03/07/2006

Sur la piste de Siem Reap

Paoy Pèt abandonné, on se lance sur la piste poussiéreuse. Le minibus ne passe jamais plus haut que la deuxième vitesse; le moteur gémit, gronde, se plaint. La chaleur, dans l'habitacle, est insupportable.

 

Les routes, au Cambodge, se sont lentement améliorées, ces dernières années, sauf les pistes qui conduisent à Siem Reap. Le but, chuchotte-t-on, est de décourager le voyageur terrestre, afin qu'il prenne l'avion, et s'installe dans un hôtel quatre étoiles. Hm, ce n'est pas inconcevable. Quoiqu'il en soit, le chemin est infect, la poussière qui vole me rappelle les plus mauvais moments de la Tanzanie, et la vitesse est en rapport.

 

Nous dépassons parfois un vélo, mais les cyclistes sont prudents et s'arrêtent, usuellement, dès qu'ils entendent les hurlements d'un moteur dans leur dos. La conduite est hasardeuse et on évite les plus gros nids de poules. Ce ne sont plus d'ailleurs, vu la taille, des nids de poules, mais plutôt des pièges à loups.

 

Nous somnolons, mais à chaque instant un choc plus violent nous fait sursauter; on écrase parfois un cochon qui hurle sa douleur, les reins cassés, ou alors ce sont les suspensions, je ne suis pas certain. En tout cas, s'il nous a fallu quatre heures pour faire la route qui lie Bangkok à la frontière, il nous faudra considérablement plus de temps pour faire la même distance, de la frontière à notre destination.

 

Notre premier arrêt, après bientôt deux heures de cahots. C'est un bistrot restaurant, un restauroute, pourrait-on dire. Descendent avec nous, pour se délasser les jambes, faire pipi et prendre une boisson, deux bonzes, récupérés le long de la route. Je ne sais même pas comment on est parvenus à s'accumuler, dans le minibus, sans mourir étouffés. Le spectacle n'est guère folichon: mendiants, tables couvertes de mouches, cuisine dont l'hygiène ferait reculer un cancrelat... Hmm, non, un cancrelat, peut-être pas...

 

 

Les inévitables mutilés des champs de mines nous suivent, clopin-clopant, avec l'espoir d'une piécette, et les aveugles victimes de l'agent orange, à moins que ce soit d'une maladie rare et spectaculaire... C'est mon deuxième voyage au Cambodge et je remarque que l'accumulation de la misère vous y rend vite insensible. J'ai, lors de mon premier voyage, littéralement versé des torrents de larmes pour... hm, non, je mens. J'ai été bien triste pour eux, oui, mais j'avais déjà épuisé mes émotions et mes finances au spectacle des miséreux du Laos.

 

Ici, je n'accorde mes secours qu'à coups de bonbons aux gosses et, dans les cas les plus catastrophiques, je vais acheter une portion de nourriture à l'une des cantines de rue, et le donne directement au malheureux qui me tend son moignon. Pour le reste, chaque matin, au Laos, je donnais au premier moine mendiant que je rencontrais, un petit sac de riz. C'était bien assez.

 

Pouet pouet, disent nos minibus, qui voyagent en caravane. Je retourne au mien, que j'avais habilement partagé avec des maigres - ce qui nous a amené les deux bonzes... On repart .Selon le conducteur, nous devrions arrivers vers les huit heures du soir. De toute manière, à l'arrivée, nous aurons les habituels rabbatteurs qui nous conduiront à des hôtels, ou des guesthouses, qui se valent tous.

 

De cahots en hoquets, de grincements martyrisés à des arrêts inquiétants, au cours desquel, en rase campagne, le conducteur de l'un ou l'autre des minibus se couche sous sa fringuante monture pour inspecter les pneus, ou les fuites d'huile, pendant que ses condisciples attendent, pantelants, nous avançons. La journée avance, il fait bientôt nuit, et nous avançons toujours, espérant, à chaque vague lueur perçue dans la distance, que nous arrivons enfin à Siem Reap, et notre espérance est chaque fois déçue.

 

Enfin, la qualité de la route change de manière drastique, pour le meilleur, et nous nous mettons à rouler à bonne vitesse. Les minibus montent en troisième vitesse, voire davantage. Vu les grincements atroces de la rouille martyrisée, on est jamais certain de ce qui se passe. L'augmentation de la vitesse et l'amélioration de la route, en tout cas, c'est la promesse de l'arrivée qui, effectivement, s'annonce: nous nous arrêtons devant une petite cahute où un bonhomme attendait. Il s'agit de l'un des rabatteurs d'hôtel qui, pour une somme modique donnée au chauffeur, est autorisé à faire son petit speech, dans le but de nous embarquer dans l'hôtel, ou dans la guesthouse, qu'il représente. 

 

Alors que les minibus redémarrent, il nous explique son affaire, nous promet monts et merveilles, au prix local: six dollars. Ah, oui, il existe une monnaie nationale, le riel, mais l'économie est tout à fait dollarisée et on travaille indifféremment en riels ou en dollars, ici. Bref, ce serait six dollars, si ça nous intéresse. Nous quittons la rue principale, pleine d'activité et tournons dans une ruelle calme et propre, sans bosses majeures. Le guesthouse se trouve à, tout au plus deux cents mètres de la rue centrale,  il est tout neuf, très propre, je prends.

 

A peine dans ma chambre, je mets le ventilateur en marche, me précipite dans ma salle de douche, fais le pipi dont je rêvais depuis quelques heures, le fais suivre d'une douche qui me débarrasse d'une couche de poussière épaisse d'au moins un centimètre, me sèche, me rhabille, et file me promener. Il est bientôt neuf heures, la bourgade est en pleine activité. Après tout, elle vit autour du tourisme et, des touristes, il y en a beaucoup.

19:04 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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