23/08/2006

Les trucs et les machins qu'on met dans les produits de beauté

Marie, digne émule musicale de Soeur Sourire, avait pour ambition de devenir institutrice dans un collège catholique. Elle avait, pour cela, le côté bas-bleu qui va avec toute bonne enseignante, les chaussettes autrichiennes qui montent jusqu'au genoux de toute jeune fille religieuse, de longs cheveux blonds qui allaient plutôt bien avec ses yeux bleus, la connaissance d'un instrument de musique, son baccalauréat et la possibilité d'entrer à l'Ecole Normale.

 

A sa décharge, allant tout au contraire de ce qu'on attendrait d'une demoiselle qui souhaite enseigner dans l'un de ces phalanstères de l'éducation catholique, elle avait un un nombril ovale et vertical qu'elle montrait avec une certaine complaisance au tout venant, portant avec cette intention, au plus profond de l'hiver européen, des pantalons taille basse qui, couplés avec un pull taille haute, laissaient quelques centimètres de peau véritable - au milieu desquels se trouvait le fameux nombril - à la morsure de la bise et au regard concupiscent du chaland. Les CRS ne la laissaient pas indifférente - le prestige de l'uniforme, sans doute - et elle ne laissait pas, rapport au nombril fièrement exhibé, les CRS indifférents non plus.

 

Marie était issue d'une modeste famille qui avait, génération après génération, fait son chemin à la force du poignet, à la suite d'un travail et d'études acharnés témoignant d'une force de caractère peu commune, il faut le signaler. Les arrière- arrière-grands-parents, chemineaux d'un côté, et journaliers de l'autre, avaient, à coup de privations inouïes, envoyés leurs enfants à l'école, jusqu'au moment où, chaque génération progressant par rapport à la précédente, les X*** avaient quitté la voute des étoiles pour ouvrir un petit commerce, dans le village où la deuxième branche de la famille quittait la hutte des serviteurs de la ferme pour devenir fermiers à leur tour. Dans ce dernier cas - je veux dire, pour la branche qui devenait propriétaire d'une ferme, il faut cependant noter que le fermier avait légué la ferme à une demoiselle dont la vertu faisait parfois chuchoter dans le village.

 

Les enfants des deux familles et, singulièrement, les deux qui allaient devenir le père et la mère de Marie, avaient grandis ensembles, car le petit commerce de l'une des familles se trouvait à deux pas de la ferme de l'autre, dans un petit village alsacien. Ils s'étaient mariés alors que le garçon entrait dans une grande compagnie française de cosmétique, comme VRP. La mère pourrait ainsi rester à la maison, comme selon la tradition, à s'occuper des vaches et des cochons, des poules et des canards, du chien et des chats, ainsi qu'à élever, par la même occasion, les nombreux enfants qu'ils espéraient bien avoir.

 

J'avais donc rencontré Marie et ses chaussettes autrichiennes alors qu'elle venait d'avoir dix-huit ans, et avais vite rencontré les parents - la mère qui, à la maison, selon le plan d'origine, s'occupait des petits anges tout en faisant des travaux d'aiguille; le père qui travaillait comme un boeuf, devenu chef de région, qui continuait à vendre ses pommades, ses crèmes, ses antirides, ses anticellulites, bref, tous les produits qui font le bonheur des femmes et celui des fabriquants de produits de beauté.

 

Evidemment, pour les baleines, c'est moins rigolo.

 

C'est là que j'arrive. Quand j'avais connu Marie, je rentrais de Birmanie, où j'avais découvert un produit extraordinaire du nom de tanaka, qui était l'équivalent dermique de l'elixir parégorique: ce fameux tanaka protégeait la peau de tout ce qui peut la heurter: vent, pluie, soleil, age, sel, poivre... tout. En d'autres mots, on obtient en Birmanie un produit miracle, issu de la racine d'un buisson que l'on trouve partout, mais principalement dans le nord du pays, et qui remplacerait avantageusement - et oh combien économiquement!!! - tout ce que l'industrie des produits de beauté emploie dans le but de réparer, tant bien que mal, les ravages du temps.

 

Bon, évidemment, les Birmanes et les Birmans, surtout quand ils sont jeunes, ont tendance à l'utiliser d'une manière peut-être un tantinet exagérée... Ajoutons que leur reprocher quelque chose à ce sujet serait malséant, vu que ce sont usuellement Mmes leurs mamans qui les plâtrent de tanaka, le matin, avant qu'ils partent à l'école - pour ceux qui ont la chance de fréquenter l'école, du moins.

 

 

J'avais, un beau soir, peu de temps avant qu'Aurélia envoie ce fatal courriel à Marie, entretenu le père de Marie de ce produit miraculeux, sans me lancer dans le détail, mais en suscitant son intérêt. Il imaginait bien que s'il arrivait avec un produit aussi intéressant auprès de la direction, il ne serait pas oublié par ladite direction, et que sa fortune était faite au sein de la compagnie. Quant à moi, sa reconnaissance éternelle me suffisait bien.

 

Aurélia ayant disparu de manière définitive, après avoir décoché sa flèche, me voilà bientôt en position de silence sibérien de la part de Marie, et retrouvant à l'aéroport la mille fois silencieuse, la minuscule, la délicieuse Fujiko - bénis mille fois soient les dieux qui l'avaient fabriqués.

 

Fujiko travaillait pour une entreprise en tant que jolie plante, je l'ai déjà dit, mais j'aurais dû préciser que la compagnie dans laquelle elle travaillait, dont je tairai le nom ici, vu que... mais cela deviendra clair au cours de la suite de ce récit, la compagnie dans laquelle elle travaillait, donc, possédait à la fois des intérêts dans la pèche - singulièrement, dans la pèche à la baleine - et dans les produits de beauté.

 

J'avais à l'occasion d'une soirée d'entreprise, lors de laquelle j'avais accompagné la belle Fujiko, entretenu son directeur de l'Asie du Sud Est et le problème du tanaka avait été abordé. Bien évidemment, pour une entreprise telle que la sienne, le tanaka, c'était le diable. Les Japonais cherchaient un aventurier prêt à tout, qu'ils paieraient grassement, pour prévenir l'inondation du marché des produits de beauté par le tanaka - inondation qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. J'étais là; je connaissais le pays; je n'avais aucun scrupule; mes contacts avec la France, qui aurait sans doute préféré le tanaka à la baleine, rapport aux gras bénéfices qui en découlaient et, accessoirement, au vu de l'amour que Brigitte Bardot porte aux bestiaux en tout genre, mes contacts avec la France, disais-je, étaient rompus; mon choix était fait: la semaine suivante, je partais en Thailande, dans le but de créer une filière pour prévenir toute exportation de tanaka hors Birmanie.

 

11:16 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.