rentrer en septembre.

 

Son boulot, dans une grande compagnie japonaise dont je parlerai bientôt, était celui de jolie plante. Ils ont cela dans les compagnies japonaises. Des Geishas modernes. Pays béni des dieux, parfois, s'ils avaient davantage de jolies plantes.

 

Ayant fini de se disputer avec mon ex', Aurélia s'était rendu compte que, finalement, malgré ses prouesses horizontales et sa cuisine portuguaise délectable, elle ne m'intéressait qu'à moitié et avait décidé de rompre avec moi. Bien entendu, de manière assez enfantine, elle avait décidé que si elle ne pouvait m'avoir à ses pieds, personne ne le pouvait. La flèche du Parthe fut donc, pour elle, d'envoyer un message de martyre à mon amie de coeur, Marie.

 

Oui, j'avoue, avec les filles, chez moi, c'est souvent compliqué.

 

Elle prit donc, dans mon carnet d'adresse, celle de Marie, lui raconta je ne sais quoi, et Marie disparu.

 

Bon, je développerai la prochaine fois. Il est tard, ce soir, à Kuala Lumpur. La suite à plus tard.

16:18 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/08/2006

Chez Sophie's

Tout près du marché central, pas fort loin de mon hôtel, mais suffisement loin quand même pour que je prenne un moto-taxi, rapport à la chaleur poisseuse qui rêgne onze mois par ans dans le coin, il y a un night club survivant de l'époque d'avant le tourisme. La ville hoquetait de surprise, à la libération, et il y avait quelques Américains, quelques Japonais, quelques Belges et quelques Français.

 

A l'époque, Phnom Penh s'éteignait à dix heures du soir - à moins qu'une coupure d'électricité accidentelle n'ait provoqué l'extinction des feux un peu plus tôt, et que la gégène de notre endroit favori soit en panne d'essence - et la croisette était encore une route de terre battue, aux nids de poules monumentaux, avec deux bars chinois et le fameux Heart of Darkness.

 

C'était plutôt au centre ville que les expats se réunissaient, pour pleurer sur le manque de bon steak frites, mais pour apprécier la bière locale et les demoiselles Cambodgiennes qui commençaient à venir voir les étrangers. Jusqu'à la fin des années quatre-vingts, à Phnom Penh, il y avait deux endroits incontournables: Martini's et Sophie's. Vite devenus des clubs un tantinet interlopes, rapport aux filles de plus en plus nombreuses et de plus en plus mercenaires, mais rigolos aussi.

 

Quand j'y suis passé la première fois, c'était il y a quatre ans, j'étais arrivé un peu tôt et avait été accueilli par une double haie de demoiselles qui bondissaient d'enthousiasme à mon entrée dans le local, à l'atmosphère lourde, à l'air collant, paresseusement remué par quatre ventilateurs, de demoiselles qui voulaient toutes connaître mon nom; qui me tripotaient toutes, tant elles étaient émerveillées de voir un être aussi rare et beau entrer (c'est ce qu'elles disaient toutes: "Oh, hi, pretty stranger"); qui, toutes, souhaitaient vivement me proposer un massage pour mieux faire connaissance; qui toutes me chuchottaient, d'abord, puis mezzo voce, puis d'une voix de stentor, les mots magiques que je ne connaissais alors pas: Yum Yum et Boom Boom. J'avais vite appris que le premier signifiait que la demoiselles était toute disposée à m'offrir le bonheur d'une gâterie buccale - comme on appelle cela - pendant que le deuxième se traduirait en français moderne par hop hop, signalant que j'étais tellement au goût de la personne qui proférait cette jolie expression, qu'elle n'hésiterait pas à me faire partager sa couche sur le champ.

 

Chacune avait commencé, comme dit, en chuchottant afin de me piquer à sa copine - flatteur, n'est-ce pas... Puis, vu que je ne comprenais pas, même si j'avais comme un soupçon qui naissait, de plus en plus fort, car mon manque de réaction ne pouvait s'expliquer que par une hypothétique surdité.

