09/08/2006

S 21

S 21, c'était le nom du ministère de la sécurité, du bon vieux temps de Pol Pot. Dans Phnom Penh désertée, il y avait une école qui était devenue prison - hm, mes souvenirs d'enfance me font imaginer que le choix d'un bâtiment scolaire, dans le but d'installer une prison était judicieux - et cette prison, secrète pour autant que la ville soit vidée de ses habitants, a vu rentrer plus de dix-sept mille prisonniers - des contre-révolutionnaires qui ont été abondamment torturés pour avouer leurs péchés, et pour dénoncer leurs petits camarades contre-révolutionnaires.

 

Ces contre-révolutionnaires dignes de tous les coups, de toutes les tortures, c'étaient, quand on voit les photos d'identité prises par les Khmèrs Rouges, à l'entrée des prisonniers, des messieurs, des dames, des bourgeois et des prolétaires, des demoiselles, des enfants, des bébés.

 

Ils sont entrés à dix-sept mille, et trois en sont sortis vivant.

 

 

Les tracasseries paperassières des Kmèhrs Rouges, bien typique de tous les régimes socialistes, qu'ils soit nationaux ou scientifiques, nous permettent de connaître le détail du génocide perpétré ici. Les chiffres continuent à s'empiler, et sont éloquents. Il fut un temps - au tout début du mea culpa des intellos amoureux de Pol Pot - où un historien américain dont le nom m'échappe avait le culot de parler d'un petit massacre de rien du tout: peut-être cent ou deux cents mille morts du fait des Khmèrs Rouges, le reste des absents ne pouvant être tués qu'à la suite de bombardements malheureux de l'armée américaine.

 

L'Amérique possède, dans tous les domaines, ses crétins insignes. Au cinéma, ils ont un abruti du genre de Moore; dans les cercles académiques, ils ont un Moore dont la malhonnête stupidité rappellera, en Belgique, la Morelli, enseignante à l'ULB; en France, un Lacouture, journaliste et moraliste...

 

Aujourd'hui, au Cambodge, le chiffre de trois millions de tués du fait de Pol Pot est communément admis. Le chiffre est donné sous toutes réserves de découvertes supplémentaires.

 

On était détruit pour toutes sortes de raison, au Kampuchea Démocratique: on portait des lunettes, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on parlait une langue étrangère, ou on en balbutiait quelques mots, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on n'avait pas de cals au mains, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on aimait le rock, ou la musique classique européenne, et on était donc un intellectuel contre révolutionnaire; on avait trois mois, on venait de naître d'une intellectuelle contre révolutionnaire qui portait des lunettes, et on allait donc devenir à son tour, immanquablement, un intellectuel contre révolutionnaire...

 

En fait, c'est mentir que de dire que trois prisonniers sont sortis vivants de la prison de Phnom Penh: en réalité, sur les dix sept mille, et des plumes, prisonniers, près de quinze mille sont sortis vivants, en camion, de la prison, pour mourir, une heure plus tard, dans ce qu'on a appelé, ici, les killing fields, dans les champs de la mort. On a retrouvé, dans des fosses communes que l'on continue à fouiller, des milliers de corps sans tête et, dans d'autres fosses, des têtes sans corps. Il y a un petit cénotaphe, dont la simplicité rend le génocide encore plus ... dira-t-on, dérangeant?

 

 

 

Mais revenons-en à la prison de Tuol Sleng, riante banlieue de Phnom Penh.

16:10 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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