23/06/2006

Pause

Plutôt que de m'enfoncer dans les orages, je bifurque et file vers le Sud. Je traverse la place où trône le vilain Monument à la Démocratie, qui marque la frontière du quartier des routards, et pars me promener vers Chinatown. J'ai le temps d'y arriver, en marchant tranquillement: il y a probablement dans les huit à neuf kilomètres. Sous le soleil de plomb, dans la lourde chaleur de l'après midi, j'ai intérêt à ne pas oublier le ravitaillement régulier en eau potable.

 

En tout cas, au bout de deux cents mètres, il n'y a plus que de rares tuk tuk, quelques voitures, des groupes éparpillés d'enfants en embuscade, l'arme au poing, attendant le passage d'un falang, ou d'un pick-up qu'ils pourront arroser. Vu que le falang, dans ce cas précis, c'est moi, et que les gosses qui me voient dans la distance ont comme un air gourmand, je fais d'assez grands détours par les petites soi, le long des klongs dont l'eau croupie ne donne pas toujours un sentiment de propreté parfaite. L'odeur est parfois difficile à soutenir, quand on s'éloigne du Chao Praya. Et j'y vois, tout comme dans le Chao Praya, toujours un groupe de gosses qui y plonge... Beurk.

 

En contrepartie, je tombe sur des temples que je n'avais jamais vu, d'où sortent des nuages d'encens.

 

Après quelques temps et quelques détours, rapport aux gosses en embuscades, je débouche sur le marché au fleur, qui fonctionne au ralenti, à cette heure. A l'extérieur de la halle, ce sont des magasins où l'on monte des couronnes funéraires, principalement. Il y a aussi, tout comme à l'intérieur, des grossistes, et tout embaume. Nous sommes en début d'après midi: tout le monde termine de déjeuner, quelques portefaix se sont remis à la tâche, la plupart des petits commerçants ont disparu dans les maisons avoisinantes, pour une sieste, laissant les tables croulantes de fleurs sous la surveillance d'un préposé.

 

Un peu plus loin, le marché aux légumes, qui tourne au ralenti, lui aussi, mais avec quand même un peu d'action. Il y a un groupe de moines qui, après avoir dit une cérémonie de bénédiction sur le marché, se prépare à rentrer au temple, les bras pleins de fruits et de légumes qui seront, sans nul doute, bien utile demain. Ils sont entournés de tout le petit peuple du marché, qui cause avec eux. Ce n'est pas tous les jours qu'on a la visite, non pas des moines mendiants du matin, mais d'un temple entier, avec le supérieur et ses acolytes en prime; il faut en profiter, et poser au supérieur, ou à ses disciples les plus proches, les mille et une questions qui, sans réponse, font le souci du quotidien.

 

Les moines sont donc en débandade, certains commençant à s'éloigner, vers la sortie du marché, pendant que d'autres sont encore en pleine conversations avec les pieux commerçants. Deux dames à l'age certain se dirigent vers moi d'un pas tranquille, bavardant avec animation, et s'arrêtent devant la fontaine à laquelle je suis appuyé, regardant la scène des bonzes. Il me faut une seconde de trop pour remarquer qu'elles refusent littéralement de savoir que j'existe et que je suis à moins d'un mètre d'elle. Je fais un grand pas de côté, ce qui me permet d'éviter la moitié d'une platée d'eau soudain envolée de la main de l'une des deux bobonnes, pendant que je reçois l'autre moitié sur l'épaule. Elle est glaciale. Ah, les chiennes! Eclats de rire de mes deux agresseuses; en deux pas, je suis à mon tour à la fontaine et attrape, à mon tour, une timbale avec laquelle je les arrose l'une et l'autre, la première se sauve en poussant des cris affreux, pendant que l'autre m'arrose de retour. Le spectacle fait barrir de joie toute la communauté qui s'attroupe pour bénéficier du spectacle. Les Thais sont très badauds... 

 

Au bout de quelques jets et contre-jets, j'oblique, immédiatement suivi par mon adversaire, et nous nous mettons à arroser les spectateurs qui se sauvent en riant et en criant à leur tour. C'est le cirque. Les gosses adorent voir les grands qui font les pitres, cela va sans dire...

 

Bon, on est tous les deux trempés, on se calme, on se sourit, et je file, non sans avoir d'abord rempli le réservoir de mon pistolet à eau, prévoyant le futur proche. Je traverse la foule rigolarde, mon baluchon sur l'épaule. Nous nous souhaitons mutuellement une heureuse nouvelle anée, et me revoilà devant le marché, sorti par le côté opposé de la halle aux fleurs. Je me sècherai en marchant au soleil.

13:57 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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