07/07/2006

Le temple de la Vache Méritante

Dans les années soixante dix, les paysans anglais commençaient à avoir des ennuis avec leurs vaches. Pendant tout un temps, ils avaient nourri lesdites vaches de trucs et de machins bon marché, comme par exemple des cadavres de moutons morts.

 

Mort de quoi? Mystère et boule de gomme, et les rossebiffes de la cambrousse s'en fichaient, tant que c'était pas cher à acheter, que ça nourrissait les bestiaux et qu'ils vendaient, en fin de course, lesdits bestiaux à un bon prix qui leur permettait de remplir leur portefeuille. Ensuite, ce n'était plus leur problème. Eux, de toute manière, mangeaient des animaux nourris, prudemment, à l'ancienne.

 

Un beau matin, donc, vers la fin des années soixante dix, les vaches avaient commencé à jouer aux comiques. Plus précisément, elles se mettaient à marcher sur leurs quatre pattes raidies, comme de vieilles poivrotes, puis se pètaient la gueule tout comme les vieilles poivrotes indiquées précédemment, meuglaient comme des perdues, en essayant de se redresser, se redressaient, encore plus instables sur leurs pattes, puis tombaient et mouraient, en tremblant de tous leurs membres.

 

C'était spectaculaire, c'était très triste, et ça faisait un manque à gagner pour les bouseux grands bretons, qui allaient pleurer chez le ministre et à l'europe pour qu'on leur donne des sous, afin de compenser le manque à gagner qu'ils voyaient arriver gros comme une maison. En attendant, ils dépeçaient les cadavres suspects, et vendaient la bidoche à des restaurants pakistanais ou à des hamburger joints locaux, à vil prix.

 

Il n'y a pas de petit profit.

 

Ainsi que nous le savons tous, rien ne vaut la cuisine anglaise, et il n'est pas une grande ville du monde qui n'a pas son restaurant britannique, avec un cuistot itou.

 

Usuellement, on appelle cela "la prison municipale"

 

Or donc nos pauvres vaches tombent comme des mouches et, à un moment, le médecin légiste arrive chez le ministre, avec un air embarrassé, pour lui annoncer que les vaches qui mouraient, c'était parce qu'elles étaient malades.

 

Très, très, très malades.

 

On allait appeler cela la maladie de la vache folle, et il faut bien souligner que ça ne visait ni les belles-doches, ni les taureaux pédérastes.

 

Bref, refiler la bidoche de la carcasse, dans un restaurant ou un autre, ou au brave client anglais, c'était hors de question, et on allait avoir comme des ennuis à l'exportation, si le problème venait à se faire savoir.

 

Le ministre anglais de l'époque, un homme honnête entre tous, un vrai paysan comme on les aime, tente donc de cacher le problème, de le nier autant que faire se peut, jusqu'au moment où l'Angleterre, avec ou sans boycott officiel de sa bidoche, se retrouve une nation de végétariens, avec des tas de gens, hors Angleterre, qui refusent d'acheter de la viande en provenance d'Angleterre.

 

Nous voici donc en Angleterre, avec des centaines de vaches folles, des centaines de vaches mourantes, et des dizaines de milliers de bêtes immangeables vu qu'on irait jusqu'à se méfier. On se demande pourquoi.

 

Môssieur le ministre de l'agriculture du Royaume Uni en confère avec son homologue des Affaires Etrangères, et voilà-t-y pas qu'ils arrivent avec une solution comme seuls les rossebiffes peuvent y penser: ils proposent aux pays du Tiers Monde - spécifiquement, ceux où on crève la dalle, genre Mauritanie, Nigéria, Zaïre, Mozambique... - de prendre les vaches chez eux, afin de les manger. En effet, continuent nos deux gais lurons: le risque de passage de la tremblante du mouton à la vache, c'était un très petit risque (et on peut donc continuer, je suppose, à nourrir les vaches de moutons crevés); de même, le passage de la folie de la vache à l'homme est peu probable. Il y a bien entendu un tout petit petit petit risque, mais trrrrrrrrès petit. Donc, ma foi, comme on risque bien plus de mourir de faim, dans ces pays du sud indiqués plus haut, que de mourir de la maladie de la vache folle... qu'en pensez-vous, mes braves garçons...

 

Bon, bin ils ont l'air un peu ingrats, mais nos braves africains refusent - oh, en y mettant les gants, mais quand même.

 

On se demande pourquoi.

