24/07/2006

"Girls, girls, girls"

Dans le coeur de Phnom Penh, il y a un bistrot qui existe depuis le jour où les Vietnamiens sont partis. Il s'appelle In The Heart of Darkness, faisant allusion à un roman de Conrad qui s'intéressait, lui, au Viêt Nam. Je trouve qu'un nom pareil va très bien au Cambodge et à sa parenthèse génocidaire, jamais fermée.

 

Le bistrot est gai et bien achalandé. Le temps où une douzaine de routards et quelques expats étaient sa seule clientèle est maintenant bien passé, et le proprio, un Jeremy, ne me reconnait qu'au deuxième regard: à part lui, il n'y a plus d'habitués. Ses pratiques sont françaises, italiennes, anglaises, australiennes, néo-zélandaises... il y a du monde et les serveuses courent. Rien à trouver ici, je vais donc un peu plus loin, chez le Chinois.

 

Chez lui, je retrouve l'atmosphère du bon vieux temps, cet air lourd et poisseux, brassé paresseusement par quatre ventilateurs, avec la promesse de voluptés culinaires bien d'ici.

 

En plus, pour le coup de l'étrier, juste à côté, il y a un nouveau bistrot, encore pas trop fréquenté, avec deux demoiselles ravissantes, et qui annonce fièrement avoir de l'Angkor au fut, ainsi que de l'Anchor - cette affaire d'Anchor, c'est la fine plaisanterie d'un brasseur qui, ne pouvant user du nom d'Angkor pour faire sa bière, a décidé de l'appeler Anchor, ce qui se prononce exactement de la même manière qu'Angkor. Les officiels cambodgiens, propirétaires de la brasserie Angkor, qu'ils espéraient devenir une bonne petite sinécure bien pépère, sont furax, et le brasseur d'Anchor vit prudemment en Thailande.

 

En plus, l'Anchor est probablement meilleure.

 

A Phnom Penh, on vous sert la bière dans sa boite, entourée d'une chaussette isotherme. Il fait trop chaud pour laisser plus de quelques minutes une bière sur une terrasse; et comme le but n'est pas de boire comme un trou...

 

L'avantage du bistrot où officie Valérie - c'est le prénom qu'elle m'assure avoir reçu de ses parents; de toute évidence des déçus de l'indépendance; on se demande pourquoi... - c'est qu'il a une terrasse, n'est pas encore trop fréquenté, que la bière y est glacée, que Valérie est ravissante et souriante, que ses petites camarades sont presque aussi jolies qu'elle, qu'elles sont toutes discrètes et vous laissent tranquille, à admirer le panorama du bord du Mékong, pendant que vous savourez votre bière vespérale.

 

Les choses changent quand je quitte le bistrot: Alors que je baguenaude le long de la croisette, songeant à retourner à mon hôtel, je suis abordé deux fois par de jeunes femmes qui m'offrent leurs services pour une somme modique; puis suis harponné par un groupe de créatures de mauvaise vie, quand je passe devant un nouveau bistrot dont le nom - DV8 - est tout ce qu'il y a plus prometteur de délices charnelles, et dois repousser les assauts de deux demoiselles vêtues léger quand, ayant pris ma clé au comptoir, je passe devant le bar de l'hôtel où du vieux disco joue à fond les manettes. Non merci Mesdemoiselles, je ne veux pas de doudouces tarifées; non, pas ce soir; non, merci Mesdemoiselles; oui, demain peut-être...

 

Me voici enfin en paix, dans ma chambre climatisée, prêt à me prendre mon Michelet, dans une édition de la Pleiade bien fatiguée par son séjour aux Philippines. Comme bruit de fond, je me mettrais bien une petite Passion selon Saint Mattieu

 

Demain sera un autre jour.

 

 

13:13 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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