 

Bon pour l'ego, tout ça...

 

Il ne m'avait quand même pas fallu beaucoup de temps pour me douter que les demoiselles en question monnayaient leur affection. Ca ne changeait rien quant à leur physique souvent très avenant, mais évidemment, quant à l'ego... Alors que de nouveaux arrivants entraient dans le local, la foule des créatures en pâmoison devant ma chaise se réduisait en peau de chagrin, allant aux ceusses qui savaient ce qui doit être fait avec ces demoiselles: leur offrir un verre; le temps qu'il soit servi, accepter l'offre d'un yum yum et aller rapidement dans la salle à côté, faite pour cela; et revenir enfin savourer, pour le client délesté de sa substance et de quelques dollars (je crois que le tarif, à l'époque, était de cinq dollars, aussi bien pour un yum yum que pour un boom boom), la bière qui l'attendait sur le comptoir, pour la demoiselle, la boisson rafraichissante destinée à la remettre de ses émotions.

 

Pour le reste, les expats, comme on les appelait, étaient souvent sympatiques et connaissaient tous les bons endroits à voir, où manger, où dormir.

 

M'y voilà donc y retournant, à califourchon sur une fringante moto taxi roulant à vingt à l'heure, avec l'espoir que rien n'a changé. A deux pas du marché central, un bâtiment blanchâtre et quelconque, au croisement de deux rues qui n'ont pas eu l'honneur d'un réasphaltage depuis le retour à la normale. Au premier étage, ce devrait être Sophie's et, du moins, il y a toujours la pancarte qui indique le chemin à prendre. Je monte pour arriver dans une pièce qui n'a pas changé, sinon que les ventilateurs sont soutenus, dans leur mission impossible, par un robuste bloc climatiseur. Il fait presque frais, toujours aussi sombre, et les filles sont déjà occupées par une bonne vingtaine de clients. La musique, peu bruyante, reste le bon gros rock des années quatre-vingts. Je ne m'en plaindrai pas. Rien n'a vraiment changé, sinon le stock des affectueuses qui s'est probablement moulte fois renouvelé.

 

Je vais au bar sans anicroche, commande une bière que je reçois dans sa chaussette isotherme et me dispose à la savourer, tout en espérant aussi voir finalement des anciens que je connais, quand je reçois une bonne claque dans le dos. Je me retourne: Ange le maque.

 

Eeeeh beh, moi qui espérais bien revoir des connaissances...

 

12:53 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

12/08/2006

Marché Russe et autres

Quand on sort de Tuol Sleng, on est toujours un peu sonné. Autant de cruauté bête, pour si peu... et le pire du pire, probablement, c'est que les assassins sont toujours parmi nous. Les gardes chiourmes avaient quatorze ou quinze ans, et c'étaient eux qui menaient la barque, surveillant les "tièdes", ceux qui ne tuaient pas assez et qui étaient donc, on s'en sera douté, de la graine de contre révolutionnaire. Ces gosses qui avaient quatorze ou quinze ans, il y a trente ans, ont aujourd'hui trente ans de plus... et quand on voit passer, dans la rue, peu importe son sexe, un adulte dans la quarantaine, on se demande toujours si c'était un assassin, ou une victime, au cours des années noires.

 

La situation reste, ainsi, glauque et confuse. Je la trouve, quand on y pense, effrayante.

 

Je remonte en croupe du puissant destrier - une Yam' 125 d'au moins dix ans d'age - de mon conducteur, que je me suis décidé à louer à la journée, vu qu'il m'avait l'air d'une prudence de serpent, sur la route, et nous voilà partis vers le marché Russe, entouré d'échoppes de tout et de n'importe quoi. Je me promène une petite heure, tenté par l'une ou l'autre dépouille du bon vieux temps. Des faux, parfois, mais parfois des vrais.

