19/06/2006

De Dong Muang à Bangkok

Bon, c'est pas tout, ça. Avant de prendre mon bus C, et d'arriver à l'hôtel où je prendrai une douche bienvenue, faut sortir de l'aéroport. Passée la sortie du tuyau qui joignait l'avion à l'aéroport, je marche le long du couloir jusqu'à une salle immense où les petits comptoirs de la police aéroportuaire ont été établis. Il y a une bonne vingtaine de ces comptoirs occupés par les fonctionnaires idoines en uniformes bruns, qui vérifient les passeports et, le cas échéant, les visas.

 

Depuis que j'ai obtenu mon dernier passeport, il y a plus d'un an, un assez grand nombre de cachets sont venus s'y accumuler, si bien que la vérification de mes documents d'identité est devenue méticuleuse. Ajoutons que, après l'équipée que je viens de vivre dans l'archipel des Philippines, la photo de mon passeport n'est plus tout à fait représentative de mon visage, ce qui permet au douanier de me regarder d'un oeil particulièrement suspicieux. J'ai pris pas mal de couleurs, et ai perdu pas mal de kilogs. Enfin, bon, comme je ne suis, apparement, ni terroriste musulman, ni passeur de drogue, du moins, comme je n'ai l'air ni d'être l'un, ni d'être l'autre, le policier me laisse passer, après m'avoir photographié et avoir écrasé son cacheteur sur une page encore vierge de mon passeport.

 

-Welcome to Thailand.

-Thank you, Sir, have a nice day. Bye.

 

Me voici maintenant à descendre une volée d'escaliers jusqu'au carroussel où les bagages de mon vol sont déjà en train de tourner. J'y retrouve ma voisine d'avion qui me resalue d'un wa vite fait sur le gaz - elle avait mieux choisi son flic, pour le passage de la frontière - et part avec un chariot plein jusqu'à hauteur de ses épaules.  Je retrouve ma petite valoche et démarre à mon tour. Le douanier me fait passer d'un geste las, par le couloir "rien à déclarer", alors qu'ils sont à trois à commencer s'occuper de ma voyageuse lourdement chargée. Me voici enfin sorti d'affaire.

 

Il est bientôt sept heures du soir, mon bus C passe aux heures rondes et demies, je dois me presser. Il faut encore passer, sans me faire harponner, au travers de la nuée de rabatteurs qui cherchent le client à conduire en ville, puis j'arrive devant la petite guérite aux billets de bus. Juste à temps: mon C arrive, bruyant, brinqueballant et probablement glacial à l'intérieur. J'en frémis d'impatience. Billet acheté, je me précipite dans le bus, jette mon bagage dans l'espace réservé et m'écrase sur une banquette de skaï qui se trouve juste en dessous de la soufflerie de la clim'.

 

C'est le paradis.

 

Les quelques minutes que j'ai passé dehors, dans la chaleur lourde et polluée au possible de l'aire d'arrêt des voitures et des bus, a suffit pour que je sois en nage. Je rêve d'une douche froide.

 

Le bus attend quelques instants, le temps qu'une douzaine de passagers s'installent, puis démarre, roule au terminal national, quelques centaines de mètres plus loin, s'y arrête pour n'y prendre personne, et enfin s'élance vers la ville.

 

Quelle que soit l'heure, à Bangkok, en ce qui concerne le trafic, on a toujours le sentiment qu'on est malheureusement tombé à l'heure de pointe. Et puis, s'il pleut, les choses empirent considérablement. J'ai ainsi le souvenir d'avoir été dîner avec une amie un soir d'orage et, en revenant après le repas, avoir noté une voiture qui, le temps du repas, avait avancé de tout au plus cinq mètres...

 

Quand on roule à six heures du matin, sur la section d'autoroute payante qui va de l'aéroport à la ville, ça roule bien, mais serré; quand on roule le soir vers les dix heures, idem. Quand on roule vers midi, idem encore. Pendant ce temps là, sur la route non payante qui se trouve en dessous de l'autoroute à péage, rien ne bouge. Bon, il ne faut pas oublier que Bangkok compte près d'une dizaine de millions d'habitants, dont un pourcentage non négligeable est propriétaire de voitures, de mobylettes, de motos, de pick-ups ou de vélos.

