06/07/2006

Première étape

A tout seigneur, tout honneur: je m'arrête d'abord au temple principal, qui est aussi le premier que l'on aborde, quand on rentre dans le domaine des temples d'Angkor. Les fous génocidaires de Pol Pot voulaient détruire tous les bâtiments de la superstition, et ont effectivement tout détruit, pendant leur court passage au pouvoir.

 

Ils ont tout détruit, sauf le temple privé du roi, à Phnom Penh, et les temples angkoriens. En effet, les petits crétins en charge des destructions avaient peur des diables qui abondaient, ainsi que nous le savons tous, dans les vieux temples. C'est ainsi qu'Angkor, copieusement pillé par des dizaines de petites gouapes européennes et asiatiques, depuis la fin du dix neuvième siècle (on peut penser ici, par exemple, à une petite ordure de blouson doré, comme on les appelle, du nom de Malraux), est encore debout et, maintenant, protégé par l'armée tout autant que par une armée d'archéologues.

 

Le temple principal, donc, était tellement fort que, le jour où les Kmèhrs Rouges ont dû se rendre compte que l'argent avait un sens, et qu'il leur a fallu créer une monnaie, ils ont été mettre l'effigie du temple sur leurs billets.

 

A cette heure ci, les premiers minibus sont déjà arrivés, avec les vieux touristes les plus courageux. Les petits vendeurs les attendent de pied ferme, avec de l'eau fraiche, des boites de coca-cola glacées, des souvenirs de pacotille, des cartes postales, des fleurs, des petits guides illustrés. Deux fillettes me sautent sur le poil, à peine ai-je eu le temps de descendre de ma bécane, et me proposent une place à l'ombre et la promesse de la surveillance de la bécane pendant que je fais faire mon tour du Grand Temple d'Angkor. Bon, d'accord, surveillez, mesdemoiselles.

 

Bah, j'achèterai une bouteille à l'une d'entre elles, au retour. L'autre gueulera, mais les filles, ça se plaint toujours.

 

Je prends donc le pont plat qui conduit au temple. Il y a, je l'ai dit, déjà du monde, mais pas tant que ça, après tout:

 

 

Et puis, si les Cambodgiens vont jusqu'à les dieux savent où - tout en se méfiant des mines - les touristes étrangers s'arrêtent souvent à peine l'entrée passée. Totu est beau,dans les temples, il faut dire, et il n'est donc pas nécessaire, pour les flemmards, d'aller bien loin. De plus, il fait lourd.

 

Quand on monte un peu plus loin, il y a une belle vue. On peut deviner d'autres temples, plus loin, ainsi que des champs, des prés, des villages.

 

Un couple thaï me suit - elle bêlant avec indignation; lui, soupirant des effets de la chaleur. On échange quelques propos sur le temps, sur Bangkok d'où ils sont arrivés hier, en avion, après s'être fait arroser jusqu'à la porte de l'avion, en plein aéroport, par des fêtards du nouvel an. Tout le monde s'accorde pour admettre qu'à la réflexion, vu la chaleur, ce serait pas trop mal si des gosses étaient dans le coin, à nous arroser. 

 

La vue est belle, et il y a, au sommet des tours, comme un frémissement de courant d'air. Mais si léger...

 

Bon, je redescend, continue mon tour, puis revient vers l'entrée. Je suis à cinquante mètres de mon vélo que les deux demoiselles sont à mes côtés, pour me guider jusqu'à l'objet qu'elles ont protégé au péril de leur vie. Beau joueur (non, pas du tout), je remercie abondamment, me fend d'un bonbon par tête de pipes (les petits frères et soeurs sont soudains apparus) et achète une bouteille d'eau à la première.

 

La deuxième tire immédiatement la tête, et se plaint de mon manque de parole, pire qu'une épouse qu'on a eu le malheur d'avoir dans les pattes depuis vingt ans, quand on oublie de lui offrir un manteau de fourrure pour fêter l'anniversaire de mariage. Le malheureux qui se mariera avec elle ne rigolera pas tous les jours. Ca me rappelle mon ex. Et celle ci n'a pas encore douze ans... Avec une langue aussi bien pendue, à la réflexion, je crois qu'elle ne trouvera jamais de mari - ou alors, il la battra.

 

Je reprends donc mon vélo, entouré des bénédictions des petits qui machouillent leur bonbon, des piaillements des ainés qui aimeraient tant que je leur achète un truc ou un autre, des remerciements de ma vendeuse d'eau, des malédictions de ma commerçante déçue. Le soleil est maintenant bien présent. Il doit faire pas loin de trente degrés. Il sera bientôt huit heures.

 

14:39 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.