 

La chose la plus amusante, ce sont des billets de banque du défunt régime Khmèr Rouge. En effet, ces derniers, après avoir décrété, aux applaudissements généralisés de l'intelligensia européenne, le communisme intégral, la fleurissante anarchie, et l'An Zéro (je me souviens des cris de joie de Michel Piccoli, à ce propos), avaient promptement réinventé la monnaie fiduciaire, vu que c'était quand même bien pratique... Et voilà donc une série de billets avec, au verso, des héros militaires que ne renieraient pas les pacifistes bêlants d'Europe, pendant que de l'autre côté, on avait les valeurs qui montaient, je crois, jusqu'à mille riels.

 

Une brave commerçante me propose la série complête au prix, négociable, de dix dollars. Pfff, je verrai une autre fois, il y a déjà assez de papier à la maison...

 

Fin de la promenade, mon conducteur me reconduit dans le centre et me lache près du marché central où nous nous abouchons pour demain, vu que j'aimerais sortir de la ville, mais certainement pas conduire moi même. Affaire conclue et je vais chez le coiffeur, à deux pas. Autant les coiffeurs Thai font un boulot de cochon, autant les coiffeurs Khmèrs sont excellents. Je sortirai de là deux heures après y être entré, manucuré, cheveux coupés à la perfection, massé et avoir eu droit à un traitement digne des meilleurs maisons de soins esthétiques pour... cinq dollars.

 

Déjeuner dans la rue, puis promenades, à la recherche de jolies vieilles pierres qui n'existent plus vraiment. Pour me distraire, au moins, il y a les éléphants qui rodent en ville. Pour deux francs trois sous, on y met les gosses à faire un tour. Ca occupe l'éléphant, ça nourrit l'éléphant, ça nourrit son propriétaire.

 

Ca fait rire les enfants,

ça dure jamais lontemps,

ça fait plus rire personne,

quand les enfants sont grands...

 

Dans le genre, je me souviens avoir mis, une fois, à Pammukale, Antoine sur le dos d'un chameau, et ça lui avait bien plû. Je me demande ce qu'il aime, aujourd'hui.

 

Bon, la journée s'achève tout doucement, dans une chaleur épouvantable. Je retourne d'un pas tranquille vers mon hôtel, afin de me doucher et de me changer, pour la soirée, tout en regardant fonctionner les petits métiers de PP, tels que les fabriquants de glace: rares sont ceux qui, à Phnom penh, ont l'électricité, un frigo; le surgélateur est une invention de la lune, ici.  Les petits vendeurs de la rue achètent donc, pour mettre dans leur glacière, quelques kilogs de glace qui rafraichissent les boissons, les viandes, les produits qui devraient rester frais.

 

 

L'Europe n'imagine pas le degré de confort dans lequel elle vit.

06:46 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/08/2006

On parlait de Tuol Sleng, n'est-ce pas?

Quand on arrive à la prison en question, devenue "Musée du Génocide", on est harponné par une douzaine de mendiants, dont l'état physique laisse imaginer que leurs mamans ne les avaient pas toujours surveillés avec toute la rigueur désirable, quand ils baguenaudaient devant les fourneaux de la cuisine. On a tort d'imaginer cela: il s'agit, en réalité, de bonshommes qui souffrent des séquelles du régime Pol Pot - le Camarade N°1. Tordus, le visage gonflé de diverses plaies jamais cicatrisées, rampant pour ceux dont les jambes refusent tout service. La cour des miracles. On passe à travers ces vagues de mendiants - quelques vagues précédentes ont émoussé votre sens du pitoyable - et on paie son dû, à l'entrée: mille riels, ou un dollar.

 

Des guides s'offrent à vous, mais en avez-vous besoin? Je ne le crois pas. Les bâtiments de la prison sont clairement illustrés, et il n'est pas besoin d'entendre la ritournelle d'un guide pendant que vous êtes confronté à l'horreur.

 

Vu de l'extérieur, le bâtiment est enveloppé de fil de fer barbelé. L'idée était que jamais un prisonnier ne pouvait sauter des étages et se suicider, surprenant la surveillance, avant d'avoir parlé, quand on le conduisait de sa cellule à la salle d'interrogatoire.