 

De plus, il y a encore quelques éléphants qui se promènent, affairés et plus ou moins bien guidés par leur cornac, dans le trafic. Les coups de klaxon les horripilent et il n'est pas un conducteur qui songerait à exciter les énormes pachydermes. Les carrossiers sont hors de prix.

 

Là, je roule - enfin: mon bus roule - dans le bon sens. En début de soirée, en allant vers le centre, j'évite les bouchons de la sortie de la ville. L'autoroute urbaine sur laquelle je roule est chargée, mais rapide. Raisonnablement rapide, du moins.

 

On ne roule jamais vite, ni dans le Sud Est Asiatique, ni en Thailande, ni à Bangkok, et le chauffeur prudent surveille sa gauche comme sa droite, ainsi que les mouvement suspects dans la distance, loin devant, ou près devant.

 

La manière dont les conducteurs locaux changent de bande, sans jamais le signaler, et trop souvent sans même vérifier s'il y a ou non un voisin à hauteur de leur véhicule, témoigne du fait que les tarifs des carrossiers ne sont pas encore assez élevés. Ou alors, influencés par le bouddhisme indien, les conducteurs Thailandais, se sentant malheureux dans leur vie actuelle, venant à l'instant de gagner des mérites au temple voisin, espèrent par une prompte mort être réincarnés dans un meilleur avatar?

 

Moins d'une heure après, je suis arrivé à Democracy Monument, à deux pas de Khaosan. Tout au long de la route, j'ai sommeillé, mais depuis Victory Monument, je suis attentif à sauter hors du bus dès que ça m'arrangera, donc, un peu avant Khaosan.

 

A l'endroit idoine, je prends mon bagage et je descend pour faire la centaine de mètres qui me séparent de ma gueshouse. A peine sorti du bus, je reçois comme une claque la chaleur lourde de Bangkok et, après avoir pris quelques secondes pour me réhabituer, marche d'un pas tranquille jusqu'à mon presque "chez moi".

 

Au comptoir, je suis un homme connu, d'autant plus que j'ai toujours la correction de signaler mon arrivée quelques jours à l'avance, ce qui permet à la propriétaire de la petite gueshouse défraîchie où j'ai mes habitudes de n'avoir, avec moi, jamais de mauvaises surprises. On est jamais autant serviable qu'avec les gens qui ne réclament aucun service particulier, et je n'en réclame jamais. Du coup, j'ai toujours droit à une chambre parfaite - enfin, parfaitement propre, tout au moins - au troisième étage sans ascenseur: pour le prix d'une double, on me donne automatiquement une triple, au bout du couloir, à deux pas de l'oratoire de la maison.

Le matin, je suis réveillé vers les sept heures, par l'odeur de l'encens qui se consume devant les statuettes des dieux domestiques, et j'imagine en faire partie.

 

Quant à la position au troisième étage, ça me fera, avec le temps, un derrière de travesti brésilien, vu les marches.

 

Arrivé comme d'habitude, après avoir prévenu, je prends ma clé, monte à ma chambre, ferme la porte et mets la sécurité: la confiance rêgne, mais aucune raison de tenter le diable. J'arrache mon polo déjà dégouttant de transpiration, mes shorts, mon slip, jette mes chaussures dans un coin, d'un coup de pied et, après avoir sorti ma trousse de toilette, vais sous la douche qui ne sera pas froide, en cette fin de journée, mais qui me rafraîchira quand même. Ensuite, je me rhabille de ce que j'ai encore dans ma valisette - une autre paire de shorts, un autre slip, un T-shirt banal - et je redescend, dépose ma clé au comptoir et mon linge sale auprès de Fôn, ma bonne préférée, puis file dans la rue, pour aller à mes affaires. Il est maintenant huit heures passées, les copains seront là où on les trouve toujours: au bistrot.

 

11:47 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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