12/08/2006

Marché Russe et autres

Quand on sort de Tuol Sleng, on est toujours un peu sonné. Autant de cruauté bête, pour si peu... et le pire du pire, probablement, c'est que les assassins sont toujours parmi nous. Les gardes chiourmes avaient quatorze ou quinze ans, et c'étaient eux qui menaient la barque, surveillant les "tièdes", ceux qui ne tuaient pas assez et qui étaient donc, on s'en sera douté, de la graine de contre révolutionnaire. Ces gosses qui avaient quatorze ou quinze ans, il y a trente ans, ont aujourd'hui trente ans de plus... et quand on voit passer, dans la rue, peu importe son sexe, un adulte dans la quarantaine, on se demande toujours si c'était un assassin, ou une victime, au cours des années noires.

 

La situation reste, ainsi, glauque et confuse. Je la trouve, quand on y pense, effrayante.

 

Je remonte en croupe du puissant destrier - une Yam' 125 d'au moins dix ans d'age - de mon conducteur, que je me suis décidé à louer à la journée, vu qu'il m'avait l'air d'une prudence de serpent, sur la route, et nous voilà partis vers le marché Russe, entouré d'échoppes de tout et de n'importe quoi. Je me promène une petite heure, tenté par l'une ou l'autre dépouille du bon vieux temps. Des faux, parfois, mais parfois des vrais.

 

La chose la plus amusante, ce sont des billets de banque du défunt régime Khmèr Rouge. En effet, ces derniers, après avoir décrété, aux applaudissements généralisés de l'intelligensia européenne, le communisme intégral, la fleurissante anarchie, et l'An Zéro (je me souviens des cris de joie de Michel Piccoli, à ce propos), avaient promptement réinventé la monnaie fiduciaire, vu que c'était quand même bien pratique... Et voilà donc une série de billets avec, au verso, des héros militaires que ne renieraient pas les pacifistes bêlants d'Europe, pendant que de l'autre côté, on avait les valeurs qui montaient, je crois, jusqu'à mille riels.

 

Une brave commerçante me propose la série complête au prix, négociable, de dix dollars. Pfff, je verrai une autre fois, il y a déjà assez de papier à la maison...

 

Fin de la promenade, mon conducteur me reconduit dans le centre et me lache près du marché central où nous nous abouchons pour demain, vu que j'aimerais sortir de la ville, mais certainement pas conduire moi même. Affaire conclue et je vais chez le coiffeur, à deux pas. Autant les coiffeurs Thai font un boulot de cochon, autant les coiffeurs Khmèrs sont excellents. Je sortirai de là deux heures après y être entré, manucuré, cheveux coupés à la perfection, massé et avoir eu droit à un traitement digne des meilleurs maisons de soins esthétiques pour... cinq dollars.

 

Déjeuner dans la rue, puis promenades, à la recherche de jolies vieilles pierres qui n'existent plus vraiment. Pour me distraire, au moins, il y a les éléphants qui rodent en ville. Pour deux francs trois sous, on y met les gosses à faire un tour. Ca occupe l'éléphant, ça nourrit l'éléphant, ça nourrit son propriétaire.

 

Ca fait rire les enfants,

ça dure jamais lontemps,

ça fait plus rire personne,

quand les enfants sont grands...

 

Dans le genre, je me souviens avoir mis, une fois, à Pammukale, Antoine sur le dos d'un chameau, et ça lui avait bien plû. Je me demande ce qu'il aime, aujourd'hui.

 

Bon, la journée s'achève tout doucement, dans une chaleur épouvantable. Je retourne d'un pas tranquille vers mon hôtel, afin de me doucher et de me changer, pour la soirée, tout en regardant fonctionner les petits métiers de PP, tels que les fabriquants de glace: rares sont ceux qui, à Phnom penh, ont l'électricité, un frigo; le surgélateur est une invention de la lune, ici.  Les petits vendeurs de la rue achètent donc, pour mettre dans leur glacière, quelques kilogs de glace qui rafraichissent les boissons, les viandes, les produits qui devraient rester frais.

 

 

L'Europe n'imagine pas le degré de confort dans lequel elle vit.

06:46 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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