 

 

Des salles d'interrogatoire, je ne montrerai rien. J'imagine qu'il n'est pas essentiel de satisfaire la curiosité de vampires qui liraient ce blog.

 

Les Khmèrs Rouges avaient créé leurs camps de concentration dans la hâte et l'improvisation - différant en cela de nos amis Allemands, dont je remarque, par ailleurs, qu'ils sont les grands absents parmi les touristes qui visitent ce musée. Quand on parcourt le livre d'or des visiteurs, on voit des Italiens, des Américains, des Français, des Coréens, des Grecs, que sais-je... on ne voit pas d'Allemands.

 

Je me demande pourquoi.

 

Les Khmèrs Rouges, donc, avaient improvisé, et la manière dont la bâtisse est arrangée le montre bien. Nous avons, d'une salle de classe à l'autre, un trou faisant office de porte, qui permettra aux gardes chiourmes de parcourir l'étage entier, si cela se révèle nécessaire. Des deux côtés du couloir de fortune créé par le creusement du trou-porte, nous avons des cellules maçonnées à la va comme je te pousse. Solides, malgré tout.

 

Dans chacune des cellules individuelles, qui font peut-être deux mètres sur un, et dans lesquelles on logeait deux ou trois suspects, on trouve une boite à conserve cubique, permettant aux contre-révolutionnaires de faire leurs besoins, et une barre destinée à leur immobiliser les jambes. Dans les cellules collectives, trois longues barres auxquelles tous les prisonniers étaient attachés par les jambes, afin de ne pas se sauver. Ils devaient être cent par cent, dans ces fameuses cellules collectives, et pour en sortir un, aux fins d'interrogation, on devait défiler la rangée entière.

 

Dans les salles d'interrogation, quelques dessins naifs, de l'un des trois survivants de la prison, montrant les diverses manières dont les interrogateurs obtenaient les aveux des suspects: gégène, noyade, arrachage des ongles, ou des dents, brisement des os... j'aurais aussi avoué tout et n'importe quoi, dans ces circonstances.

 

Enfin, le film au cours duquel on voit le survivant peintre, bavardant avec l'un de ses anciens gardiens. On y voit quelques images d'actualités officielles de l'époque, avec Frère N°1 reçu par des prolétaires qui l'adorent, le déplacement d'une foule joyeuse vers les campagnes, la condamnation à mort de l'un ou l'autre traitre, tout cela au son de ce bel hymne national, un long bêlement menaçant qui fait mal aux tripes.

 

Le garde chiourme qui converse avec le peintre, devant la caméra, avoue sans détour qu'il a assommé, torturé, estourbi - mais si peu, mais si peu par rapport à d'autres gardes-chiourmes... - quelques prisonniers, oui, car s'il ne l'avait pas fait, ç'aurait été lui qui aurait été prisonnier, torturé, condamné et, comme on le disait dans la belle langue administrative du Kampuchea Démocratique, détruit. Le bourreau semble avoir une espèce d'excuse, c'est vrai. Ca nous change de certains souvenirs d'il y a soixante ans.

 

Cette volonté de pacifier l'histoire est étonnante. Comment les survivants de l'époque des Khmèrs Rouges, ceux qui étaient du mauvais côté, du côté des prisonniers de guerre, comment ces survivants prennent-ils cette attitude d'apaisement? Eh bien, ils sont sortis tellement salis des évênements qu'il ne préfèrent, dans l'ensemble, même plus savoir qu'ils ont eu lieu.

 

Est-ce sain?

11:57 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/08/2006

S 21

S 21, c'était le nom du ministère de la sécurité, du bon vieux temps de Pol Pot. Dans Phnom Penh désertée, il y avait une école qui était devenue prison - hm, mes souvenirs d'enfance me font imaginer que le choix d'un bâtiment scolaire, dans le but d'installer une prison était judicieux - et cette prison, secrète pour autant que la ville soit vidée de ses habitants, a vu rentrer plus de dix-sept mille prisonniers - des contre-révolutionnaires qui ont été abondamment torturés pour avouer leurs péchés, et pour dénoncer leurs petits camarades contre-révolutionnaires.

 

Ces contre-révolutionnaires dignes de tous les coups, de toutes les tortures, c'étaient, quand on voit les photos d'identité prises par les Khmèrs Rouges, à l'entrée des prisonniers, des messieurs, des dames, des bourgeois et des prolétaires, des demoiselles, des enfants, des bébés.

 

Ils sont entrés à dix-sept mille, et trois en sont sortis vivant.

 

 

Les tracasseries paperassières des Kmèhrs Rouges, bien typique de tous les régimes socialistes, qu'ils soit nationaux ou scientifiques, nous permettent de connaître le détail du génocide perpétré ici. Les chiffres continuent à s'empiler, et sont éloquents. Il fut un temps - au tout début du mea culpa des intellos amoureux de Pol Pot - où un historien américain dont le nom m'échappe avait le culot de parler d'un petit massacre de rien du tout: peut-être cent ou deux cents mille morts du fait des Khmèrs Rouges, le reste des absents ne pouvant être tués qu'à la suite de bombardements malheureux de l'armée américaine.

 

L'Amérique possède, dans tous les domaines, ses crétins insignes. Au cinéma, ils ont un abruti du genre de Moore; dans les cercles académiques, ils ont un Moore dont la malhonnête stupidité rappellera, en Belgique, la Morelli, enseignante à l'ULB; en France, un Lacouture, journaliste et moraliste...

 

Aujourd'hui, au Cambodge, le chiffre de trois millions de tués du fait de Pol Pot est communément admis. Le chiffre est donné sous toutes réserves de découvertes supplémentaires.

 

On était détruit pour toutes sortes de raison, au Kampuchea Démocratique: on portait des lunettes, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on parlait une langue étrangère, ou on en balbutiait quelques mots, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on n'avait pas de cals au mains, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on aimait le rock, ou la musique classique européenne, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on avait trois mois, on venait de naître d'une intellectuelle contre révolutionnaire qui portait des lunettes, et on allait donc devenir à son tour, immanquablement, un intellectuel contre révolutionnaire...

 

En fait, c'est mentir que de dire que trois prisonniers sont sortis vivants de la prison de Phnom Penh: en réalité, sur les dix sept mille, et des plumes, prisonniers, près de quinze mille sont sortis vivants, en camion, de la prison, pour mourir, une heure plus tard, dans ce qu'on a appelé, ici, les killing fields, dans les champs de la mort. On a retrouvé, dans des fosses communes que l'on continue à fouiller, des milliers de corps sans tête et, dans d'autres fosses, des têtes sans corps. Il y a un petit cénotaphe, dont la simplicité rend le génocide encore plus ... dira-t-on, dérangeant?

 

 

 

Mais revenons-en à la prison de Tuol Sleng, riante banlieue de Phnom Penh.

16:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Phnom Penh l'aprème

Mon taxi me lache d'abord, l'espace d'un moment, devant ce miracle technologique qu'est le grand marché de PP. J'étais passé mille fois devant, la dernière fois, sans appareil photo, et m'étais toujours promis de faire un jour partager mon admiration face à cette merveille architecturale des années vingt. Maintenant que j'ai l'un de ces engins géniaux que l'on appelle "appareil numérique", je prend la photo dont je rêvais:

 

 

Je ne sais pas pourquoi les Kmèhrs rouges ont négligé de détruire ce bâtiment, mais c'est tant mieux. Des diables qui se cachaient dedans, peut-être?

 

Il reste, à ce jour, le coeur de la capitale. On y vent de tout, principalement des nippes, des parfums français aux origines douteuses, de fausses montres Cartier ou Rolex, des trucs et des machins, toutes les babioles parfaitement inutiles qui font le bonheur de tous et de chacun.

