20/06/2006

De mon chez moi à Indochina

A peine sorti de ma chambre, où j'avais mis en route le ventilateur, et les escaliers descendus, je me retrouve dans cette bonne chaleur humide du soir, légèrement moins intolérable quand la menace de la pluie s'éloigne. Devant la porte de la guesthouse, sont plantées des échopes vendant de tout et de rien, et deux terrasses de restaurant préviennent toute circulation dans la ruelle que je parcours maintenant. Parfois, le soir, une voiture doit retourner à son garage, à côté de la guesthouse, et il faut déplacer les chaises bancales, les tables rouillées. Mais rien de ce genre pour le moment.

 

Je passe près du restaurant qui bloque l'entrée de la ruelle et hume des parfums qui me donnent l'eau à la bouche. Parce que j'ai une mauvaise nature, je bloque une petite fille, sur son splendide chariot à roulettes, en plastique rouge et blanc, et qui tente d'avancer en arrière, sans regarder derrière elle. Les parents rient. Le petite fille pousse quelques grognements indignés, jusqu'au moment où je la laisse aller. Je la dépasse, toujours concentrée sur la conduite de son chariot, souris aux parents qui me sourient de retour, et me voilà traversant la grand rue, prenant une autre ruelle - un coupe gorge, plutôt, dans lequel toutes les familles qui y habitent prennent le frais - traversant une dernière petite rue. Je suis à l'entrée de Khaosan, visiblement bien achalandée ce soir: la foule déborde et, dès avant les barrières qui bloquent Khaosan le soir, il y a des carrioles de restaurants. L'air embaume d'odeurs de cuisine.

 

Dépendant des mois, des saisons, les touristes sont européens, australiens, américains, japonais ou coréens. Nous sommes dans un mois jaune, de toute évidence, avec, de ci, de là, des taches australiennes pour faire joli. Je passe les groupes arrêtés devant l'une ou l'autre cantine de rue, la musique gueule partout, les néons flambent.

 

 

Je passe à travers tout cela, tout en regardant du coin de l'oeil les rares jolies touristes, les nombreuses jolies indigènes, les nouvelles boutiques, la nouvelle disposition de l'un ou l'autre bar. De toute évidence, au vu des publicités gueulardes, et des serveuses habillées dans un uniforme idoine, la Sapporo essaie de se faire une niche ici. Contre la Chang et la Singha, je lui souhaite bien du bonheur...

 

Khaosan passée, je tourne à droite et m'arrête chez mon habituelle bobonne à jus de fruits. Elle est la première qui, il y a trois ou quatre ans, avait senti la niche du jus d'orange, pur, frais pressé devant le chaland, etc... Vu le succès phénoménal que son produit a rencontré, elle a placé sa soeur, son fils, sa fille à tous les coins stratégiques du quartier, avec un presse fruit industriel, des montgnes d'oranges et un petit chariot. Aujourd'hui, il doit bien y avoir, dans le quartier, une cinquantaine de marchands de jus de fruits, et ils font tous leur beurre, tout en vendant leurs bouteilles de jus d'orange pour un modeste 25 Bahts. Pas grand chose.

 

Elle me salue d'un grand sourire et d'un Sawadeee aimable, et sort, sans poser la moindre question, une bouteille que je paie, me l'ouvre et me plante une paille dans la bouteille. Je suis connu. Je savoure ma bouteille, tout en lui faisant dire les dernières nouvelles du quartier. Le jus d'orange a un goùt bien particulier, en Thailande: comme si c'était un mélange d'orange et de mandarine. Délicieux, en tout cas. 

 

 

(la femme la plus photographiée de BKK, je parie).

 

Notre bavardage tranquille est interrompu à chaque instant par un client. Les affaires marchent; tant mieux. Son coin de trottoir est collant et chaque soir, avant de partir, elle nettoie soigneusement les alentours. Ca, c'est du civisme. Nos mémères à chiens-chiens devraient en prendre de la graine.

 

Bouteille finie, je quitte ma copine, après lui avoir tendu mon cadavre de plastique, et me dirige vers ma destination. Un bistrot tranquille, dans une soi qui continue Khaosan, faisant le tour d'un temple. On passe une multitude de guesthouses, aux terrasses bourrées de touristes australiens, ou coréens, un coin à gauche, un coin à droite. Voici ma rue, qui visiblement voit se multiplier les bistrots un peu tendance. Je cherche le mien: Indochina, me voici. J'y entre. Ambiance calme et climatisation plus ou moins efficace. Mais chaque fois davantage de monde. Oui, le succès est au rendez-vous. Tôt ou tard, si je veux ma paix, j'aurai à chercher ailleurs, plus loin, de l'autre côté du Chao Praya, sans doute. Enfin, pour le moment, ça va encore. Et je vois que je suis le seul de la bande.

 

Jeremy, le bistrotier qui bavardait avec un client, que je connais vaguement, me voit du coin de l'oeil, s'interrompt et me salue. Je m'installe et, alors qu'une jolie serveuse qui se tenait au garde à vous près de Jeremy vient prendre ma commande, je demande une Chang, tout en demandant si les copains sont là.

 

Non, personne.

 

Deux sont partis, il y a peu, pour un visa run, à la frontière birmane, probablement, et seront de retour dans les prochains jours. Le troisième, on croit bien qu'il est sur les îles, mais sans guarantie. Vu le temps depuis lequel j'avais disparu, personne ne m'attendait vraiment. Et puis, je n'avais pas exactement fixé de date de retour. Mais cependant, Jeremy croit se souvenir que tout ce petit monde parlait d'aller faire une tournée vers le Cambodge, prochainement. Sans guarantie, là encore.

 

Dépité, je termine ma bière, en me disant qu'il n'y aura pas grand chose à faire ce soir, sinon rentrer m'étendre, lire quelques pages, et enfin dormir un peu confortablement. Ca me changera. J'ai l'histoire de la révolution française de Michelet, entammée il y a plusieurs semaines et pas encore finie. J'en suis au milieu du deuxième volume, d'une édition de la Pléiade qui a bien souffert de l'équipée philippine: le dos a disparu. Quant au premier volume, dans un état similaire, les pages gondolées d'humidité, avec probablement des invasions de champignons, le dos détaché, il fait la fierté d'une guesthouse, quelque part dans la région de Tacloban. Ce doit être le seul volume imprimé en français, possédé par la ... hmmm ... disons, la "bibliothèque"... de la dite guesthouse...

 

Je paie la fille qui me tend, outre ma monnaie, un sachet plastique aux couleurs de la bière Sapporo, avec une cordelette permettant de le fermer. Je regarde la serveuses deux secondes, interloqué, et me souviens soudain que le nouvel an thailandais est pour dans pas trop longtemps - d'où le sachet, bien utile dans ces circonstances. Alors que je me lève, lui laissant quelques pièces, je lui demande quand le nouvel an commence; elle me répond, avec un grand sourire, que c'est demain, et Jeremy qui entend notre conversation ajoute, toujours le verbe haut, qu'il fermera ces trois jours qui viennent. J'ai bien choisi mon moment pour arriver en Thailande...

22:37 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

la vendeuse de jus d'orange le meilleur jus d'oranges de ma vie, je l'ai trouvé à ce "comptoir". jus d'oranges parfumé naturellement aux mandarines. frais, hummm, je ne pourrai jamais l'oublié.

Écrit par : vander elst | 17/08/2006

Les commentaires sont fermés.