 

C'est alors que le ministre des affaires intérieures du Cambodge, pays sortant alors tout juste de l'horreur de l'époque des Kmèhrs Rouges, puis de l'occupation Viêtnamienne, avait proposé quelque chose de pas idiot: puisque les vaches anglaises n'étaient pas considérées comme comestibles, mais qu'elles avaient l'avantage d'être bêtes comme des vaches, et oublieuses des incidents du jour, elles pouvaient avantageusement être utilisées, dans les campagnes cambodgiennes, pour faire sauter les mines.

 

L'idée allait donc ainsi: les Anglais, ne sachant que faire de leurs vaches, les donnaient aux Cambodgiens qui envoyaient les vaches dans la campagne cambodgienne. Régulièrement, une vache allait sauter sur une mine - faisant alors sauter un chapelet de mines, vu la manière dont ces saletés fonctionnent en groupe - ce qui ferait paniquer ses petites camarades qui allaient galoper dans toutes les directions, faisant à leur tour sauter des mines un peu partout.

 

Il ne faut pas oublier qu'à l'époque, le Cambodge était littéralement noyé sous les mines.

 

Un quart d'heure plus tard, les vaches survivantes et oublieuses se remettaient à paisser, un peu nerveuses, peut-être, mais à marcher dans les prés et dans le champs, en tout cas, et recommençaient leur travail de déminage - certaines sur leur quatre pattes, un peu tremblantes de nervosité, au début; certaines sur trois pattes seulement, avec une patte de bois promptement ajoutée par un vétérinaire payé pour ça.

 

Nos amis Anglais font leur calcul et se rendent compte que donner les vaches malades, ou soupçonnées de l'être, ça leur coûtera nettement moins cher que les tuer, et les brûler d'une manière crédible, afin que, dans quelques années, la viande anglaise retourne sur les marchés étrangers. Ils acceptent donc la proposition cambodgienne.

 

Hop là, topez la mes amis, vous avez les vaches.

 

Bien entendu, les Anglais sont trop radins pour livrer les vaches, que les Cambodgiens reçoivent au port, en Angleterre - dans le meilleur des cas. De bonnes âmes américaines interviennent alors, louent deux ou trois douzaines d'énormes bateaux-bétaillères, et font transporter nos amies les vaches par bateau, vers les ports asiatiques, puis par trains, camions, Tuk Tuk, que sais-je, à pied d'oeuvre, ou devrait-on dire à patte d'oeuvre, dans les plaines du Cambodge.

 

Les vaches ont fait un boulot extraordinaire, et on peut estimer que la moitié des mines explosées au Cambodge l'ont été par elles. Pendant trois ans, on voyait, à chaque défilé militaire, un groupe de vaches, maigres et l'air nerveuses, tirées par des garçons vachers pieds-nus, défilant, toujours davantage couvertes de décorations, pour les copines qui avaient péri pendant l'année.

 

Maintenant, les vaches anglaises démineuses, il n'y en a plus une seule vivante: certaines sont mortes de leur belle mort; la pluspart ont quitté cette vallée de larmes au milieu d'un grand boum. Il n'en reste une en souvenir, empaillée, dans un temple de Siem Reap. Elle est là, à la droite de la statue du Bouddha, honorée par tout un peuple qui sait que les pattes perdues par les vaches sont des pattes qui ont sauvé des jambes.

 

Il y a, aussi, près de Pnohm Penh, un monument reproduisant une jolie vache en bronze, avec une plaque, placée par l'Ambassade d'Angleterre, rappelant que toutes les vaches démineuses étaient Britanniques, et que le Royaume Uni avait donné toutes ces vaches démineuses.

 

Une deuxième plaque, placée par les "charités privées" américaines, rappelle que les vaches, aimablement données par les Anglais, avaient dû être transportées par des bonnes âmes qui n'étaient pas anglaises. Et que ça avait coûté cher, de débarrasser l'Angleterre de sa pollution bovine. Mais cette plaque, quoique régulièrement remise en place, disparaît dans les heures où on la remet. On chuchotte que c'est l'ambassadeur du Royaume Uni qui, sur sa cassette personnelle, paie une bande de petits voyoux, pour aller l'arracher.

 

Moi, je n'y crois pas. Les Anglais, c'est pas des gens comme ça.

 

 

19:01 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : animaux, religion |  Facebook |

Commentaires

quelle vacherie je suis certaine que certains leurs proposeront les taupes allemandes pour remplacer les vaches anglaises

Écrit par : sabine | 08/07/2006

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