 

Plutôt que de continuer vers le marché Russe, je demande à mon taxi, dont j'ai apprécié le premier kilomètre qu'il a parcouru à un train de sénateur, avec autant d'yeux qu'Argus tout éveillé, de me conduire à S21. Maintenant que j'ai l'appareil photo qui permet de tout faire suivre, je vais en profiter. Mon bonhomme démarre.

 

 

15:35 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Phnom Penh le jour

Les dégats faits par les Khmèrs rouges sont encore visibles, quinze ans plus tard. D'abord, ils avaient vidé la ville de ses habitants, tué tout ce / ceux qu'ils pouvaient; ensuite, ils avaient bousillé tous les temples. Aucun des temples bouddhiques de la région n'est d'origine, sinon celui du Roi, resté, impavide et aveugle à la détresse de Ses sujets, sur son trône, tout le temps de la présence des Fous Dingues, puis des Occupants Viêtnamiens.

 

Je ne suis pas certain qu'il mérite une médaille pour le courage et l'altruisme. Par contre, il devait trouver la place bonne, pour l'avoir gardée, sans piper mot, tout le temps des années noires.

 

En contrepartie de Son silence, le temple aux dalles d'argent -Son temple - n'a pas été détruit. Les dalles n'ont, elles même, pas été volées par les vrais maîtres du pays. La famille royale est restée sauve.

 

Enfin donc bref, il reste, au Cambodge, un temple dont les origines sont anciennes - enfin, deux siècles, à tout casser - hors les temples angkoriens qui faisaient peur aux petits crétins destructeurs, rapport aux diables qui les occupaient.

 

Braves diables.

 

 

Pour le reste, des bâtiments anciens, témoignage du passé colonial prestigieux du Cambodge, dans un état usuellement lamentable...

 

 

...et des bâtisses genre HLM pisseux, dans lesquels s'accumule une population braillarde et rigolarde.

 

 

Les mémères causent tranquillement, d'un trottoir à l'autre, afin d'assurer l'animation sonore du quartier. Personne n'utilise son avertisseur, ce qui est bien malheureux quand on voit l'usuelle maladresse des conducteurs. Les ambulances ont du travail, par ici; les rebouteux aussi. Il faut faire attention quand on traverse, pour aller d'un spectacle à l'autre.

 

Le Cambodgien est badaud: qu'il s'agisse d'une poule qui agonise dans d'atroces souffrances - rapport à la grippe aviaire - ou deux vieilles qui se chamaillent pour une patate, la foule se rassemble et se repaît du spectacle. Je suis assez Cambodgien, ici , et tout est bon pour m'arrêter, sur la route que je me suis plus ou moins fixé. En cette semaine qui suit le nouvel an bouddhiste, il y a une fête des enfants, qui nous rappelle celle de la Halloween: les gosses, déguisés en divers démons, bénéfiques ou maléfiques, vont en bande, de magasin en magasin, chanter une chanson pendant que les deux démons les plus courageux entrent dans le magasin, le bénissent afin de le protéger pour l'année qui commence, et reçoivent une poignée de bonbons pour fruit de leur travail.

 

 

Je les suis quelques instants, puis me décide à aller voir vers le marché russe, s'il y a des choses intéressantes. Je hèle un moto-taxi dont la méfiante pondération me met en confiance, et roule ma poule.

 

10:27 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/08/2006

Service de chambre encore

Je suis en train de me brosser les dents, la lecture maintenant abandonnée; re-toc toc à la porte de ma chambre et re-précipitation de ma part, à nouveau emballé à la va-vite dans un drap de bain. C'est à nouveau ma nymphe qui, les affaires ayant probablement été décevantes à l'étage, vient s'enquérir quant au "Demain peut-être". De toute évidence, dans son chef, la question ne fait plus de doute:

 

-Fuck tomorrow, what time?Autrement dit, "pour tirer ton coup demain, tu as une préférence pour l'heure?"

