13/07/2008

Quelques photos pour finir (4 et final)

Allez, les deux dernières, avant de fermer... Ce sont deux photos prises en Birmanie, au Myanmar: une de la gare centrale de Rangoon, et l'autre d'un train, dans la gare en question.

 

Station

 

 Train

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12/07/2008

Quelques Photos, pour finir (3)

Ca, c'était sur la mer, devant les côtes de Thailande.

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11/07/2008

Quelques Photos, pour finir (2)

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Photo prise à l'entrée du pays, en Malaisie. A la différence de chez nous, on ne plaisante pas avec la drogue, là bas.

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10/07/2008

Quelques photos, pour finir (1)

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C'est une photo que j'avais prise à Java, et que je n'ai pas pu placer dans le récit. Mais vu qu'elle m'amusait, j'avais envie de la partager avec vous.

12:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/07/2008

Retour d'Océanie

aa8Le jour suivant, petit déjeuner à peine descendu, démarrage du port, pour le spot de Rinca, sur l’île du même nom, afin d’aller voir le deuxième groupe des dragons. Une heure de traversée, tout au plus.

 

La nuit, nous l’avons passée au milieu de la baie, parmi d’autres bugis amarrés ici et là. J’imagine que les frais sont plus élevés quand on est apponté et puis, sécurité oblige dans une région où la misère est galopante, il est probablement moins dangereux de se trouver au milieu de l’eau.

 

Ca me rappelle mon premier voyage en Océanie, quand nous nous arrêtions dans une baie déserte et qu’un homme d’équipage, nécessairement, systématiquement, veillait la nuit, un fusil à la main.

 

ric1aa7Vroum, donc, alors qu’il n’est pas encore sept heures, direction Rinca. Nous arrivons bientôt dans une minuscule baie, au plus profond de laquelle, entre les palétuviers, il y a un ponton auquel nous nous amarrons vaille que vaille, après avoir bloqué notre hélice dans un bout de câble.

 

Pendant notre promenade, le mécanicien, jeune apprenti souriant et débrouillard, aura de quoi s’occuper. Alors que nous nous éloignons, il plonge déjà dans l’eau, avec l’espoir de libérer l’hélice bloquée. Bonne chance, mon pauvre.

 

aa13Nous voilà donc partis sur le ponton qui débouche sur un tout petit village que nous quittons bientôt, après être passé à l’épicerie locale – un maigre petit magasin qui jalouserait l’immense supermarché des Oleson, immortalisés par  la petite maison dans la prairie : une bouteille d’eau, ou un coca tiède pour les plus amateurs de la boisson sucrée. Nous démarrons.

 

Les dragons nous attendent de patte ferme, et nous faisons un tour similaire au premier, avec un seul ranger cette fois ci. Tout comme à Komodo, des animaux sauvages, ici et là, volent ce qu’ils peuvent au sol, aa9Drag2non sans regarder peureusement, à tout instant, par-dessus leur garrot, afin de voir arriver le danger. Les dragons se font parfois désirer, parfois apparaissent à des endroits inopportuns. Nous sommes forcés, deux fois, à faire un long détour à travers des sous-bois. Les branchettes nous griffent.

 

 

 

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Heureusement, les premiers qui tracent le chemin, ce sont le ranger, puis la grosse hollandaise, puis enfin le solide Estonien, de telle manière que la plupart des ronces et des branches griffues sont arrachées et traînent au sol. Vu que je suis en flips flops – en flips flops de marque ! certes, mais en flips flops quand même… -, je ne me plains pas.

 

Là encore, tout comme à Komodo, nous passons le long des anciens pièges dans lesquels ont balançait, dans le bon vieux temps, une chèvre aa10co7en sacrifice, puis quittons les sous-bois et prenons un chemin qui monte doucement à travers les collines. Un paysage grec s’offre à nous, aride et beau dans sa sécheresse. Quelques photos, pendant que le ranger surveille les alentours, à tout hasard. Mais il est inhabituel que les dragons montent aussi haut. Ils restent à l’ombre du bois, dans l’humidité presque marécageuse des alentours du rivage.

  

On note, cependant, de ci, de là, des fumées sèches.

  
 

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Bientôt, redescente jusqu’au village, dernières photos des gosses qui nous entourent – ceux des gosses qui n’ont pas été mangés par les dragons. Leur fascination pour nous, pour l’univers que nous représentons n’a d’égale que celle que nous éprouvons pour eux et pour leur monde. Nous nous quittons enchantés les uns des autres. Ils nous ont observés tout à loisir, et nous de même.

 

Retour au bateau afin de filer jusqu’à Lenteng, en supposant que l’hélice est maintenant libérée.

 

A Lenteng, notre Estonien quittera le navire, pour aller, par les petites routes, et par un bugis trouvé d’aventure, jusqu’à Timor Leste. Dieu seul sait s’il en reviendra vivant.

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aa2aa3Tous les autres vont rester sur le bateau, pour reprendre le chemin, lentement, vers Lombok. Nous perdons notre Estonien, mais gagnons un Hollandais. Le trajet prévu est, grosso modo, celui de l’aller, avec arrêts dans d’autres baies, d’autres criques, à dire coucou à d’autres poissons.

 

  

  

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Le chemin monotone passe entre des îles et des îlots vides, ou à peine peuplés. Avec un peu d’électricité, parfois, aa14des bateaux à balanciers, toujours. Des vieux qui pèchent ce qu’ils peuvent, et des gosses intrigués qui nous sourient.

  

  

 

 

 

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La triste Océanie.

 

 

 

 

 

 

 

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aa5aa4A Lombok, ce sera une nuit, encore, puis, le lendemain, un autre minibus jusqu’au port. Là, ce sera à nouveau un bac, l’arrivée à Bali, un bus quelconque jusqu’à Kuta.

 

 

 

  

Une, non, deux nuits à Kuta.

  

 

 

balifin1Balifin2J’ai changé d’hôtel, vu que j’en ai marre du spectacle du vieux porc Allemand qui ramène chaque aprème, puis chaque soir, une nouvelle conquête, et m’installerai en plein quartier australien. Touristes à gauche, touristes à droite. Touristes devant, touristes derrières. Night clubs à quelques rues d’ici, les filles qui chantent après un verre de trop, les garçons qui gueulent pour les mêmes raisons. Mais, je dois dire, l’hôtel est calme. Dehors, dans la rue, on vous offre des massages douteux, parfois. Les bars de Kuta ont de longues Happy Hours, qui commencent vers les seize heures, et qui iraient jusqu’à vous pousser à la consommation de produits alcooliques. C’est vrai que tout est pour rien, et que le service est charmant.

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Cuisine balinaise adaptée au goût du public étranger, et restaurants japonais, et steack houses, et hamburgers joints, et pizzerias.  

 

Deux jours de traînailleries, à faire mes derniers achats, puis ce sera un Air Batavia pour aller jusqu’à Jakarta. Deux heures plus tard, ce sera un Garuda pour Londres, puis un British pour Bruxelles où il fera, sans nul doute, pluvieux.

 

Ma promenade Papoue – si peu, si peu… - se termine. Dans quelques semaines, je commencerai à m’ennuyer, dans les plaines étriquées de par ce qui fut chez moi. J’irai alors chez mon amie Valérie, à mon agence de voyage préférée. Ce sera pour préparer un retour au Cambodge, une équipée entre le Bengladesh et la Birmanie, ou une promenade au Népal ?

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Phnom Penh me manque, je crois…

21:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

08/07/2008

Flores, ou le cul de sac

Une fois Komodo quittée, nous sommes supposés naviguer jusqu’à Flores. Nous avons appareillé vers les deux heures, après un lunch rapide, et après que l’Anglais se soit fait réparer par une des deux Suédoises, qui semble l’avoir à la bonne, la profonde écorchure qu’il a au mollet.

 

Et puis, les filles, ce sont des infirmières nées, comme nous le savons tous...

 

Rapide calcul : nous avons passé un peu plus de cinq heures à marcher à travers l’île, sous le soleil qui tapait. Même si nous avions pris avec nous, comme selon le bon conseil de notre capitaine, une bouteille d’eau, c’est juste la déshydratation qui menaçait. A peine arrivés sur le bugis, on se rue sur tout ce qui peut se boire et on se l’enfile. Ensuite, repas, rangement et appareillage.

 

Arrêt, en cours d’aprème, dans l’une de ces petites baies dont le capitaine a le secret : plongeon au milieu de nuages de poissons, dans une eau qu’on ne pourrait décrire que comme cristalline. Sur le fond, les incontournables étoiles de mer d’un bleu cobalt, qui m’intriguent toujours autant et, ici et là, des buissons de coraux multicolores.

 

flo1afl3Enfin, nous redémarrons et, dans la distance, nous voyons le port de Flores, couronné de montagnes et de volcans plus lointains, dont des fumerolles s’échappent.

  

  

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afl2afl19La baie de Lenteng rappelle, au premier regard, un enclos de ferrailleur. Alors que nous approchons de notre quai – enfin, de notre ponton, c’est l’habituel entassement de barques, certaines à moitié coulées, d’autres pas, de tas de planches pourries ici, de collines de débris là bas.

 

De l’autre côté du port, ce sont les bugis qui font le cabotage régional, serrés comme un troupeau de mouton. C’est la fin de l’après midi, et nous en avons encore pour trois heures de lumière à tout casser : le temps afl5afl7de visiter Lenteng – bourgade assoupie composée de deux rues boueuses, le long desquelles on peut trouver un marché, une boutique de souvenir, quelques agences de voyage pour aller aux dragons, et deux guesthouses qui rappellent fâcheusement, à leur niveau de confort et de propreté, celles que j’ai eu l’occasion de voir en Papouasie.

 

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Il y a aussi deux bars restaurants, avec électricité et réfrigérateurs, une base militaire et un magasin général.

 

Ensuite, c’est la fin de la rue. Des sentiers cahotants s’enfoncent dans la jungle, vers les dieux savent où. Les transports doivent être croquignolets, sur l’île.

 

afl8afl11Un endroit amusant, c’est le marché. Il est minuscule mais ce n’est pas le marché comme nous le connaissons, nous, en Europe. Il me semble que, par ailleurs, même pour les Indonésiens des grandes villes telles que Jakarta, ce doit être un marché un peu inhabituel.

  

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D’abord, on  y trouve un boucher, avec un étal de bois bancal, poisseux de sang, sur lequel on peut choisir entre quelques morceaux de chèvres mal découpés. Il y a aussi quelques poulets saignés, auxquels il reste dès lors tête, pattes et plumes. Des essaims de mouches vrombissent tout aux alentours. Je ne dis pas que les règles de l’hygiène ne sont pas respectées – du moins, les règles indonésiennes, mais il est évident que nous parlons d’une toute autre présentation de la bidoche à celle à laquelle nous sommes habitués, dans nos supermarchés d’Europe.

 

Et dans les supermarchés de Jakarta.

 

 

afl13A côté de cela, des étals de poissonnerie, là encore présentant tout à fait différemment de chez nous. Tout comme sur tous les marchés d’Asie du Sud Est, les poissons sont présentés dans des seaux remplis d’eau. Leur état de fraîcheur ne fait aucun doute, mais, à la différence de l’Asie du Sud Est, ils sont morts.

 

Ensuite, à la différence de partout dans le monde, ce sont des poissons comme nous n’en avons jamais mangé : des perroquets, des napoléons, des poissons qu’on a l’habitude d’imaginer comme étant des poissons d’agréments, de ceux que nous avons, en plus petits, dans nos aquariums. Il n’empêche : ce soir là, notre chef coq s’étant ravitaillé sur ce marché, ce sont bien des poissons de ce genre que nous mangerons et il faut bien admettre que leur chair est aussi plaisante que celle des poissons « de chez nous », auxquels nous sommes habitués.

 

afl16afl17Sur le marché, les dames essaient de nous vendre ce qu’elles ont, sans grand espoir, mais avec le sourire. Les joies de la promenade épuisées, je descends sur le wharf, faire le tour des reposoirs à filets, sortes de pontons sur pilotis, solidement enfoncés dans la vase du rivage. C’est la foule des petits métiers, de la mer et du bois.  Chacun vous salue et s’efforce, avec sans doute davantage de savoir faire que celui des gosses des îles, de paraître sur la photo que je ne manquerai pas de faire, puisque je tiens mon appareil à la main…

 

afl18Et puis, une fois le tour du wharf terminé, un Bye Bye général à tous ceux qui m’avaient accueillis d’un geste de la main, ou de la voix, je remonte dans la rue principale. Là, un bar m’accueille, La terrasse est à l’arrière, et donne sur la baie. Le spectacle est délicieux, avec les bugis amarrés irrégulièrement, qui tachent l’eau alors que le soleil se couche.

 

Dans la distance, j’entends les bruits du quotidien ; des coups de marteau enfonçant un clou ; les braves gens qui se hèlent ; les gosses qui se afl20poursuivent, qui tombent, qui pleurent, qui reçoivent une claque d’une mère excédée et qui pleurent encore plus fort ; les pépiements excités d’un groupe de demoiselles qui échangent les derniers ragots de l’école ; le bruit d’une radio ou d’un poste de télévision ; un cochon qui grogne, en contrebas.

 

On me sert enfin ma Bintang glacée alors que le crépuscule du soir jette tous ses feux. C’est splendide.

 

Enfin, le spectacle terminé, et la bière finie, je regarde l’heure sur l’horloge de la terrasse : il est temps de descendre au ponton : je suppose que nous devrions dîner bientôt.

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07/07/2008

Komodo, par les collines et par les prés

como3Après une dizaine de minutes de marche sous un soleil qui devient déjà méchant, nous arrivons au camp de base. C’est à partir de maintenant qu’il faut faire attention et, nous explique le ranger, rester groupés.

 

Probablement pour assurer une plus grande quantité de bidoche aux dragons, au cas où…

 

A quelques dizaines de mètres de là, devant la porte d’un bungalow qui fait office de buvette, il y a des dragons. En effet, à l’arrière de la buvette, il y a une porte qui donne sur une cuisine. Des parfums délectables doivent en sortir, et les plus paresseux des dragons de l’île traînent aux alentours, avec l’espoir qu’un cuistot jettera des reliefs carnés.

 

  

  

  

  

como4dra2On parle de bestiaux qui font dans les trois mètres et davantage, et qui nous regardent avec un œil intéressé, pendant que nous les mitraillons de toute la force de nos petits appareils photos.

  

  

  

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dra6Drag3Après quelques minutes, nous nous rendons compte que ces charmants machins se déplacent, paresseusement, certains vers la gauche, d’autre vers la droite, jusqu’au moment où une manœuvre en pince se dessine, destinée à nous attaquer de deux côtés à la fois.

  

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Drag2Les dragons, ce sont peut-être des animaux antiques, mais ils ne sont pas aussi stupides qu’on aurait pu l’imaginer… capables de tactique, voire de stratégie. Ca ne m’étonne pas qu’ils aient survécu depuis l’époque des Grands Sauriens  du bon vieux temps des Ptérodactyles, des Iguanodons, des Diplodocus et des Tricératops.

 

Nous nous réunissons donc peu à peu sur le porche du bungalow, vu que les sales bêtes n’ont pas l’air de vouloir grimper les quelques marches qui y mènent, que la porte est à deux pas, et que notre ranger est d’attaque, sur le porche en question.

 

Leur coup raté, les dragons se dispersent, l’air faussement distraits mais toujours vigilants. Notre ranger hèle ses copains, afin d’assurer notre sortie et notre départ.

 

Finalement, vu que dragons semblent avoir la dent, et qu’on ne peut pas être partout avec l’arme fatale qu’est la branche bifide sous la main, après une courte discussion entre les hommes de l’art, au lieu d’un seul ranger pour nous accompagner, nous partons avec une petite garde.

 

Ce n’est pas plus mal.

 

Dans le temps, il y avait deux ou trois endroits, sur l’île, où on promenait les curieux arrivés jusque là. A ces endroits, connus de tous les dragons, usuellement, un creux pentu qui rappelait davantage le piège à loup qu’autre chose, on balançait une biquette, et on attendait.

 

On ne devait pas attendre longtemps : les dragons surgissaient de toute part, dégringolaient dans le trou et faisaient son affaire à la chèvre qui se trouvait vite dépecée. Chaque dragon filait alors avec son morceau de bidoche, et le spectacle était terminé.

 

Le temps béni du jet de chèvres dans la gueule des dragons est fini. De bonnes âmes ont décrété que ce n’était pas gentil pour les chèvres, de leur faire un coup pareil.

 

D’autres opposants, plus sérieux, ont fait valoir qu’en nourrissant ainsi les dragons, on en faisait des assistés pires que des fonctionnaires corses d’avant guerre, et il y a du vrai dans cela.

 

Le beau résultat de cela est que, de toute manière, les chèvres ne sont plus lancées dans les pièges qui leur étaient destinés depuis quelques années et, de ce fait, les dragons se sont dispersés dans l’île, puisqu’il n’y a plus d’endroit particulier où se nourrir facilement, lors du passage des touristes. Le danger est donc maintenant partout.

 

Il est partout pour les promeneurs, tout comme pour les animaux sauvages qui vivaient tranquille, jusqu’il n’y a guères.

 

dra3A chaque instant, alors que nous marchons le long du chemin, un dragon se sauve de sous nos pieds – s’il est petit – ou nous regarde d’un air méchant, nous bloquant la route - s’il est grand. Le trajet que nous devons faire est semé d’embûches et nous nous vengeons des gros monstres en effrayant les petits. Les rangers, quand ils nous voient partir au taïaut, poussent à leur tour de grands cris pour nous rappeler. L’Anglais de notre groupe n’en a cure et revient à un moment avec une belle estafilade, due à une ronce qu’il a du survoler au plus vite, quand il s’est trouvé nez à mufle avec un dragon.

 

D’un côté, il est bruyant et son décès n’aurait pas été particulièrement regretté. Sans compter qu’on se serait certainement tous retrouvé photographiés en première page du journal local, en tant que témoins, pendant qu’une photo plus grosse encore aurait proposé au voyeur indonésien l’image de ce qu’il restait du malheureux.

 

D’un autre côté, il est plutôt sympa, quand même.

 

Mais, c’est vrai, sa mort nous aurait procuré de beaux clichés.

 

Enfin, tant pis.

 

co1co2Parfois, nous croisons un cerf peureux, ou un sanglier méfiant. Ils sont tous à se détraquer l’estomac en mangeant comme des goulafes, afin de pouvoir jeter un coup d’œil à tout moment, devant ou derrière, à gauche ou à droite, histoire de ne pas de faire mordre et tuer par un dragon affamé.

 

Dans quelques endroits moins fréquentés par les dragons, les dieux seuls savent pourquoi, on voit même des buffles qui se vautrent dans la boue d’un gué, tout en gardant quand même un œil inquiet sur les alentours. Nous ne nous en moquons pas : nous même, nous ne sommes pas toujours rassurés, même avec nos rangers.

 

co3co6Au bout de deux bonnes heures, nous entamons le sentier des collines. Ici, plus de dragons, mais un paysage d’une beauté à couper le souffle, la mer que l’on voit entre les collines jaunies de la brûlure du soleil.

 

L’Océanie : rien à offrir ; tout à donner. Aucune culture ; mais quelle nature…

 

Pas les sentiers, nous redescendons pour aller jusqu’à la jetée, en évitant les dragons.

 

 

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07:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

06/07/2008

A la chasse aux dragons

comoL’arrivée à Komodo a lieu vers les six heures du matin. Nous sommes debout depuis quelques minutes seulement. La nuit précédente a duré, à coup de chansons suédoises, estoniennes, anglaises, suisses, américaines, accompagnées de thé et de bièr. Je n’ai pas chanté quoique ce soit, vu que j’ai la mauvaise habitude de ne me souvenir d’aucune chanson à la mode, et du fait que, depuis le jour béni où Mmes Rika Zaraï et Dalida ont abandonné la chanson,  ainsi que Son Excellence Mme la Baronne Annie Cordy, la chanson francophone a pris comme un coup dans la gueule.

 

C’est bien simple : nous ne gagnons plus rien, depuis des décennies, à l’Eurovision.

 

Les Suédois non plus, vous me direz, depuis qu’ABBA nous a quitté.

 

A dire vrai, c’est tout simplement que la chanson populaire m’entre dans une oreille et en sort par l’autre. Ce n’est pas que je la mépriserais, mais j’ai d’autres priorités. Tata Yoyo a son charme, tout comme les immortels textes de Berthe Sylva, mais bon…

 

Bref, hier soir, on a eu la Hollandaise et les Suédoises qui ont chanté le bout de gras, puis le couple américain, puis l’anglais qui a gratté la guitare et encore la Suissesse qui a essayé du yodle de chez elle. On a bien ri, bien bu, et on s’est endormi sur les minuit, pendant que le bugis avançait lentement, en évitant les hauts fonds et les trous dans la coque. De toute manière, dès que la lumière commence à se faire présente, vers les six heures du matin, qu’on le veuille ou non, on est éveillés.

 

Or donc, voilà les six heures et le réveil. Je suis le premier à me lever, à aller jusqu’à la cabine, l’une des deux cabines, dans laquelle on peut se doucher, et le reste. L’eau est tiède de tout le soleil que les réservoirs ont pris le jour précédent. Une longue douche, un brossage de dents.

 

J’abandonne les commodités après m’être douché, puis rasé. La minuscule salle de douche est bien faite.

 

Un dernier regard dans le miroir, avant de libérer la pièce : ça donne à peu près bien. L’Américain qui me succède fait moins bien que moi, vu que, lors du déjeuner, je note comme des estafilades le long de ses joues. Sa compagne ne l’en embrasse pas moins.

 

C’est gentil de sa part.

 

Non, j’ai l’ai jaloux ainsi : c’est un couple charmant. Lui, est aimable et souriant. Quant à elle, elle est amoureuse, d’un garçon qui le mérite bien. Sous le soleil écrasant de chaque jour de route maritime, j’ai eu un réel plaisir à les fréquenter. C’est grâce à eux, si le voyage en groupe a été, à mon goût, vivable.

 

Bref, petit déjeuner, entre le couple américain et nos deux Suédoises, la lourde Hollandaise et la Suissesse maigrichonne mais souvent amusante.

 

Notre Estonien ouvre un œil comateux, mais la journée sera manifestement difficile pour lui, pendant que l’Anglais traîne sous la douche.

 

como2como1Le bugis est amarré depuis bientôt une heure, quand nous pouvons enfin grouper tout le monde, et aller à terre, sous la surveillance de notre cicérone. Nous sommes au bout d’un ponton de bois, qui fait comme il le peut pour ne pas couler, et une échelle a été accrochée au dit ponton… Nous descendons de notre transatlantique, et arrivons sur la terre ferme.

 

 

 

como0Là, il y a un ranger qui nous attend, armé de son seul bâton fourchu avec lequel, si on sait y faire, on est invariablement gagnant, contre un dragon, même le plus gros et le plus teigneux.

 

Quelques minutes, d’abord, pour nous expliquer ce qu’est un dragon, et pour nous détailler les dangers qui vont avec – les dents, par exemple.

 

Le dragon de Komodo est une sale bête qui, quand elle atteint sa taille adulte – dans les quatre mètres – ne trouve rien de plus amusant qu’attendre le voyageur et le manger. Le dragon est, un peu comme le T Rex, un animal dont la mâchoire n’est pas en mesure de vous tuer tant de monde que cela.  Un dragon vous court après et vous mord ? Il ne peut vous garder en gueule, et vous vous échappez comme vous le voulez.

 

Sauf si vous êtes une faible femme de chèvre.

 

Et sauf s’il vous a chopé dans une position dont vous ne pouviez pas sortir.

 

Il y a ainsi de nombreux récits, sur l’île, concernant des villageois tués et mangés par les dragons ; lâchement attaqués par derrière alors qu’ils avaient posé culotte et se trouvaient au milieu de leur grosse commission.

 

On ne peut pas dire que c’est gentil, de la part des dragons, un coup pareil.

 

Pour en revenir au danger principal du dragon, dont la mâchoire n’est pas si puissante que cela, même que ça ne vaut pas un crocodile : tout comme le T Rex, le dragon possède une arme léthale : sa salive.

 

Revenons en à votre rencontre avec un dragon : vous vous rencontrez inopinément ; il vous a mordu, et vous lui avez, assez facilement, échappé. Deux heures plus tard, la quantité de toxines qu’il vous a como6aimablement refilé, à la suite de sa morsure, a raison de vous : vous tombez, et mourez d’une septicémie foudroyante. C’est alors que le salopiaud, qui vous a bien évidemment suivi - ça court vite, ces bestiaux -vous tombe dessus et vous dévore, aidé d’une trentaine de petits camarades.

 

Mais nous n’en sommes pas là : le ranger qui nous accompagne nous conduit, à travers Komodo, jusqu’au camp de base où nous serons promené, protégés par un autre ranger, afin de voir les reptiles du coin. Le sentier est délicieux, et nous marchons vite, vu que, ne l'oublions pas, les dragons sont tout à fait capables de galoper.

 

Les fumeurs sont perdants, ici. Notre ami Estonien marche en tête, l’air inquiet.

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04/07/2008

Sur un Bugis, en Océanie

lo12Un voyage à Komodo, en bugis, ce sont trois jours de mer, par petites étapes ; faut épargner le matériel…

 

Et donc, matin et soir, une fois le petit déjeuner absorbé, le bugis ralentit, se dirige vers une île ou un îlot, parmi tous ceux qui parsèment notre route, puis choisit une crique bien connue du pilote, où l’eau est calme. On jette l’ancre, le moteur s’arrête et, pendant que l’homme d’équipage baisse une petite échelle, le mécanicien se précipite dans la salle des machines, afin de bichonner le moteur.

 

Quant à nous, nous sautons à l’eau, traversons des nuages de poissons multicolores, survolons des buissons de coraux si beaux à regarder, si dangereux au toucher, admirons d’immenses étoiles de mer d’un bleu de cobalt. Après une petite heure de promenade, nous remontons à bord du navire. Le moteur est relancé, l’ancre est remontée, et nous repartons caboter, d’une île l’autre.

 

Outre nos deux petits arrêts-poissons et snorkelling, chaque jour, nous nous arrêtons aussi pour voir un truc ou un autre : ici un volcan encore en activité, dont la gueule est un lac aux eaux claires, puant les gaz sulfuriques, qui sortent à gros bouillons, vers le milieu du lac, à plus petits bouillons, sur les bords.

 

L’eau est tiède et rien n’y peut vivre. Au moins, il n’y aura ni crocodiles, ni poissons carnivores… Nous y nageons quelques minutes, avant qu’un bouillonnement plus violent que les autres nous pousse vers le rivage, au cas où…

 

De retour au bugis, et nous repartons.

 

Isl1Isl2Le jour suivant, c’est un arrêt sur une île perdue, sur laquelle il y a un village misérable. Dans ce village, des dizaines de gosses qui nous suivent, à la fois embarrassés, timides et éblouis à la simple vue de gens blonds, roux, étrangers, qui ont en main cet objet magique qu’est un appareil photo.

 

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Ils savent que cela existe, même si, chez eux, l’électricité n’existe pas.

 

Ils nous suivent, fascinés par notre présence et par cette magie électronique que nous pouvons partager un instant avec eux, se battent pour être au centre de l’image : c’est à la fois charmant et consternant. Nous éprouvons le sentiment d’entrer dans une scène d’il y a trois ou quatre siècles, dans laquelle une laitière Hollandaise, un Sforza vénitien, une Mona Lisa florentine, pose, avec l’espoir d’un chef d’œuvre.

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Les gosses se ruent sur les artistes photographes que nous sommes. Le simple fait qu’ils soient pris en photo est par ailleurs la certitude du chef d’œuvre en question… et les enfants rient de se voir au centre d’un écran qu’on leur propose bien naturellement, une fois le cliché pris.

 

Photo me, MisterRr ! Telle est la demande, l’exigence, que nous soyons fille ou garçon, tant que nous sommes photographes.

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endant ce temps, la touriste Hollandaise avec laquelle nous avons embarqué crée l’hystérie, en soufflant des bulles de savon à travers la meute des gamins qui nous suit. C’est touchant, et l’idée de notre départ me fait mal. Pour ces enfants, nous sommes la magie du monde extérieur, l’électricité, la télévision dont ils ont entendu parler, ou que l’un ou l’autre d’entre eux a eu l’occasion de voir, un jour où, avec leurs parents, ils ont fait l’immense voyage jusqu’à Lombok, ou Flores.

 

Le voyage continue, d’île en île, de petites criques en petites criques, avec de moins en moins de monde qui nous attend devant ces criques, jusqu’au moment où nous arrivons à Komodo.

 

drag1Là, nous sommes attendus. Ceux qui nous attendent font quatre mètres de long, quand ce sont des adultes. Ils ont de puissantes mâchoires et n’ont rien contre un petit en cas, entre deux vrais repas.

  

Dans l'ensemble, ils n'ont pas l'air particulièrement sympathiques.

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03/07/2008

Bientôt vers Komodo

lo9Le lendemain, c’est un jour de battement. La nuit a été un peu difficile, vu que, d’un côté de l’hôtel dans lequel je dors, il y a une mosquée avec un muezzin qui bêle à la gloire de Lala dès les toutes petites heures, tandis que, de l’autre côté, un karaoké braille jusque vers minuit.

 

Bah, au moins, du côté muezzin, ça ne dure qu’une dizaine de minutes, après lesquelles ont peut se rendormir.

 

Or donc, après les chants du karaoké, j’ai dormi comme je l’ai pu, avant d’être réveillé par les chants du muezzin, puis ai revolé deux heures de sommeil à la nuit noire, avant que l’aurore aux doigts de rose, etc… me fasse le sale coup de me réveiller.

 

Il doit être pas loin de sept heures : debout, pipi, douche froide – enfin, tièdasse… Habillé de frais, je sors de ma chambre pour tomber sur le boy qui me demande si je veux mon petit déjeuner. Ah, oui. Bon, je retourne dans ma chambre et, deux minutes plus tard, le boy frappe à la porte, avec un plateau sur lequel il y a un pot de thé fumant, deux toasts, une lamelle d’une couleur jaune-brun qui doit être du beurre, et un sachet de confiture.

 

Toc toc, siouplaît M’sieur ; merci M’sieur. Je pose le plateau sur la table et m’assois sur la petite terrasse qui fait suite à ma chambre : ingérons tout cela. Après avoir avalé quelques tasses de thé noir et mes deux toasts, je sors de la chambre après avoir soigneusement déposé mon plateau devant la porte, puis file en ville.

 

lo1La ville, c’est trois fois rien, à Senggigi. Il n’est pas encore huit heures du matin, et tout dort, sinon quelques restaurants qui offrent des petits déjeuners et un cybercafé où je m’empresse d’aller vérifier mes courriels.

 

Quant à cela, rien de spécial : des offres de viagra en pagaille, ainsi que de cialis. Une demi douzaine de propositions commerciales en provenance du Burkina Fasso, et un message d’une amie chère qui me demande si je vis toujours. Je réponds que oui, efface les offres commerciales africaines, élimine les propositions médicamenteuses, ferme mon ordinateur, pour apprendre que les quinze minutes que j’ai passé sur l’Internet me coûteront l’immense somme de un dollar américain.

 

Monsieur le propriétaire du cybercafé m’explique, d’un air embarrassé, qu’il doit, pour avoir l’Internet, tirer une ligne jusqu’à Mataram, la capitale de l’île de Lombok. Il n’y a pas à dire, ici, c’est le tiers monde.

 

Sorti de mon cybercafé, et me dirigeant vers la plage, je me fais assaillir par des hordes de vendeurs de perles, de montres, de lunettes de soleil. Non merci, m’sieurs dames. J’arrive finalement au bord de l’eau, non sans m’être fait harponner d’abord par l’un ou l’autre commerçant, et m’en être débarrassé avec le sourire. Bientôt, je suis au bord de la mer, poursuivi par un dernier vendeur qui finalement me quitte, en me couvrant de malédictions, vu que je ne lui achète rien.

 

lo8Senggigi, ce sont deux plages. Une, devant trois ou quatre petits hôtels et principalement dévouée aux étrangers – quand il y en a. L’autre est envahie par les locaux. Aujourd’hui, ça tombe bien, c’est un dimanche, et la foule arrive, petit à petit, sur des mobylettes chargées comme des ânes.

 

 

 

 

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lo7Le reste du village n’a rien de bien intéressant à offrir – sinon ses vendeurs de perles, bien entendu. Ses deux mosquées sont moches ; les temples hindouistes sont rares et éloignés, sur une île où les musulmans ont chassé les mécréants.

 

Reste donc la plage.

 

Là, après une heure, je me trouve entouré de gosses et d’adultes qui viennent profiter d’une journée de repos dominical. Je suis le seul étranger, mes petits camarades ayant décidé, qui, de dormir, qui, de faire les bistrots. Dans ce dernier cas, les deux Suédoises et l’Estonien doivent assez bien s’entendre. J’apprendrai plus tard qu’ils ont, avec le couple américain et notre Hollandaise, occupé la journée entière la plage « aux touristes », à se faire pourchasser par les vendeurs de colifichets.

 

 

lo4lo6La matinée se passe, dans la paix de la plage. Puis, je quitte le havre de calme et retourne vers la grand rue du village. Une douche, un déjeuner, un massage – non merci mademoiselle, pas d’extra – une sieste. La fin de journée arrive, et bientôt, le groupe auquel je dois bien me mêler, tôt ou tard, décide d’un dîner dans tel restaurant où on mange mieux qu’ailleurs, ou bien où la musique est plus bruyante qu’ailleurs. Nous voilà parti tous ensemble. Repas terminé, retour tôt à l’hôtel, vu que nous serons pris à sept heures du matin, pour aller à l’Est de Lombok.

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C’est là que nous embarquerons sur un bungis affrété à Perama Travel.

 

 

 

 

 

 

 

lo10lo11Usuellement, en haute saison - du temps qu’il y avait une haute saison en Indonésie - le bungis en question embarquait une trentaine de personnes. Cette fois ci, nous pourrons nous étaler confortablement à huit, sur des nattes, dans la pièce centrale, s’il arrivait qu’il plût. Le confort n’est pas exactement au rendez-vous.

 

Par contre, nous avons un vrai pilote, un guide, et un cuisinier qui sait ce qu’il fait. Nous ne mourrons certainement pas de faim. Le tourisme a du bon…

22:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/06/2008

Arrivée à Lombok

Le passage sur le bac prend un certain temps. Nous avons eu la chance d’avoir, sur les dizaines de bateaux qui font l’aller retour, de Bali à Lombok et de Lombok à Bali, l’un des plus grands et des plus modernes navires qui soient. Le trajet dure trois heures, sur une mer d’huile.

 

Ces derniers temps, j’ai de la chance, quand on parle de traversée.

 

Mais bon, sous le soleil de plomb, on finit par s’ennuyer. Certains des voyageurs ont trouvé un siège dans la salle fermée, climatisée, pendant que les autres restent tranquilles sur le pont, à regarder les indonésiens qui passent.

 

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al1Mes co-voyageurs sont allé se rafraîchir dans l’espèce de salon climatisé, dans lequel on peut trouver de quoi boire. Il y a, en tant qu’étrangers, une Hollandaise avec une chevelure de couleur suspecte, et moi.

 

En tant que Balinais, il y a aussi un groupe de sectateurs d’une obscure religion hindouiste, d’une secte balinaise, qui bientôt nous quittent - enfin, quittent la plage centrale du pont supérieur - pour se diriger vers le côté du navire.

 

al2Quand on voit des hindouistes qui partent en groupe, hommes et femmes mêlés, pour vaquer à leurs affaires, c’est usuellement pour aller faire une petite cérémonie religieuse qui peut valoir le coup d’œil. De plus, ils partent avec une cage, dans laquelle un oiseau piaille son indignation d’avoir été emprisonné ainsi depuis le début du voyage.

 

Ma Hollandaise me regarde d’un air interrogateur, et je lui fais un signe universellement compris : un doigt passant d’un côté à l’autre de la gorge. Les filles étant cruelles par nature, celle-ci me retourne un immense sourire, me fait le même signe de retour, et se lève afin de courir après les sacrificateurs. J’imagine qu’il vaut mieux qu’elle passe sa bouderie en regardant un zoziau se faire tuer pour plaire aux divinités de la mer, qu’en recevant son petit ami, pour l’instant en train de picoler au salon.

 

Et effectivement, je vois dans la distance, sur le côté de notre bateau, le groupe s’installer, leur gourou au milieu du demi cercle des fidèles qui fait face à la mer. Les prières commencent, avec un petit coup de gong pour rythmer tout cela, et avec la demoiselle Hollandaise aux cheveux auburn, qui a sorti son appareil photo et qui, discrètement, rôde autour du groupe, dans l’espoir d’assister au sacrifice du volatile.

 

Bah, ne boudons pas notre plaisir, j’approche aussi, pour voir la scène.

 

Quelques psalmodies plus tard, une première platée de fleurs, de riz et un œuf s’envolent du pont, pour tomber dans l’eau. C’est le hors d’œuvre des idoles et, accessoirement, des poissons.

 

Parlant de ces derniers, dans la distance, on peut justement voir des poissons volants qui rasent les vaguelettes, sur des dizaines de mètres.

 

al3Pendant ce temps là, sur le pont, pendant que tout le monde marmonne une vague prière, le prêtre prend l’oiseau, dont les pépiements se pressent, vu qu’il doit bien se dire que ce qui se passe depuis ce matin n’est pas tout à fait normal et ne présage rien de bon pour l’avenir.

 

Deux secondes plus tard, son avenir est derrière lui, vu qu’il est, le cou brusquement cassé, en train de suivre l’offrande envoyée une minute plus tôt dans les flots bleus. Tout le monde se lève, y compris la hollandaise déçue, qui a raté l’assassinat, vu que ça s’est passé trop vite. Nous voilà retournant sur le deck, sous le soleil qui écrase le pont.

 

La Hollandaise disparaît au salon où elle rejoint son jeune camarade. Ce dernier est assez bien entamé, vu qu’il faisait soif, à son opinion, et que la Bintang indonésienne est fort bonne. Elle est, de plus, nettement moins chère que n’importe quelle bibine européenne. Sans aller jusqu’à dire qu’il y a un aspect pousse-au-crime, dans la différence de prix entre Indonésie et Europe, il est certain que les fumeurs et les buveurs venus d’Occident sont ici au paradis.

 

al8al4Enfin, au bout d’une heure encore, la côte qui apparaît dans la distance est la bonne. Nous approchons, peu à peu, jusqu’au moment où nous pouvons entrer dans le petit port et nous amarrer. On se croirait à Pearl Harbour, juste après le passage de l’aviation japonaise.

 

Quelques manœuvres, l’avant du bateau s’abaisse, les camions sortent, puis les voitures, puis nous. Les affréteurs du bateau pour Komodo se sont réunis ; un bonhomme nous attend à la sortie du bac.

 

C’est nous ?

 

Oui, c’est nous.

 

Nous montons, à sa suite, dans un minibus qui nous conduira à Mataram, charmante bourgade dont les grandes avenues sont noyées sous les manguiers centenaires, puis à Sengigi, le Kuta à la balinaise local, où nous pouvons trouver tous les hôtels du monde.

 

A Mataram, ce ne serait pas mal si l’administration municipale essayait de réparer les trottoirs, littéralement démolis par les racines des manguiers. Il n’y a, en réalité, le long des avenues ornées de manguiers, plus de trottoirs, ni d’égouts. Le manguier nourrit son homme, mais c’est la plaie de l’administration communale incompétente car, en dix ans, par sa simple pousse, il prouve de la manière la plus évidente que rien n’est fait pour garder la voierie en état.

 

Enfin, cela n’empêche probablement pas l’équipe des édiles municipaux d’être reconduite, élection après élection, avec un savant mélange de copinage, de fraudes et de paresse de l’électeur.

 

A Mataram, nous avons récupéré deux Suédoises qu’on décrirait plutôt comme des percheronnes que comme des actrices dans des films olé olé, une énorme Hollandaise souriante, et un Anglais qui, comme tout anglais, est braillard, chauve et ventripotent : voici notre équipe complète. Le minibus redémarre pour Sengigi, où nous dormirons ce soir. J’ai le souvenir d’un hôtel correct et pas cher, qui se trouve à deux pas de l’arrêt de bus central du village : on verra bien si rien n’a changé. En attendant, nous roulons par monts et par vaux, avec la mer à notre gauche, et la montagne à notre droite.

 

Parfois, une déchirure dans la montagne, et nous avons un bout de rivière avec, des deux côtés, une cascade de maisons accrochées comme elles le peuvent à un terrain dont la déclivité défie toute construction.

 

al6Bientôt, nous arrivons à Sengigi. Sengigi, c’est une rue, bordée de bars et de restaurants, du côté de la plage ; d’hôtels, de l’autre côté. Il y a aussi quelques karaokés, deux mosquées, un temple hindou, des changeurs, un certain nombre d’officines de massages et quelques cybercafés.

 

L’hôtel dont je me souvenais est toujours là, à deux pas de l’arrêt de notre minibus. Le propriétaire est justement là, à nous attendre, probablement prévenu par notre conducteur, et nous propose des chambres pour un prix qu’il est difficile de refuser.

 

al7Tope la mon brave : nous emménageons donc, les Suédoises ensemble, les Américains aussi, les autres, chacun dans son coin. Puis, une douche, une promenade vers le centre de la bourgade ou sur la plage, dépendant des intérêts. Les vendeurs de colifichets vous courent après et vous sautent dessus comme la misère sur le pauvre monde. Il y a des t-shirts, bien entendu, de marque, bien entendu… Il y a aussi – c’est la spécialité de l’Océanie – des vendeurs de perles, en colliers de toutes sortes, en pièces uniques, en boucles d’oreilles, en bracelets. Ca va du genre le plus lourdement vulgaire, avec triple collier orné de pierres brillantes, à des créations parfois charmantes, mais invariablement fragiles.

 

Les malheureux vendeurs, qui semblent n’avoir pas vu d’acheteurs depuis des siècles, vous jettent colliers et bracelets à la figure, pour des prix qui vous semblent ridicules. Certains se laissent tenter, mais les filles discutent les prix âprement, amenant des cris et des expressions désespérées auprès de nos vendeurs qui, finalement, parce qu’ils nous grugent, ou parce qu’ils sont dans le besoin le plus profond, acceptent de se séparer de leurs joyaux pour des clopinettes.

 

Tiens, à propos, Vicky, je te signale que j’ai un truc pour toi… J

 

La soirée se passe dans l’un des restaurants du village, avec orchestre. Nous parlons à des gens revenus tout juste d’un séjour aux Gilli : apparemment, la faune sous-marine y est extraordinaire. Un verre, un autre, nous voilà bientôt, repas achevé, à aller chacun vaquer à nos occupations. Les deux Suédoises, levées par l’Anglais, décident d’aller avec lui dans ce qui fait office de boite de nuit, pendant que les autres vont, qui dormir, qui boire un dernier verre dans un autre bistrot.

 

Pour moi, c’est dormir, vu que la journée a été longue. Sur la route vers l’hôtel, je suis accosté par d’accortes demoiselles qui m’assurent qu’elles sont instantanément tombées amoureuses de moi et qu’elles seraient très heureuses de poursuivre la conversation, en tête à tête, dans une chambre, pour deux francs trois sous.

 

La civilisation est arrivée jusqu’ici.

 

Ca la fout mal, avec le couple américain qui m’accompagne…

20:21 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/06/2008

Les temples de Bali

Deux jours plus tard, après avoir tourné dans les temples balinais, me voilà dans un minibus pour l’Est de l’île, direction Lombok.

 

Le minibus est presque vide, quand nous quittons Kuta, vers les cinq heure du matin. Avec moi, il y a une fille qui est arrivée avec un sac aussi volumineux qu’elle et qui s’est écroulée dans l’un des sièges du minibus, où elle ronfle, depuis. Quand elle se penche en arrière, la bouche ouverte, son doux ronronnement féminin couvre les grondements du moteur, sauf quand nous dépassons l’un ou l’autre cycliste. Alors, c’est le moteur qui couvre le doux ronronnement de la belle enfant – car, ronflements mis à part, elle est mignonne : une brune mince avec autant de poitrine que moi, mais un derrière que j’ai entraperçu, quand elle montait dans le minibus, et qui avait une forme juste comme il faut.

 

Bientôt nous arrivons à Ubud, où, après un arrêt rapide, nous nous dirigerons vers l’Est. Ubud, c’est le paradis des touristes culturels : il n’y a pas de plages, pas de surf, pas d’Australiens… Il y a, par contre, un nombre incalculable d’échoppes d’artisans, enfin, d’ « artisans »,  qui produisent des horreurs dignes de Jogja’, ou de Kuta – mais dans un autre genre, c’est vrai. A la différence de Kuta, je ne vois pas de zizis en bois à usage d’ouvre bouteille ou de tire-bouchon et, à la différence de Jogja, je ne vois pas de batik.

 

Ah, si, finalement, je vois des batiks.

 

Et des sarongs.

 

Alors que le minibus ralentit, s’arrête, mademoiselle la ronfleuse ouvre un œil, puis l’autre. Nous descendons bientôt du minibus qui s’est arrêté, pendant que d’autres voyageurs embarquent, parmi eux, deux Américain et un Estonien, qui font partie du groupe qui a affrété un bateau dans le but d’aller jusqu’à Komodo.

 

Il y a un café / épicerie, juste devant nous, à quelques mètres de notre arrêt. La ronfleuse clopine jusqu’à l’épicerie pour y chercher une bouteille de coca. Nous faisons la queue, elle avec son coca, moi avec une glace.

 

De là, après avoir embarqué nos co-affréteurs, nous roulons jusqu’au port de Padangbai.

 

Là, nous prendrons un bac, pour aller jusqu’à Lombok, où nous sommes attendus. Un autre minibus nous prendra jusqu’à Sengigi, où nous passerons la soirée, puis demain matin, on embarquera sur notre bugis, direction Komodo.

 

Les derniers jours, à Bali, ont été plaisants, puisque nous avons, mes petits camarades javanais et moi-même, vu tout ce qui devait être vu. « Tout », bal4bal8dans le sens où nous avons vu les différents genres des temples qui pourraient être vus ici. A dire en défaveur de Bali, il n’y a pas de variété dans l’architecture religieuse. Systématiquement, il y a un saint des saints, fermé à tous les roumis, territoire carré au milieu duquel on peut voir, surgies au milieu de la nature, des tours d’offrandes dont la hauteur indique la modernité.

 

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bal1 Au milieu de ce saint des saints, on peut voir des singes, des rats, et quelques prêtres, si on a de la chance.

 

Si on a encore davantage de chance, on arrive le jour d’une cérémonie particulièrement publique et… quoique l’on ne soit pas hindoustani, on passe, en toute discrétion, au milieu d’une foule en liesse. Cela permet de voir à quoi les tours d’offrandes ressemblent: ce sont... des tours d'offrande, et c'est tout. Cela permet probablement de relativiser tous les fantasmes que nous pouvons avoir sur les religions exotiques..

 

bal10bal5A dire vrai, c’est sans intérêt : on a, au pied d’une tour de bois, qui monte dans le goût balinais, une petite chapelle dans laquelle on fourre des assiettes faites de vanneries et bourrées de riz, orné d’une fleur, avec parfois un peu de sauce piquante sur le côté.

 

 

 

 

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bal6bal3L’offrande, dans les grandes circonstances, est bénie, avant d’être donnée aux dieux, aux rats et aux corbeaux, mais le spectacle est, finalement, sans intérêt particulier. Amusant, certes, mais rien de plus.

 

 

 

 

 

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bal18bal13Par contre, si on arrive devant un temple à l’occasion d’une fête particulière, qu’il s’agisse d’un mariage entre deux familles ou d’un championnat entre deux villages à qui danse le mieux, ou à qui décore le temple avec le plus de richesse - pour le pas dire, avec le kitch le plus brutal - le spectacle peut être admirable. Il peut aussi, tout simplement, faire sourire le spectateur.

 

Il peut y avoir aussi, cependant, l'oeillade délicieuse d'une danseuse qui vous croise et vous foudroie.

 

 

 

 

bal21bal17Nous avons, sur ce plan là, eu de la chance, tombant, dans un cas, sur un mariage, sur une alliance qui devait avoir lieu avec ce que Bali comptait de plus puissant, puis sur une fête-compétition entre deux villages, avec danses, spectacles, et parfums de cuisine dans la distance.

 

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bal24bal20Il n’est de bonne compagnie qui ne se sépare, et mes étudiants Javanais sont partis hier soir, de retour vers Jakarta, pendant que les trois sœurs éplorées avec leur frère – je parle de mes voisins de droite – m’ont présenté avant notre coucher leurs salutations, m’ont donné leurs numéros de téléphone, et m’ont fait jurer que je ne quitterais pas l’Indonésie sans être repassé à Surabaya, afin de venir dire bonjour à la famille… J’ai promis.

 

Et me voici, ce matin, terminant de bailler, dans un minibus avec une Suissesse chargée comme une baudette, deux Américains et un Estonien, sur notre route vers la côte, le bac, et Lombok - car il faut bien commencer quelque part.

22:54 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

20/06/2008

Visite aux temples de la mer

Les dieux en soient remerciés, à Kuta, il y a aussi de petits oratoires, parfois charmants, mais peu variés, dans l’ensemble. Chaque maison a le sien, Bali3parfois imposant, car il est essentiel de paraître ; chaque quartier s’est cotisé pour en avoir un collectif, idéalement, plus chic que celui du quartier voisin.

 

Dans chacun d’entre eux, on trouve quelques idoles vêtues d’un drap de couleur – chacun la sienne. Il y a des paniers d’offrandes, ressemblant à ceux que les Balinais distribuent généreusement aux quatre coins de la maison et, in fine, aux rats qui abondent. On trouve aussi des chats qui viennent se restaurer, avant que les rats passent.

 

Et puis, hors les temples de quartiers, il y a de grands temples extérieurs à la ville. Ce sont ces temples que nous allons voir demain.

 

Bali4Le petit déjeuner expédié, nous nous retrouvons devant le guesthouse où le minibus de Monsieur notre guide nous attend. Hop là, nous montons, et le chauffeur démarre avec prudence, d’abord sur la petit route de notre hôtel, et qui n’est que plaies et bosses – bosses, surtout… - puis sur une ruelle tordue qui conduit à une autre, puis à une autre encore, jusqu’au moment où nous débouchons sur ce qu’on appellerait ici une rue principale. De là, on commence à y voir plus clair. Le chauffeur, en tout cas.

 

Nous passons quelques carrefours, puis enfin des indications : pour Denpasar, aller par ici, pour Ubud, aller par là, pour l’aéroport, encore une troisième route.

 

Nous tournons résolument sur une quatrième et nous enfonçons dans le trafic. Le chauffeur sait où il va, il roule avec prudence. Nous ne nous inquiétons pas, nous contentant d’admirer le paysage de rizières en terrasses qui se déroule devant nous.

 

Après avoir vu des journées durant, de Thailande du nord au Vietnam, en passant par la Birmanie et Java, des kilomètres de rizières, on ne peut pas dire que je suis particulièrement ébloui par celles qu’on peut voir ici, mais le spectacle reste toujours délicieux. Le vert tendre des rizières indique qu’on vient tout juste de plantier, ou de repiquer, les pousses. Les grenouilles doivent se multiplier, et les canards, que l’on voit se dandiner partout, doivent être à la fête.

 

Bientôt, le chauffeur nous annonce que nous allons arriver à un premier bali1temple. C’est l’un des temples les plus sacrés de l’île – l’île est, en fait, couverte de temples particulièrement sacrés… - et il est bâti en bord de mer. Le spectacle, me disent mes compagnons frétillants d’impatience, est fantastique. Nous arrivons ; allons y voir…

 

Nous passons l’entrée – payante, oeuf corse – puis un tournant, une porte de temple raide et sculptée, telles que les Balinais les font toujours.

 

 

BAli7Bali6Soudain, le temple, dans la distance : effectivement, le spectacle est splendide.

 

L’eau et la religion hindoustani, c’est une longue histoire. Le plaisir de bâtir un temple à deux pas du rivage, vers l’intérieur ou vers l’extérieur, n’est manifestement pas épuisé pour eux : ici, le temple est à moitié sur un rocher – ce sont les tours d’offrandes aux divinités – à moitié sous le rocher, dans des grottes qui sont presque toujours immergées. Patauger dans l’eau est un bonheur qu’on a de la plus petite enfance jusqu’à un age avancé. Les gosses … pardon : les BAli8prêtres sont dans l’eau jusqu’aux mollets, à bénir l’un, puis l’autre, puis un troisième.

 

Une fleur sur l’oreille, un peu de poudre rouge écrasée sur le front, une prière murmurée devant une pierre grossièrement taillée, représentant une idole multiséculaire, quelques billets déposés dans un panier, à côté de la divinité. Derrière nous, la queue des fidèles serpente patiemment.

 

Puis, sur un dernier échange de saluts, nous repartons vers le rivage, en essayant de ne pas nous casser la figure sur les rochers glissants. Histoire de gagner quelques sous, des acolytes des prêtres prennent les dames par le bras, afin de les aider à passer les endroits les plus dangereux.

 

Ce n’est pas qu’il y a des requins avec des dents partout, ou des crocodiles affamés, mais il est vrai que les filles la trouvent toujours saumâtre, quand elles tombent tout habillées dans l’eau, et qu’elles n’ont pas de vêtement de rechange. Nous pourrions aider, bien entendu, nous, les compagnons, mais il est évident que c’est la seule manière de certains pour gagner les quelques sous qui les nourrissent…

 

Nous ne pouvons pas aller visiter les offertoires du temple, offertoires Bali2Bali5exclusivement réservés aux membres de l’ordre religieux qui s’occupe du temple, et devons nous contenter d’admirer les tours de loin.

 

Une promenade, le long du rivage, à admirer d’autres temples tout aussi interdits aux profanes, puis nous retournons vers le minibus, où notre conducteur nous attend. Prochaine étape, le temple aux singes.

 

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17:42 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

19/06/2008

Kuta et ses échoppes

Ma chambre, c’est une maisonnette partagée en deux – une semi detached house, diraient les rossebiffes ; un chalet, disent les locaux, un bungalow, pour nous – avec une salle de douche dont la douche fonctionne particulièrement bien en fin d’après midi, quand la tuyauterie a été chauffée au soleil la journée entière.

 

Bali1Mes voisins, ce sont deux australiens, venus perfectionner leur surf : il y a monsieur, qui doit être un champion en la matière déjà, mais qui s’entraîne, et sa jeune fiancée, qui ne sait pas trop comment tenir sur une planche, mais qui essaie. Elle est souriante et rondelette. En sa défaveur, elle a un tatouage au bas du dos. En sa faveur, elle boit chaque soir une Bintang, sur la terrasse de sa chambre, tout en bavardant avec moi, pendant que son jeune camarade prépare le matériel pour le lendemain matin, avant de venir prendre sa bière vespérale avec nous, qui en entamons alors une deuxième.

 

Devant notre bungalow, il y a le chalet d’un vieil Allemand qui, apparemment, vient chaque année passer deux mois à Bali, avec l’intention d’épuiser tout ce que l’île compte de prostitution mâle. Et, effectivement, quand on le voit marcher, il est clair qu’il fait partie de la secte de la jaquette flottante – comme le disait le regretté Frédéric Dard.

 

Je n’aime pas trop le regard gourmand qu’il me porte, quand nous nous croisons.

 

Je sais le détail de ses chasses grâce à son voisin : ce voisin, c’est un vieux Suisse qui le surveille depuis quelques années. Il vient ici, chaque fois qu’il a des vacances, avec sa compagne balinaise, épousée il y a dix ans, contre l’avis de la famille. Quand ils viennent à Bali, vu que Madame éprouve le besoin régulier de revenir à la mère patrie, c’est en toute discrétion, afin que la tribu de la jeune épousée, maintenant vieillissante, ne sache où envoyer deux Yougoslaves aux chaussures bicolores, à la cravate à ramages, et à la Kalachnikov guillerette.

 

Quand ils ne surveillent pas l’entrée de l’hôtel d’un œil attentif, rapport aux Yougoslaves, mes deux tourtereaux helvétiques observent, effarés, séjour après séjour, le passage de jeunes messieurs aux yeux maquillés qui arrivent le soir, en compagnie du Teuton pervers, et qui repartent seuls le lendemain matin, le rimmel coulé, l’air satisfait et la poche remplie, pour ne jamais revenir.

 

Selon Daniel, Monsieur le Suisse, le vieux prédateur Allemand doit avoir eu un contact intime avec, au bas mot, deux mille jeunots de la région… Madame confirme, indignée, avec un accent du Valais qui fait sourire. Daniel et son épouse surveillent ainsi les déplacements du consommateur de chair fraîche, la main sur le portable, prêts à téléphoner aux flics, à la moindre suspicion de jeunesse trop jeune qui entrerait dans le bungalow germanique.

 

De vrais Suisses, quoi.

 

A dire vrai, il serait difficile de leur donner entièrement tort.

 

Bali7A ma droite, il y a trois demoiselles indonésiennes et leur frère, qui viennent de Surabaya, ayant abandonné l’échoppe familiale pour passer une semaine de vacances en fratrie. C’est, du moins, ainsi que les demoiselles se présentent, vu qu’elles parlent un peu l’anglais.

 

Selon Daniel, qui croit devoir me protéger contre tous les dangers de l’Indonésie, en général, et de Bali, en particulier, ce sont des demoiselles de mauvaise vie, qui souhaitent embarquer des étrangers innocents, en général, et les messieurs seuls, en particulier dans des relations pour le moins louches.

 

Je n’en crois pas le premier mot, mais ne le lui dis pas : après tout, ses intentions sont louables. Quant à mes voisins de droite, ils m’ont l’air on ne peut plus braves. Quand nous allons sur la plage, les trois soeurs courent les tourist babies, qu’elles trouvent on ne peut plus mignons, et le frère fume une kretek, un peu en retrait, les regardant faire.

 

Un peu plus loin, dispersés sur deux chambres, il y a deux étudiants de Jakarta, leurs deux sœurs et une amie, qui sont venus passer une semaine à Bali eux aussi. Le matin, levé avant six heures, je cours sur la plage une dizaine de kilomètres, aller retour, avec mes quatre touristes prétendument suspects – enfin, avec deux des trois sœurs non fumeuses, laissant les deux autres loin derrière - mais avec mes étudiants de Jakarta, j’admets que j’ai quelque chose à partager.

 

Chaque matin, une fois le jogging terminé, chacun retourne dans sa chambre, et file sous sa douche à lui. Douche prise, je sors de chez moi et arrive sur la terrasse où les petits déjeuners sont servis : les étudiants sont là. Très vite, nous avons engagé la conversation, de table à table.

 

Le deuxième petit déjeuner que nous partageons, nous nous installons ensemble et, à la fin du repas, décidons d’affréter, à nous six, un minibus pour faire un tour de Bali.

 

Sitôt décidé, sitôt fait. On appelle le propriétaire de notre guesthouse, qui a un copain qui fait juste ce genre de chose. Le copain arrive dans les secondes qui suivent ; un trajet est proposé, approuvé. Ce sera pour demain.

 

Bali2Bali4Aujourd’hui, promenade à Kuta, qui n’a pas grand-chose à offrir pour le promeneur que je suis : des magasins en pagaille, la vente d’objets touristiques d’un goût très sûr, qui vous rappellera Benidorm ou Torremolinos, celle de disques piratés, de fausses montres, de flip flops de marque, de sarongs et de substances illicites qui vous sont proposées mezzo voce, dans la rue.

 

Bib1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

bali6On vous propose aussi la malbouffe de chez McDonald’s, bien entendu, avec, pour vous attirer, un Ronald McDonald’s qui fait du surf.

 

Ah et, bien entendu aussi, on vous offre des filles ou des garçons, ou encore des lunettes de soleil, des chemisettes de marque aux origines douteuses, des t-shirts à la gloire de Bali et de diverses marques sportives, quelques diseurs de bonne aventure et des salons de soins esthétiques, des planches de surf, des couvertures de planche de surf, des officines de tatouage.

 

Finalement, je cède quand même à la fièvre consumériste, et m’offre une montre Bulgari pour cinq dollars, après d’âpres négociations qui me font toujours rire. Je trouverai la même, plus tard, au Tax Free de l’aéroport de Dubai, pour plus de trois mille dollars. Il n’y a pas à dire, ma mienne à moi, offerte depuis à un gosse en Birmanie, c’est une bonne affaire. Je me demande combien de temps elle tiendra.

12:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/06/2008

Retour à Bali

Il doit être, à tout casser, cinq heures du matin, quand nous arrivons à Banyuwangi, devant laquelle se profile la côte de Bali. Le train s’arrête en gare. Il nous faut sauter au sol, car ce n’est pas tout le train qui a eu droit à la courte dalle de béton qui fait office de quai… Ensuite, nous traversons une petite gare de rien du tout. Nous sommes peut être une trentaine – des indonésiens, et moi.

 

Nous nous encaquons dans un bus antédiluvien qui nous attendait devant la gare et qui pousse, une fois que nous sommes tous dedans, quelques grognements affreux. Puis, il démarre et vogue la galère, vers un petit port où nous allons trouver les bacs qui font l’aller retour entre Java et Bali.

 

De l’autre côté, à Banyubiru, ce sera un bus, puisqu’il n’y a pas de chemins de fer sur l’île.

 

Bali2Quand nous voilà arrivés devant le petit port, on est dirigés vers un bac qui va bientôt démarrer. Mais il arrive seulement. Nous avons le temps, avant son départ, et je vais un peu à l’aventure sur le quai. Il y a des boutiques, avec d’accortes boutiquières, qui vendent de quoi manger et boire. Un coca, à cinq heures du matin, c’est très exactement ce que je ne veux pas, et je me rabats sur une nouille minute, qui reste une nourriture roborative, suivie, puisque j’ai le temps, alors que le bac est en train de manœuvrer pour s’amarrer, d’un excellent café façon CoffeeMix birman.

 

C’est infect, mais ça réveille.

 

Puis un coup de corne de brume. Nous devons aller au bac sur lequel nous embarquons, avec des vélos, des motos, des poules et des chèvres, quelques voitures et même un camion, pendant que la sirène appelle et appelle encore tous les voyageurs. Tout va bien, encore un peu et son deviendra sourds.

 

Le bac pousse un dernier hurlement déchirant, puis remonte sa proue, par laquelle nous sommes entrés. Les moteurs hurlent à plein régime, le bateau tremble, nous quittons peu à peu le quai. Une heure, et nous serons de l’autre côté. Dans la distance, on voit déjà les lumières tremblantes du port où nous devrons aborder.

 

Pendant le trajet, parfois on dort, quand c’est en pleine nuit que l’on passe, parfois on bavarde avec les voisins, quand on est presque éveillé. Ici, on est en début de matinée, et ça favorise le contact, ainsi que les petits enfants qui pleurent, ou qui demandent à leurs parents, de manière insistante, qui une glace, qui une bouteille de lait, qui une paire de lunettes de soleil.

 

Presque invariablement, la mer est calme. Les rats montent et descendent les escaliers de la coursive avec toute la discrétion dont ils sont capables. Les toilettes, devant lesquelles je suis passé, par curiosité, sont raisonnablement propres.

 

Bientôt le bac arrive en vue de son quai, à Banyubiru. Nous faisons la queue, puisqu’un autre bac termine d’embarquer son chargement de messieurs dames, et de véhicules qui vont avec, avant de partir vers Java. Bientôt il démarre et nous pouvons accoster. Ici, comme à Java, il fait lourd.

 

Devant la rampe sur laquelle la proue termine de se déposer, un homme dirige la manœuvre et un autre, une fois que les voitures, les vélos et les motos sont sorties, appelle les voyageurs du train de telle heure, en provenance de Surabaya et Probolingo, dont la destination est Denpasar.

 

J’en fais partie.

 

Ils nous regroupe – nous sommes encore une douzaine – et nous envoie jusqu’à un bus pas trop neuf et déjà à moitié rempli de passagers venant d’un bac précédent, d’un train arrivé à Banyuwangi quatre heures plus tôt. Ils doivent nous bénir.

 

On ne rigole pas et on entre dans le bus sans faire de chichis. Le dernier passager embarqué, le bus démarre, pour s’arrêter cent mètres plus loin : vérification des papiers à la frontière intérieure. Depuis le coup des bombes de Kuta, à Bali, on entre plus sur l’île comme ça, quand on fait du transport de surface : tous les indonésiens qui pourraient être malfaisants – lire, musulmans – sont priés de montrer patte blanche, et d’expliquer les raisons pour lesquelles ils souhaitent venir séjourner à Bali.

 

Vingt bonnes minutes plus tard, nous sommes à nouveau tous dans le bus. Quant à moi, en tant qu’étranger, on n’a pas jugé nécessaire de m’interroger, ni même de me convoquer dans la salle de transit. Le flic qui surveille les bus m’a fait signe de rester assis. Pendant les vérifications, j’ai pu commencer à m’endormir.

 

Puis tout le monde est revenu, et fini de dormir. Le bus est plein et particulièrement inconfortable.

 

Le trajet jusqu’à Denpasar dure un temps fou ; la route est lente  et étroite. Les balinais conduisent comme des singes.

 

Et encore, je me sens un peu coupable, quand je fais cette comparaison : l’expérience me dit que les singes conduisent nettement mieux.

 

Il est dix heures quand nous arrivons à la gare routière de Denpasar. Des hordes de taxis, moto taxis, conducteur de bemos, nous sautent dessus, tous avec une offre difficile à refuser. Je suis moulu et prends le premier qui peut me conduire à Kuta.

 

Tous le peuvent, bien entendu.

 

Le plus hardi m’offre littéralement sa mère et sa sœur si je lui fais la grâce de m’intéresser à ses services. Ah, pour une mère et une sœur, que ne ferait-on pas…

 

Quelques minutes plus tard, je suis devant mon hôtel habituel, auquel j’ai téléphoné hier, et dont une chambre m’attend, trépignante d’impatience.

Bali1

 

18:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/06/2008

Comme quoi, les volcans, ça peut être dangereux

Il y a, tout à fait à l’Est de Java, un autre volcan, le Kawa Ijen, que l’on peut aussi aller voir. J’y ai grimpé il y a quelques années. Là, vu qu’il est un peu plus calme que le Bromo, on peut littéralement descendre au plus profond de son cratère – enfin, jusqu’au bord d’un lac aux eaux turquoises, dont la surface est crevée, de temps à autre, par des bulles de gaz.

 

Alors qu’on y descend, au fond de ce cratère, on croise des malheureux porteurs de soufre, avec, sur le dos, des charges d’une belle couleur d’un jaune maladif, qui font trois fois leur volume.

 

Le volume des porteurs, je veux dire.

 

Ces charges volumineuses ne pèsent, m’a-t-on dit, qu’une cinquantaine de kilos. Rien, comparé à ce qu’on demanderait à un baudet. Mais un baudet accepterait-il d’aller jusqu’au fond du cratère grondant, puant les vapeurs sulfureuses ?

 

Baudet, pas fou. Homme, si.

 

Bro4Devoir monter et redescendre cette charge, du bas du cratère au pied du volcan, la journée durant, dans des vapeurs délétères, ce n’est pas tout à fait idéal pour la santé. Les portefaix, quand ils vous croisent, vous proposent la photo, et se font payer en cigarettes – en kreteks, préférablement. Sans doute pour offrir à leurs poumons un petit peu de la douceur de notre civilisation, après ce passage dans la brutalité naturelle.

 

Vous marchez sur un sol inégal, caillouteux, râpé de son soufre qu’il faut aller chercher de plus en plus bas. Un foulard ou un sarong vous couvre la bouche et le nez, en pure perte, bien entendu, si vous recevez soudain une bouffée de fumée de soufre. Là, il faut se coucher au sol quelques instants ; attendre que le nuage passe. Jamais il ne touche le sol, voyez-vous…

 

Puis, on se redresse et on continue à descendre, là où il fait de plus en plus sombre, de plus en plus puant, où l’on trouve de plus en plus de blocs de soufre, ou bien, on se dit qu’on en a assez vu, que rien ne vaut la santé, et on remonte.

 

Le Bromo sera probablement tel que le Kawa Ijen, le jour où les secousses telluriques auront diminué, le jour où le volcan ne crachera plus une telle quantité de fumée, le jour où il sera possible aux malheureux indonésiens d’aller y chercher les blocs soufre qui doivent abonder dans ses profondeurs.

 

En attendant, perchés au bord du cratère, selon le gré du vent, on reçoit un coup de vapeurs de soufre qui vous feraient vous évanouir si vous ne reteniez votre respiration.

 

Appuyé à la rambarde qui domine le cratère, j’ai vu venir le coup et ai retenu la mienne. Ma jolie voisine, non. Les yeux mi-fermés, je l’entends suffoquer, puis la vois tomber dans les pommes. Je parviens à la retenir, amortissant la chute. Une fois le nuage de vapeur passé, je me penche, la laisse revenir à elle, puis l’aide à redescendre l’escalier, accroché à la pente tremblante du volcan. Son pas n’est pas trop assuré. Arrivés au pied du volcan, je lui suggère de prendre un cheval, pour se faire reconduire à son guesthouse. L’idée lui semble tout à fait acceptable. Le premier cavalier qui nous aborde est le bon. On fixe le prix, Mademoiselle, poussée et tirée, est mise sur l’animal, me remercie d’une voix mourante, avec un gentil sourire, et part, effondrée sur un cheval gris conduit par son vieux propriétaire.

 

Encore une qui se souviendra de sa promenade : ce genre d’incident doit arriver tous les jours.

 

Quant à moi, je marche à travers la plaine lunaire, pour retourner jusqu’à l’endroit où mon guide m’attend. La poussière vole et colle jusque dans les cheveux. Il fait chaud, maintenant. Il doit être pas loin de neuf heures ; le soleil tape et la réverbération, sur la plaine blanchâtre, est puissante. Les gouttelettes de transpiration creusent des lignes noirâtres sur mon visage gris, puis, quand je passe la manche de ma chemisette sur ce plâtras collant, ça donne un maquillage particulièrement original.

 

Au bout d’une demie heure, j’arrive au pied du cratère : il me reste à remonter jusqu’au rebord : une bonne centaine de mètres de dénivellation à pratiquer sur des sentiers poudreux, où un alpenstock se révèlerait utile. Hm, j’en rajoute un peu, quand même… Mais ce n’est cependant qu’une vingtaine de minutes plus tard que j’arrive au sommet de la crête, en nage et transformé en nègre.

 

Mon guide m’attend sans impatience particulière, vu qu’il dort, étendu dans l’herbe grise.

 

Suivant l’usage, je fais un peu de bruit, alors que je m’approche de la moto et de son conducteur. Il ouvre un œil, l’autre, me sourit en se redressant, me demande si tout s’est bien passé.

 

Oui, merci. Très beau.

 

On y va alors ?

 

On y va.

 

Monsieur le guide remet la moto dans le bon sens, se plante son casque sur la tête, me tend le mien. Nous redémarrons, à petite vitesse, jusqu’au moment où nous rejoindrons la route bétonnée par laquelle nous pourrons redescendre jusqu’au bas des montagnes volcaniques.

 

Bye bye, Bromo.

 

Il fait tiède, maintenant, et je redescend, assis derrière mon cicérone, la veste ouverte, dans la lumière glorieuse du matin, à regarder curieusement autour de moi, les riches villages disséminés sur les pentes de la montagne et que nous traversons parfois.

 

bro1Bro3Je rêve d’une bonne douche, d’un récurage en profondeur. J’ai déjà réservé mon train, ce soir, pour Bali. Nous arriverons à Probolingo alors qu’il ne sera pas encore onze heures : j’aurai encore tout le temps de me promener à nouveau,  à travers la bourgade, avant de devoir aller à la gare.

 

Sur la rue, tous les cinq mètres, que vous soyez au marché ou que vous vous intéressiez à une échoppe, on vous hèle d’un joyeux Hello MisterRr ! et vous faites le bonheur de tous, en retournant les salutations, avec le sourire.

Bro2

17:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

16/06/2008

Dans le ventre du volcan (ou presque)

Bro4Nous partons, presque droit, à travers la plaine lunaire. La poussière vole à hauteur des cuisses, au moindre souffle. Le cheval cligne les yeux et mon guide tire son cheval qui renâcle. Comme ça va ; encore un soubresaut, et je tomberai. Après quelques cris particulièrement suggestifs, poussés par son patron en baha indonsiade, il se calme un peu.

 

Au bout de quelques centaines de mètres, nous longeons un petit temple indien, à moitié enfoui sous les cendres, puis continuons vers le nouveau cratère central, qui crache des vapeurs parfois irrespirables. Pour l’instant, les fumées sortant du volcan s’élèvent en une colonne qui s’incline sur la droite, loin de nous. Tant mieux : la puanteur sulfureuse reste, mais pas au point de nous faire tousser.

 

Sauf que le cheval semble la trouver saumâtre et avance beaucoup plus nerveusement, alors que les grondements du volcan se font plus forts. Le guide se tourne vers moi et m’assure, avec un grand sourire plein de dents noires et jaunes, que le volcan est particulièrement bruyant, depuis quelques jours.

 

Ah, c’est bien, c’est juste ce que je voulais. J’avais toujours rêvé de finir comme Pline l’ancien…

 

Encore deux cents mètres, et nous entrons dans un dédale de dunes, faites de cendres durcies, pour enfin arriver au pied de la bouche de feu.

 

Au pied du Bromo – enfin, du Bromo intérieur et actif - il y a là un escalier bâti à la va-vite, qui permet d’arriver jusqu’au rebord de la gueule du volcan.

 

Je le prends.

 

bro1Bro2Les marches sont raides, et il y a une main courante. Cette main courante a une bonne raison d’être - aujourd’hui, en tout cas : tout tremble. Les secousses sont parfois légères, parfois brutales.

 

Ca me rappelle les petits tremblements de terre qu’on a, presque quotidiennement, à Sumatra. Quand c’est pendant la nuit, je ne me réveille même pas, et découvre, le matin suivant, que mon lit, la commode et la table de chevet ont bougé. Le jour où ce sera un tremblement de terre particulièrement féroce, j’arriverai devant la porte de chez Saint Pierre, en disant que je n’ai rien remarqué…

 

Ici, parfois ça tremble fort, parfois pas. Pour le moment, c’est suffisamment léger pour que j’y aille. Mais qu’il est difficile de lever la jambe, quand on est passé deux mille mètres, et qu’on marche, depuis cinq heures du matin… On respire… du vide. Du moins, on a l’impression que les poumons, que l’on remplit comme on peut, n’ont droit à rien. Tous mes souvenirs du Transvaal – quoique moi, je m’y étais habitué.

 

Je respire profondément, je marche lentement.

 

Avec un arrêt au milieu.

 

Le cheval, en bas, devient de plus en plus petit, et Monsieur, que j’ai remercié et payé après mon premier trajet, lui assurant que je ferai le Bro3trajet de retour tout seul, décide finalement de repartir vers une autre source de voyageurs possible. Un parking lointain sur lequel, chaque jour, vers dix heures, des Japonais arrivent.

 

Arrivés au bord du cratère, on a une vue parfaite sur les profondeurs du volcan. On entend des grondements qui viennent du plus loin, la fumée sort en colonne épaisse et, les dieux en soient remerciés, va de l’autre côté du cratère. Je regarde jusqu’au plus profond des entrailles grondantes

 

A mes côtés une jeune femme, jolie, pâle et épuisée, qui s’est lancée dans la marche une heure avant moi. Nous bavardons un instant : elle a dormi ici la nuit dernière, et ne se remet pas du manque d’air. Je joue au faraud, mais si je devais être honnête, je lui avouerais que, hors la descente à pieds, j’ai fait le reste du trajet à cheval... Bon, il est sans doute préférable de me taire.

22:02 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

13/06/2008

Dans le cratère du volcan

A trois heures du matin, mon petit réveil sonne. Je me lève comme je peux, pas trop frais, et vais jusqu’à la salle de douche. Pipi, le reste, une douche rafraîchissante, brossage de dents, puis je m’habille.

 

A Probolingo, l’altitude doit frôler les mille mètres et, s’il fait chaud, il fait, aussi, plus sec. La moiteur est, pour une fois, oubliée. Le matin, vers les trois heures et demi, il fait tiède, mais rien d’insupportable. Là où je vais, il doit faire aux alentours de 4 à 5 degrés, au petit matin. C’est ce qu’on m’a dit, et les guides, quand ils disent quelque chose, il vaut mieux les écouter.

 

Je mets donc mes shorts, puisque c’est tout ce que j’ai, et un polo. J’ai expressément gardé mes vieilles chaussures de marche jusqu’à aujourd’hui, pour un cas pareil. De nos jours, je dois avoir une fois par trimestre les pieds dans des chaussures fermées, mais il y a des fois où ça se justifie…

 

Vu leur état, de toute manière, c’est probablement leur dernière sortie.

 

Hier aprème, au marché, j’ai acheté une veste militaire doublée, pour deux francs trois sous. Une fois l’expédition terminée, je laisserai la verte en question à l’hôtel, avec mes chaussures de marche de qualité indonésienne – donc, infectes. Ca fera un heureux, dans le personnel de nettoyage…

 

Quatre heures : le guide arrive, sur sa mobylette. C’est avec cela que nous allons monter jusqu’au volcan. Il y en a pour près d’une heure de trajet, sur des routes pentues à y utiliser un alpenstock.

 

En effet, j’ai finalement été persuadé par Mlle la vendeuse du tour de rester à Probolingo, ce qui me permet de passer la journée en ville, plutôt que de traîner dans un hôtel en bord de volcan, où rien ne se passe. Après tout, c’est vrai. Et, à dire en faveur de Mademoiselle, elle n’a pas essayé de me bourrer le mou avec des histoires à la mords moi les fesses, selon lesquelles tous les hôtels seraient pleins, etc…

 

Si j’avais décidé de démarrer hier aprème, après deux heures de bemos, le bus local, je serais arrivé au bord du volcan dans la grisaille de la fin de journée, n’aurais rien pu faire sinon aller manger un bout au restaurant de l’hôtel, puis dormir sous d’épaisses couvertures à la propreté douteuse.

 

Ici, à Probolingo, j’ai eu le plaisir de faire le tour de la ville qui est charmante et – miracle en Indonésie – propre.

 

C’est bien simple, deux jours plus tard, arrivé à Kuta, sur l’île de Bali, j’enverrai un courriel à l’administration municipale de Probolingo pour les féliciter.

 

bromABromBBref, tour de la ville, arrêt au cybercafé du coin, promenade sur le marché, achat d’une veste à caractère militaire, avec une doublure qui me protègera un peu du froid, là haut. Puis, dîner au restaurant, chez le seul et unique chinois resté dans le coin, après les dernières émeutes. Chez lui, on sert, outre une nourriture délectable, de la Bintang bien fraîche.

 

Couché à huit heures, vu que la nuit sera courte…

 

BromDEt me voilà donc, à quatre heures, devant la porte de l’hôtel, alors que la mob’ de mon guide s’arrête devant moi.

 

Serrements de main. Il me tend un casque en plastique léger, dont le caractère et davantage cosmétique que sécuritaire. Je le mets. Hop sur la moto et nous partons. Il est, lui-même, bien couvert, rapport au froid auquel on pourra s’attendre, un peu plus haut. Vu qu’il est aussi mon pare-vent, je n’ai pas à me plaindre pour le moment. C’en est au point où ma veste doublée est ouverte, sinon, j’aurais trop chaud.

 

Quelques kilomètres de terrain plat, de routes droites, puis, l’indication Bromo, sur la gauche, et nous obliquons. Le chemin devient raide, plus raide encore. Mon bonhomme roule vaillamment, le vent tournoie, bientôt, je me redresse un peu, afin de fermer ma veste.

 

Mon sarong, qui sert à tout ici, qui vous fait office de drap, quand vous dormez, ou d’essuie, quand vous sortez d’un mandi sans commodités ; qui vous emballe quand il faut aller nu d’une pièce à l’autre, ou qui devient une serviette de plage, quand vous êtes sur les îles, mon sarong, donc, est maintenant bien disposé autour de mon cou, histoire de couper le vent coulis qui glace mes jambes. Mais bon, à la guerre comme à la guerre.

 

Au bout d’une heure, nous voici arrivés au pied du volcan. Finie, la moto. Il faut maintenant marcher, grimper, plutôt, un bon kilomètre pour que nous puissions nous trouver au point de vue idéal, celui à partir duquel on verra les explosions nocturnes du volcan, d’un côté ; le soleil se lever, de l’autre, et sa lumière raser un paysage qui change avec la qualité de l’illumination.

 

On y va donc, sur un chemin fait de racines traîtresses et de cailloux toujours prêts à rouler sous vos semelles. Il y a mon guide, moi, un autre guide, et deux demoiselles allemandes qui soufflent comme des otaries au paroxysme de l’orgasme. Il est vrai que nous sommes à plus de deux mille mètres, soudain, et qu’on ne respire pas de la même manière, à deux mille mètres passés, qu’au bord de la mer.

 

Et puis, je noterai pas la suite qu’elles sont fumeuses. Ca en plus, il est évident que ça n’aide pas.

 

Au bout de vingt minutes, nous arrivons enfin au point de vue. Mon guide est encore frétillant et joyeux ; je suis en nage, malgré le froid. Voilà longtemps – depuis mes études à Jo’bourg, en fait – que je n’avais plus été aussi haut. Je le sens dans mes jambes, dans mes poumons qui avaient l’impression d’inhaler du vide.

 

Time flies, Tempus fugit… A Jo’bourg, je galopais de Braamfontein à Hillbrow, et retour, sans même sentir l’effort.

 

Il faut dire que j’y avais vécu trois ans consécutifs.

 

Oublions le passé et revenons en au mont Bromo. Cinq minutes après notre arrivée à nous, mon guide et moi, les deux filles arrivent, et s’effondrent littéralement au sol. Sorties de leur agonie, un peu plus tard, elles en profitent pour se remonter en en grillant une, bien évidemment.

 

brom1Nous en avons pour quelques minutes, sous un vent qui vous les caille solide, avant que le noir de la nuit se mette à grisailler, à l’Est. En attendant, le volcan nous a fait un peu de spectacle, en projetant en l’air un peu de lave en fusion, tombée à une bonne centaine de mètres de l’endroit où nous sommes et déclenchant immédiatement un feu de forêt.

 

Puis le soleil se lève, ce qui reste, à chaque fois, un spectacle qui vous gonfle le cœur. La musique d’Ainsi Parlait Zarathoustra manque ici, mais brom2ça ferait probablement artificiel, si des hauts parleurs se mettaient à cracher un tel hymne à la lumière. Nous regardons les changements du paysage, le Bromo qui fume, d’autres volcans qui grondent et qui tremblent. Le froid recule et bientôt, je peux rouvrir ma veste, malgré le vent, desserrer le sarong qui m’entoure le cou.

 

Un coup d’œil à mon guide. Tout est vu ? OK ? Oui, OK, tout est vu. Il n’y a plus rien à faire ici. Abandonnant les trois autres, nous redescendons vers le bord du vieux cratère, dans lequel se trouve un petit volcan en activité, brom3vers lequel mon guide m’enverra, tout en restant, bien tranquille, à roupiller près de sa moto.

 

Pour le chemin, à partir du rebord du cratère, c’est facile : je dois descendre, marcher tout droit jusqu’à un escalier que l’on voit dans la distance, monter le long du volcan et retour quand je le veux. Je démarre donc, pour très vite me trouver à fouler une épaisse couche de poussière volcanique, légère comme de la cendre – ce doit en être, d’ailleurs - qui m’arrive jusqu’aux chevilles. En moins d’une minute, je dois ressembler à un bonhomme gris, tant il est impossible de ne pas faire s’envoler cette cendre jusqu’aux cheveux.

 

brom5brom6Sur la descente, je suis dépassé par un vieil homme et son cheval. Il m’attend en bas, avec l’espoir que je louerai ses services, pour aller jusqu’au pied du volcan intérieur. Bonne idée. On discute du prix. Comme je suis seul dans le coin, et que les dieux seuls savent quand un autre touriste viendra, il n’essaie pas trop de me gruger. Je suis bon prince, et je n’essaie pas trop de l’écorcher. Nous nous entendons vite et me voilà bientôt à dos de cheval.

 

Brom4Tout autour de moi, c’est une scène de désastre. D’où que vienne le vent, ça pue le soufre et le brûlé.

23:30 Écrit par PGå dans Général, Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

12/06/2008

Probolingo et le pays des volcans

Départ tôt le matin, pour aller prendre le train, direction le pays des volcans. C’est à quatre ou cinq heures de Surabaya, d’un trajet paisible en classe Bisnis.

 

Depuis que j’ai découvert les trains indonésiens, j’ai laissé tomber, quand cela est possible, tout ce qui ressemble à du transport routier. D’abord, parce parceque la circulation javanaise est terrorisante, que les bus locaux roulent comme des tarés et qu’après tout, je tiens à ma peau ; ensuite, parce que c’est plus confortable.

 

Hier soir, en rentrant de Dolly, je me suis donc arrangé un rendez-vous et le prix de la course avec mon vélo taxi. Monsieur le cycliste connaît même les horaires de train… si bien que je sais exactement à quelle heure démarrer, entre les dix minutes qu’il faut pour aller à la gare, et les dix minutes nécessaires pour obtenir mon billet. Ca, c’est un service ! Du coup, je n’ai pas été trop féroce pour discuter le prix de mon trajet avec lui – je ne l’ai, à vrai dire, pas discuté du tout. Monsieur, quant à lui, depuis que je suis devenu un client régulier, n’a pas cherché à m’assassiner et son prix m’a l’air tout à fait correct.

 

C’est ainsi qu’après une bonne nuit sans rêve, passée à l’hôtel Paviljon, au retour de ma ballade à Dolly, je me lève alors qu’il doit être sept heures. Hop là, hors du lit. Je prends une douche froide bienvenue, vu la chaleur humide qui écrase Surabaya.

 

Mais quand je dis Surabaya, je devrais dire, l’Indonésie. Depuis que je suis ici, je dors exactement, et chaque nuit, en face d’un ventilateur dont les pales m’envoient, avec plus ou moins de paresse, de l’air remué qui donne un vague sentiment de fraîcheur et qui éloigne les moustiques. Même en Papouasie, les chambres étaient dotées de ventilateurs. Parfois même d’air conditionné, si on était prêt à y mettre le prix.

 

Devant ma porte, alors que je me douchais, les fées du service des chambres ont déposé un plateau, avec un pot de thé fumant et une madeleine, le petit déjeuner spartiate que m’offre mon hôtel. J’ouvre la porte, emballé dans ma serviette de bain, me penche, prends le plateau pour l’apporter dans ma chambre et le pose sur la petite table qui se trouve devant la fenêtre… une première tasse de thé noir… une deuxième. On se sent mieux.

 

Vingt minutes plus tard, gai comme un pinson et rasé de frais, j’arrive devant le bureau de l’hôtel. Un vieux chinois se penche sur les écritures et, après une profonde réflexion, m’annonce que je dois telle somme. Je paie. Nous nous remercions mutuellement et nous séparons, fort satisfaits l’un de l’autre.

 

Devant la porte, mon taxi m’attend. Nous nous saluons comme deux vieux amis. Il prend ma valisette et la pose bien soigneusement dans la nacelle, pendant que je m’assois et nous démarrons, par les rues et les chemins, les ponts et les sens interdits. Bien vite, nous arrivons, je le paie et nous nous quittons sur des adieux déchirants.

 

OK, là, j’en rajoute un peu. Disons que Monsieur me rappelle que je serai toujours le bienvenu, et qu’il est absolument nécessaire que je ne l’oublie pas, afin que, quand je reviens, je le prenne, lui, pour aller passer une soirée encore à Dolly. J’opine du bonnet avec conviction, ajoutant Yes, for sure, et il part, enchanté, sur ces bonnes promesses.

 

Dans la gare, effectivement, il ne me faut pas dix minutes pour avoir mon billet. Elle est propre, tout est bien indiqué, le service est parfait. Le temps de retourner sur le quai, on annonce l’arrivée du train qui arrive pile-poil à l’heure. Bien évidemment, selon l’inéluctable loi de la vexation universelle, celle qui fait qu’une tartine tombe immanquablement sur le côté où se trouve la confiture, mon wagon est un wagon de tête, qui passe devant moi et que je dois rejoindre. Bah, après tout, on ne peut dire que je suis chargé comme un âne, et les cinquante mètres que je dois faire ne correspondent pas exactement à un chemin de croix. Je reprends donc ma valisette à roue, fais les quelques pas nécessaires pour me retrouver devant mon wagon dans lequel je monte. Un siège numéroté me tend les bras. J’y plonge. Le train démarre.

 

Dix minutes plus tard, il s’arrête, et une foule de vendeurs se précipite dans le couloir, avec la ferme intention de nous fourguer un maximum de marchandise. Après tout… une bouteille d’eau ne fait jamais de mal, et je m’offre, en sus, un bol de pâtes qui ne peuvent pas faire de mal.

 

Redémarrage. Ah, une visite au petit coin s’impose. Sauf que, dans les trains indonésiens, les toilettes sont fabriquées, tout comme dans les bus, selon le principe des mandis – un trou à côté duquel il y a un tonneau d’eau. Dans le train qui file droit, cela ne pose pas problème. On fait son business, on use ensuite de mouchoirs ou d’un rouleau de papier toilette introduit subrepticement avec vous au petit coin – oui, oui, j’avoue, je triche – et l’affaire est faite.

 

Une fois, une seule, j’ai voulu faire ma petite affaire dans un mandi de bus.

 

J’en suis sorti trempé de la tête aux pieds.

 

Enfin, ici, pas de problème. Je fais donc ce que j’ai à faire, retourne à mon siège, sur lequel je m’endors, jusqu’au moment où mon voisin me secoue le bras, et m’annonce : Probolingo !

 

Merci, c’est gentil.

 

Un bâillement, je me lève, alors que les freins poussent des cris martyrisés, vu que le conducteur fait son possible pour ralentir. Nous voilà arrivant à la gare. Je salue mon compagnon de voyage, qui a dû supporter mes ronflements ininterrompus, et saute sur le quai, direction la sortie de la gare.

 

A la porte de la gare, précisément, un aimable cicérone me saute dessus, et me demande si je viens pour le Bromo.

 

Oui, bien entendu.

 

Alors, il a un hôtel pour moi, vu que tous les hôtels autour du volcan sont pleins.

 

Ca, ça m’a l’air gros. Je passe donc monsieur en le remerciant abondamment, et continue mon chemin jusqu’à la sortie, où le frère jumeau de monsieur me demande si je viens pour le Bromo.

 

Œuf corse.

 

aaprob1Bon, il y un vélo taxi à me proposer, afin d’aller jusqu’à la gare des minibus, où je pourrai trouver un moyen de transport jusqu’au volcan.

 

Ca, ça m’arrange mieux.

 

Me voilà donc parti, à un train de sénateur, à travers une bourgade endormie absolument délicieuse, propre comme une ville hollandaise. L’endroit est charmant. Bientôt, nous arrivons devant la gare routière, et il y a plusieurs agences de tourisme, toutes offrant la promenade à la fine pointe de l’aube, jusqu’au mont Bromo.

 

Je le sens venir gros comme une maison… oui… nous nous arrêtons devant une agence. Une demoiselle souriante m’attend juste devant. Bon, après tout, que ce soit l’une ou l’autre, il semble nécessaire de faire la marche de nuit avec un guide, de passer par une agence… Voyons ce que celle-ci peut m’offrir.

18:30 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

11/06/2008

Dolly by night

(Pas de photos pour ce billet. Désolé, mais à Dolly, on ne se promène pas avec un appareil photo...)

 

Dès qu’on a passé l’entrée de Dolly, marquée probablement de manière invisible, mais très sûre, et où mon taxi m’a lâché, on se trouve soudain au milieu d’une rue dont chaque maison est une vitrine.

 

Chaque vitrine donne vue sur une pièce profonde, brillamment éclairée, dans laquelle se trouvent, confortablement installées sur un divan imitation cuir rouge, devant une télé qui tonitrue un feuilleton local, dix, vingt jeunes femmes court vêtues, montrant complaisamment une cuisse appétissante et un début de poitrine intéressant – quoique, en Indonésie, les jeunes filles n’ont que rarement de la poitrine.

 

Parfois, elle jettent un coup d’œil distrait vers la rue, pour voir passer les chalands, puis retournent au programme qu’elles regardent, avec les copines.

 

Dans une autre salle … d’attente, dirons nous, quelques jeunes femmes entourent un vendeur de colifichets, venu proposer ses bijoux de fantaisie, des peignes, des produits de maquillage, ou encore des tissus. Les filles intéressées palpent, chipotent, discutent les prix avec le vendeur, pendant que les autres, une cigarette à la main, bavardent, regardent le sempiternel poste de télévision, jettent un sourire au passant qui s’attarde devant la vitrine.

 

Parfois un monsieur rentre, se dirige vers le fond de la salle, où il y a un comptoir où trônent les propriétaires de l’endroit, je suppose, ou le gestionnaire du personnel, disons. Il indique du doigt, ou d’un geste du menton, la fille qu’il a choisi, qui se lève, docile, même si c’est le moment le plus palpitant de son programme. Tous deux disparaissent dans l’ombre, pour aller vers les chambres dont ils ressortiront une heure plus tard, monsieur considérablement allégé de ses angoisses existentielles et d’une somme modique ; mademoiselle prête à en revenir au nouveau feuilleton qui passe à la télé.

 

Devant chaque porte de ces salons, il y a un groupe de rabatteurs qui vous font signe et qui, dans un baha indonesia volubile, ou avec leur pauvre anglais, essaient de vous faire rentrer dans leur établissement, car les filles sont tellement jolies, chez eux. Coup d’œil : c’est vrai, à ce que j’ai vu, qu’elles sont usuellement ravissantes.

 

Et à quel prix peut-on s’offrir les amours tarifiées ? Un rapide calcul mental, alors qu’on me jette des sommes en roupies indonésiennes à la tête… tout juste dix dollars américains…

 

Et encore, dix dollars américains, c’est pour le tout venant – c’est le prix demandé pour celles que je trouvais ravissantes. On m’assure, un sourire gourmand en plus, que si je suis prêt à monter jusqu’à douze dollars, je posséderai des créatures éblouissantes, gardées au frais, dans des salons privés.

 

Je ne doute aucunement de la véracité des promesses, quand je vois l’effarante quantité de jeunes femmes à vendre, et espère seulement que les créatures dites de qualité supérieure, ce ne sont pas des enfants.

 

De la rue principale – on pourrait y circuler à quatre de front, à tout casser… - sur laquelle je marche, il y a de dix mètres en dix mètres, à gauche comme à droite, une espèce de saignée : ce sont des ruelles qui semblent sans fin, quand j’y jette un coup d’œil. Les lumières s’y succèdent jusqu’à un coude après lequel c’est l’inconnu.

 

Par curiosité, passées une dizaine de ces ruelles, et au lieu de continuer tout le long de ce que j’ai appris être Dolly Street, je m’engage alors dans la ruelle suivante, pour retrouver les même bordels, avec parfois un bar à la musique tapageuse et aux entraîneuses souriantes, qui hèlent le chaland. Après vingt minutes de marche au hasard, il fait soif. Je me laisse convaincre d’entrer dans un bar où quatre jeunes filles essaient de me faire la conversation en indonésien. Il ne leur faut pas trop longtemps pour se rendre compte que je ne serai pas le client idéal, et elles m’abandonnent.

 

Celle qui parle un peu anglais prend ma commande : une Bintang bien fraîche. Merci. Le problème est que, quand je vois arriver la Bintang bien fraîche, c’est avec deux verres à bière, l’un plein de vide, et destiné à y verser le contenu de la bouteille, l’autre, plein d’échardes et de blocs irréguliers de glace, cassés à coups de martelet, et destinés à être mis, au fur et à mesure du passage du temps, dans l’autre verre, afin de rafraîchir ma bière qui est, bien évidemment, tiède.

 

L’électricité il y a – témoins les lumignons qui éclairent la salle tant bien que mal, l’orchestre qui fait un bruit de tonnerre, et sa chanteuse qui s’égosille dans un micro. L’électricité, il y a ; mais pas de réfrigérateur.

 

Bah, je suis en Indonésie depuis suffisamment longtemps pour prendre le risque de mettre de la glace dans ma bière. Mademoiselle, devant mon hochement de tête approbateur, renverse la moitié du boc à glaçons dans le boc à bière, puis verse la bière. Je la remercie, et me désintéresse d’elle. Vu que son anglais est hésitant, elle décide de me laisser tomber. Ce serait trop difficile de me faire la conversation. Je peux prendre ma bière tranquille.

 

Trois chansons plus tard, littéralement assourdi par les piaillements de la chanteuse et par son accompagnement musical, je quitte la salle et ses quelques clients, après avoir payé ma bière, et essaie de retrouver mon vélo taxi.

 

A chaque pas, je suis harponné par des rabatteurs pleins d’espoir, me promettant mille délices dans leur établissement, avec des créatures de rêve. Si je ne suis pas voyeur, j’ai des yeux quand même et, c’est vrai, je jette un coup d’œil sur les créatures qui me sont proposées – invariablement fort jolies.

 

Bon, pas toujours mon goût, c’est vrai, mais je peux sans peine imaginer que celles qui ne me plaisent pas au premier coup d’œil pourraient fort bien plaire à un autre.

 

Enfin, non, quand même : parfois, ce sont de vieilles dames de trente ans passés, qui ont visiblement beaucoup vécu – le métier doit être dur – ou encore, parfois aussi, des jeunes messieurs, qui m’intéressent assez peu.

 

Un peu perdu, je continue, arrive à la fin de la ruelle, pour me rendre bientôt compte qu’en sortant du bistrot, j’avais pris dans le mauvais sens. Je suis maintenant dans une rue tout aussi bruyante et commerçante que Dolly street, mais ce n’est pas elle. Après quelques tâtonnements, une vingtaine de bordels plus loin, je prends une gang, une ruelle, qui me reconduit à Dolly.

 

Sur le trajet, une fois encore, je dois passer mon temps à remercier l’un ou l’autre rabatteur, et lui assurer que demain peut-être, mais pas maintenant, merci.

 

Une fois arrivé à Dolly, j’avoue, la curiosité me prend : mais quelle est exactement la taille de ce quartier ? J’aurais cru, au départ, que ma soirée à Dolly, ce serait une promenade de, à tout casser, une petite heure, arrêt bistrot compris… Or, si je le voulais, j’ai le sentiment que je pourrais marcher ici des heures durant. Dolly même doit faire, à elle toute seule, la taille d’une petite ville : trois grandes rues, chacune sur une longueur d’un petit kilomètre, et entre les trois rues en question, des dizaines de gangs.

 

Partout, partout, partout, des bordels. Il y a aussi quelques bistrots pour l’ambiance et la musique, et quelques massages dont il paraît, assez curieusement, qu’ils sont corrects.

 

Oui, après tout, vu le nombre de bordels qui bordent les rues et les gangs, il n’y a aucune raison de cacher sa raison sociale ici. Si on annonce « massage » sur la porte, c’est que ce doit être un massage.

 

Les filles qui attendent, devant les portes des établissements de massage, sont d’ailleurs habillées d’un uniforme destiné à montrer au client que ce sont des dames respectables.

 

Quoiqu’il en soit, mon chauffeur, auquel je pose la question, alors que nous rentrons, lui derrière à pédaler, moi devant dans la nacelle, mon chauffeur me dit qu’à son idée, il doit y avoir un peu plus de dix milles prostituées, chaque soir, à Dolly, et plus de mille bordels…

 

Il y a peut être, sur terre, un plus grand quartier de tolérance que celui de Surabaya, mais je ne vois pas où.

 

Bon, c’est vrai aussi, ce n’est pas que je passe mon temps à les chercher dans le but de comparer, ou d’écrire les dieux savent quel catalogue…

 

Demain, je partirai à Probolingo.

23:12 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

10/06/2008

Départ à Dolly

Le soir, à Surabaya, il y a, pour le touriste, deux activités possibles : soit aller faire le tour des centres de shopping, ouverts jusqu’à huit heures, et puis retourner à leur hôtel, y manger un bout, et dormir avant le lendemain matin, quand ils partiront vers Probolingo, afin d’y admirer le volcan Bromo.

 

L’autre activité vous est jetée à la tête par tous les chauffeurs de taxi ou de vélo-taxi, dès six heures du soir : Dolly ? Dolly ? Djigidjig ?  Dolly, Dolly ? Dolly, c’est le plus grand bordel du monde, et c’est ici, à Surabaya. Dgigijdig, c’est la forme indonésienne de notre Hop Hop belge, du Zizi Panpan français, du Boum Boum thailandais, du Zig Zig congolais.  Djigidjig, c’est l’acte sexuel.

 

Un vendeur de rue, qui vous offre des dvd piratés et qui vous parle de djigidjig, c’est un vendeur de films cochons. Les vélos-taxis qui me sautent dessus, à  la sortie de mon guest-house, et me parlent mezzo voce, ou d’une voix claironnante, de Dolly et de djigidjig, ce n’est pas pour me proposer d’aller à la messe.

 

Dolly, c’est un gigantesque lupanar ; c’est aussi tout ce que la ville compte comme distraction – invariablement tournée vers les filles vénales, et quelques bordels homosexuels aussi, je crois.

 

Bah, il est sept heures et j’ai dîné. Allons voir Dolly. Après tout, outre les endroits de mauvaise vie, il y a quand même – il doit quand même y avoir – des bars presque normaux, où il suffira que je dise non merci pour que je puisse savourer ma bière tranquille.

 

Ou, pour le moins, à peu près aussi tranquille que dans Jalan Jaksa…

 

Bon, allons y donc. Je discute le coup avec un vieux vélo taxi, qui me propose un aller retour pour deux dollars, avec attente pour le retour aussi longtemps qu’il le faudra. Là, je crains que le malheureux se fasse un peu des illusions à mon égard.

 

Quoique, si, comme je le suppose, j’aurai épuisé les joies de Dolly en une demi-heure de promenade, à tout casser, ce sera du pain béni pour lui : il pourra rentrer à la maison tôt et dormir en famille.

 

surab3Nous voilà donc partis, lui derrière, pédalant, moi devant, pâlissant de terreur dans le trafic du centre, puis prenant peu à peu confiance : après tout, mon bonhomme est visiblement à son affaire et s’il est âgé, c’est qu’il a su se débrouiller dans le trafic, jusqu’à ce jour. Son expérience témoigne de la sécurité qu’il me donne…

 

Bon, je commence à pouvoir regarder autour de moi autre chose que les calandres rutilantes ou rouillées qui nous dépassent à gauche et à droite. Bientôt, mon chauffeur tourne à gauche et, après quelques centaines de mètres, l’avenue devient vivante. Les restaurants se multiplient, ainsi que les cantines de rue et des hôtels qui font assez logement à rats.

 

La nuit est tombée, et tous les magasins sont ouverts. Certains vendent de l’électronique, d’autres des pneus d’occasion. Tous, ou presque, ont un petit comptoir « communications » où ils essaient de vous fourguer des téléphones portables ou, à défaut, des cartes sim.

 

Deux cents mètres encore. L’avenue est de plus en plus densément peuplée et les vélos taxis sont maintenant garés en double, voire triple, file. Les familles marchent sur les trottoirs défoncés, en débordent quand il est impossible d’y marcher – rapport aux bosses et aux trous, ou aux cantines installées là où elles ne devraient pas l’être, sauf que, comment faire ? Devraient-elles aller au centre de la rue ?

 

Les gosses courent partout. Les voitures roulent lentement, maintenant, et le trafic est devenu presque exclusivement cycliste.

 

Nous tournons maintenant sur la droite, puis sur la gauche, pour prendre une ruelle dans laquelle tout le monde semble se précipiter. Dolly, je suppose. Nous sommes à deux cyclos de front, mêlés à des piétons et des motos, à avancer lentement sur une pente raide – en tout cas, raide pour un vieux taxi dont le vélo ne possède pas de vitesses. Trop respectueux des usages, je reste bien tranquillement dans ma nacelle pendant que le taxi met pied à terre et pousse son vélo, et moi dedans.

 

Si je descendais, ce serait lui faire perdre la face, car ce serait vouloir dire qu’il n’est pas capable de me transporter, voyez vous…

 

A ma gauche comme à ma droite, les sempiternels magasins de vidéo, d’électronique bon marché, de télévisions de marques inconnues et de frigos chinois. Des coiffeurs et des esthéticiennes aussi.

 

Je me retourne vers mon pousseur qui ahane. Dolly ? Oui oui oui, bientôt. Et, effectivement, après une bonne centaine de mètres encore, on s’arrête. Monsieur me montre d’un geste large la rue qui continue, ainsi que les ruelles qui coupent, à gauche et à droite. C’est Dolly.

 

Rapide arrangement. Il m’explique qu’il va maintenant se garer derrière cette petite échoppe, où il y a un espace qui semble l’attendre. Quand j’en aurai fini, je n’ai qu’à le retrouver là. Dans l’attente, il dormira, tranquille comme Baptiste, dans la lumière et le vacarme de la rue, étalé sur la banquette de la nacelle. Eeeeh beh…

 

Et je pars donc à l’aventure, dans Dolly, à la recherche, pour le moins, d’un bistrot dans lequel je pourrai me trouver une Bintang fraîche.

00:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/06/2008

Surabaya, ses musulmans et ses chinois

Surabaya est une ville qui a dû souffrir de pas mal de choses, genre tremblements de terre, incendies et bombardements : rien n’y est vraiment ancien.

 

On trouve, à l’ouest de la ville, de nombreux ronds-points, décorés de délicieux bibelots en forme d’avions de guerre : tout ce que feu l’Union Soviétique, le Japon, l’Amérique, l’Angleterre, l’Allemagne, la France, l’Indonésie même, ont pu fabriquer de coucous militaires, tout est disposé, ici et là, fièrement, perché à deux ou trois mètres de hauteur, au sommet d’une tige de béton, à faire comme si ça volait encore.

 

Tout cela au milieu d’un trafic dense et indifférent, circulant dans des avenues grises et banales.

 

Quand on se rapproche du centre, les bâtiments prennent quelques étages, mais le béton, tout comme à Jakarta, pèle et suinte la misère architecturale des villes qui bordent l’équateur.

 

diapetDans ce qui fait office de centre-ville, il y a quelques somptueux centres de shoppings, dont les marbres et les plastiques rutilants détonnent sur la déglingue qui les entoure. Les magasins y regorgent d’or et de vêtements de marque. Assez curieusement, on y trouve des clients du cru. Entre ces shopping malls, de petites boutiques vendant de tout : des pièces détachées d’occasion pour bicyclettes, ou des spécialités médicales. Tout.

 

Au nord, il y a le quartier d’Ampel, le quartier arabe, resserré autour d’une mosquée majestueuse, toujours pleine. Les gosses se pressent, rieurs, autour de vous, tous à vous crier Hello MisteRRR ! histoire de montrer aux copains qu’ils osent causer avec le visiteur étranger.

 

Les gens viennent vous toucher deux mots, pour vous expliquer ce qui doit être vu, ce que vous pouvez voir, pour vous demander d’où vous venez, histoire de frimer devant les copains ou la famille, avec leur pauvre anglais.

 

De toute manière, il n’est pas possible à un non-musulman d’entrer dans la mosquée.

 

Les filles, plus ou moins emballées dans un sac à patates, le niveau d’emballage dépendant du niveau de conservatisme de papa et de maman, vous sourient, vous crient, elles aussi, un Hello MisteRRR ! et se sauvent en groupe, en gloussant très fort.

 

Il y a, autour de la mosquée, des jardins dans lesquels l’un ou l’autre imam prêche la bonne parole devant des gosses qui regardent en coin l’étranger qui passe, et des vieux qui s’endorment. Un imam pour les dames, un autre pour les messieurs, ce qui nous donne deux groupes séparés, chacun dans son jardin.

 

Il y a aussi un petit cimetière dans lequel on peut visiter les tombes de Saints Hommes devant lesquelles, dévotement, de très jeunes enfants passent, poussés par leurs parents. Puis, sur le chemin de la sortie, les gosses me regardent, me hèlent, ou se cachent dans les jupes de leur mère qui me sourit. Entre les jambes d’un adulte, soudain, je vois passer un œil inquiet qui m’observe, préparant la fuite au cas où les parents vendraient le gosse au mystérieux étranger qui, bien évidemment, le mangerait alors tout cru.

 

Pour autant qu’on ne sorte pas l’appareil photo, dans Ampel, l’ambiance est à la fois festive et accueillante. Vous marchez le long des ruelles où chaque porte est celle d’une échoppe. Les vendeurs vous hèlent ; vous vous arrêtez. Un Hello MisteRRR, suivi d’un How are you ?

 

On salue de retour, on assure qu’on ne s’est jamais mieux porté, et vous-même mon cher monsieur ? Les enfants rient, les adultes sourient. Certains, capables de parler l’anglais, vous demandent d’où vous venez et vous expliquent qu’ils viennent de Sumatra, d’Aceh, d’ici, de là…

 

C’est alors que, parfois, on vous demande timidement de tirer une photo.

 

Vous vous exécutez, montrez la photo au candidat modèle, qui sourit, puis vous rangez votre appareil.

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Ensuite, on quitte le quartier arabe pour le quartier chinois, fait de grandes avenues banales et dans lequel on peut trouver, bien caché dans une ruelle, un temple extraordinaire, sombre et très antique.

 

Miraculeusement, lors des dernières émeutes anti-chinoises, il n’a pas été pillé et brûlé.

 

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surab5surab6Les statues des idoles sont pluri centenaires, noires de la suie des bougies, de la fumée des huiles brûlées et des vapeurs d’encens, témoignent d’un style classique tout simplement  splendide.

 

On les découvre, ces statues, au fur et à mesure de la visite des salles du temple – car, par extraordinaire, ce n’est pas un temple chinois usuel : il est fait, sur un plan charmant et biscornu, de plusieurs pièces disposées de la manière la plus étrange, jamais en enfilade.

23:56 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/06/2008

Le train vers Surabaya

Surabaya est une ville pourrie jusqu’à la moëlle : deuxième plus grosse ville d’Indonésie, c’est aussi un aéroport, un port et Dolly : le plus gigantesque bordel de la planète.

 

J’ai quitté, hier, Jogja’ où je n’avais plus grand-chose à faire, une fois revisitées les merveilles lapidaires de Borobudur. Un train de nuit circule, de Jogja’ à Surabaya.

 

train1train2Les trains longue distance, en Indonésie… Tout un programme… On peut choisir de voyager entre les classes Eksekutif, Bisnis et Ekonomi. Inutile de traduire, je suppose… Il s’agit, dans les trois cas, de wagons équipés de sièges : dans la classe Eksekutif, les sièges en question sont couverts de cuir, inclinables jusqu’à pas loin de l’horizontale.

 

Une clim’ d’enfer vous gratifie d’un froid sibérien, que vous combattez avec une ou deux couvertures, louées à Monsieur le préposé à casquette dont le boulot est de louer des couvertures, et vous rendez le tout encore plus confortable en louant un oreiller à un autre Monsieur le préposé à casquette dont l’emploi est – vous l’avez deviné – de louer des oreillers. Le total de la location vous revient à un bon gros dollar.

 

Comme vous êtes en Eksekutif, on vous offre, en plus de votre siège et de la clim’, une bouteille d’eau minérale fermée, et un repas composé de riz et d’une tête d’un poisson au regard peu amène.

 

La classe Bisnis offre un éventail moins large de facilités. Par exemple, dans les wagons Bisnis, il n’y a pas de climatisation. La nuit, il ne vous est donc pas nécessaire de vous emballer dans de multiples couches de couvertures, afin de survivre la température glaciaire imposée par le chef de train, convaincu que si on a de la clim’, c’est pour s’en servir… En cela, l’Inde et l’Indonésie se ressemblent bien.

 

A dire, cependant, en faveur des trains indonésiens, la classe climatisée, la Eksekutif, donc, n’est pas du quart de la moitié aussi crade que son équivalent indien. En effet, en Inde, les voyageurs jettent toutes leurs ordures sans jamais chercher une poubelle. Dans les wagons aux fenêtres ouvrables, tout se jette par les fenêtres ouvertes. Dans les wagons de première classe, climatisés, aux fenêtres soigneusement scellées… tout se jette par terre, sous les couchettes.

 

Le nettoyage à l’indienne étant ce qu’il est, les wagons climatisés répandent une odeur douçâtre de pourriture avancée, on ne peut plus attirante à la truffe des rats, parfaitement désagréable au nez des voyageurs étrangers, mais qui ne semble aucunement déranger les locaux.

 

Rien de ce genre en Indonésie. Les trains y sont raisonnablement propres – même en classe Eksekutif.

 

Mais revenons en à la classe Bisnis : pas de clim, donc, les dieux en soient remerciés. Des sièges confortables, recouverts d’un velour rapé, et que l’on peut incliner très exactement comme ceux de la classe supérieure. La classe Bisnis, ce sont tous les avantages de l’Eksekutif, sans ses inconvénients : pas de clim’ surgelante ; pas de repas infect, avec une malheureuse tête de poisson plantée au milieu d’un riz pâteux. Bon, pas de bouteille d’eau minérale non plus, c’est exact, mais celle dernière, je peux l’acheter à tout moment, pour une somme modique, auprès des vendeurs qui, à chaque arrêt parcourent les wagons, en offrant des boissons et des repas aux parfums délectables.

 

Quant à a classe Ekonomi, elle doit rappeler la troisième classe d’avant guerre : banquettes de bois serrées juste assez pour laisser s’asseoir de petits Indonésiens, mais pas de grands européens, pas de toilettes dans les wagons, et les trains Ekonomi sont tirés par des motrices plus lentes que les trains Eksekutif / Bisnis.

 

Pour un trajet de deux ou trois heures, le train Ekonomi, ça va. Pour une nuit entière ; il faut savoir ce à quoi on s’engage – surtout pour les filles, rapport aux toilettes : à chaque arrêt, une nuée de filles rieuses descendent au galop les marches du wagon, sautent sur le rebord de la voie, s’enfoncent de quelques pas dans la demi-obscurité, se cachent derrière un buisson encore éclairé des lumières des wagons, chacune son buisson - font leur petit besoin, ou davantage, et remontent, l’affaire faite, dans le wagon, aidées par une mère, une copine ou un autre passager compatissant, tout en continuant à bavarder entre elles, ou avec une absente, par l’intermédiaire d’un téléphone portable.

 

Si toutes les filles du monde vont au petit coin en cortège, et confondent les toilettes avec le dernier salon où l’on cause, ce ne sont pas toutes les occidentales qui sont prêtes à de telles cabrioles, et à un dénudement presque public.

 

surab1surab2Quoiqu’il en soit, le long voyage commencé à Jogja’ en soirée, si vous étiez dans un train de luxe, ou en cours d’après midi, si vous étiez dans un train économique, se termine invariablement dans la délicieuse petite gare de Surabaya, le lendemain matin.

 

Là, sur les quais de marbre, attendent les passagers qui vont ailleurs, et les porteurs qui vous conduiront jusqu’à un taxi, avec vos bagages. Quant à moi, ce sera un vélo taxi jusqu’à mon guesthouse, qui se trouve à moins d’un kilomètre.

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19:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vers Jogjakarta, une fois encore

Tout doux, tout doux, l’avion Air Asia descend jusqu’au moment où nous rasons les toits de bidonvilles, juste avant la piste d’atterrissage. Les bidonvilles de Jakarta sont quand même plus vivables que ceux de Bombay ou de Calcutta, vu ainsi du ciel, à dix mètres d’altitude : chaque cahute est entourée d’un petit jardin dans lequel le pauvre peut faire pousser une partie de sa nourriture. On voit même courir des poules.

 

Je parle bien des gallinacés.

 

Nous nous posons enfin, les flaps s’ouvrent tout grands, les moteurs rugissent à l’envers, l’avion ralentit, ralentit encore, s’arrête, hésite, tourne une fois à gauche, une fois à droite, se dirige finalement vers un avale-passagers devant lequel il se gare. Quelques minutes plus tard, nous quittons le navire glacé, pour nous lancer à travers un tuyau dans lequel l’atmosphère est lourde et pue la cigarette.

 

Après une cinquantaine de mètres, c’est l’aéroport climatisé, dans lequel nous entrons. Ici et là, des kiosques pour les fumeurs, dans lesquels on peut voir des fumeurs. Vu que l’Indonésien moyen respecte la loi avec le plus grand scrupule, on peut voir des fumeurs autour des kiosques aussi.

 

Assez loin autour des kiosques…

 

Le carrousel aux bagages, mon baluchon apparaît entre deux valises. Je l’attrape au vol et me dirige vers la sortie. Deux messieurs en uniforme vérifient ce que j’ai pris. Sortie, me voilà dehors, devant une meute de chauffeurs de taxi, avec le damri dans la distance, pour aller à Jakarta si je le souhaite.

 

Fatigue, fatigue… J’ai, après tout, quitté Jayapura ce matin, à dix heures de là bas, de huit heures d’ici, et me suis levé à six heures du matin papou… Bon, la décision est vite prise : je vais d’abord devant le bureau de vente d’Adam Air, me prends un billet pour Jogja’.

 

Demain, il y a trois vols ; je m’inscris pour le premier. Ca me coûtera moins de dix dollars… Sept heures du matin, et je me souviens que le premier damri de Jalan Jalksa part à cinq heures. Je suis parti pour me lever tôt, mais je me coucherai tôt aussi. Une fois mon billet pris, je file dans le damri de l’aéroport. Veine : il démarre aussitôt que je suis dedans, et s’enfonce dans un trafic fluide.

 

Le trafic fluide à l’indonésienne reste quand même assez anarchique, mais ça roule, tant qu’il ne pleut pas. Il ne pleut pas. Moins d’une heure plus tard, je suis à la gare de Gambir, et suis assaillis par les conducteurs de bajaj, le tuk tuk local : bah, la fatigue, et l’euphorie d’avoir échappé aux cerbères de la frontière : j’en prends un en discutant à peine son offre prohibitive de deux dollars pour la course. Quelques minutes plus tard, je suis devant mon gueshouse habituel. Une chambre m’y attend. Je m’y installe, m’y déshabille, en sors, prends une longue douche – froide – en sors pour aller me replonger dans mon lit.

 

Mon réveil est mis, à tout hasard, sur quatre heures du matin, mais j’espère bien me réveiller en fin d’aprème, afin d’aller dîner dans la rue à côté, le Satay Boulevard… et c’est bien ce qui m’arrive. Il n’est pas sept heures du soir que j’ouvre un œil, puis le deuxième. Je me renippe afin d’aller dîner.

 

Sur Satay Boulevard, on s’installe sur un banc, à n’importe quelle échoppe de rue, afin de dévorer des satays, accompagnés d’une délectable sauce aux cacahuètes et de riz. Puis, en rentrant, on se prend une bière dans l’un des bars de nuit de Jalan Jaksa et, si on est pressé d’aller dormir, on file ensuite au lit.

 

Vu que je dois me réveiller à quatre heures du matin, c’est mon cas, et je me contente, une fois mes satays engouffrés, d’une Bintang glacée. La main gauche pour chasser les mouches et les moustiques, la main droite pour chasser les filles qui viennent m’offrir de l’affection.

 

Pour boire ma bière, c’est moins facile, mais j’y parviens.

 

Bientôt, le lit, endormissement immédiat, ding dong avant les coqs et alors qu’un muezzin commence à hurler ses convictions musulmanes.

 

Emballé dans un drap de bain, je vais jusqu’à la douche.

 

Douche, froide. Rasage, brossage de dents.

 

Je sors du guesthouse, vaguement endormi encore, et tombe sur le premier bar de jour et de nuit de Jalan Jaksa, dans lequel je peux me trouver un petit déjeuner, que j’expédie en dix minutes, entouré des dernières putes et des derniers fêtards. Ca boit encore de la bière, ça s’engueule. Une fille pleure et un mec boude. Je paie, retourne à mon gueshouse, prends ma valisette déjà refermée, afin de retourner sur Jalan Jaksa, de tourner sur ma droite, et d’aller jusqu’à Gambir.

 

J’ai dix, quinze minutes avant le départ de mon bus. Pas de bajaj à l’horizon. Je marche donc, pour arriver bien à temps à la gare, où le bus m’attend : démarrage, peu de temps après, dans un bus plein de gens et de moustiques. Mon voisin a l’œil vif et la main leste. Rien ne passe, ce qui m’arrange pas mal.

 

Nous nous arrêtons ici et là, au gré de la fantaisie du conducteur, et d’arrêts bien déterminés, au cours desquels des vendeurs de trucs et de machins parcourent vite vite notre bus, avec l’espoir de nous refiler un journal, de l’eau, un truc à manger…

 

Au bout de quarante minutes, nous nous arrêtons au terminus, qui est aussi le terminal domestique de l’aéroport. Ca tombe bien, je suis à deux pas de l’entrée du check in spécialement réservé à Adam Air. Je descends donc, tout en regardant à ma droite et à ma gauche, afin d’éviter les moustiques du bus.

 

Adam

 

Course à travers l’aéroport, du check in à la sécurité, puis au service de paiement de la taxe d’aéroport, puis à la porte où l’on appelle les retardataires, dont je fais déjà partie… Je descends la rampe, pour courir jusqu’à l’avion dont les réacteurs commencent déjà à ronronner. Chers passagers... consignes de sécurité... ceinture... Allah akhbar... dix minutes d'attente.

 

Dix minutes plus tard, une petite secousse nous fait savoir que nous quittons le sol, destination : Jogja’.

Jogja airport

 

 

 

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07/06/2008

De la Papouasie à la Malaisie, et retour en Indonésie

Quatre jours plus tard, je suis à Jogjakarta, sur l’île de Java, après avoir fait un rapide aller-retour, entre l’Indonésie et la Malaisie, de Jayapura à Kuala Lumpur, puis de Kuala Lumpur à Jakarta.

 

Jogja’, comme on l’appelle ici, est une plaisante petite bourgade, qui peut se targuer d’avoir un joli petit volcan en activité dans sa banlieue – il s’appelle le Mérapi - et deux temples merveilleux dans le voisinage. Jogja’, j’y passe, à l’occasion, pour aller revoir Borobudur, qui reste une étape délicieuse et dont les paisibles et souriantes quatre cents représentations du Bouddha, sont une recette à la relaxation, bien nécessaire quand on quitte le site et qu’on est assailli par les vendeurs de colifichets.

 

A Jayapura, quatre jours plus tôt, je suis arrivé à l’aéroport, avec Mademoiselle la Norvégienne, afin de voir ce qui pouvait se trouver comme billet, à un prix honnête, pour sortir du pays. La meilleure possibilité s’est révélée être un Lion Air qui quitterait la ville en fin de matinée, le jour suivant, pour me conduire à Jakarta pour un prix à peu près honnête – achetant un billet dans l’urgence, j’avais évidemment raté les meilleures offres.

 

De Jakarta, je devais quitter l’Indonésie dans l’urgence, sur mon dernier jour de visa : une rapide visite sur le site de Air Asia m’avait permis de trouver un billet aller – retour pour la Malaisie, pour un prix tout à fait honnête. J’arriverais à Kuala Lumpur en fin de matinée, pour reprendre l’avion deux heures plus tard, afin de revenir à Jakarta…

 

pap4L’arrivée à l’aéroport de Jayapura est amusante. De mon hôtel, je suis parti à pied, pour faire deux cents mètres, tout au plus, afin d’arriver devant le bâtiment du terminal des vols nationaux et … mais tous les vols sont nationaux, à partir de Jayapura : on peut tout simplement faire une différence entre les vols qui se font sur l’île, côté ouest, et les autres, qui vous font quitter la Papouasie pour Java, pour les Moluques, ou pour les Célèbes... Ah, bien entendu, il y a, une fois par semaine, un vol international, entre la Papouasie et la PNG ; mais appeler cela un vol international ? Hm, difficile…

 

Les vols internationaux réguliers, c’étaient, dans le temps, un vol de la Airlines PNG, dans lequel il n’y avait jamais de place, et un vol de la Merapi. Il semblerait que, pour le moment, les vols internationaux soient suspendus, car si on m’a d’abord dit qu’il y avait un vol hebdomadaire, personne n’est fichu de me dire quel jour de la semaine.

 

pap1papo6Or donc, en deux cents mètres, on arrive de mon taudis jusqu’à l’aéroport. A droite, l’aéroport local, avec des avions qui vont du biplace jusqu’à des monstres dans lesquels ont peut mettre une dizaine de passagers, tout au plus. Ce qu’on appelle des compagnies régionales. Parmi ces dernières, des compagnies qui ne sont représentées que par de petits Piper Cubs datant d’Hérode, et qui sont les avions privés de telle ou telle secte protestante, avec lesquels les missionnaires apportent à leur mission, et à leurs ouailles, des opuscules religieux, des capotes anglaises, des sacs de riz et des cd piratés.

 

merpatiDevant les bâtiments de ce qu’on appellera pompeusement le terminal, il y a les gros porteurs qui vous conduisent à Ambon, Makassar ou Jakarta. Derrière – au bout de la route en boucle par laquelle vous arrivez au terminal – il y a quelques bureaux de vente des différentes compagnies aériennes qui desservent Jayapura : Merpati, Garuda, Lion et Batavia – chacune son jour.

 

Pour aujourd’hui, c’est trop tard. Le vol de Batavia est parti vers les six heures du matin. Pour demain, j’ai la chance car c’est le jour faste des trois vols gros porteurs vers Jakarta : il y a de la place. Mon affaire est vite arrangée, puis je vais à l’internet, pour trouver mon billet de sortie, pour Kuala Lumpur et retour. Enfin, je fais mes adieux à la Papouasie.

 

Bien sûr, bien sûr, ainsi qu’on nous le rappelle chaque jour, il ne faut jamais dire jamais… mais je ne crois pas que je reviendrai ici : le spectacle de la misère et d’un morose désespoir n’est pas fait pour attirer, quand on a la certitude qu’on ne peut rien faire pour changer la situation. Or, ici, que voit-on, sinon des ogres militaires qui bouffent tout, devant un peuple résigné, qui s’enfonce dans un alcoolisme grâce auquel il peut oublier le génocide qu’il subit.

 

papdep2merpati4Le lendemain, retour au minuscule aéroport de Sentani. Huit avions partent coup sur coup, histoire de faire croire au touriste innocent que nous sommes à Heathrow… Comme les autres vols sont destinés à embarquer de quatre à dix passagers, l’innocente ruse des autorités fait long feu. On passe le check in, puis la sécurité, puis on paie sa taxe de transport, et on arrive dans la salle d’attente hexagonale, où l’on doit attendre l’annonce des départs. C’est alors qu’on apprend aussi à quelle porte on devra se rassembler.

 

 

merpati3En attendant, on peut aller acheter un journal au kiosque à journaux, qui fait aussi office de bar-tabac et de vendeur de chocolat. C’est la cohue.

 

 

 

 

 

 

papdeppapdep4Bientôt, c’est mon vol qui est annoncé, et presque tous les passagers se lèvent, pour aller jusqu’à la porte désignée. Hop là, dans l’avion Lion Air, garé entre deux ruines utilisées par les dieux savent quels trafiquants d’or, de diamants, d’armes ou de cobalt. Bonjour Mesdames et Messieurs ; veuillez prêter attention aux consignes de sécurité ; Allah Akbar ; vroum, enfin, on quitte la place de parking, pendant que les hôtesses font une dernière fois le tour de l’avion, afin de voir si nous avons tous bouclé notre ceinture de sécurité. En bout de piste, devant nous un petit bimoteur, puis c’est nous. Les réacteurs s’emballent, on démarre, on roule de plus en plus vite, on décolle, on rase les collines merpati2noyées de pluies, qui entourent Sentani, puis on s’élève lentement sur un spectacle de forêts vides, bientôt obscurcies par d’autres nuées. Au bout d’une heure, les nuages s’effilochent. Dix kilomètres plus bas, on voit Fakfak, puis on quitte l’île pour voler par-dessus les Moluques, puis c’est Ambon, tout en bas ; puis l’avion commence à descendre, et c’est bientôt Makassar.

 

L’aéroport de Makassar est une véritable fourmilière, comparé à celui de Jayapura. Nous descendons de notre avion pour traînailler dans la salle de transit, pour être rappelés quinze minutes plus tard, afin de monter dans un autre avion, plus gros, de Lion Air. Notre petit Boeing s’envolera bientôt vers Ambon. A côté de moi, une jeune femme qui m’observe et me demande si je n’étais pas dans le bateau vers la Papouasie, il y a plus ou moins un mois…

 

Arrivée à Jakarta, deux heures plus tard. Je salue bien bas ma voisine qui reste ici, et file à travers l’immense aéroport, vers la sortie ; de la sortie vers le check in d’Air Asia ; du check in vers la sécurité ; de la sécurité au paiement de la taxe d’aéroport ; du service de paiement de la taxe d’aéroport au contrôle des frontières où une préposée, déçue, remarque que je suis encore, mais tout juste, tout juste, dans les temps : pas d’amende juteuse à me faire payer… Elle me lâche donc et je file hors de ses griffes – fort jolies par ailleurs, ma foi – pour arriver hors d’haleine devant la queue des passagers de mon avion, qui sont en train d’embarquer. Ouf.

 

Vol sans histoire, pendant lequel je dors. Arrivée à Kuala Lumpur. Je prends la sortie, passe la douane, le contrôle des frontières, passe à l’entrée, fais la queue au check in, passe le contrôle des frontières, où le douanier regarde d’un œil surpris, puis suspicieux, mon passeport, puis comprend soudain : visa run… Trois heures et demie plus tard, mon avion commence à descendre vers Java. Sur ma gauche, Jakarta ; sur la droite, une mer polluée au possible. Je m’en fiche : ce soir, j’aurais quitté Jakarta pour Jogja’.

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27/05/2008

Le bloquage de la frontière

Le temps passe, l’agacement général croit, même si le Papou ne fait pas trop montre de son énervement, quand il l’éprouve. J’ai trois fois parcouru la queue, dans toute sa longueur, de l’endroit où j’ai déposé mon baluchon, sous la garde sourcilleuse d’un Papou auquel j’ai offert un paquet de cigarettes, m’en faisant ainsi un ami jusqu’à la mort, jusqu’à la chicane par laquelle on passe, quand la frontière est ouverte, pour arriver aux bureaux de la douane indonésienne.

 

La chicane est fermée et les voyageurs, philosophes, ont déjà déballé ce qui devait l’être pour prendre un petit repas avant la nuit. Aucun espoir de voir la porte s’ouvrir, selon toute apparence. Certains grognent ; d’autres font, contre mauvaise fortune, bon cœur.

 

Je fais partie des grognons, je dois l’avouer. Mon pisin serait meilleur qu’il y aurait des fois où j’exploserais en mihops.

 

papborder1papborder3papborder4Le long de la queue, il y a des vendeurs de trucs et de machins, qui ont placé leur petit étal, avec l’espoir de faire un peu de bizness. Mais rien n’a l’air particulièrement alléchant – surtout si on n’aime pas le bétel. Les Papous s’attroupent autour de ces petites échoppes et se font de jolies dents toutes rouges. Il faut aimer.

 

Bientôt cinq heures, et la lumière baisse, avec le soleil. Dans une heure il fera nuit et, de toute manière, la frontière n’ouvrira pas. Après une courte négociation avec mon Papou aux cigarettes, je m’arrange pour qu’il me garde ma place et je le reverrai demain matin, vers les dix heures – pas la peine de me presser, vu la longueur de la queue… - avec deux paquets de kretek.

 

Puis hop là, dans un minibus qui retourne vers Jayapura. Près d’une heure plus tard, j’y suis, et je cherche un autre minibus pour Sentani. Veine, il y en a un qui attend son dernier client. Ce sera moi. Hop là et en voiture Simone. Une heure de plus, j’arrive à Sentani, sous une pluie fine et dans la nuit noire. Au terminus, il y a quelques moto-taxis que j’intéresse énormément. Pour quelques roupies, on me reconduit à mon hôtel, où il y a de la place.

 

Mon ancienne chambre est occupée – ça ne me dérange pas particulièrement – et on m’en propose une autre qui coûte un énooorme dollar de plus que la précédente. Pour ce dollar, j’ai droit à une amélioration sensible du standard.

 

D’abord, je suis au premier étage, où les rats sont usuellement moins nombreux, les cancrelats, inexistants ; ensuite, je bénéficierai non pas de l’habituel mandi – le bac d’eau froide dans lequel je devrais plonger une louche afin de m’asperger pour me laver, me savonner, me rincer - mais d’une douche.

 

Une douche froide, bien entendu.

 

Tope la mon brave, l’affaire est faite : je prends la chambre.

 

Une fois ma valoche dans la chambre, je prends une douche, puis me rhabille et décide de descendre pour aller à cent mètres de là, me nourrir un coup. Avec un peu de chance, radio trottoir me fera savoir comment les choses se passent en PNG, en général ; à la frontière de la PNG, en particulier.

 

Dehors, le chemin est cahotant, et vu le peu de lumière, sinon celle qui vient des intérieurs, on marche avec prudence. Bientôt, je suis sur la grand’ route et là, ça va. Il y a un cybercafé, deux épiceries et deux restaurants. Après tout, nous sommes dans le village qui entoure l’aéroport principal de l’île, n’est ce pas… Je passe devant le cybercafé, et me décide à y entrer, afin de consulter ma messagerie, si l’Internet fonctionne. Hier, c’était en panne. Ah, aujourd’hui, il marcherait. Je m’installe devant un écran qui date d’avant Hérode, un clavier sali par des milliers de doigts. L’Internet fonctionne, c’est exact, mais les touches du clavier collent et il est difficile de tout simplement taper mon nom et mon mot de passe, pour enfin en arriver à ma boite aux lettres électronique.

 

Enfin, j’y suis, pour trouver une pile décourageante de messages sans intérêt, entre lesquels je peux noter, ici et là, le nom de mes correspondants habituels. Commençons par nettoyer : la touche « delete » fonctionne raisonnablement bien et, après un quart d’heure, j’ai pu effacer le plus gros. Restent les messages qui méritent probablement d’être lus, mais je n’ai pas le temps de commencer le premier de ces messages que… l’électricité saute.

 

Marre.

 

Je sors donc dans la rue noire, bientôt constellée de tremblotantes flammes de bougie. A côté de moi, une solide blonde moustachue et sympathique, dont j’apprendrai qu’elle est norvégienne et qui me donne son nom, aussitôt oublié. Nous décidons d’aller dîner ensemble. Au cours d’un repas médiocre, pris dans une salle grise où bientôt l’électricité a été rétablie, j’apprends qu’elle rentre elle aussi d’une longue promenade à travers la Papouasie indonésienne, qu’elle s’est blessée au cours du trajet, au point d’affréter un avion pour elle toute seule, afin de revenir à la civilisation – enfin, à la civilisation… - à Sentani.

 

Elle doit partir dans les tous prochains jours, vu que son visa va arriver à échéance, et les dieux savent comme la police de la frontière est pénible, quand on passe avec des documents qui ne sont pas en ordre.

 

Oh que oui, tu as raison, ma fille…

 

Tiens, à propos, et mon visa à moi, c’est bon jusqu’à quand ?

 

Rapide recherche de mon passeport que je parcours avec attention. Il me reste… deux jours.

 

Demain matin, je passerai à l’aéroport, afin de voir si je peux négocier un billet sur la PNG, ou vers ailleurs – sortir d’Indonésie dans l’urgence, en tout cas. Pour le passage au sol de la frontière vers la PNG, ça me semble rapé.

 

Sur cette forte résolution, nous terminons notre repas.

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26/05/2008

Les Mihops

Or donc, je reproche toujours à une Claire, une Samantha ou une Alix, mon départ vers les îles.

 

Alix, c’est le coup de Corto Maltese.

 

Samantha, ce sont les projets que nous avions bâtis, un soir, après un verre ou deux, un tendre baiser, puis un autre, et le reste.

 

Quant à Claire, c’était le plaisir de lui envoyer des cartes postales d’endroits exotiques, encore plus exotiques, de plus en plus exotiques. Au final, ce ne pouvait qu’être la PNG, le Timor Leste, ou l’archipel Bismark...

 

Ce serait évidemment fastoche de dire que je suis un pauvre petit impubère facilement influençable, facilement influencé, et que c’est rien que leur faute à elles, à Claire,  à Samantha et à Alix, si je me trouve aujourd’hui dans un bourbier tel que celui de la Papouasie, une route défoncée qui sinue de derrière moi jusqu’à Jayapura, trente kilomètres plus loin, un kilomètre de queue serpentante devant moi, une frontière fermée devant, et des rascals un peu plus loin, qui ne font rien que tuer les pauvres gens qui passent.

 

Jouer à Caliméro a toujours été mon fort, et il n’est rien de plus drôle, à mon idée, que de regarder le coupable désigné d’un œil noir, une fois que la catastrophe se développe. Parfois, ça marche ; l’accusé rougit, tente de s’expliquer, de s’excuser même. Ca, c’est le top.

 

Ici, outre le fait qu’il me sera probablement difficile de revoir Samantha, Alix ou Claire, toutes disparues je ne sais où, au fil du temps, que le coup du regard noir sera donc rendu impossible et qu’elles ne se sentiront, dès lors, jamais coupables,  je dois quand même un peu assumer, de temps à autre.

 

Quant à mon départ vers des endroits oubliés des dieux, l’influence et le souvenir d’amourettes passées peuvent y être pour un petit quelque chose, bien entendu. Mais je me suis bien influencé moi-même : dans le cas précis de la Papouasie, oui, il y a bien un peu de Corto ; j’en ai trop parlé pour qu’il n’y ait pas un petit quelque chose de vrai, dans mon accusation. Mais il y a aussi un livre merveilleux que j’avais acheté de mes propres sous, sans savoir ce qu’il y avait dedans, mais ça m’avait l’air amusant.

 

C’était un soir à Johannesbourg, dans le quartier nocturne de Hillbrow, du temps qu’on pouvait circuler à pied sans risquer un coup de couteau, de Jeppe à Braamfontein, à la bonne époque de l’apartheid.

 

Ce soir là, après un repas dans un steak house quelconque – Mike’s Kichen, probablement - j’étais rentré à Exclusive Books, avec Liesa, une amie. J’étais tout à fait par hasard tombé sur un petit livre cartonné, écrit par une inconnue du nom de Dorgan Rushton, illustré par son mari, William, intitulé Brush up your pidgin.

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La présentation du livre signalait qu’il s’agissait du seul livre de voyage, destiné au touriste, qui se terminait mal et les dessins attiraient l’œil.

 

Hop donc, j’avais acheté le livre.

 

La même soirée, après avoir quitté Liesa, j’avais entamé le livre que je n’avais quitté qu’à la dernière page, aux premières heures du jour, encore secoué de rire.

 

C’est sans doute ce récit de voyage, composé de petites phrases glacées supposées vous permettre de voyager à travers la Papouasie, et qui se termine avec la disparition violente de Nikas, le mari de Dapne, puis avec la disparition mystérieuse de Dapne, vue pour la dernière fois entre les bras d’un viril pilote australien, qui m’a convaincu, le jour où la possibilité papoue s’est manifestée, de sauter en enfer.

 

Mais voilà que je suis à la frontière, et si Dapne, disparue en Nouvelle Bretagne aux alentours de 1933, est encore vivante, je ne suis pas encore à pied d’œuvre pour la retrouver, afin d’en arriver à un deuxième volume du récit.

 

Et puis, ai-je appris en fouillant l’internet, William Rushton est mort, il y a quelques années… Un nouvel opus ne vaudrait pas l’ancien, rapport aux merveilleuses illustrations dont il avait orné ce premier guide.

 

En attendant, il va être midi. Manger, ce n’est pas impossible. Tout au long de la queue, il y a des vendeurs de trucs et de machins. Principalement de bétel, mais aussi de brochettes dont le parfum est toujours plaisant. Ce sont usuellement des rats. Il y a aussi des paniers contenant des vers – morts, grillés et salés – ou des insectes variés – tout aussi morts, grillés et salés.

 

Il faut une première fois à tout. C’est donc à cette occasion que je prends mon premier sachet de vers, pour voir.

 

Ce sera toujours mieux que les rats.

 

Dans la bouche, c’est tout simplement du gros sel craquant, avec un léger arrière goût de je ne sais quoi – enfin, si, je sais quoi, mais j’aime autant ne pas savoir. Ca se laisse manger, c’est un bon apéro, du modèle qu’on rapporterait bien aux copains, quand on rentre en Europe, afin de s’assurer une solitude renouvelée, quand on retournera en Asie…

 

Pendant que je grignote mes vers grillés et salés, je regarde autour de moi, avec l’espoir de voir une bâtisse dans la distance, de me trouver un lit pour ce soir. C’est mal barré : rien de rien, sinon deux baraques presque effondrées, autours desquelles on peut voir des cahutes faites de toile et de tôle ondulée.

 

Pendant que je grignote mes vers grillés et salés aussi, je me promène dans la foule qui s’est un peu égaillée, laissant chaque fois un gardien de la place, au cas où la queue démarrerait. C’est alors que je me rends compte que tous ceux qui m’entourent sont papous, et que tous parlent le pisin : Dorgan serait ravie.

 

Monsieur qui hèle Madame, l’appelle Cook belong me (ma cuisinière) ; et ses filles sont des Pikinini Mary - des « petites Marie », ce qui est toujours mieux que « ma cuisinière ». Un terme d’affection, c’est Sweet Biskit, mon « doux biscuit ».

 

La mer, que l’on voit dans la distance, c’est soda water et un soutien gorge, c’est basket belong titi - les sacs à tétons : ah, qu’en termes galants...

 

Une dispute entre monsieur et madame ? On passe, de la part de Monsieur, de l’affectueux cook belong me à kranki Mary, du « ma cuisinière » à « Marie malade ». Madame rumine des choses, mezzo voce malheureusement, ce qui m’empêche de noter. Juste après commencent les mihops.

 

Ces mihops, c’est probablement la raison essentielle de mon arrivée en Papouasie. Ce sont les échanges vifs entre Papous - ce qu’on appellerait des injures, dans tous les pays du monde, que s’échangent les primaires qui fréquentent les bistrots et les matchs de fouteballe.  

 

Mais autant, chez nous, les termes les plus vifs sont aussi les plus courts, autant les bordées d’injures que s’échangent les Papous sont complexes, malgré une langue aux possibilités lexicales limitées. Quand, en France, deux automobilistes, tous deux en droit, se contentent d’échanger quelques connard, crétin, pédé et autre enculé, avant d’en venir aux mains ou d’appeler la maréchaussée à la rescousse, en Papouasie, on recherche avec délectation les malédictions les plus noires, dans le but d’effrayer son contradicteur ou son honorable opposant.

 

Vous avez un différent avec un Papou ? Les mihops commencent. La personne avec laquelle vous êtes en litige entamera les hostilités de manière simple et gentillette, en exprimant, par exemple, l’espoir que votre cochon (qu’en Papouasie, vous promenez usuellement avec vous) mourra prochainement d’une diarrhée (mihop pik belong you he pek pek water and he die finish).

 

Vous contre attaquerez en faisant savoir à votre adversaire que votre souhait le plus sincère est qu’un crocodile dévore ses testicules (mihop puk-puk he kai kai someting belong you !).

 

Pris de la plus vive indignation, Monsieur rétorquera qu’il espère qu’un poulet détruira vos récoltes (mihop onefella kakaruk kai-kai rice belong you !).

 

De fil en aiguille, vous en arriverez tous deux à des malédictions de plus en plus noires, à des suppositions de plus en plus absurdes, entourés d’un cercle d’auditeurs attentifs, sachant apprécier l’imagination de l’un et de l’autre, huant ou applaudissant, parfois, les réparties les plus brillantes.

 

Le meilleur mihop que je connaisse à ce jour, après mon stage papou, reste celui qu’avait inventé cette chère Dorgan Rushton : mehop pik belong you he gisim sik no good long mumma en puppa belong you en he givim him long you en sista belong you !

 

En langue de chez nous, ça veut dire que le locuteur de ce mihop espère que votre cochon vous refilera, ainsi qu’à votre sœur, une maladie vénérienne qu’il aura chopée de vos parent.

 

Les Papous sont placides, mais on entend dans la distance, à l’occasion, des rafales de mitraillette, et la queue ne bouge pas, si bien que l’énervement est palpable. Les mihops fusent de partout.

 

Je flotte dans un paradis linguistique, mais ça n’arrange pas mon affaire de lit pour cette nuit.

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25/05/2008

Wutung (enfin, presque) et les Rascals

Pour une trentaine de kilomètres, je change deux fois de minibus. D’une fois l’autre, le véhicule se racrapote, attaqué de toute part, dans une bataille perdue, par la rouille. Les sièges sont défoncés, d’autant plus qu’on y est assis à deux par place.

 

Le dernier minibus, celui qui arrive finalement à la frontière, ne me semble avancer que par miracle. Le moteur peine même sur une route sinueuse, certes, mais qui jamais pourtant ne fait mine de grimper sur le flanc des collines qui nous flanquent, sur la droite.  

 

Pour ce dernier segment de route, je suis à l’arrière du minibus, encadré par une lourde mémère morose, à ma gauche, et deux jeunots qui se sont assis en quinconce, à ma droite, afin de pouvoir, pour le moins, déposer un coin de fesse sur la banquette en faux skaï véritable. Le peu de confort proposé par ladite banquette n’est pas de refus, vu les tressautements atroces du véhicule, qui roule à, tout au plus, vingt à l’heure.

 

Ce n’est pas que la suspension a connu de meilleurs jours ; c’est que la suspension est morte.

 

Dans un dernier hurlement de freins martyrisés, qui traîne sur, au moins, cinquante mètres, le chauffeur parvient à stopper son pur sang. Les freins sont, eux aussi, largement passés leur fin de vie et le chauffeur sait qu’il doit les solliciter bien avant que nécessaire – je veux dire, que nécessaire si les freins étaient dans un état décent. Enfin, nous nous sommes arrêtés avant la collision, c’est l’essentiel.

 

La queue qui commence devant nous semble aller jusqu’à l’infini. Nous sommes au bas mot à un kilomètre de la frontière, et je ne vois qu’une fille irrégulière composée de quelques guimbardes pourries, de bipèdes résignés en emballés dans l’un ou l’autre coupe pluie – usuellement une bâche en plastique – de pick ups délabrés, dont le plateau est une montagne d’objets certainement utiles ; de quelques minibus transportant l’un ou l’autre groupe de passagers qui ont payé leur voyage jusqu’à Vanimo.

 

Après quelques minutes, un autre minibus s’arrête derrière nous, pendant que nous descendons du notre. Après tout, quant à nous, nous avons payés pour la frontière, et nous y sommes – enfin, à un kilomètre, c’est tout comme… En pisin, l’un de mes co-voyageurs m’explique qu’il faudra attendre là où nous sommes, car c’est bien ici que la queue commence pour le poste de douane. Je lui laisse mes bagages qu’il me promet de surveiller – il est tout dévoué à ma cause, depuis que je lui ai offert une cigarette – et vais voir vers l’avant quelle est la longueur réelle de cette queue qui me semble suspicieusement longue. Après dix minutes de marche, je dois bien en arriver à la conclusion que ma première impression était la bonne : la queue est longue d’au bas mot un kilomètre.

 

Et quand on voit comment, d’habitude, les officiels indonésiens gèrent le passage des frontières, compulsent et vérifient les documents accompagnant les passeports, interrogent longuement leur titulaire, retournent dix fois chaque bout de papier pour en extraire la substantifique moëlle et enfin laisser passer le malheureux requérant, on peut craindre le pire. Surtout qu’elle n’a pas l’air de bouger…

 

Cette queue ne finira jamais – ou alors, il faut payer.

 

Ah oui, maintenant que j’y pense… le coup du paiement d’un petit kekchose pour que l’on puisse bénéficier d’un passe droit n’est pas exclusivement réservé aux autorités carolorégiennes.

 

Aussitôt pensé, aussitôt mis en œuvre. Je vais m’enquérir afin de savoir si le coup du graisse-patte est d’usage ici. Le contraire m’étonnerait, mais mieux veux savoir de manière certaine. Il y a, s’agitant autour de la queue, des messieurs qui viennent offrir de quoi manger, boire, d’autres choses encore. Je me dirige vers l’un d’entre eux afin d’être mis au parfum des habitudes de la frontière locale.

 

Au bout de quelques minutes de questions ouvertes, comme on dit, je me rends compte que le problème n’est pas celui que j’imaginais : il y a, tout simplement, de l’autre côté de la frontière, en PNG, une bande de rascals qui bloque la route, entre Wutung et Vanimo. De ce fait, c’est la PNG qui ne laisse rentrer personne, vu qu’un bain de sang à la porte des bureaux de la frontière, sous le nez des officiels trop peureux pour sortir des baraquements dans lesquels ils se terrent, ça ferait mauvais genre.

 

La frontière, en d’autres mots, est fermée.

 

Pour combien de temps ?

 

Ah, ça, on ne peut pas dire.

 

Mais, usuellement, ça dure combien de temps ?

 

C’est variable.

 

Oui, mais variable comment ? Une demi journée ? Une semaine ?

 

Ah, il ne faut pas s’en faire : cette fermeture de la frontière, ça n’a jamais duré plus de quelques jours – deux ou trois, tout au plus. Finalement, un hélicoptère de l’armée de la PNG survole les régions où les rascals sont en train de piller ; il crache deux ou trois rafales de mitrailleuse ; lesdits rascals s’égaillent. Un camion de l’armée arrive alors, un jour plus tard, patrouille un peu le terrain, ramasse les morts et les enterre, soigne les blessés, éteint les incendies agonisants, voit ce qui peut être fait avec les victimes des pillages, des vols, des viols, des survivants des rapines perpétrées par les rascals. La route peut alors être rouverte.

 

Ici, les petits salopiauds ont commencé à tout casser dans la matinée du jour précédent. La frontière a promptement été fermée, afin d’éviter le passage de victimes potentielles ; on est bloqué depuis hier. Donc, demain, après demain, tout au plus, le passage de l’hélicoptère est programmé. Ensuite, ce sera comme dit précédemment. Bien entendu, il faudra que les douanier rattrapent alors le retard à la douane… et ils n’iront, malheureusement, pas plus vite. En face, de toute manière, ils sont tout aussi lents, tout aussi corruptibles – ça, c’est une bonne nouvelle – mais les sommes exigées en PNG sont tout simplement exorbitantes.

 

Voilà des informations qu’elles sont gaies…

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19/04/2008

Bientôt à la frontière

Nous quittons Sentani dans un microbus plein comme un œuf, changeons deux fois, avant d’arriver à Jayapura, à la gare de bus centrale. Il s’agit d’un petit terrain vague, à deux pas d’une place supposée être la place centrale de la capitale, avec des bus, des minibus, des pick ups et un taxi dessus.

 

Parler d’activité fiévreuse serait mensonger. On ne s’agite pas. C’est vrai, à tout moment, un minibus arrive, un pick up part. Alors que nous y arrivons, mon voisin, qui parle quelques mots d’anglais, et qui s’est enquis de savoir où j’allais, peut fièrement me guider jusqu’au minibus qui partira dans quelques minutes vers la frontière ; dans quelques minutes, ou dans le nombre de minutes nécessaires pour remplir son tacot. Le chauffeur dudit minibus, qui n’est pour le moment qu’à moitié plein, est en train de s’en griller une, avec les copains, pendant qu’un rabatteur court le chaland. Quand le minibus partira, plein, le conducteur glissera la pièce au malheureux en guenilles qui lui a rempli son véhicule.

 

Les quelques minutes se transforment en une bonne demi heure. Bah, quand on arrive en Océanie, on découvre une chose : le temps ne compte pas. Enfin, pas trop.

 

pap8Je m’occupe en jouant avec le petit garçon à la crème glacée, que son papa lui avait offerte et qu’il a partagée, avec équité, en deux moitiés : une pour ses vêtements, l’autre pour sa bouche. Papa a essuyé ce qu’il a pu, le petit ange s’est laissé faire, digne, mais agacé. Maintenant, nous nous regardons, lui avec un air méfiant, moi d’un air bête. Chaque fois que nos regards se croisent, je lui fais une grimace, puis je regarde ailleurs. Il se colle à son papa, fait semblant de regarder ailleurs, puis s’intéresse à nouveau à moi, d’où une nouvelle grimace.

 

Quand enfin notre chauffeur nous signale, d’un geste large, que nous sommes conviés à bondir dans son carrosse, Monsieur le papa embarque le fiston qui veut tellement regarder si je suis qu’il se cogne la tête à la porte d’entrée de la camionnette. D’où des larmes, des cris, pendant que j’en profite pour prendre place juste à côté de lui. Les larmes s’arrêtent instantanément ; le petit ange se remet à m’observer, avec méfiance et hostilité.

 

Au bout d’un quart d’heure, arrêt dans un village sans nom, où je dois attendre un autre minibus qui ira, lui, directement – enfin, avec de nombreux arrêts – à Wuntung. Quant au petit garçon, il disparaît avec son père, dans un petit chemin qui les conduira Dieu sait où. La dernière image que j’en ai, c’est sa tête dépassant de l’épaule de Papa, à la démarche lourde et balancée, vérifiant si je suis toujours là.

 

Mon minibus arrive, je monte dedans et pour une fois, miracle, j’ai une bonne place. Vu que j’ai un sac avec moi, je paie double place – le minibus est plein – mais je suis devant, à côté du conducteur.

 

C’est un Papou.

 

C’est à partir de maintenant, que je ne suis plus en Indonésie. Toute la route, moche, faite de trous et de bosses, lente, sera une route papoue. La région n’est manifestement pas fréquentée par les envahisseurs – ou, du moins, aucun d’entre eux ne prend le minibus. Quand on prend la route, sur les autres sorties de Jayapura, les uniformes abondent – et ce sont parfois des Papous qui les portent… - mais ici, plus rien. Parfois, cependant, nous croisons une jeep avec des soldats Indonésiens lourdement armés dessus. La frontière approche et l’Indonésie, tout comme Singapour, veut croire que l’invasion, c’est pour demain. Mais qui veut vraiment le croire ? C’est, comme le dit l’expression traditionnelle, se gratter pour se faire rire.

 

Quoiqu’il en soit, les soldats indonésiens passent, nous croisent, des mitrailleuses plantées sur leur jeep. Le silence s’établit alors, puis le minibus redémarre. Les chansons sont reprises, entonnées, fredonnées. Ah, je reconnais quelques mots d’anglais pisin, pidgin, l’Indonésie s’efface, la PNG influence tout un monde par delà les frontières.

 

09:00 Écrit par PGå dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/04/2008

En route vers la PNG

pap2Deux jours encore, ici, à me reposer, avant d’envisager mon départ pour la PNG. Un peu se promener le long de la route, avec les microbus, à ne rien voir de vraiment extraordinaire, tant il n’y a rien, sinon des maisons aux pieds boueux, aux murs gris de crasse, dont les toits s’écroulent sous les mousses, les champignons et l’humidité. Une maison sur quatre, ou cinq, montre des traces d'une émeute plus ou moins récente, suivie d'un incendie.

 

 

 

pap5A côté de Jayapura, je trouve un petit village, attaché à l’université de Papouasie – c’est une institution qui n’existe pas ; c’est un nom, sans plus, avec un département d’anthropologie qui n’existe que par ses visiteurs – au milieu duquel une rue fait dans le tourisme. Ce sont quelques boutiques, devant un tas d’ordure qui rend les boutiques peu attrayantes et la rue peu fréquentée.

 

Curieusement, en Papouasie, pas de cartes postales : impossible pour moi d’envoyer mon habituelle carte à Chipie, à ses demi sœurs, à tous les gosses dont j’ai la liste, précieusement serrée au fond de mon sac, et pour lesquels je suis le marchand de rêves.

 

pap7pap6Par contre, à Jayapura – du moins, dans sa banlieue – je puis trouver des objets traditionnels papous, parfaitement inutiles, attrape poussière, destinés à faire rire dans les noces et banquets : quelques peaux tannées, avec un dessin primitif dessus, reproduit mille fois à l'identique, et des étuis péniens.

 

Oh, que c’est chic…

 

Demain, je partirai pour la PNG, vers Wuntung, d’abord, avec l’espoir d’atteindre Vanimo pour la nuit. C’était soit en avion – on peut en trouver un, à prix d’or ; et c’est alors un deux ou quatre places avec lequel on a tout juste  le temps de monter de Sentani qu’on se met à descendre vers Vanimo ; soit une kyrielle de minibus toujours trop pleins, à la suspension trop sollicitée, aux sièges crevés, qui me conduiront sur les petites routes  jusqu’à la frontière, puis jusqu’à Vanimo.

 

C’est bien entendu cela que je prends.  

 

On dit que les routes du bord de mer, en PNG, sont meilleures, mais qu’il n’est pas toujours idéal de les prendre, vu les rascals.

 

Ah, les rascals… Leur réputation semble affreuse ; à en croire les Papous qui bavardent avec moi, et qui font leur possible pour me décourager quand j’annonce mon départ de l’autre côté, on imaginerait que la PNG est en pleine guerre civile. Même si, d’un autre côté, les Papous indonésiens rêvent d’un voyage passé la frontière, chez les frères indépendants.

 

Bah, que dire… on verra.

 

La tension est palpable, entre papous et responsables indonésiens. Quand une voiture de l’armée passe, chargée de soldats le fusil à la main, ce qui arrive régulièrement, les yeux baissent, les mains se crispent, les dents grincent… Les soldats sont parfaitement conscients du fait qu’ils ne sont pas particulièrement bienvenus. Au fur et à mesure des années, il y a eu des massacres, des émeutes spontanées, des tueries. Quelques responsables indonésiens se sont retrouvés écharpés ; pendant qu’on estime les victimes papoues des massacres indonésiens à plusieurs dizaines de milliers.

 

Pour le dire en court, l’amour entre la communauté des envahisseurs et celle des envahis est au plus bas.

 

Lors de mon dernier arrêt à Jayapura, j’ai été chercher de la thune papoue, chez un changeur chinois ; la monnaie nationale papoue, ça s’appelle des Kinas et il en faut près de cinq pour faire un Euro. Les billets de toutes dénominations sont illustrés d’un oiseau de paradis, fièrement dressé sur ses ergots.

 

Des Kinas… ça me fait bizarre.

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