18/06/2006

Arrivée à Dong Muang

Le départ de Manille est bien dans la droite ligne de ce dernier séjour passé aux Philippines. La chaleur, dans l'aéroport vieillot, est épouvantable, la clim' est en panne, la fouille des douaniers est destinée à humilier tous ces salauds qui ont le culot de pouvoir se payer un billet d'avion.

 

Les passagères sont, parmis les passagers, celles qui subissent les pires avanies - de la part de douanières grassouillettes et moustachues, cependant. La séparation des sexes, ordonnée par l' IATA, reste en vigueur. En fait, il est probable que la méchanceté naturelle des filles s'exprime de manière autrement plus libre quand elle peut s'exprimer envers une autre fille. Finalement, entre mecs, lors du passage des douanes, on s'entend bien: tout est bon pour éviter la castagne. Tout comme, au cours du service militaire, un bon gros pêt détendait l'atmosphère (ou bien un concours de pêts enflammés - je suis persuadé que chez les filles, si elles avaient un service militaire, elles ne feraient jamais de concours de pêts enflammés). Ici, un simple demi-sourire fera l'affaire. Les hommes n'ont pas la rancune tenace, sauf les pédérastes, et peut-être certains politiciens français. Bref, nous sommes finalement vite sortis d'affaire, nous, les passagers, quand les choses durent plus que nécessaire pour les passagères.

 

Le vol, est-il vraiment nécessaire de le signaler, est en retard. L'avion a eu tout juste le temps de décoller, que les premières turbulences nous harponnent et ne nous abandonneront pas jusqu'au Viêt Nam. Les Philippine Airlines nous ont fait la grâce de nous embarquer dans un vieil Embraer poussif, qui semble hoqueter tout le temps de son vol et les passagers sont tous bien pâles. Une hôtesse de l'air, marchant presque à quatre pattes, nous distribue des boissons. Le but est certainement louable; il s'agit de nous rafraîchir... mais, à peine rempli, le verre s'envole usuellement sur les genoux du voisin.

 

Heureusement, l'avion n'est pas trop plein; je suis sans voisin, mon verre, promptement vidé, en partie sur mon polo, est maintenant posé sur la tablette du fauteuil à côté du mien. J'ai bien choisi ma rangée qui se trouve avant l'attaque de l'aile. J'ai le nez au hublot, admirant la vue merveilleuse des îles qui parsèment la Mer de Chine, alors que nous montons péniblement.

 

Tant qu'on ne sait pas à quoi correspondent ces îlots, on peut imaginer tout un monde paradisiaque, des yukulele, des palmiers, des noix de coco, des filles de rêve, aux jambes infinies, vous tendant des colliers de fleurs, des plages au sable fin, une mer à l'eau transparente et habitée de myriades de poissons curieux et joueurs. On a tort. On oublie les insectes, l'épouvantable saleté, la mendicité agressive, le reste.

 

Nous nous arrêtons le temps d'une escale à Saigon - enfin, on appelle ça Ho Chi Mihn Ville, pour le moment. Je suis curieux d'imaginer comment la ville aura été rebaptisée, dans trente ans. Saigon, en tout cas, c'était joli - le nom, je veux dire. Quant à la ville, j'en parlerai une autre fois.Nous sommes ici à l'aéroport, en bout de piste, avec une échelle mobile qui arrive, suivie d'un bus poussif. Nous restons bloqués dans l'avion dont la climatisation fonctionne à plein rendement, pendant qu'une douzaine de passagers viennent s'installer, qui en business, qui en économique. Une jeune femme, chargée d'un énorme bagage de cabine, s'arrête à ma rangée, lit avec attention le billet qu'on lui a donné au check in, me sourit alors que je déplace tout le bazar que j'avais empilé sur le fauteil voisin, s'assoit à côté de moi et me gazouille ses salutations, accompagnées d'un wa dont elle peut déjà prédire qu'il sera bien mérité, puisque je vais l'aider à planquer son bagage loin, loin, loin, au fond de l'avion, sous la surveillance d'une autre hôtesse de l'air: aucune envie de voir tomber sa caisse sur moi, pendant le vol. Je me précipite donc auprès de l'hôtesse, alors que déjà les réacteurs redémarrent, avec son colis à la main, afin qu'on le fourre je ne sais où, à l'arrière. Je ne sais pas ce qu'il y a dans ce "bagage de cabine", mais ça pèse des tonnes.

 

Après l'escale de Saïgon, il était prévu qu'on aie un petit kekchose à grignotter. Vu que les turbulences s'apaisent, on peut manger tranquille. J'aide ma voisine à abaisser sa tablette, ce qui lui permet de me gratifier de quelques wa supplémentaires, et retourne au hublot, le repas expédié. Les vibrations de l'avion et quelques manoeuvres me font soupçonner la descente vers notre destination. Très bientôt, l'hôtesse vient récupérer les plateaux repas, nous prie de redresser notre siège, les manoeuvres s'intensifient, les ailes tremblent et s'allongent, la descente devient manifeste.

 

L'arrivée à Dong Muang reste un spectacle magique, même dans un avion aussi brinqueballant que celui dans leque nous descendons vers l'aéroport. Dong Muang est au nord de Bangkok; notre vol vient du sud, et passe sur Bangkok, à moins de mille mètres, toujours en descente. Quand on arrive du Sud, passant donc au dessus de Bangkok, avant l'arrivée à Dong Muang, le jour, on voit les toits vernissés des temples et des pagodes briller soudainement, dépendant de l'angle que les tuiles font avec le soleil, vous rappelant qu'il n'est pas un quartier de Bangkok et de sa banlieue, qui n'aurait pas l'honneur et l'avantage d'avoir son temple, ses temples, sa pagode ou son monastère. La nuit tombée, les guirlandes de lumières, oranges, bleues, rouges ou vertes, clignotantes ou non, qui ornent les bâtiments, dès qu'ils font plus de cinq étages, nous font convenir que le mot "kitsch" a atteint, dans le Sud Est Asiatique, de nouveaux sommets.

 

Nous sommes en fin de journée, et le soleil bientôt rasant, illumine notre arrivée, la ville qui s'étend à perte de vue, les temples et les monastères. L'avion se pose avec une telle brutalité que l'on peut se demander si on a atterri, ou si on a été abattus par la DCA. Pendant que le pilote, ou son acolyte, nous explique qu'il a été ravi, ainsi que Philippines Airways, de nous conduire à destination, où la température est de trente deux degrés, et où il est telle heure, nous roulons jusqu'à un de ces tuyaux avaleurs de passagers. Les réacteurs se taisent, nous nous levons. Ma voisine me pépie je ne sais quoi, qui a probablement à voir avec son bagage. Je fais signe à l'hôtesse - ce qui me fait bénéficier d'une rafale de wa supplémentaires - quitte mademoiselle qui m'a l'air très satisfaite de mon aide, et file dans le bâtiment climatisé, vers le passage de la frontière, les carroussels de bagages, les douanes, et mon bus C, mon adorable bus C, qui me conduit fidèlement, chaque fois que je viens à Bangkok, à Khaosan.

 

C'est un vieux coucou, certes, que ce bus C, mais quand on sort du bâtiment de l'aéroport, très raisonnablement climatisé, et que l'on tombe dans le hammam du dehors, on s'écroule dans ce vieux bus, climatisé, avec le plus grand plaisir. Pour cent Baht, on file le long de l'autoroute supérieure, une petite heure, deux ou trois heures, quand on arrive à l'heure de pointe, ou quand il pleut, et on arrive à Democracy Monument. Mon gueshouse est à deux pas. Oublié, Manille, bonjour Bangkok.

 

23:03 Écrit par PGå | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

grande écriture bob morane n'est qu 'uhe piécette comparé ata richesse du dire ...ben

Écrit par : ben | 31/08/2006

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