 

Même les témoins de Jéhova, à Bruxelles, ne sont pas aussi collants. Je la regarde d'un air digne, faisant tout mon possible pour avoir l'air faché - c'est difficile, quand la fille est aussi extraordinairement mignonne - et lui dis, d'un ton que j'espère sans réplique que je verrai, que je ne suis pas décidé, que j'ai beaucoup de choses à faire demain, que, maintenant, je veux DOR-MIR.

 

Seul.

 

Et je referme la porte. Flute, il ne pouvait pas y avoir un client libidineux qui m'aurait débarassé de Mademoiselle ce soir?

 

Extinction des feux, dodo la clim' à fond. Si on frappe, je n'irai pas ouvrir.

16:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/08/2006

Service de chambre

Alors que je suis plongé dans les affres de la Terreur, entre Fouquier Tinville, Saint Just, Robespierre et quelques ignobles du même tonneau, un timide toc-toc à ma porte. Je prends un drap de bain au passage, m'y emballe et vais ouvrir, intrigué: c'est une jeune femme de tout au plus vingt ans, au visage d'une beauté foudroyante et aux yeux de rêve. Le reste, parcouru d'un coup d'oeil, et habillé de manière très ajustée, n'a pas exactement l'air mal non plus. Alors que je reviens à ses yeux, interloqué, elle me fait un sourire ravageur et me demande:

 

-Fuck?

 

Ah, elle n'a peut-être pas beaucoup de vocabulaire, la demoiselle, mais il est certain que celui qu'elle a va droit au but.

 

Vu mon silence, qui pourrait passer pour une hésitation pleine de stupre et de luxure, elle précise, la bouche humide et les lèvres brillantes:

 

-Twenty Dollars.

 

Bonne manière d'engager la discussion, section finances. Quand on commence à parler gros sous, en Asie du Sud Est, c'est que l'arrangement n'est pas loin. Si le client répond, il partira tôt ou tard avec la marchandise qui est l'objet de la palabre. Au début, je me faisais avoir, ainsi, à discuter le prix de tel ou tel objet, pour le simple plaisir de la négociation, et je me souviens m'être un jour, ainsi, sur un marché de village, retrouvé piteux propriétaire de deux poules que j'avais bien dû embarquer, caquetantes et que, dès le premier carrefour passé, j'avais discrètement relaché dans les buissons.

 

Bref, tout ça pour dire que je n'accepte pas l'hameçon et que je ne discuterai pas le prix proposé.

 

Non, merci Mademoiselle, no Fuck; oui, demain peut-être... Ce demain peut-être, c'est la tarte à la crème de la sortie, usuellement, sauf que le vendeur de quoique ce soit, rencontré à un coin de rue le lendemain, vous sautera immanquablement sur le paletot pour relancer la négociation seulement suspendue. Enfin, c'est un jour de gagné.

 

Je referme la porte, estomaqué, puis amusé, après tout. J'avais connu, il y a quelques années, au Congo, le gratouillement à la porte, de demoiselles qui annonçaient, quand on demandait ce que c'était, à travers la porte, "c'est l'amour qui passe", avec l'accent que l'on peut imaginer. Mais je n'avais encore pas eu ce genre d'expérience au Cambodge - c'était une question de temps, de toute évidence.

 

Je me souviens aussi, il y a quelques mois, en Indonésie, avoir même trouvé dans mon lit, alors que je regagnais ma chambre, une demoiselle qui m'attendait, étendue dans mon lit, nue et prête à l'amour. Là aussi, le sourire en coeur, quand j'avais allumé, elle m'avait demandé en peu de mots (boom boom? Ten Dollars, plus précisément), si j'étais prêt à sacrifier à Vénus, entre ses bras, pour une somme modique.

 

Le Sud Est Asiatique réserve parfois ce genre de surprise. Je me demande ce qu'il faut souhaiter à cette jeune femme: une clientèle abondante, ou pas de clientèle du tout, un bon mari et des enfants? J'ai passé le temps du jugement et je n'essaie même plus de comprendre. Enfin, je laisse tomber mon drap de bain sur le fauteuil qui se trouve au pied de mon lit, et retourne, étalé sur le drap, à mon Michelet.

06:50 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |