30/06/2006

Paoy Pèt

De Bangkok, nous avions roulé à travers une kyrielle de bourgades et de villages, d'abord appelés Bang kekchose, puis, l'accent changeant, Ban kekchose. Nous changeons de pays, de langue. La ville frontière, côté cambodgien, s'appelle Paoy Pèt. Ici, ni routes, ni rues, mais quelques pistes qui s'assemblent sur un rond-point devant les bâtiments décrépits de la frontière.

 

Dire que le Cambodge était, avec le Laos, la perle des possessions françaises indochinoises, du temps des colonies... De toute évidence, il s'est passé des choses. Ces choses, ça s'appelle l'indépendance et le socialisme.

 

Côté laotien, le gouvernement de l'indépendance, le très socialiste Pathet Lao, qui a gardé le  pays dans la geole communiste pendant trente ans, et qui garde une main de fer sur tout, expliquant l'incompréhensible retard du Laos, comparé à la Thailande; côté cambodgien, il y a eu le mondialement fameux régime des Kmèhrs Rouges, dirigé par Pol Pot, connu aussi sous le nom de Camarade N° 1, soutenu en Europe par tout ce que l'intelligensia compte d'obcènes pompeux et de vrais démocrates, ainsi qu'ils s'appelaient, dès lors complices du génocide le plus effrayant de l'Histoire.

 

Rassurons-nous: les records sont faits pour être battus, et on peut espérer que, dans quelques décennies tout au plus, un nouveau taré sanguinaire fera encore mieux que Pol Pot - enfin, mieux, on se comprend.

 

Le Cambodge, donc... Un beau matin, les Khmèrs Rouges sont entré dans la capitale. Les Américains étaient parti le jour précédent. C'était la fin de la guerre. Les habitants, venus sur le bord des rues, pour applaudir leurs nouveaux maîtres, sentirent immédiatement qu'il y avait comme un os. Les soldats qui composaient les troupes de libération n'étaient pas des rigolos, considéraient les libérés comme des ennemis et avaient entre douze et seize ans...

 

Le lendemain, Phnom Penh, ainsi que toutes les villes du Cambodge, était vidé de tous ses habitants. Le Royaume du Cambodge devenait le Kampuchea Démocratique, les Kampuchéens partaient travailler à la campagne et apprenaient un nouvel hymne national, poisseux de vermine et de sang. Imaginez cela un instant: la population entière du pays libéré était prisonnière de guerre.

 

Le fait de parler quelques mots d'une langue étrangère - a fortiori, le fait de parler une langue étrangère - amenait l'accusation immédiate d'intellectuel contre-révolutionnaire, et la peine de mort. Le fait de n'avoir pas les mains calleuses entraînait l'accusation immédiate d'intellectuel contre-révolutionnaire, et la peine de mort, aussi.

 

Le rire était puni de mort, ainsi que le fait de chanter autre chose que l'hymne national ou l'une des onze chansons révolutionnaires officielles. Si la chanson litigieuse était une bluette des temps coloniaux, de Berthe Sylva ou d'Elvis Presley, la mort devait être exemplaire - je vous passe les détails.

 

Le fait de ne pas remplir son quota de travail était un acte contre-révolutionnaire, et la condamnation à mort était automatique. Le fait pour un garçon, de s'intéresser à une fille, ou, pour une fille, de s'intéresser à un garçon, était un acte contre-révolutionnaire, qui entraînait, de manière automatique, la peine de mort.

 

Le fait de ne pas avoir l'air d'être passionné par les réunions quotidiennes d'autocritique était un acte contre-révolutionnaire, que seule la peine de mort pouvait faire expier.

 

Le fait de posséder un objet manufacturé était contre-révolutionnaire: devinez quelle était la peine autmatiquement subie par le coupable?

 

C'est ainsi qu'en deux ans, Pol Pot parvint à tuer le tiers de la population cambodgienne - pardon: kampuchéenne démocratique. Tout cela, avec le soutien des intellectuels progressistes américains et européens.

 

Mis en appétit, il déclare la guerre au Viêt-Nam, perd la guerre et voit son pays envahi par l'ennemi qu'il avait attaqué, qui recueille une population cambodgienne agonisante, bien exemplaire de ce qui se passe quand on rêve à l'an Zéro. Les Viêtnamiens se font un plaisir de montrer aux aveugles des pays occidentaux la réalité du Kampuchea Démocratique, puis referment les frontières et pillent ce qu'il reste à piller. Les Viêtnamiens sont socialistes et, en pays socialiste, tout objet manufacturé est bon à voler.

 

Quand le Cambodge est finalement libéré, il y a moins de dix ans, c'est un pays exangue dans lequel il n'y a pas une personne capable de lire ou d'écrire, ou capable d'utiliser un outil électrique. On est revenu à l'age de la pierre. L'an zéro est devenu réalité. L'espérance de vie est, tout au plus, de quarante ans.

 

Dix ans plus tard, aujourd'hui, même si la situation change, le pays est encore sous perfusion, c'est un blessé grave qui se remettra peut-être - mais rien n'est moins certain.

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29/06/2006

La frontière Cambodgienne

Nous descendons de notre bus, cinquante mètres avant les bâtiments de la douane, à la frontière, au parking des bus et minibus. Fini, le confort thailandais, nous aurons un autre bus de l'autre côté. "On" nous attend. Bon, soit. Chacun d'entre nous prend son baluchon, ou son énorme sac, au sortir du bus. Pour les paresseux, il y a un taxi qui s'offre pour aller jusqu'à la frontière. On voit tout de suite que le Cambodge n'est pas loin:

 

Si vous croyez que la photo précédente était une farce, j'en ai une autre:

 

 

Nos deux Japonaises montent dans le taxi, paient leur cinq Bahts, et démarrent sur les chapeaux de roues. La famille coréenne suit, dans un deuxième taxi. D'autres aussi. Quant à moi, je marche: cinquante mètres, avec un baluchon pas bien lourd, faut pas pousser...

 

La queue du côté thai avant lentement, et la salle, du côté des voyageurs, n'est pas climatisée. Il y a quand même un ventilateur, mais il est bien poussif, et l'air agité n'arrive que mourant jusqu'à nous... Enfin, c'est mon tour, je donne mon passeport. Il est minutieusement inspecté, puis l'officier écrase son cachet juste à côté du tampon d'entrée, et me voici dehors.

 

Il y a une centaine de mètres à faire, maintenant, pour arriver jusqu'aux bâtiments officiels marquant la frontière du Royaume du Cambodge. Entre les deux frontières, un no man's land sur lequel on vient de bâtir un énorme casino, avec des grooms en uniforme, à l'entrée qui ne laissent pas rentrer n'importe qui; des magasins free tax proposant de l'alcool et des cigarettes; une foule de mendiants proposant de porter vos bagages, ou vous montrant leurs plaies. Il y a des nuées de gosses qui réclament quelques Bahts, et que j'arrose de bonbons. Je deviens immédiatement très populaire. Il y a aussi des demoiselles qui marchent deux par deux, en uniforme, et qui doivent être, qui croupière, qui serveuse, qui demoiselle de la réception, et qui trottent, sur leurs chaussures à haut talon, pas trop pratiques sur le pavé cambodgien qui fait semblant de ressembler à une route.

 

Entouré de gosses qui tirent la langue et claquent du bec, me pépiant des tas de choses en khmer, j'arrive à la cahute de la douane, donne mon passeport: un cachet de plus. C'est un peu le plaisir de ces promenades, de voir le passeport qui se remplit, et qu'on doit bientôt remplacer dans un consulat ou un autre, pour faire ajouter des livrets faisant ressembler votre passeport à un accordéon. Bon, ici, j'ai encore de la place. Vu mes plans, je crois qu'il tiendra un an avant de se voir adjoindre son volume II. Quand je sors de la cahute, par une porte percée dans le mur opposé à celui de la porte d'entrée, il n'y a plus d'enfants, partis probablement sur d'autres proies qui donnaient des sous, elles... En contrepartie, je retrouve ma famille coréenne et mes deux japonaises aux jambes Louis XV. Il y a aussi une petite carriole, un frigobox aux roues grinçantes avec de la glace pilée à l'intérieur. Au milieu de la glace, des bouteilles d'eau, des coca-cola, des limonades... Je suis en nage, et m'offre une eau bien fraîche sur le champ. Ne jamais boire de limonades, quand il fait chaud et lourd: ça donne encore plus soif.

 

Il faut chaud, très chaud, et lourd.

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28/06/2006

Vers Angkor

La soirée a été... arrosée, tout comme la précédente, finalement. A deux Bahts la recharge de un litre d'eau (température normale, je ne suis pas un monstre), j'ai dépensé vingt Bahts... J'ai dû arroser la moitié des passants armés, qui n'avaient pas le temps de me viser, ai été plâtré de tanaka, en ai couvert le visage d'un flic, même, une fois. Je n'en suis pas certain, mais je crois bien que même les moines bouddhistes, hautement respectés et couvert d'une immense toge aux plis multiples, sortaient de temps en temps un bras au bout duquel un objet de plastique coloré pendant projetait de l'eau. Même eux. Les filles qu'on aspergeait, après qu'elles vous aient sauvagement agressé par derrière, poussaient des cris aigus, et les katoeis encore davantage. Je ne sais pas encore si ce type de hurlement perçant veut dire "stop", ou "encore".

 

Les fêtes de nouvel an se termineront aujourd'hui, mais il est six heures, et je me réveille vaguement nauséeux. La bière, ici, ne me réussit pas. On peut, en Belgique, boire trop et se réveiller le matin en souhaitant faire un grand pipi. Ici, la chaleur vous assomme, quand vous buvez trop. J'ai pris deux bières, et c'était une de trop. Bref, je me lève piano, piano. La nuit précédente, quand je suis rentré, il était à peine minuit, mais les flics surveillent, rapport aux attentats que les minorités musulmanes perpètrent contre tout ce que la Thailande compte de non-musulmans. La soirée allait donc vers sa fin, l'arrosage se calmait, on commençait à rentrer chez soi. J'ai encore un peu traîné, ai pris un verre dans un bistrot où ça chantait faux, suis rentré dans les pénates, ai pris une douche... Je craquais presque, aux jointures, en montant les étages, tant j'étais plâtré. En tout cas, pas de taches dans le lit aux draps bleu marine.

 

Ce matin, je range ma lessive toute proche, mets enfin un polo frais, de nouveaux shorts, jette un tshirt qui ressemble maintenant à une serpillère. On voit, à travers les couches terreuses qui le masquent, le drapeau du Laos.

 

Mon baluchon est fini, j'y ai mis ma brosse à dents, mon blaireau et mon rasoir, au dessus de tout, ainsi que mon bouquin en cours de lecture - un Michelet. Il est temps de descendre, bientôt sept heures, pour prendre mon petit déjeuner. Puis, j'irai, ma valisette me suivant sur ses bruyantes roulettes, jusque devant l'agence de voyage où je suis convoqué à sept heures trente. Après, hop là dans un minibus, vers la frontière cambodgienne.

 

Le riz du matin, deux tasses de thé, je paie, me lève, me voilà parti. Alors que j'attends devant la vitre, maculée de boue, de mon agence, je vois courir de gauche à droite, et de droite à gauche, le long des fils électriques, un couple d'écureuils gris. Nous sommes au milieu d'une ville de pisé, de béton, de pierre, où la nature est invisible, et... voilà des écureuils... Bon, ce n'est pas Seura Saari, dans Helsinki, mais ça me touche.

 

Un appel, ah, c'est mon rassembleur de voyageurs. Il arrive jusqu'à moi, et me demande si je suis bien le bonhomme qui va à Siem Reap. Oui, c'est bien moi. Bon, bin suivez moi. Je fais donc. Devant une autre agence,cinquante mètres plus loin, on récupère deux Japonaises, avec des sacs aussi grands qu'elles, et les jambes Louis XV, puis une famille coréenne composée d'un père rondouillard, d'une mère grassouillette, et de deux demoiselles aussi larges que hautes. Inutile de dire que les deux groupes vont s'ignorer tout le temps du voyage. Nous continuons jusqu'à un gros bus raisonnablement climatisé, dans lequel nous allons, finalement, nous retrouver à une vingtaine. Vroum, ça roule. Nous voilà partis vers le sud, à travers le début d'embouteillage que Bangkok connait jusqu'aux petites heures, les jours de nouvel an... jusqu'au moment où nous rejoignons un péage de l'autoroute urbaine qui nous permettra de sortir, via le Nord, pour ensuite obliquer vers l'Est et enfin rouler dans la nature. Ca fera plus ou moins quatre heures, pour arriver à la frontière. La route est belle, mais lente. Nous passons des villages composés d'une barre de magasins avec un logement au dessus, et de quelques maisons dispersées. Ici et là, un troupeau de vaches maigres qui paissent dans un pré, ou un couple de buffles qui patauge dans les rizières, ou qui traverse une rivière à la nage. Alors, on ne voit plus que leur tête. Tout au long de la route, chaque fois que nous ralentissons, les gosses arrosent le bus aux cris de Happy New Year. Midi approche, et je ne veux même pas imaginer comment ça dégénère à Bangkok: ils en sont à la lance à incendie?

 

Chaque fois que nous passons devant un temple, le conducteur lache le volant et fait un wa bien naturel, mais bien inquiétant, quand le bus oblique vers le fossé. Une pause repas, pendant laquelle le conducteur et son copain vont porter les passeports à la frontière, et reviennent avec les visas (trente dollars, au lieu des vingt que ça coûterait si on avait traîné une semaine de plus à Bangkok; ça vaut la peine). Ensuite, ce sera le passage de la frontière. Après, à la grâce des dieux.

 

Repas fini, nous reprenons notre bus, sur la route impeccable, vers la frontière qui doit être à dix minutes maintenant.

 

 

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27/06/2006

La bataille de Bangkok (deuxième jour)

Quand on sort tôt le matin, c'est calme. Les arroseurs sont partis se coucher très tard. Ils dormiront jusqu'à huit ou neuf heures, avant que la chaleur rende impossible tout sommeil, et n'arriveront sur le champ de bataille qu'en toute fin de matinée, ou en début d'aprème.

 

J'en profite.

 

Vu que les copains sont tous partis, et que la date de leur retour n'est pas connue, autant pour moi aussi partir me promener. A peine debout, douché et rasé, le riz du matin tout juste avalé, je file, près de Khaosan, chez mon agent de voyage préféré, pour me faire obtenir un visa pour le Cambodge, et pour réserver un billet de bus pour Siem Reap. Manque de pot, il n'est pas ouvert - vacances de nouvel an - mais son concurrent direct l'est, ouvert, lui. J'y vais donc. Visa, impossible avant une semaine, vu que l'ambassade du Cambodge est fermée. C'est le nouvel an pour tout le monde... Pour un billet de bus, par contre, ça peut se trouver. Bon, comme on peut obtenir un visa à la frontière cambodgienne (pour quelques dollars supplémentaires, oeuf corse), ça roule. Je partirai demain matin. Départ de Bangkok à huit heures du matin, arrivée à Siem Reap... quand les dieux le veulent bien.

 

Ca me laisse encore une journée d'arrosages multiples à Bangkok; préparons nous donc . Je me rachète, à l'un des étals, déjà bien dégarnis, un nouveau pistolet, mon précédent étant en train de rendre l'âme: une arme solide, de beau plastique chinois rouge et jaune, avec la gachette bleue: de quoi faire peur. Tout ça pour cent Bahts. L'ennemi n'a qu'à bien se tenir.

 

Je rentre vite, retire mon polo encore frais et remets ma loque d'hier, sèchée et tachée, ainsi que mes shorts froissés, je remplis le réservoir de mon arme et file, attendant l'aprème, de l'autre côté du Chao Praya, en prenant le petit bac pour deux Bahts. La matinée sera normalement à peu près calme, j'ai envie d'aller faire le tour à l'ouest, avant de revenir pour les grandes manoeuvres. Il n'empèche que, sur ma route jusqu'à au petit bateau-stop, je me fais arroser deux fois. Dire que la situation est parfaitement calme, le matin, serait mensonger.

 

 

Hop là sur le bac. J'ai payé mes deux Bahts, et me voici en une minute de l'autre côté, à me promener dans un quartier inconnu, dont je remarquerai vite qu'il fourmille de bordels.

 

A Bangkok, c'est fastoche: les salons de massage indiqués traditionnal thai, ça veut dire, massages honnêtes.

 

S'il est marqué thai style, la masseuse insistera probablement pour vous offrir, contre un modeste supplément, par rapport au massage traditionnel, un massage un peu plus olé olé. On peut lui dire non, mais elle boude.

 

S'il n'y a rien d'écrit concernant le massage, devant le bâtiment dans lequel deux ou trois messieurs essaie de vous faire entrer en vous jurant leurs grands dieux que c'est du massage, alors ce n'est pas du massage. Un détail supplémentaire vous mettra la puce à l'oreille: il y aura des fluos avec des représentations de demoiselles peu vêtues et souriantes. Ca ne marche que le soir, les fluos, bien entendu, mais on peut remarquer, en plein jour, la forme exacte des tubes néons et savoir dès lors ce qu'ils représentent. Si ce sont des filles à forte poitrine et peu vêtues, c'est un bordel. Enfin, si, le soir, un Tuk Tuk vous propose de vous conduire à un massage, même pas la peine d'imaginer autre chose qu'un endroit avec néons représentant des demoiselles à forte poitrine. L'avantage, bien entendu, c'est que ces endroits sont climatisés.

 

Après avoir trainaillé dans un quartier sans temples, mais avec beaucoup de massages pas vraiment massages, et de massages thai style, je retourne de l'autre côté du Chao Praya. Encore plus loin, il n'y avait rien, sinon des avenues qui vont vers la fin de la ville. J'ai envie d'un massage, d'un vrai, mais il est déjà bientôt trois heures, et je suppose qu'en face c'est la guerre. Bon, il faudra quand même y aller; allons-y.

 

Après tout, c'est rigolo.

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26/06/2006

Soirée arrosée

J'ai ainsi passé la journée dans la ville, me promenant dans des quartiers que je n'avais jamais vu, errant de temples en temples. Là, j'avais la certitude d'avoir la paix. Entre les temples, même quand j'étais prudent, l'arrosage était régulier.

 

Une chose à remarquer, cependant: le respect du matériel. Jamais les gosses - et encore moins les grands - n'arrosent une cuistote en plein travail, sa marchandise, ou sa carriole, ou un vendeur. C'est donc un bon endroit où se réfugier, à grignotter l'une ou l'autre spécialité, ou tout simplement des fruits. Il fait mourant de chand et la saison des ananas bat son plein: j'en achète deux ou trois sur ma route. Ils sont énormes et particulièrement fruités. Le vendeur vous les pèle, les taille en quatre quartiers, retire le coeur dur, les tranche (ou plutôt, les pré-tranche), et les emballe dans une petite feuille de plastique. Ca vous coùte une vingtaine de Bahts...

 

Ma promenade fait un cercle et j'arrive, par l'est, dans mon quartier où tout Bangkok s'est donné rendez-vous, l'arme au poing. Je file vers mon guesthouse comme je le peux, à travers la foule, sans me faire trop mouiller, répondant à toute agression. Quand même, quand je rentre, vers les huit heures, la patronne sourit. On se demande pourquoi. Je prends ma clé, essuie mon front en nage, et monte les escaliers pour aller me prendre une douche. Fôn m'a promis mes vêtements pour demain, et je voyage léger. Il me reste un polo; je me demande si je sortirai ce soir. Oh, et puis merde, oui.

 

Douche, un peu de trainaillerie dans la chambre, rhabillage avec mon vieux tshirt, presque sec en quelques minutes, mais bien taché, sortie. J'ai faim et puis, c'est rigolo.

 

En moins de cinq minutes, je suis à nouveau trempé, j'ai rechargé mon pistolet dans la rue, j'ai tiré sur tout ce qui bouge. On croise des groupes qui ont l'air normaux, à part le fait qu'ils sont sont tous à dégouliner, qu'ils gloussent bêtement et que leurs vêtements sont couverts de tanaka, et les pistolets, les fusils, les autopompes sortent de partout. Je note que, fidèles à leurs habitudes, les filles visent toujours dans le dos. Ca permet de viser, de retour, dans le bas de leur dos à elle. Vu le type de vêtement léger qu'elles portent, le spectacle n'est pas sans intérêt. J'ai, prudemment, "oublié" mon appareil photo dans ma chambre d'hôtel, vu les risques pour tout ce qui est électronique, et je mets ici une photo du lendemain, avant douze heures, quand les gens ne sont pas encore trop excités, et qu'on peut prendre le risque de sortir avec son appareil sans craindre de dommages irrémédiables...

 

Il y en aurait des dizaines d'autres... et on remarque que, vu de devant, les filles, c'est intéressant aussi.

 

En fait, les garçons vous préviennent en ce sens où ils sortent leur arme alors qu'ils sont à deux pas de vous. Les filles attendent que vous passiez à leur côté et, d'un geste discret, sortent l'arme de leur sac, tirant dans la hanche ou dans le dos. Et je remarque que, dans les petits commerces de bord de rue, il y a des vendeurs de recharge d'eau normale, à cinq Bahts, et les vendeurs d'eau glacée, plus chère. Les filles s'attroupent toujours autour des revendeurs d'eau glacée. J'avais remarqué, précédemment, puisque tout ce qui m'arrivait dans le dos était systématiquement très froid, et était accompagné d'un gloussement suraigu, quand la coupable avait moins de six ans et n'était, dès lors, pas encore capable de feindre tout le temps.

 

Depuis quelques heures, en plus de l'arrosage, tout le monde se plâtre et se contreplâtre de tanaka, tout en accompagnant le plâtrage d'un joyeux happy new year.

 

Enfin, je parviens à courir entre les vagues et, après une soirée bien agitée, à rentrer, couvert de tanaka, ruisselant, dans mon petit hotel.

 

En soirée, un incident que je dois mentionner. Alors que j'étais dans la foule, à Khaosan, incapable d'avancer ou de reculer tant nous étions serrés, je sens soudain comme quelque chose qui bouge sur moi. Deux secondes, tout au plus, pour me rendre compte qu'un "joe les doigts de fée" est en train d'essayer d'ouvrir la banane que j'ai sur le ventre, avec mes papiers, mes cartes et quelqu'argent. Je porte la main à l'endroit du délit pour sentir s'échapper une main que je ne saisirai pas. Je termine sur ma banane, déjà ouverte, mais rien n'en est encore sorti... Ca me refroidit bien.

 

Je regarde autour de moi, ça aurait pu être n'importe qui.

 

Ne jamais oublier d'avoir des photocopies de ses papiers, passeport, billets d'avion, en au moins deux exemplaires, de laisser les originaux dans la valise, et de se promener avec les photocopies. Le voleur, dans l'hôtel, saura bien qu'un passeport gardé à l'hôtel n'a aucune utilité; il sait qu'il en est de même quand il voit un billet d'avion. Alors que le bonhomme qui vous vole "à l'aveugle" embarquera tout, avant de se rendre comtpe qu'il n'a rien pris de valeur. Il vous aura, par contre, solidement pourri votre séjour...

 

Ah, et puis, les cartes, toujours dans la poche intérieure de la banane, celle qui touche la peau, ainsi que les gros sous. Seuls les petits billets peuvent se trouver dans une poche donnant vers l'extérieur.

 

Je fais démarrer le ventilateur et, pendant qu'il tourne, me douche, me rince, mets mes vêtements à pendre. Demain est un autre jour.

 

18:42 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/06/2006

Bouddhisme et petits zoziaux

Alors que je suis reparti, et bientôt sec, rapport au soleil qui tape, et que j'ai évité les embuscades les plus grosses, je passe devant un temple chinois. Il est plein, vu que ce doit être l'heure... C'est souvent l'heure d'aller au temple, en Thailande.

 

Devant l'étroite porte qui conduit au temple, une petite foule, miraculeusement sans armes. Serrés les uns contre les autres, il y a les habituels vendeurs de petits oiseaux en cage:

 

L'idée va ainsi, dans le bouddhisme populaire: les gens pieux passent leur temps, tout au long de la durée de l'avatar dans lequel ils vivent, à se gagner des mérites. Ainsi, le jour où ils mourront et seront réincarnés dans une nouvelle vie, ils progresseront vers l'illumination, vers le statut de Bouddha.

 

Comment gagner des mérites? En étant bon voisin, bon père, bonne mère, en donnant notre superflu aux pauvres et... en libérant les petits zoziaux prisonniers, dans des cages, à la sortie des temples.

 

Quant aux gens qui ne gagnent pas de mérites (voleurs, belles-mères, assassins, contrôleurs des contributions, rockeurs), leur prochain avatar sera pas trop chôôôli et ils deviendront cancrelats, ânes, femmes...

 

Le coup de la libération des oiseaux, cependant, est tout doucement en train de devenir un phénomène du passé. Il y a quelques années, tous les temples avaient leur groupe de vendeurs d'oiseaux à libérer; aujourd'hui, il n'est pas inhabituel de voir une pancarte, en thai et en anglais, signalant qu'acheter ces oiseaux libérables, ça veut dire participer à la chasse aux oiseaux, et que ce n'est pas se gagner des mérites que libérer ces animaux qui sont, probablement, très vite repris par la suite, blessés ou tués, parfois..

 

Pour ceux qui ne veulent pas lire les pancartes d'avertissement, les cages se paient au prorata du nombre d'oiseaux qui se trouvent dedans. On paie vingt, trente, cinquante Bahts - tout simplement, c'est dix Bahts par oiseau - et on prend la cage qu'on ouvre après une courte prière. La porte à guillotine e la cage ouverte, les oiseaux s'envolent, bien entendu, dans tous les sens. On rend la cage vide au chasseur, chacun se remercie abondamment, à coup de wa, et l'affaire est conclue.

 

Les oiseaux se sont planqués dans les arbres, et regardent la scène avec un air méfiant.

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24/06/2006

Pour l'ornement des rues (les poissons rouges et bleus)

  A tous les coins de rue, dans les quartiers du sud, il y a de gros pots de grès, sur pied, dans lesquel se trouve de l'eau fraîche. Des algues y poussent, d'un beau vert profond, et de charmants petits poissons, au dos bleu et au ventre rouge, y nagent.

 

C'est beau.

 

Comme on ne voit jamais de cadavre dans ces sortes d'aquariums, que l'eau y est toujours claire, que les poissons y sont vivaces, je suppose que l'on s'occupe d'eux juste comme il le faut. Un préposé municipal? Un habitant de la rue, particulièrement amoureux des poissons rouges? Je ne sais pas.

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23/06/2006

Pause

Plutôt que de m'enfoncer dans les orages, je bifurque et file vers le Sud. Je traverse la place où trône le vilain Monument à la Démocratie, qui marque la frontière du quartier des routards, et pars me promener vers Chinatown. J'ai le temps d'y arriver, en marchant tranquillement: il y a probablement dans les huit à neuf kilomètres. Sous le soleil de plomb, dans la lourde chaleur de l'après midi, j'ai intérêt à ne pas oublier le ravitaillement régulier en eau potable.

 

En tout cas, au bout de deux cents mètres, il n'y a plus que de rares tuk tuk, quelques voitures, des groupes éparpillés d'enfants en embuscade, l'arme au poing, attendant le passage d'un falang, ou d'un pick-up qu'ils pourront arroser. Vu que le falang, dans ce cas précis, c'est moi, et que les gosses qui me voient dans la distance ont comme un air gourmand, je fais d'assez grands détours par les petites soi, le long des klongs dont l'eau croupie ne donne pas toujours un sentiment de propreté parfaite. L'odeur est parfois difficile à soutenir, quand on s'éloigne du Chao Praya. Et j'y vois, tout comme dans le Chao Praya, toujours un groupe de gosses qui y plonge... Beurk.

 

En contrepartie, je tombe sur des temples que je n'avais jamais vu, d'où sortent des nuages d'encens.

 

Après quelques temps et quelques détours, rapport aux gosses en embuscades, je débouche sur le marché au fleur, qui fonctionne au ralenti, à cette heure. A l'extérieur de la halle, ce sont des magasins où l'on monte des couronnes funéraires, principalement. Il y a aussi, tout comme à l'intérieur, des grossistes, et tout embaume. Nous sommes en début d'après midi: tout le monde termine de déjeuner, quelques portefaix se sont remis à la tâche, la plupart des petits commerçants ont disparu dans les maisons avoisinantes, pour une sieste, laissant les tables croulantes de fleurs sous la surveillance d'un préposé.

 

Un peu plus loin, le marché aux légumes, qui tourne au ralenti, lui aussi, mais avec quand même un peu d'action. Il y a un groupe de moines qui, après avoir dit une cérémonie de bénédiction sur le marché, se prépare à rentrer au temple, les bras pleins de fruits et de légumes qui seront, sans nul doute, bien utile demain. Ils sont entournés de tout le petit peuple du marché, qui cause avec eux. Ce n'est pas tous les jours qu'on a la visite, non pas des moines mendiants du matin, mais d'un temple entier, avec le supérieur et ses acolytes en prime; il faut en profiter, et poser au supérieur, ou à ses disciples les plus proches, les mille et une questions qui, sans réponse, font le souci du quotidien.

 

Les moines sont donc en débandade, certains commençant à s'éloigner, vers la sortie du marché, pendant que d'autres sont encore en pleine conversations avec les pieux commerçants. Deux dames à l'age certain se dirigent vers moi d'un pas tranquille, bavardant avec animation, et s'arrêtent devant la fontaine à laquelle je suis appuyé, regardant la scène des bonzes. Il me faut une seconde de trop pour remarquer qu'elles refusent littéralement de savoir que j'existe et que je suis à moins d'un mètre d'elle. Je fais un grand pas de côté, ce qui me permet d'éviter la moitié d'une platée d'eau soudain envolée de la main de l'une des deux bobonnes, pendant que je reçois l'autre moitié sur l'épaule. Elle est glaciale. Ah, les chiennes! Eclats de rire de mes deux agresseuses; en deux pas, je suis à mon tour à la fontaine et attrape, à mon tour, une timbale avec laquelle je les arrose l'une et l'autre, la première se sauve en poussant des cris affreux, pendant que l'autre m'arrose de retour. Le spectacle fait barrir de joie toute la communauté qui s'attroupe pour bénéficier du spectacle. Les Thais sont très badauds... 

 

Au bout de quelques jets et contre-jets, j'oblique, immédiatement suivi par mon adversaire, et nous nous mettons à arroser les spectateurs qui se sauvent en riant et en criant à leur tour. C'est le cirque. Les gosses adorent voir les grands qui font les pitres, cela va sans dire...

 

Bon, on est tous les deux trempés, on se calme, on se sourit, et je file, non sans avoir d'abord rempli le réservoir de mon pistolet à eau, prévoyant le futur proche. Je traverse la foule rigolarde, mon baluchon sur l'épaule. Nous nous souhaitons mutuellement une heureuse nouvelle anée, et me revoilà devant le marché, sorti par le côté opposé de la halle aux fleurs. Je me sècherai en marchant au soleil.

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22/06/2006

La Bataille de Bangkok (premier jour)

A un moment, dans mon quartier, ainsi que dans tous les quartiers populeux de Bangkok, le premier jour des fètes du nouvel an, on entend, midi à peine passé, des cris déchirants de chats arrosés, des souffles rauques de chats menaçant l'agresseur - usuellement, un petit garçon disposant de sa première arme à eau - et l'on voit des chats, plus ou moins mouillés, l'air parfaitement furax, filant comme l'éclair vers des destinations inconnues.

 

On ne les reverra plus pendant trois jours.

 

Ces miaulements indignés, des sifflements rauques, ces chats qui filent, ce sont les signes que le temps des fariboles religieuses est passé, et que les choses sérieuses commencent.

 

D'énormes tonneaux de plastique dur, remplis d'eau jusqu'au bord, avec des pains de glaces ajoutés, sont roulés jusqu'au bord de la rue par des fratries entières et, peu de temps après, les gosses s'égaillent, l'arme à la main, laissant souffler la maisonnée qui estime avoir rempli son dû à l'égard des petits anges. Lesdits petits anges filent par les rues de leur quartier, et visent sur tout ce qui bouge, ou ne bouge pas. Il y a cependant, ce premier jour, une certaine retenue: les flics, toujours effrayants pour les gosses, ne sont pas touchés, ni les bonzes (qui se sont fait rares depuis quelques minutes; ils connaissent leurs ouailles), ni les vieilles gens.

 

Le reste du gibier n'a qu'à bien se tenir.

 

Comme je fais partie du reste du gibier, je surveille ma gauche, ma droite, mes arrières et mes avants. En pure perte, est-il nécessaire de le préciser; le danger vient de partout.

 

Comme tout le monde, je me dirigerai, à un moment, vers Khaosan, qui est le centre des activités festives: on y aura, comme chaque année, une cérémonie de danses khmères, sous le haut patronnage de l'une des princesses royales - le prince consort, si on a de la chance. En attendant, je me ballade dans le quartier, et me fais tirer dessus par la moitié de Bangkok, qui soudainement s'empile dans les alentours, marmaille en tête, avec les chiens, parfois.

 

Quant aux chats, l'ai-je dit, ils ont disparu.

 

Les batailles d'eau du nouvel an permettent de voir la différences entre garçons et fille, entre la franchise innocente et la sournoiserie asiatique, entre les gentils, et les méchantes. Avec les petits garçons, la bataille est franche. On les voit arriver avec un sourire tire-lire. Alors qu'ils vous approchent, ils vous regardent droit dans les yeux, riant d'avance à la bonne farce qu'ils vont vous faire, préparent leur arme et poussent des hurlement stridents et joyeux, quand vous tirez le premier.

 

A la maison, c'étaient eux qui, de toute façon, s'entrainaient sur les chats, face à face - d'où les soufflements qu'on entendait plus tôt. Des gens bien, de toute évidence, que les garçons.

 

Du côté des fillettes, méfiez-vous, même quand elles ont cinq ans à tout casser, de celles qui font un effort étudié pour ne pas regarder dans votre direction. Ce sont les pires.

 

On ne peut pas dire qu'elles sont toutes mauvaises. Il y a les rigolottes qui, comme les garçons, hurlent leur bonheur d'arroser et de se faire arroser, il y a les sages qui, à la différence des garçonnets, regardent avec des yeux tout ronds les scènes folles qui les entourent. Mais la pluspart des fillettes sont, tout comme les garçonnets, ravies de pouvoir faire le mal sans en être punies pour autant.

 

Pfuit, je sens quelque chose qui m'arrive dans le dos. Heureusement, l'eau, dans le pistolet de mon ennemi, avait eu le temps de prendre la température ambiante, et ce n'est donc pas un grand choc. Je me retourne: deux adultes souriants et un petit garçon qui, fièrement campé sur ses deux jambes, un fusil à eau plus grand que lui, admire le travail. Je l'arrose de retour et file, avant qu'il ait le temps de recharger son arme.

 

En courant, pour échapper aux représailles, je bouscule une jeune femme qui chancelle et que j'aide à se redresser, en lui présentant mes plus vives excuses. Elle est ravissante, vêtue de telle manière qu'elle déclenche en moi les pensées les plus inavouables, et armée d'un autopompe portable qui doit lui permettre d'arroser la Thailande entière. J'apprendrai plus tard, quand je la reverrai à Mandalay, un mois plus tard, qu'elle voyage seule, qu'elle s'appelle Su, et qu'elle est Coréenne.

 

14:02 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

21/06/2006

Le lendemain de la veille

Il doit être sept heures du matin, à tout casser, quand je me réveille. La nuit a été calme, et j'ai enfin bien dormi. Ca faisait longtemps... De temps à autre, le bruit d'un moteur torturé de tuk-tuk, des aboiements lointains, auquel un chien proche répondait parfois. Le bruissement de mon ventilateur couvrait tout.

 

Je suis rentré d'avoir pris mon verre et de ma promenade à travers Khaosan, ai repris une douche, puis ai mis un peu de musique avec mon VAIO. Un truc merveilleux, faussement ancien - "in the old style", selon Schnittke - qui m'avait été offert, noël dernier, par Julia. Je n'ose pas trop souvent, en tout cas, pas trop fort, jouer de la musique classique, dans le coin, vu que ça déprime les locaux. Mais là, j'étais seul dans ma chambre, dans le gueshouse endormi, bien tranquille, mon Michelet à la main. Fin de l'opus, fin d'un chapitre de Michelet. Brossage des dents, extinction des lumières.

 

C'est curieux, cette affaire de la musique classique qui déprime certaines peuplades: comment diable, une symphonie, ou une sonate, jouée par un orchestre symphonique pourrait-elle faire pleurer une maison entière? Oui, bon, si c'était du Sibelius, je ne dis pas; mais ce serait tellement c'est mauvais. Pauvre Sibelius, comment peut-on, quand on a dix ans, l'adorer à un tel point, avant de le remettre à sa vraie place, par la suite? Il faut supposer que les enfants ont mauvais goût.

 

 Quand j'étais gosse, au Congo, mon père avait vu arriver un jour une délégation des boys, l'air dolents, venus le prier de ne plus jouer de musique classique à la maison, quand ils nettoyaient, tant cela les rendait triste. Si c'était possible, il était prié de réserver ses crises classiques aux fins de soirée, quand les boys étaient rentrés chez eux.

 

Un, puis deux tuk-tuk pétaradants passent dans la rue à côté; bientôt un troisième. Le jour se lève. Je me redresse et décide qu'il est temps de se doucher. L'eau a eu le temps de refroidir dans les tuyauteries, et j'ai enfin droit à la douche froide dont je rêvais. Il aura fallu attendre le grand age et mon arrivée en Asie, pour que je découvre le plaisir qu'il peut y avoir à se doucher d'eau froide. Je me savonne et me rince, sous le filet qui s'éparpille par la pomme d'arrosage, me rase, prends un Tshirt et une paire de shorts usés. J'emballe mon téléphone dans le sachet qui m'a été donné le soir précédent, par une serveuse - mignonne, je dois dire. Tiens, je ne lui ai pas demandé son nom. J'emballe, dans ma banane, mes papiers, la photocopie de mon passeport et descend à la salle de petit déjeuner, prêt à affronter les cérémonies du nouvel an.

 

D'abord, quand même, je m'offre un petit déjeuner - minimal, vu la chaleur, mais quand même.

-the usual?

-Hi, the usual, yes, thank you.

Rien de bien compliqué, ni de bien consistant: du thé, deux toasts, un jus d'orange. Je suis ainsi paré pour la journée. Enfin, non, je mens: la journée entière, je la passerai, tout en vaquant à mes affaires, à picorer d'un étal à l'autre. La nourriture des cantines de rue est délicieuse; son parfum, toujours prenant. Je ne puis jamais dire non. Bébés poulpes, dans une sauce piquante, poulet, ou simple thai pad avec un oeuf et des tonnes de piment, tout est bon. Je me demande comment je parviens à rester aussi maigre, en bouffant autant. Tant mieux, après tout. Ca doit certainement être bon pour le coeur.

 

Les cérémonies du nouvel an bouddhiste, si on les décrit de manière officielle, donnent une certaine impression d'innocence, de décence et de calme tout à fait louables, bien adaptés à l'image qu'on se fait des pays du Sud Est Asiatique: le matin du nouvel an, les anciens aspergent les jeunes d'eau bénite par l'un ou l'autre moine particulièrement vénéré, en témoignage d'affection. En retour, les jeunes de la maison aspergent les ainés de la même eau, en témoignage d'affection et de respect. Ensuite, toute la famille se réunit devant le temple familial et asperge l'autel du temple en témoignage de respect aux dieux lares et aux dieux du panthéon bouddhiste. Ces différentes aspersions sont supposées se faire avec une espèce de petit balai faisant office de goupillon, qui asperge les fronts recueillis et penchés de la petite famille, mais pas trop.

 

Rien de plus charmant et de plus tranquille, on le voit.

 

En réalité, dès les premières lueurs de l'aube, des étals se sont installés partout dans la ville, et des commerçants vendent toutes sortes d'armes à eau, du petit pistolet de mon enfance, à peine capable de tirer cinq ou six jets, à deux mètres tout au plus, avant de devoir être rechargés, à des imitations de mitrailleuses Gatling, avec un réservoir portable de cinq litres, que l'on porte sur le dos, et qui tirent, à vingt mètres, des rafales qui durent un temps infini - de quoi noyer une belle doche.

 

Pour le dire en court: très vite, la fète du nouvel an bouddhiste va dégénérer en lupercales aquatiques.

 

La matinée reste calme - sauf que les achats fiévreux d'armes à eau laissent présager du pire. De longs défilés de chars, sur lesquels sont juchées des statues de Bouddha, ou des moines aspergeurs, parcourent les rues de Bangkok. Le petit peuple s'accumule sur le côté les chars qui avancent lentement, s'agenouille devant les moines, et l'aspersion sacrée a lieu.

 

 

Pendant ce temps, les enfants gloussent sottement, bondissants d'envie devant les pistolets à eau, pas encore déballés, mais déjà achetés par les parents. Ils remplissent d'eau de gros barils de plastique, et les plus malins ajouteront au dernier moment, un peu après midi, des glaçons, ou de gros blocs de glace, dans l'eau.

 

Tout est prêt. Pour les gens normaux, il est temps de rentrer, avec de quoi manger et boire pour les trois prochains jours. Pour les autres, la bataille s'annonce.

 

Je me suis acheté, pour une somme modique - cent Bahts - un pistolet tout ce qu'il y a de plus normal, avec un réservoir qui doit me permettre de tenir quelques échanges, au cas où. Ca peut paraître bien guerrier, mais j'ai, ces dernières années, tout essayé pour pouvoir, à la fois, me promener et rester sec, les jours de nouvel an: si on s'habille genre sérieux, c'est ressenti comme de la provocation, et on vous tire dessus. Si on est en Tshirt, c'est ressenti comme une invite, et on vous tire dessus. Si vous n'avez pas d'arme, c'est - de toute évidence - une ruse, et on vous tire dessus le premier, à tout hasard. Si vous avez une arme, bin c'est que vous êtes venu pour ça, non?...

 

Bref, aucun espoir d'échapper aux lancers de flotte. Autant faire avec, et rendre coup pour coup.

 

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20/06/2006

De mon chez moi à Indochina

A peine sorti de ma chambre, où j'avais mis en route le ventilateur, et les escaliers descendus, je me retrouve dans cette bonne chaleur humide du soir, légèrement moins intolérable quand la menace de la pluie s'éloigne. Devant la porte de la guesthouse, sont plantées des échopes vendant de tout et de rien, et deux terrasses de restaurant préviennent toute circulation dans la ruelle que je parcours maintenant. Parfois, le soir, une voiture doit retourner à son garage, à côté de la guesthouse, et il faut déplacer les chaises bancales, les tables rouillées. Mais rien de ce genre pour le moment.

 

Je passe près du restaurant qui bloque l'entrée de la ruelle et hume des parfums qui me donnent l'eau à la bouche. Parce que j'ai une mauvaise nature, je bloque une petite fille, sur son splendide chariot à roulettes, en plastique rouge et blanc, et qui tente d'avancer en arrière, sans regarder derrière elle. Les parents rient. Le petite fille pousse quelques grognements indignés, jusqu'au moment où je la laisse aller. Je la dépasse, toujours concentrée sur la conduite de son chariot, souris aux parents qui me sourient de retour, et me voilà traversant la grand rue, prenant une autre ruelle - un coupe gorge, plutôt, dans lequel toutes les familles qui y habitent prennent le frais - traversant une dernière petite rue. Je suis à l'entrée de Khaosan, visiblement bien achalandée ce soir: la foule déborde et, dès avant les barrières qui bloquent Khaosan le soir, il y a des carrioles de restaurants. L'air embaume d'odeurs de cuisine.

 

Dépendant des mois, des saisons, les touristes sont européens, australiens, américains, japonais ou coréens. Nous sommes dans un mois jaune, de toute évidence, avec, de ci, de là, des taches australiennes pour faire joli. Je passe les groupes arrêtés devant l'une ou l'autre cantine de rue, la musique gueule partout, les néons flambent.

 

 

Je passe à travers tout cela, tout en regardant du coin de l'oeil les rares jolies touristes, les nombreuses jolies indigènes, les nouvelles boutiques, la nouvelle disposition de l'un ou l'autre bar. De toute évidence, au vu des publicités gueulardes, et des serveuses habillées dans un uniforme idoine, la Sapporo essaie de se faire une niche ici. Contre la Chang et la Singha, je lui souhaite bien du bonheur...

 

Khaosan passée, je tourne à droite et m'arrête chez mon habituelle bobonne à jus de fruits. Elle est la première qui, il y a trois ou quatre ans, avait senti la niche du jus d'orange, pur, frais pressé devant le chaland, etc... Vu le succès phénoménal que son produit a rencontré, elle a placé sa soeur, son fils, sa fille à tous les coins stratégiques du quartier, avec un presse fruit industriel, des montgnes d'oranges et un petit chariot. Aujourd'hui, il doit bien y avoir, dans le quartier, une cinquantaine de marchands de jus de fruits, et ils font tous leur beurre, tout en vendant leurs bouteilles de jus d'orange pour un modeste 25 Bahts. Pas grand chose.

 

Elle me salue d'un grand sourire et d'un Sawadeee aimable, et sort, sans poser la moindre question, une bouteille que je paie, me l'ouvre et me plante une paille dans la bouteille. Je suis connu. Je savoure ma bouteille, tout en lui faisant dire les dernières nouvelles du quartier. Le jus d'orange a un goùt bien particulier, en Thailande: comme si c'était un mélange d'orange et de mandarine. Délicieux, en tout cas. 

 

 

(la femme la plus photographiée de BKK, je parie).

 

Notre bavardage tranquille est interrompu à chaque instant par un client. Les affaires marchent; tant mieux. Son coin de trottoir est collant et chaque soir, avant de partir, elle nettoie soigneusement les alentours. Ca, c'est du civisme. Nos mémères à chiens-chiens devraient en prendre de la graine.

 

Bouteille finie, je quitte ma copine, après lui avoir tendu mon cadavre de plastique, et me dirige vers ma destination. Un bistrot tranquille, dans une soi qui continue Khaosan, faisant le tour d'un temple. On passe une multitude de guesthouses, aux terrasses bourrées de touristes australiens, ou coréens, un coin à gauche, un coin à droite. Voici ma rue, qui visiblement voit se multiplier les bistrots un peu tendance. Je cherche le mien: Indochina, me voici. J'y entre. Ambiance calme et climatisation plus ou moins efficace. Mais chaque fois davantage de monde. Oui, le succès est au rendez-vous. Tôt ou tard, si je veux ma paix, j'aurai à chercher ailleurs, plus loin, de l'autre côté du Chao Praya, sans doute. Enfin, pour le moment, ça va encore. Et je vois que je suis le seul de la bande.

 

Jeremy, le bistrotier qui bavardait avec un client, que je connais vaguement, me voit du coin de l'oeil, s'interrompt et me salue. Je m'installe et, alors qu'une jolie serveuse qui se tenait au garde à vous près de Jeremy vient prendre ma commande, je demande une Chang, tout en demandant si les copains sont là.

 

Non, personne.

 

Deux sont partis, il y a peu, pour un visa run, à la frontière birmane, probablement, et seront de retour dans les prochains jours. Le troisième, on croit bien qu'il est sur les îles, mais sans guarantie. Vu le temps depuis lequel j'avais disparu, personne ne m'attendait vraiment. Et puis, je n'avais pas exactement fixé de date de retour. Mais cependant, Jeremy croit se souvenir que tout ce petit monde parlait d'aller faire une tournée vers le Cambodge, prochainement. Sans guarantie, là encore.

 

Dépité, je termine ma bière, en me disant qu'il n'y aura pas grand chose à faire ce soir, sinon rentrer m'étendre, lire quelques pages, et enfin dormir un peu confortablement. Ca me changera. J'ai l'histoire de la révolution française de Michelet, entammée il y a plusieurs semaines et pas encore finie. J'en suis au milieu du deuxième volume, d'une édition de la Pléiade qui a bien souffert de l'équipée philippine: le dos a disparu. Quant au premier volume, dans un état similaire, les pages gondolées d'humidité, avec probablement des invasions de champignons, le dos détaché, il fait la fierté d'une guesthouse, quelque part dans la région de Tacloban. Ce doit être le seul volume imprimé en français, possédé par la ... hmmm ... disons, la "bibliothèque"... de la dite guesthouse...

 

Je paie la fille qui me tend, outre ma monnaie, un sachet plastique aux couleurs de la bière Sapporo, avec une cordelette permettant de le fermer. Je regarde la serveuses deux secondes, interloqué, et me souviens soudain que le nouvel an thailandais est pour dans pas trop longtemps - d'où le sachet, bien utile dans ces circonstances. Alors que je me lève, lui laissant quelques pièces, je lui demande quand le nouvel an commence; elle me répond, avec un grand sourire, que c'est demain, et Jeremy qui entend notre conversation ajoute, toujours le verbe haut, qu'il fermera ces trois jours qui viennent. J'ai bien choisi mon moment pour arriver en Thailande...

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19/06/2006

De Dong Muang à Bangkok

Bon, c'est pas tout, ça. Avant de prendre mon bus C, et d'arriver à l'hôtel où je prendrai une douche bienvenue, faut sortir de l'aéroport. Passée la sortie du tuyau qui joignait l'avion à l'aéroport, je marche le long du couloir jusqu'à une salle immense où les petits comptoirs de la police aéroportuaire ont été établis. Il y a une bonne vingtaine de ces comptoirs occupés par les fonctionnaires idoines en uniformes bruns, qui vérifient les passeports et, le cas échéant, les visas.

 

Depuis que j'ai obtenu mon dernier passeport, il y a plus d'un an, un assez grand nombre de cachets sont venus s'y accumuler, si bien que la vérification de mes documents d'identité est devenue méticuleuse. Ajoutons que, après l'équipée que je viens de vivre dans l'archipel des Philippines, la photo de mon passeport n'est plus tout à fait représentative de mon visage, ce qui permet au douanier de me regarder d'un oeil particulièrement suspicieux. J'ai pris pas mal de couleurs, et ai perdu pas mal de kilogs. Enfin, bon, comme je ne suis, apparement, ni terroriste musulman, ni passeur de drogue, du moins, comme je n'ai l'air ni d'être l'un, ni d'être l'autre, le policier me laisse passer, après m'avoir photographié et avoir écrasé son cacheteur sur une page encore vierge de mon passeport.

 

-Welcome to Thailand.

-Thank you, Sir, have a nice day. Bye.

 

Me voici maintenant à descendre une volée d'escaliers jusqu'au carroussel où les bagages de mon vol sont déjà en train de tourner. J'y retrouve ma voisine d'avion qui me resalue d'un wa vite fait sur le gaz - elle avait mieux choisi son flic, pour le passage de la frontière - et part avec un chariot plein jusqu'à hauteur de ses épaules.  Je retrouve ma petite valoche et démarre à mon tour. Le douanier me fait passer d'un geste las, par le couloir "rien à déclarer", alors qu'ils sont à trois à commencer s'occuper de ma voyageuse lourdement chargée. Me voici enfin sorti d'affaire.

 

Il est bientôt sept heures du soir, mon bus C passe aux heures rondes et demies, je dois me presser. Il faut encore passer, sans me faire harponner, au travers de la nuée de rabatteurs qui cherchent le client à conduire en ville, puis j'arrive devant la petite guérite aux billets de bus. Juste à temps: mon C arrive, bruyant, brinqueballant et probablement glacial à l'intérieur. J'en frémis d'impatience. Billet acheté, je me précipite dans le bus, jette mon bagage dans l'espace réservé et m'écrase sur une banquette de skaï qui se trouve juste en dessous de la soufflerie de la clim'.

 

C'est le paradis.

 

Les quelques minutes que j'ai passé dehors, dans la chaleur lourde et polluée au possible de l'aire d'arrêt des voitures et des bus, a suffit pour que je sois en nage. Je rêve d'une douche froide.

 

Le bus attend quelques instants, le temps qu'une douzaine de passagers s'installent, puis démarre, roule au terminal national, quelques centaines de mètres plus loin, s'y arrête pour n'y prendre personne, et enfin s'élance vers la ville.

 

Quelle que soit l'heure, à Bangkok, en ce qui concerne le trafic, on a toujours le sentiment qu'on est malheureusement tombé à l'heure de pointe. Et puis, s'il pleut, les choses empirent considérablement. J'ai ainsi le souvenir d'avoir été dîner avec une amie un soir d'orage et, en revenant après le repas, avoir noté une voiture qui, le temps du repas, avait avancé de tout au plus cinq mètres...

 

Quand on roule à six heures du matin, sur la section d'autoroute payante qui va de l'aéroport à la ville, ça roule bien, mais serré; quand on roule le soir vers les dix heures, idem. Quand on roule vers midi, idem encore. Pendant ce temps là, sur la route non payante qui se trouve en dessous de l'autoroute à péage, rien ne bouge. Bon, il ne faut pas oublier que Bangkok compte près d'une dizaine de millions d'habitants, dont un pourcentage non négligeable est propriétaire de voitures, de mobylettes, de motos, de pick-ups ou de vélos.

 

De plus, il y a encore quelques éléphants qui se promènent, affairés et plus ou moins bien guidés par leur cornac, dans le trafic. Les coups de klaxon les horripilent et il n'est pas un conducteur qui songerait à exciter les énormes pachydermes. Les carrossiers sont hors de prix.

 

Là, je roule - enfin: mon bus roule - dans le bon sens. En début de soirée, en allant vers le centre, j'évite les bouchons de la sortie de la ville. L'autoroute urbaine sur laquelle je roule est chargée, mais rapide. Raisonnablement rapide, du moins.

 

On ne roule jamais vite, ni dans le Sud Est Asiatique, ni en Thailande, ni à Bangkok, et le chauffeur prudent surveille sa gauche comme sa droite, ainsi que les mouvement suspects dans la distance, loin devant, ou près devant.

 

La manière dont les conducteurs locaux changent de bande, sans jamais le signaler, et trop souvent sans même vérifier s'il y a ou non un voisin à hauteur de leur véhicule, témoigne du fait que les tarifs des carrossiers ne sont pas encore assez élevés. Ou alors, influencés par le bouddhisme indien, les conducteurs Thailandais, se sentant malheureux dans leur vie actuelle, venant à l'instant de gagner des mérites au temple voisin, espèrent par une prompte mort être réincarnés dans un meilleur avatar?

 

Moins d'une heure après, je suis arrivé à Democracy Monument, à deux pas de Khaosan. Tout au long de la route, j'ai sommeillé, mais depuis Victory Monument, je suis attentif à sauter hors du bus dès que ça m'arrangera, donc, un peu avant Khaosan.

 

A l'endroit idoine, je prends mon bagage et je descend pour faire la centaine de mètres qui me séparent de ma gueshouse. A peine sorti du bus, je reçois comme une claque la chaleur lourde de Bangkok et, après avoir pris quelques secondes pour me réhabituer, marche d'un pas tranquille jusqu'à mon presque "chez moi".

 

Au comptoir, je suis un homme connu, d'autant plus que j'ai toujours la correction de signaler mon arrivée quelques jours à l'avance, ce qui permet à la propriétaire de la petite gueshouse défraîchie où j'ai mes habitudes de n'avoir, avec moi, jamais de mauvaises surprises. On est jamais autant serviable qu'avec les gens qui ne réclament aucun service particulier, et je n'en réclame jamais. Du coup, j'ai toujours droit à une chambre parfaite - enfin, parfaitement propre, tout au moins - au troisième étage sans ascenseur: pour le prix d'une double, on me donne automatiquement une triple, au bout du couloir, à deux pas de l'oratoire de la maison.

Le matin, je suis réveillé vers les sept heures, par l'odeur de l'encens qui se consume devant les statuettes des dieux domestiques, et j'imagine en faire partie.

 

Quant à la position au troisième étage, ça me fera, avec le temps, un derrière de travesti brésilien, vu les marches.

 

Arrivé comme d'habitude, après avoir prévenu, je prends ma clé, monte à ma chambre, ferme la porte et mets la sécurité: la confiance rêgne, mais aucune raison de tenter le diable. J'arrache mon polo déjà dégouttant de transpiration, mes shorts, mon slip, jette mes chaussures dans un coin, d'un coup de pied et, après avoir sorti ma trousse de toilette, vais sous la douche qui ne sera pas froide, en cette fin de journée, mais qui me rafraîchira quand même. Ensuite, je me rhabille de ce que j'ai encore dans ma valisette - une autre paire de shorts, un autre slip, un T-shirt banal - et je redescend, dépose ma clé au comptoir et mon linge sale auprès de Fôn, ma bonne préférée, puis file dans la rue, pour aller à mes affaires. Il est maintenant huit heures passées, les copains seront là où on les trouve toujours: au bistrot.

 

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18/06/2006

Arrivée à Dong Muang

Le départ de Manille est bien dans la droite ligne de ce dernier séjour passé aux Philippines. La chaleur, dans l'aéroport vieillot, est épouvantable, la clim' est en panne, la fouille des douaniers est destinée à humilier tous ces salauds qui ont le culot de pouvoir se payer un billet d'avion.

 

Les passagères sont, parmis les passagers, celles qui subissent les pires avanies - de la part de douanières grassouillettes et moustachues, cependant. La séparation des sexes, ordonnée par l' IATA, reste en vigueur. En fait, il est probable que la méchanceté naturelle des filles s'exprime de manière autrement plus libre quand elle peut s'exprimer envers une autre fille. Finalement, entre mecs, lors du passage des douanes, on s'entend bien: tout est bon pour éviter la castagne. Tout comme, au cours du service militaire, un bon gros pêt détendait l'atmosphère (ou bien un concours de pêts enflammés - je suis persuadé que chez les filles, si elles avaient un service militaire, elles ne feraient jamais de concours de pêts enflammés). Ici, un simple demi-sourire fera l'affaire. Les hommes n'ont pas la rancune tenace, sauf les pédérastes, et peut-être certains politiciens français. Bref, nous sommes finalement vite sortis d'affaire, nous, les passagers, quand les choses durent plus que nécessaire pour les passagères.

 

Le vol, est-il vraiment nécessaire de le signaler, est en retard. L'avion a eu tout juste le temps de décoller, que les premières turbulences nous harponnent et ne nous abandonneront pas jusqu'au Viêt Nam. Les Philippine Airlines nous ont fait la grâce de nous embarquer dans un vieil Embraer poussif, qui semble hoqueter tout le temps de son vol et les passagers sont tous bien pâles. Une hôtesse de l'air, marchant presque à quatre pattes, nous distribue des boissons. Le but est certainement louable; il s'agit de nous rafraîchir... mais, à peine rempli, le verre s'envole usuellement sur les genoux du voisin.

 

Heureusement, l'avion n'est pas trop plein; je suis sans voisin, mon verre, promptement vidé, en partie sur mon polo, est maintenant posé sur la tablette du fauteuil à côté du mien. J'ai bien choisi ma rangée qui se trouve avant l'attaque de l'aile. J'ai le nez au hublot, admirant la vue merveilleuse des îles qui parsèment la Mer de Chine, alors que nous montons péniblement.

 

Tant qu'on ne sait pas à quoi correspondent ces îlots, on peut imaginer tout un monde paradisiaque, des yukulele, des palmiers, des noix de coco, des filles de rêve, aux jambes infinies, vous tendant des colliers de fleurs, des plages au sable fin, une mer à l'eau transparente et habitée de myriades de poissons curieux et joueurs. On a tort. On oublie les insectes, l'épouvantable saleté, la mendicité agressive, le reste.

 

Nous nous arrêtons le temps d'une escale à Saigon - enfin, on appelle ça Ho Chi Mihn Ville, pour le moment. Je suis curieux d'imaginer comment la ville aura été rebaptisée, dans trente ans. Saigon, en tout cas, c'était joli - le nom, je veux dire. Quant à la ville, j'en parlerai une autre fois.Nous sommes ici à l'aéroport, en bout de piste, avec une échelle mobile qui arrive, suivie d'un bus poussif. Nous restons bloqués dans l'avion dont la climatisation fonctionne à plein rendement, pendant qu'une douzaine de passagers viennent s'installer, qui en business, qui en économique. Une jeune femme, chargée d'un énorme bagage de cabine, s'arrête à ma rangée, lit avec attention le billet qu'on lui a donné au check in, me sourit alors que je déplace tout le bazar que j'avais empilé sur le fauteil voisin, s'assoit à côté de moi et me gazouille ses salutations, accompagnées d'un wa dont elle peut déjà prédire qu'il sera bien mérité, puisque je vais l'aider à planquer son bagage loin, loin, loin, au fond de l'avion, sous la surveillance d'une autre hôtesse de l'air: aucune envie de voir tomber sa caisse sur moi, pendant le vol. Je me précipite donc auprès de l'hôtesse, alors que déjà les réacteurs redémarrent, avec son colis à la main, afin qu'on le fourre je ne sais où, à l'arrière. Je ne sais pas ce qu'il y a dans ce "bagage de cabine", mais ça pèse des tonnes.

 

Après l'escale de Saïgon, il était prévu qu'on aie un petit kekchose à grignotter. Vu que les turbulences s'apaisent, on peut manger tranquille. J'aide ma voisine à abaisser sa tablette, ce qui lui permet de me gratifier de quelques wa supplémentaires, et retourne au hublot, le repas expédié. Les vibrations de l'avion et quelques manoeuvres me font soupçonner la descente vers notre destination. Très bientôt, l'hôtesse vient récupérer les plateaux repas, nous prie de redresser notre siège, les manoeuvres s'intensifient, les ailes tremblent et s'allongent, la descente devient manifeste.

 

L'arrivée à Dong Muang reste un spectacle magique, même dans un avion aussi brinqueballant que celui dans leque nous descendons vers l'aéroport. Dong Muang est au nord de Bangkok; notre vol vient du sud, et passe sur Bangkok, à moins de mille mètres, toujours en descente. Quand on arrive du Sud, passant donc au dessus de Bangkok, avant l'arrivée à Dong Muang, le jour, on voit les toits vernissés des temples et des pagodes briller soudainement, dépendant de l'angle que les tuiles font avec le soleil, vous rappelant qu'il n'est pas un quartier de Bangkok et de sa banlieue, qui n'aurait pas l'honneur et l'avantage d'avoir son temple, ses temples, sa pagode ou son monastère. La nuit tombée, les guirlandes de lumières, oranges, bleues, rouges ou vertes, clignotantes ou non, qui ornent les bâtiments, dès qu'ils font plus de cinq étages, nous font convenir que le mot "kitsch" a atteint, dans le Sud Est Asiatique, de nouveaux sommets.

 

Nous sommes en fin de journée, et le soleil bientôt rasant, illumine notre arrivée, la ville qui s'étend à perte de vue, les temples et les monastères. L'avion se pose avec une telle brutalité que l'on peut se demander si on a atterri, ou si on a été abattus par la DCA. Pendant que le pilote, ou son acolyte, nous explique qu'il a été ravi, ainsi que Philippines Airways, de nous conduire à destination, où la température est de trente deux degrés, et où il est telle heure, nous roulons jusqu'à un de ces tuyaux avaleurs de passagers. Les réacteurs se taisent, nous nous levons. Ma voisine me pépie je ne sais quoi, qui a probablement à voir avec son bagage. Je fais signe à l'hôtesse - ce qui me fait bénéficier d'une rafale de wa supplémentaires - quitte mademoiselle qui m'a l'air très satisfaite de mon aide, et file dans le bâtiment climatisé, vers le passage de la frontière, les carroussels de bagages, les douanes, et mon bus C, mon adorable bus C, qui me conduit fidèlement, chaque fois que je viens à Bangkok, à Khaosan.

 

C'est un vieux coucou, certes, que ce bus C, mais quand on sort du bâtiment de l'aéroport, très raisonnablement climatisé, et que l'on tombe dans le hammam du dehors, on s'écroule dans ce vieux bus, climatisé, avec le plus grand plaisir. Pour cent Baht, on file le long de l'autoroute supérieure, une petite heure, deux ou trois heures, quand on arrive à l'heure de pointe, ou quand il pleut, et on arrive à Democracy Monument. Mon gueshouse est à deux pas. Oublié, Manille, bonjour Bangkok.

 

23:03 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Introduction

Bonjour ami lecteur, je m'appelle Pascal. 

 

La petite boite qui apparaît, quand on crée le blog, et où l'on est supposé se présenter et présenter son blog, est peu propice aux épanchements, je trouve. Donc je viens parler de moi dans un premier message. Une fois n'est pas coutume (ouai, enfin, je me suis rendu compte que je ne faisais que ça, dans ce blog, parler de moi... Bon, un endroit n'est pas coutume).

 

Je me promène depuis quelques temps à l'étranger. Mes endroits de prédilection sont la Birmanie, le Cambodge, la Thailande, le Viêt Nam, et les îles qui vont de la côte du Sud Est Asiatique, jusqu'à l'Archipel Bismark. Je ne suis pas hostile à un passage, à l'occasion, dans le nord de la Malaisie. L'île de Penang est charmante; Kuala Lumpur est délicieuse.

 

J'évite, autant que faire se peut, les Philippines, vu tous les désagréments du pays, les moustiques enragés de faim, les péripatétitiennes exigeantes, les couteaux qui volent, les flics pourris pire encore qu'au Congo.

 

J'aime caboter le long des côtes indonésiennes: il y a des jours où les requins sont calmes, où les pirates se reposent, où les cannibales sont repus et où la mer est étale. Alors c'est merveilleux. Sinon, on y meurt souvent ailleurs que dans son lit.

 

Je voyageais depuis quelques temps déjà quand une amie m'a demandé pourquoi je ne faisais pas un blog. Je ne connaissais pas; elle m'a fait la grâce de m'expliquer. Voici donc un blog. J'espère qu'il vous amusera.

 

Puisqu'il faut commencer quelque part, et couper nettement entre l'avant et le maintenant, mon retour des Philippines, et mon arrivée à Dong Muang feront une très jolie coupure.

 

Mon histoire commence donc un jour où je quittais Manille, avec un petit avion biréacteur, secoué dans les nuages, pour revenir à la porte du Sud Est Asiatique: Bangkok.

 

Maintenant, j'écris la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et j'espère qu'il fera beau.

21:46 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |