28/06/2006

Vers Angkor

La soirée a été... arrosée, tout comme la précédente, finalement. A deux Bahts la recharge de un litre d'eau (température normale, je ne suis pas un monstre), j'ai dépensé vingt Bahts... J'ai dû arroser la moitié des passants armés, qui n'avaient pas le temps de me viser, ai été plâtré de tanaka, en ai couvert le visage d'un flic, même, une fois. Je n'en suis pas certain, mais je crois bien que même les moines bouddhistes, hautement respectés et couvert d'une immense toge aux plis multiples, sortaient de temps en temps un bras au bout duquel un objet de plastique coloré pendant projetait de l'eau. Même eux. Les filles qu'on aspergeait, après qu'elles vous aient sauvagement agressé par derrière, poussaient des cris aigus, et les katoeis encore davantage. Je ne sais pas encore si ce type de hurlement perçant veut dire "stop", ou "encore".

 

Les fêtes de nouvel an se termineront aujourd'hui, mais il est six heures, et je me réveille vaguement nauséeux. La bière, ici, ne me réussit pas. On peut, en Belgique, boire trop et se réveiller le matin en souhaitant faire un grand pipi. Ici, la chaleur vous assomme, quand vous buvez trop. J'ai pris deux bières, et c'était une de trop. Bref, je me lève piano, piano. La nuit précédente, quand je suis rentré, il était à peine minuit, mais les flics surveillent, rapport aux attentats que les minorités musulmanes perpètrent contre tout ce que la Thailande compte de non-musulmans. La soirée allait donc vers sa fin, l'arrosage se calmait, on commençait à rentrer chez soi. J'ai encore un peu traîné, ai pris un verre dans un bistrot où ça chantait faux, suis rentré dans les pénates, ai pris une douche... Je craquais presque, aux jointures, en montant les étages, tant j'étais plâtré. En tout cas, pas de taches dans le lit aux draps bleu marine.

 

Ce matin, je range ma lessive toute proche, mets enfin un polo frais, de nouveaux shorts, jette un tshirt qui ressemble maintenant à une serpillère. On voit, à travers les couches terreuses qui le masquent, le drapeau du Laos.

 

Mon baluchon est fini, j'y ai mis ma brosse à dents, mon blaireau et mon rasoir, au dessus de tout, ainsi que mon bouquin en cours de lecture - un Michelet. Il est temps de descendre, bientôt sept heures, pour prendre mon petit déjeuner. Puis, j'irai, ma valisette me suivant sur ses bruyantes roulettes, jusque devant l'agence de voyage où je suis convoqué à sept heures trente. Après, hop là dans un minibus, vers la frontière cambodgienne.

 

Le riz du matin, deux tasses de thé, je paie, me lève, me voilà parti. Alors que j'attends devant la vitre, maculée de boue, de mon agence, je vois courir de gauche à droite, et de droite à gauche, le long des fils électriques, un couple d'écureuils gris. Nous sommes au milieu d'une ville de pisé, de béton, de pierre, où la nature est invisible, et... voilà des écureuils... Bon, ce n'est pas Seura Saari, dans Helsinki, mais ça me touche.

 

Un appel, ah, c'est mon rassembleur de voyageurs. Il arrive jusqu'à moi, et me demande si je suis bien le bonhomme qui va à Siem Reap. Oui, c'est bien moi. Bon, bin suivez moi. Je fais donc. Devant une autre agence,cinquante mètres plus loin, on récupère deux Japonaises, avec des sacs aussi grands qu'elles, et les jambes Louis XV, puis une famille coréenne composée d'un père rondouillard, d'une mère grassouillette, et de deux demoiselles aussi larges que hautes. Inutile de dire que les deux groupes vont s'ignorer tout le temps du voyage. Nous continuons jusqu'à un gros bus raisonnablement climatisé, dans lequel nous allons, finalement, nous retrouver à une vingtaine. Vroum, ça roule. Nous voilà partis vers le sud, à travers le début d'embouteillage que Bangkok connait jusqu'aux petites heures, les jours de nouvel an... jusqu'au moment où nous rejoignons un péage de l'autoroute urbaine qui nous permettra de sortir, via le Nord, pour ensuite obliquer vers l'Est et enfin rouler dans la nature. Ca fera plus ou moins quatre heures, pour arriver à la frontière. La route est belle, mais lente. Nous passons des villages composés d'une barre de magasins avec un logement au dessus, et de quelques maisons dispersées. Ici et là, un troupeau de vaches maigres qui paissent dans un pré, ou un couple de buffles qui patauge dans les rizières, ou qui traverse une rivière à la nage. Alors, on ne voit plus que leur tête. Tout au long de la route, chaque fois que nous ralentissons, les gosses arrosent le bus aux cris de Happy New Year. Midi approche, et je ne veux même pas imaginer comment ça dégénère à Bangkok: ils en sont à la lance à incendie?

 

Chaque fois que nous passons devant un temple, le conducteur lache le volant et fait un wa bien naturel, mais bien inquiétant, quand le bus oblique vers le fossé. Une pause repas, pendant laquelle le conducteur et son copain vont porter les passeports à la frontière, et reviennent avec les visas (trente dollars, au lieu des vingt que ça coûterait si on avait traîné une semaine de plus à Bangkok; ça vaut la peine). Ensuite, ce sera le passage de la frontière. Après, à la grâce des dieux.

 

Repas fini, nous reprenons notre bus, sur la route impeccable, vers la frontière qui doit être à dix minutes maintenant.

 

 

19:31 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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